Il y a près de dix ans, les accords d’Oslo annonçaient «une nouvelle ère» pour le Moyen-Orient. Les ennemis déclarés, Israël et la Palestine, avaient signé un accord qui mettait fin aux hostilités entamées en 1948 lors de la création de l’état d’Israël. En 1997, l’IRA signait un armistice, le processus de paix semblait en bonne voie après 25 ans de troubles qui ont endeuillé la population d’Irlande du Nord.
Aujourd’hui, il apparaît que tout cela n’était que du vent. L’interprétation des compromis signés a permis aux dirigeants de chaque camp de dire qu’il avait "gagné". Ce qui par la force des choses n’était pas le cas car dans ces accords rien n’était réglé sur le fond. Aujourd’hui les deux "processus de paix" sont en miettes. Les illusions sont devenues désillusions et amertume. Les communautés n’ont jamais été aussi opposées qu’aujourd’hui. Le pseudo "processus de paix" y est pour quelque chose. Dans les deux cas, il faut bien constater que la paix est impossible sous le capitalisme.
En 1993, lors de la signature des accords entre Yasser Arafat et les dirigeants israéliens, le monde entier a poussé un ouf de soulagement. Depuis des décennies le Moyen-Orient était à feu et à sang. La "communauté interna–tionale" n’a jamais imposé de sanctions à Israël pour la violation des résolutions de l’ONU.
Israël était d’ailleurs le porte-avions de l’impérialisme dans une région où beaucoup de régimes étaient dans la sphère d’influence de l’Union soviétique. L’OLP se présentait comme une organisation progressiste. Aujourd’hui l’OLP - et l’Autorité palestinienne, le "gouvernement" des territoires palestiniens - est dirigée par des capitalistes palestiniens qui détournent le peu de subsides et d’investisse–ments qui arrivent dans les territoires.
Ce n’était donc pas un "processus de paix" mais un processus qui a permis à l’état d’Israël d’étendre son territoire. L’extension des colonies juives dans les territoires occupés s’est poursuivie de plus belle. A de nombreuses reprises, les accords ont été rompus et la frontière avec les territoires occupés fermée... De surcroît la corruption de l’élite palestinienne n’a fait qu’empirer la situation des masses palestiniennes.
L’opposition islamique, princi–palement le Hamas, est devenue une force significative. En opposition à Arafat, le Hamas a avancé des revendications radicales et surtout il a construit un réseau social (écoles, soins de santé ...) ce qui a renforcé son emprise. L’existence du Hamas et l’exaspération de la population palestinienne massivement désillusionnée par la faillite du "processus de paix" et par les reculades d’Arafat ont eu pour conséquences de ruiner l’objectif des Israéliens: la sécurité et la stabilité. Les attentats à la bombe ont poussé la population israélienne, elle aussi désillu-sionnée par le "processus de paix", dans les bras des poli-ticiens et des partis réac-tionnaires. Le "processus de paix" n’a pas non plus amélioré le sort des classes pauvres de la population israélienne: la crise économique a provoqué des effets désastreux, par exemple dans les services publics. Le chômage et la pauvreté ont crû. La désillusion a créé un espace politique pour le développement des partis extrémistes juifs. Aujourd’hui la politique d’escalade de Sharon est soutenue par la majeure partie de la population israé–lienne.
Le conflit est bétonné. Ils n’est pas exclu qu’un nouveau compromis soit conclu, sans solution véritable. L’impérialisme n’est pas capable de répondre aux revendications économiques et sociales des masses. Les privatisations, l’extension du chômage et le démantèlement de la sécurité sociale sont le lot de la population d’Israël. L’extrême pauvreté est le lot des masses palestiniennes. Les politiciens israéliens de tout bord ont utilisé la surenchère nationale et le sentiment d’insécurité pour détourner la combativité des travailleurs israéliens, notam–ment lors des grèves générales des années 90. De la même façon, les dirigeants palestiniens ont neutralisé le méconten–tement de la population palestinienne par la surenchère nationale. Les antagonismes entre les deux communautés sont aujourd’hui au paroxysme. Il y a peu de chances que les peuples se laissent à nouveau bercer de promesses falla–cieuses.
