Depuis son apparition à Seattle, le mouvement antimondialisation a largement gagné en influence. A ce jour, les mani–festations de Gênes constituent le point culminant. A Gênes un pont a été jeté entre les groupes internationaux et la population italienne. Il était clair pour beaucoup que la politique de Berlusconi s’inscrit dans celle des puissances du G8. Beaucoup de discussions ont porté sur la violence. Il est aussi important de discuter du prolongement politique du mouvement.
par Karl Debbaut
Ce mouvement ne vient pas de nulle part. Il reflète la réalité économique et politique sur le plan mondial. Depuis la crise pétrolière des années 70, le capitalisme est en dépression.
Cela signifie que malgré quelques courtes périodes de reprise, l’économie stagne. La seule manière pour les capitalistes de garantir que les fonds investis assurent un "return" est d’augmenter l’exploitation des travailleurs, au Nord comme au Sud. Une sur-exploitation qui ne recule devant rien: la destruction des acquis sociaux, de la nature, des êtres humains.
La privatisation des services de première nécessité tels que la distribution d’eau potable et des services publics illustre bien que plus rien n’est respecté.
Dans les années 80 et 90, les principaux objectifs étaient: briser la résistance syndicale, faire pression sur les salaires et démanteler les acquis sociaux. Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont été à la pointe de cette offensive qui a ensuite fait des émules dans les autres pays, indé-pendamment de la couleur politique de la coalition au pouvoir dans ces pays.
En Europe, c’est surtout la social-démocratie qui s’est illustrée dans cette politique antisociale au cours des dix dernières années. Avec le soutien des directions syndicales qui ont freiné les luttes des quatre fers, la social-démocratie a marqué des points contre les travailleurs.
"L’État social actif" de Frank Vandenbroucke, la "Troisième voie" de Tony Blair, la "Gauche plurielle" en France signifient prendre ses distances à l’égard des vieilles valeurs social-démocrates et évoluer vers les valeurs "démocratiques" des partis bourgeois.
Le mouvement contre la mondialisation est l’expression de la montée d’une conscience politique dans une partie de la population. Le mouvement s’appuie sur des points de vue concrets. La résistance à la politique des partis traditionnels est le ciment de ce nouveau mouvement.
Quel avenir pour le mouvement antimondialiste?
Ce mouvement doit tôt ou tard trouver un prolongement politique. Aujourd’hui les antimondialistes se regroupent partout où le G8, le FMI, la Banque mondiale, l’OTAN ou l’Union européenne se réunissent. Demain les antimondialistes devront tendre la main aux travailleurs du privé et du public: dans les manifestations, aux piquets de grève, dans les discussions.
Le véritable défi de ce nouveau siècle est la construction d’un nouveau parti du monde du travail. Nous avons conscience que les événements qui mèneront à cela sont à l’oeuvre. Le parlement moisi peut servir de tribune d’agitation. De même que Daens a pu utiliser le parlement de Woeste pour défendre la cause des ouvriers du textile d’Alost., notre ambition doit être de parler de la même manière dans le parlement de Verhofstadt des travailleurs d’Opel et de la Sabena, du personnel soignant, des agents des services publics.
Nous sommes convaincus que le mouvement antimondialiste constitue le signe avant-coureur d’un mouvement plus général. "Lutte, solidarité, socialisme" seront à nouveau le mort d’ordre d’une nouvelle génération.