| L’économie mondiale en crise: |
A quelques exceptions prêt toute l’Amérique, pour ne pas dire le monde entier, était uni dans l’hommage aux victimes des attentats du 11 septembre. Mais les gens l’expriment de façon différente. Beaucoup de familles ouvrières on réagi selon leur sens de classe en se proposant comme sauveteurs volontaires ou en versant de l’argent aux institutions de charité. Les patrons ont réagi selon un autre instinct de classe en "saisissant les opportunités" provoquées par les situations de crise et bien sûr en versant quelques larmes de crocodile.
Opportunités
Alors que la plupart des cours s’effondraient en bourse, des marchands d’armes et de l’industrie pharmaceutique s’envolaient. Car la perspective d’une guerre accompagnée d’une masse de victimes (blessés, mutilés, intoxiqués) ouvre aussi la perspective de plantureux profits. Les secteurs les plus touchés offrent d’autres opportunités. Ainsi les patrons de l’aviation civile, du tourisme, des banques et des assurances profitent de la situation pour accélérer les restructurations prévues. Passé le premier moment de stupeur après les attentats, les actionnaires de l’aviation civile ont annoncé un autre drame: la suppression de 108.900 emplois sur le plan mondial.
En temps normal, un telle vague de licenciements se heurterait à la résistance acharnée des travailleurs. Mais dans le cas présent les patrons appellent chacun à "prendre ses responsabilités". Ils utilisent cyniquement le sentiment que les choses auraient pu tourner pis pour augmenter les marges de profits au détriment du personnel. Müller, le patron de la Sabena, a sauté sur l’occasion pour faire avaler son "plan de sauvetage" par les travailleurs. Les dirigeants syndicaux ont apposé leur signature mais sont trop lâches pour donner une consigne de vote à leurs membres. Quant à l’organisation du personnel de cabine, qui démontre noir sur blanc qu’on veut liquider la Sabena pour une bouchée de pain, elle se fait traiter par Yves Desmet (un plumitif rédacteur en chef du Morgen) de "grévicultrice suicidaire"!
Hypocrisie!
Mais le cynisme du briseur de grèves Yves Desmet n’est encore rien à côté de l’hypocrisie du président américain George W. Bush. Des vedettes telles que Tom Cruise ou Sylvester Stalone ont été mobilisées pour collecter de l’argent pour les victimes. Fier comme un paon, Bush a déclaré dans la presse mondiale qu’il avait ainsi collecté plus de 55 millions de $, comme s’il l’avait fait seul. Il a cependant oublié d’ajouter qu’au même moment la FED (Banque fédérale américaine) avait injecté 38.250 millions de $ sur les marchés financiers et que les banques japonaises et européennes avaient mis 80.000 millions de $ en plus. En d’autre mots: pendant que la population mettait la main au porte-feuille pour aider les victimes, les banques centrales donnaient l’argent du contribuable (2.000 fois plus!) aux patrons et aux spéculateurs!
En outre les différents gouvernements ont saisi l’occasion au bond pour demander de nouveaux efforts à la population. Le gouvernement américain a augmenté de 40 milliards de dollars le budget de la défense et de 20 milliards de $ celui de la sécurité. En même temps Bush veut appliquer une baisse radicale des impôts. Quelles seront les conséquences de tels choix politiques? Le démantèlement de la sécurité sociale et encore plus de privatisations pour équilibrer le budget. Cela promet pour tous ceux qui viennent de perdre leur emploi ou sont sur le point de le perdre!.
Le marché
Déjà avant le 11 septembre il était évident que les États-Unis mettaient le cap sur une récession. La croissance économique était tombée à 0.2%, la production industrielle était en recul depuis 11 mois, la confiance des consommateurs (facteur le plus important pour éviter que les USA ne glissent plus vite encore vers la récession totale) était au niveau le plus bas depuis 8 ans. Comme dans lors de la "crise pétrolière" de 1973/74 on cherche aujourd’hui un bouc émissaire pour expliquer la crise. A l’époque c’était l’OPEP, aujourd’hui ce sont les terroristes. Les capitalistes et leurs idéologues ne veulent pas admettre que la crise soit une conséquence du capitalisme en soi et que l’OPEP ou les attentats ne peuvent que précipiter le processus.
