Un attentat contre la démocratie?

Bush, suivi en cela par nombre de dirigeants politiques occidentaux, a qualifié les attentats d’attentat contre la liberté et la démocratie. Nous pouvons à bon droit nous poser la question suivante: la liberté de qui et quelle démocratie? Est-il si incompréhensible qu’en certains endroits du monde le sentiment domine que les Américains ont reçu "la monnaie de leur pièce"? Est-il si difficile de comprendre que l’horreur que chacun ressent en regardant les images du carnage va de pair chez beaucoup de gens - les Palestiniens, les Kurdes et les Indiens d’Amérique latine pour n’en citer que quelques uns - avec la question de savoir pourquoi on n’a pas fait une minute de silence pour les Palestiniens de Sabra et Chatila, pour les milliers d’enfants qui meurent du fait de l’embargo contre l’Irak ou pour la dévastation du pays Ogoni par Shell au Nigéria?

De quelle démocratie s’agit-il? La démocratie des USA qui pensent qu’ils peuvent jouer au gendarme du monde et qui imposent des conditions inhumaines aux pays néocoloniaux via des organisations internationales comme le FMI, la Banque mondiale et l’ONU? La démocratie des USA qui ont soutenu des individus comme Ben Laden ou Pinochet pour assurer la sauvegarde de leurs propres intérêts? La démocratie des USA qui dénie le droit à l’autodétermination pour les Palestiniens, les Kurdes, les Kosovars,...?

Ou bien s’agit-il de la démocratie américaine où seuls deux candidats apparaissent aux débats télévisés, qui sont tout deux soutenus dans les mêmes proportions par les mêmes grandes entreprises parce que l’élection de l’un ou de l’autre ne change rien fondamentalement dans la mesure où les deux candidats défendent les intérêts de la même petite élite des possédants contre la majorité de la population. La démocratie américaine où la population noire sert de bouc-émissaire pour les agressions et les crimes que suscite un marché totalement libre et dépourvu de filet social.

Nous pourrions encore continuer un petit temps, mais l’essentiel est que les USA sont loin d’être vus comme «les champions de la liberté et de la démocratie» au niveau mondial et sûrement pas dans le monde néocolonial. La colère et l’indignation suscitées par les attentats commencent à aller de pair avec le sentiment croissant que cette haine découle du rôle des USA comme oppresseur. Les USA ne sont pas les champions de la démocratie, mais bien ceux du capitalisme global débridé qui place le profit avant l’homme. Il apparaît en même temps que les USA ne tournent pas sur eux-mêmes et ne sont pas invulnérables lorsque leurs méfaits suscitent pauvreté, haine et violence au niveau mondial. Cela aura à moyen et à long terme un effet important sur la conscience de la classe ouvrière américaine.

Cela peut sembler paradoxal mais l’idée que le sort de la majorité de la population américaine est lié avec celui de la population d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine va se diffuser à terme. A court terme, on doit s’attendre à une vague patriotique avec des relents racistes comme des attaques contre les Américains d’origine arabe.

Une “guerre contre le terrorisme” rendra-t-elle le monde plus libre et plus démocratique

La seule réponse possible est "non". Bien que les attentats aient démontré la vanité d’un bouclier antimissiles - il n’aurait été d’aucun secours contre les kamikazes - la bourgeoisie américaine a manifestement l’intention d’utiliser les attentats pour imposer ses projets.

Il y a aussi un élément d’unité nationale qui joue en période de guerre et nous observons déjà dans les médias américains des remarques qui visent clairement à détruire la démocratie aussi bien sur le plan interne qu’au niveau mondial. De même que Verhofstadt assimile au Black Block (un groupe prétendument anarchiste infiltré par la police et l’extrême-droite qu’on juge responsable des violences de Gênes) tout qui agit contre la propriété privée, de même tout le monde va devoir marcher au pas aux USA. Le mouvement antimondialisation a déjà reçu un message très clair du "International Herald Tribune": "la diabolisation des USA et des organisations commerciales internationales dans un contexte violent a soudain pris les contours d’une entreprise potentiellement meurtrière".

Les alliés de l’OTAN - Louis Michel en tête - parcourent le monde à la recherche de soutiens pour une "coalition contre le terrorisme" aussi large que possible. Ils ne sont pas trop regardants sur le profil "démocratique" des alliés potentiels. La Turquie reçoit de nouveau une manne financière pour faire face à sa crise économique - c’est le prix que les USA (via le FMI et la Banque mondiale) sont prêts à payer pour avoir un allié dans le monde islamique. Les dictatures du monde arabe qui offrent leur soutien aux USA peuvent aussi compter sur le retour d’ascenseur.

Un allié potentiel de première importance à qui l’on fait une cour assidue, c’est le Pakistan, un pays qui est dirigé par un militaire putschiste, le général Moucharraf. Les crimes de la Russie en Tchétchènie, où des milliers de victimes innocentes sont tombées au nom du maintien de la domination russe dans la région, sont tout à coup devenus "compréhensibles". Israël y va d’un couplet sur le mode de "Maintenant vous voyez vous-mêmes comment c’est!" et réagit en renforçant la répression contre les Palestiniens.


Les USA utilisent les attentats pour aligner le monde derrière eux

Les USA utilisent les attentats pour mettre le monde au pas. Comme on l’aura déjà lu ci-dessus et sur la page précédente, la bourgeoisie américaine va s’emparer de ces attentats pour renforcer sa mainmise sur le monde et serrer la vis sur l’opposition interne. La pression de l’opinion publique a déjà fait en sorte que le mouvement antimondialiste américain s’est (temporairement?) dissous dans le mouvement pour la paix et a suspendu les protestations prévues.

Les discours guerriers dissimulent en Europe également des manoeuvres pour limiter les droits démocratiques et la liberté de la majorité de la population. Ces mesures vont de la généralisation des écoutes téléphoniques (en Belgique) à une proposition de la CDU (en Allemagne) d’abolir l’interdiction d’utiliser l’armée dans les affaires intérieures, en passant par la proposition d’introduire la carte d’identité en Grande-Bretagne - une première dans ce pays.

Il n’est pas exclu que les USA utilisent les attentats pour mener des actions militaires, non seulement en Afghanistan, mais un peu partout dans le monde sous prétexte de "prévenir des attentats terroristes". Plusieurs forces au sein de la bourgeoisie américaine ont déjà essayé d’attirer l’attention sur l’Irak. Le gouvernement irakien aurait eu des contacts avec un des pirates quelques mois avant les faits et avec Ben Laden lui-même quelques jours auparavant.

Israël va aussi apporter sa pierre à l’ouvrage. Bien qu’Israël ne va pas officiellement participer aux actions militaires afin d’éviter toute provocation vis-à-vis du monde musulman, il est clair que ses services de renseignements turbinent à plein régime pour tourner la réaction à son avantage.

La question de savoir s’il y aura la guerre dépendra du développement de plusieurs facteurs. Il est difficile aujourd’hui de prévoir exactement ce qui va se passer, mais une chose est sûre: les USA et leurs alliés vont instrumentaliser la souffrance de milliers de victimes innocentes pour imposer de gré ou de force leurs lois - les lois des multinationales - au reste du monde. Ils vont ce faisant renforcer le terreau qui nourrit le terrorisme.

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