La présence du ministre flamand Johan Sauwens (Volksunie) à la célébration du cinquantième anniversaire du Sint Maartensfonds (SMF) n'est pas passée inaperçue. Un journaliste du Morgen y était présent et en a fait un article. L'histoire n'était pas belle: des runes en abondance, des gens du VMO et du Voorpost en uniforme, des chants nazis comme Die Glocken von Stalingrad (Les Cloches de Stalingrad), et des fascistes venant de partout en Europe. Une compagnie vraiment internationale. Les réactions ne se sont pas fait attendre: Sauwens pouvait faire ses valises et à peu près tous les partis, les libéraux en tête, déclaraient la guerre à l'extrême droite.
Mais quelle mouche a donc bien pu piquer Sauwens? Il savait pourtant que son parti ne pouvait pas se permettre une nouvelle crise. Le sommet du parti se déchire ouvertement sur Lambermont et c'est juste à ce moment qu'il trouve pertinent de "nazillonner".
Espérait-il y glaner quelques voix pour augmenter sa valeur en bourse électorale quand la VU explosera pour de bon? Quelles que soient ses motiva-tions, il a complètement échoué parce que l'extrême droite n'est jamais très éloignée de ces organisations qui aiment se présenter comme les défenseurs des intérêts flamands.
Pour les partenaires gouver-nementaux, c'était clair. Sau-wens devait s'excuser profondé-ment et en public s'il voulait sauver sa peau. Le SP exigeait sa démission ... du Sint Maar-tensfonds. Mais Sauwens n'é-tait pas prêt à céder comme ça. Il a cherché des excuses qui n'ont fait qu'aggraver sa situ-ation. Il a déclaré n'avoir pas remarqué la présence du VMO, les nombreux caractères runi-ques, etc ...
Il a dit que la section limbourgeoise du SMF, dont il a admis être membre depuis 25 ans, n'é-tait pas aussi radicale qu'ailleurs (voir plus loin). Bref, il s'excusait à peine. Il a fallu remanier son texte à trois reprises. Anciaux a finalement dû intervenir. Sau-wens a insinué qu'il était la victime d'un complot ourdi par De Morgen et le Vlaams Blok. Le conseiller provincial VU Anversois Koen Pauli, fils du président du SMF Toon Pauli - cité par hasard par De Morgen dans la fraude sur la Société flamande du Logement - a abondé dans ce sens. Mais Pauli a dû "corriger" son histoire.
C'est finalement le Vlaams Blok qui a vendu la mèche avec une vidéo qui montre que Sau-wens savait très bien où il se trouvait. Bien que Francis Van den Eynde, Xavier Buisseret et Roeland Raes étaient aussi présents à la fête, Dewinter n'a pas pu résister à la tentation de liquider un concurrent politique. Mal lui en a pris.
Ce tour de force médiatique était un pont trop loin. Il perd tout espoir de casser le cordon sanitaire en s'alliant avec les libéraux. Le Ministre Président flamand Dewael l'a traité de fasciste et veut que les "dirigeants du gouvernement se profilent plus qu'avant (?) dans la lutte contre l'extrême droite". Sur le plan juridique, ses collè-gues fédéraux Verhofstadt et Verwilghen veulent s'en prendre plus durement à l'extrême droite.
Le PS veut démarrer une procédure pour annuler la dotation publique du Blok (quelque 150 millions par an). Il veut aussi une loi qui prive des avantages d'une organisation reconnue les orga-nisations dont un des membres a été puni sur base de la loi anti-raciste ou de la loi sur le négationnisme. L'organisation ne pourrait échapper à cette mesure qu'en virant le membre concerné dans les 15 jours.
En outre, le PS veut changer la loi afin de permettre aux postiers de refuser des imprimés racistes et instaurer un cordon sanitaire économique des impri-meries, des services d'envoi, des propriétaires de salles et des distributeurs autour des formations d'extrême droite.
On voit tomber aujourd'hui une avalanche de propositions pour s'attaquer à l'extrême droi-te. Le ministre Anciaux (VU) fait enlever toute littérature néga-tionniste des bibliothèques. Le Ministre de la défense Flahaut (PS) licencie un réserviste pour son appartenance "à des orga-nisations extrémistes et racis-tes". La Sûreté est chargée de dresser une meilleure carte de l'extrême droite, y inclus le sommet du Blok. Il y aura une enquête sur la réunion du SMF ainsi que sur la cérémonie d'hommage au tombeau de Cyriel Verschaeve à Alverin-gem. Enfin, le procès du Centre pour l'Égalité des Chances et de la Lutte contre le Racisme suit son cours contre les 3 asbl qui représentent la colonne vertébrale du Vlaams Blok.