La seule solution réside dans la lutte des deux classes ouvrières contre leurs dirigeants bourgeois et dans la reconnaissance mutuelle de leurs droits nationaux. Nos camarades en Israël mènent une opposition socialiste et exploitent toutes les possibilités qui se présentent pour une lutte en commun des deux peuples. Vous pouvez trouver leur programme détaillé sur le site internet suivant: www.maavak.org.il
En Irlande du Nord aussi les dirigeants politiques ont été poussés à la surenchère nationaliste. La rupture entre les deux commu–nautés s’est développée de façon exacerbée. Les groupes paramilitaires et leurs représentants politiques maintiennent une poigne de fer sur les deux communautés. Les métho-des mafieuses y sont monnaie courante.
L’Irlande du Nord espérait elle aussi toucher les dividendes du “processus de paix”. Les investissements et les subsides promis ne sont jamais arrivés. Le chômage et la pauvreté font rage. La “paix” n’a jamais été totale, l’hostilité entre les deux commu–nautés a crû et “l’armistice” n’a jamais été appliqué par tous les groupes. Des groupes loyalistes divers ont semé la terreur, tout comme certains groupuscules issus de l’IRA, surtout le Real IRA.
Le processus de paix est présenté comme le résultat d’une intervention de la "com-munauté internationale". En réalité il est le produit de la pression énorme de la population lassée de la guerre. Le début du processus a été rendu possible par un changement d’attitude des dirigeants républicains: ils ont arrêté la lutte armée lors de l’armistice de 1997 et renoncé à leur discours socialiste. En Irlande du Nord l’accord de paix était de la mystification: les masses protestantes ont sou-tenu l’accord parce qu’il excluait la réunification de l’Irlande, les masses catholiques l’ont sou-tenu parce qu’une telle réuni-fication n’était pas exclue. Entre-temps la croissance démogra-phique inégale entre les deux communautés rend probable le fait que d’ici 20 à 30 ans la population protestante d’Irlande du Nord devienne une minorité. La crainte de la revanche est centrale dans la conscience et est exacerbée par le discours chauvin des dirigeants politiques protestants.
Le capitalisme ne peut pas résoudre la question car leur “solution” signifie en fait que les dirigeants politiques sont obligés de se baser sur leurs lettres de créances nationalistes pour obtenir le soutien de leur communauté. Ces dirigeants n’ont aucune stratégie pour répondre aux besoins éco–nomiques et sociaux de leur population. La solution ne réside pas dans des négociations entre dirigeants corrompus qui n’utilisent un accord que pour garantir leur propres intérêts bourgeois, mais dans la lutte en commun des travailleurs catholiques et protestants contre leur classe dominante pour un niveau de vie décent, le respect des droits des minorités et des sensibilités réciproques. Les travailleurs d’Irlande du Nord ont prouvé à plusieurs reprises qu’ils étaient capables de s’unir pour lutter contre les patrons qui oppriment les deux commu–nautés. Ce ne sont pas les masses qui sont incapables de s’entendre, mais les dirigeants qui ont intérêt maintenir la division.
Notre organisation en Irlande du Nord a publié plusieurs livres et brochures sur la question. Vous pouvez consulter ces documents sur le site internet: www.geocities.com/socialistparty
Une fois de plus, les Balkans font la une de l’actualité cet été. Les événements en Macédoine montrent que rien n’est résolu avec les accords de Dayton et les protectorats impérialistes. Le problème ne fait que se déplacer. Alors qu’en Macédoine la situation est devenue explosive, tous les anciens conflits conti-nuent de couver sous la cendre. La "paix" n’a amené aucune amélioration mais seulement encore plus de pauvreté et une ségrégation totale entre les peuples sur le terrain. Les dirigeants nationa-listes locaux ont recours aux pratiques mafieuses, à la cor-ruption, au nationalisme exacerbé.
La aussi la solution ne réside pas chez les dirigeants bourgeois actuels, mais parmi la classe ouvrière. La classe ouvrière n’a pas besoin d’oppression nationale mais d’internationa–lisme pour chasser les dirigeants corrompus. Seule une lutte commune, combinée avec le respect des droits des minorités et du droit à l’autodétermination, peut mener à une solution. Pour une analyse plus profonde de la situation en Yougoslavie, consultez les articles et bro-chures publiés sur ce sujet sur le site internet du CIO: www.worldsocialist-cwi.org