En février 1991, la Sabena lançait le plan Godfroid (du nom du président de la société) afin de supprimer 3.000 emplois. Le plan était voté en juillet 1991. En septembre 1992, la direction proposait de réduire l’emploi à 9.000 travailleurs. Au cours de l’été 1993, alors que le plan de décembre 92 n’était pas encore digéré, Godfroid annonçait un nouveau plan d’économies de 5,5 milliards. En mai 1995, le plan d’austérité "Horizon 1998" prévoyait 4,5 milliards d’éco–nomies dont 2,3 milliards sur le dos du personnel. Octobre 2000, nouveau plan d’austérité "Blue Sky" proposé par le nouveau patron Reutlinger. En février 2001 un accord social a porté sur la perte de 700 emplois par non remplacement des départs. Aujourd’hui, le plan Christophe Müller prévoit la perte de 2.000 emplois (surtout parmi le personnel de cabine) et la vente des départements Catering (repas), Cargo (fret), Technics (entretien), Sobelair (charter), hôtels, etc.
L’énoncé de cette enfilade de plans d’austérité rappelle ce qu’ont dû encaisser les travailleurs de la Sabena. On comprend donc que la coupe est pleine et qu’ils répondent vigoureusement aux nouvelles menaces. Le 9 août, à l’annonce du plan Müller, le personnel au sol a débrayé spontanément, a bloqué l’aéroport pendant deux jours et manifesté sur le tarmac. Plus qu’à l’habitude, la presse écrite et audiovisuelle s’est déchaînées contre les grévistes, tendant une plume ou un micro compatissants vers un voyageur contraint de porter sa valise. Quelques jours plus tard, à la demande d’une dizaine d’agences de voyages, le tribunal décidait d’imposer une astreinte de 250.000F à chaque travailleur de la Sabena qui bloquerait l’aéroport. Les secrétaires syndicaux se sont contentés de protester molle-ment contre ces astreintes. Le 24 août, les pilotes ont déposé un préavis de grève pour le 30 août. Les dirigeants des autres catégories de personnel refusent de soutenir ce mouvement et préfère négocier. Négocier quoi? Les travailleurs ont maintenant le dos au mur et la seule façon de se sauver est de lutter tous ensemble.
Quelle est l’origine du déficit de la Sabena? Pourquoi plu-sieurs compagnies aériennes sont-elles en difficulté (AOM Air Liberté, City Bird,...)? Au départ la Sabena était une société anonyme détenue à 100% par l’état belge. Dès les années 80, l’IATA (International Air Transport Association) a aboli les accords sur la réglementation des prix. Avant cela, la totalité des compagnies avaient des tarifs quasi identiques. Le mouvement des privatisations a été initié aux États-Unis. Les grandes compa-gnies ont été obligées de suivre. Le mouvement de privatisation dans ce secteur est donc intervenu avant que l’Union européenne ne pousse à la libéralisation dans tous les secteurs.
L’Union européenne vient cependant d’intervenir en interdisant à l’état belge de soutenir la Sabena car ce serait contraire "aux lois de la concurrence". Aujourd’hui, des compagnies telles que Ryan Air n’appliquent des tarifs très bas que dans la mesure où elles n’assurent qu’un service minimum avec du personnel très flexible.
Guy Van Sinoy