Les mois qui viennent pourraient voir le Blok encaisser quelques gnons. Il pourrait être provisoirement poussé sur la défensive et être contraint de prendre ses distances avec les symboles fascistes.
Mais nul ne peut encore prédire dans quelle mesure tout cela va lui nuire sur le plan électoral. En effet, à quoi sert-il d'isoler le Blok si on mène de pair une politique néo-libérale qui pous-se de plus en plus de gens dans la misère.
Mais il y a plus grave: les me-sures prises aujourd'hui contre le Blok et Cie seront utilisées demain avec encore plus de zèle contre la gauche. Il est révoltant de voir un Louis Michel ou un Steve Stevaert mettre l'extrême gauche (on y est vite catalogué aujourd'hui) et l'extrême droite sur le même pied.
Mais comment faut-il donc s'y prendre avec le Vlaams Blok? Cela n'est possible que si on élimine le terreau dont le Blok se nourrit, la politique néolibé-rale qui mène à l'exclusion. Pour cela il ne faut pas compter sur un front de tous les partis 'démocratiques', ni sur la Sûreté de l'Etat, ni sur les astuces juri-diques. La seule force qui peut vraiment pousser le Vlaams Blok dans la marginalité est la mobilisation massive des tra-vailleurs et de leurs familles. Mais le sommet syndical préfè-re parier sur les tribunaux, l'Etat et le gouvernement plutôt que d'agir lui-même.
Cela nous semble très invraisemblable, à moins que Sauwens ne reçoive des dizaines de revues du même genre.
En 1980 il y a eu une scission: l'organisation Hertog Jan Van Brabant qui édite la revue Periodiek Contact. Cette organisation est dirigée par André van Hecke, ancien SS et sponsor important du Blok.
Dans 'Periodiek Contact' on peut lire des anthologies et des panégyriques de figures comme Rudolf Hess. Une édition thématique portait sur Adolf Hitler. Partout figurent en abondance des swastikas ainsi que d'autres symboles fascistes. En 1987 les deux organisations se sont réconciliées mais les deux publications ont continué.
Berkenkruis fait de la publicité dans Periodiek Contact. En outre les deux revues sont liées à travers l'asbl Etnika qui a des publications comme "SS-Kriegsberichte", "Die SS-Pantser Divisie Wiking", etc...
Sur les images montrées par Dewinter sur la réunion du SMF on remarque la présence d'une délégation en uniforme du VMO (Vlaamse Militanten Orde), une organisation mise hors la loi en 1981 comme milice privée. Par-mi les députés flamands du Blok, John Spinnewijn a été condamné à l'époque pour son adhésion à ce club.
Nombre d'actes de violence, de camps d'entraînement et d'exercices de tir sont à mettre au palmarès du VMO. Le SMF a déjà fait plus d'une fois appel au VMO comme service d'ordre lors de ses activités. Curieux que Sauwens prétende que le SMF limbourgeois ne serait pas aussi radical. Après 25 ans d'adhésion, il devrait quand même savoir qu'un des organisateurs du SMF pour le Limbourg et la Campine est un certain Juul Brogniet, un des accusés dans le procès du VMO en 1981.
Entre-temps, Militant, Blokbuster et beaucoup d'autres anti-racistes n'ont rien vu de concret. Au contraire, le plus souvent l'extrême droite a pu librement manifester tandis que les contre-manifestants étaient traités brutalement. Encore aujourd'hui Blokbuster ne reçoit pas un franc du gouvernement. Comparez cela avec les 2.700.000F. pour le Vlaams Nationaal Jeugdverbond qui lui aussi participait avec une délé-gation en uniforme au jubilé du SMF. Il faut connaître ses amis.
Autrefois, quand la menace de l'extrême droite était moins directe, Karel de Gucht, aujour-d'hui ferme opposant du Blok, pensait différemment. Fin 1985, quand, à l'initiative du Parlement européen, une commission d'enquête sur l'extrême droite montante avait été installée, on parlait dans le rapport sur la Belgique du SMF. Dans le rapport final, le SMF avait disparu après des questions de Karel De Gucht (VLD), Rika de Backer (CVP), Jaak van de Meulebroecke (VU) et Willy Vernimmen (SP), et ce malgré les protestations de Marijke Van Hemeldonck (aussi SP et dépu-tée européenne à l'époque).
Il est possible qu'à l'époque ils ne connaissaient pas encore la vraie nature du SMF. Mais un seul coup d'oeil dans Berkenkruis aurait suffi à les éclairer. Serait-ce dû fait que le SMF a des contacts dans tous les partis, comme il le dit lui-même? En tout cas il est clair que les politiciens des partis tradition-nels ont fermé les yeux pendant des années sur la stratégie de pourrissement du Blok.
Eric Byl et Geert Cool