La répartition inégale sous le capitalisme, le fossé croissant entre une poignée de riches avec un pouvoir d’achat élevé et une masse de pauvres qui ne peuvent rien acheter fait qu’il n’y a pas de marché pour les possibilités scientifiques et techniques présentes. C’est cela qui mène continuellement à la surproduction et la surcapacité. Ce ne sont pas les besoins qui manquent. Mais le capitalisme ne produit pas en fonction des besoins mais en fonction du marché. Si ce marché n’existe plus... il faut assainir.
Crise mondiale
En fait la crise était déjà prévue depuis plus longtemps. Mais la hausse boursière avait ajourné la crise. Cela a créé une illusion de richesse et de progrès. Cela a stimulé la consommation, souvent à crédit. Aux États-Unis, la dette des consommateurs n’a jamais été aussi élevée depuis la Deuxième Guerre mondiale. Les dettes des entreprises y représentent 85% du PIB Américain, un record absolu. Tôt ou tard ces dettes devront être remboursées. Tant que les valeurs boursières augmentaient et que les profits montaient, il n’y avait pas de problèmes. Mais celui qui voit s’effondrer en bourse la valeur de son épargne qu’il a placé en actions perd toute confiance. Cela freine la consommation, le marché se rétrécit et plus d’entreprises doivent restructurer ou fermer.
Mais les dégâts ne se limitent pas aux USA. Au cours des dernières années, les États-Unis ont connu un déficit commercial annuel de 450 milliards de $, en fait un stimulant pour les économies des autres pays. Le financement de cette dette a été rendu possible par un taux d’intérêt réel élevé (le taux d’intérêt moins le taux d’inflation) soutenu par un dollar fort. La force de l’économie américaine se basait sur un taux d’exploitation élevé de sa main-d’oeuvre (flexibilité poussée) et sur un apport ininterrompu de capitaux étrangers. Aujourd’hui tout cela est terminé. Le 1er septembre (donc avant les attentats) les entreprises européennes avaient déjà annoncé 183.000 licenciements encore pour cette année. Dans les prétendues économies émergentes on s’attend cette année à une croissance de seulement 1% au lieu de 8%. L’économie japonaise reste en récession, surtout avec le rétrécissement de ses marchés les plus importantes, les États-Unis et l’Asie du Sud-Est.
Le mouvement ouvrier
Le premier effet de la crise, aussi à cause de la stupeur à propos des attentats, pourrait être une paralysie temporaire du mouvement ouvrier. Il est toutefois invraisemblable que cela dure longtemps.
Le mouvement antimondialiste a remis la lutte à l’ordre du jour. De plus en plus de travailleurs y seront attirés, surtout si le mouvement ou certaines de ses composantes lient la lutte contre la mondialisation aux thèmes sociales dans les quartiers, les usines et les écoles. Il est vrai que la social-démocratie et les syndicats sont aujourd’hui plus dociles qu’il y a 10 ou 20 ans. Mais ce qui est alarmant pour la bourgeoisie est que leur mainmise sur les travailleurs s’affaiblit.
La bourgeoisie est très consciente de l’énorme pouvoir du mouvement ouvrier et surtout du fait qu’il est capable d’utiliser cette force, malgré les dirigeants syndicaux. D’où les tentatives timides d’injecter à nouveau - un peu - d’argent dans l’économie. 40 milliards de $ ont été libérés pour les travaux de sauvetage à New York et à Washington, 15 milliard de $ pour le secteur aérien. Au niveau international, le FMI est tout à coup disposé à accorder de nouveaux prêts à la Turquie, au Pakistan et à l’Argentine. Mais cela ne suffira pas pour neutraliser les effets de la crise. Une guerre pourrait détourner l’attention des problèmes économiques internes, mais même là le succès n’est pas garanti. Et avant que la mobilisation ne soit vraiment mise en route on voit déjà les premières manifestations antiguerre. Cela montre l’étroitesse de la marge de manoeuvre de la bourgeoisie. Le pouvoir de la classe ouvrière est colossal, mais pas illimité. Si le mouvement ouvrier ne passe pas à l’action, d’autres rempliront le vide. Une situation de guerre, surtout si elle va de pair avec des attentats terroristes en Occident, peut voir se développer une montée du racisme et des mouvements réactionnaires.
Eric Byl