L'ancien premier ministre Dehaene disait jadis: "Je traite les problèmes au moment où ils se posent et maintenant, plus de commentaires". Cette assertion reflète très bien l'attitude que la bourgeoisie belge à toujours eue: rechercher le profit immédiat sans vision à long terme en laissant la population payer les pots cassés. Ceci explique pourquoi la bourgeoisie belge n'a jamais rempli sa tâche historique de former un Etat national unifié, même à l'époque où c'était encore possible.
L'arrivée du gouvernement arc-en-ciel à signifié un changement profond de communication par rapport à son prédécesseur. Au lieu du sempiternel "Pas de commentaires!", on a eu droit aux techniques de communication modernes. Pour le reste, l'arc-en-ciel suit fidèlement la ligne de son prédécesseur, y compris sur le plan communautaire.
A leur arrivée, les excellences libérales ne doutaient de rien. Dans cette ère post-stalinienne, où le capitalisme est désormais seul en lice, ils allaient résoudre une bonne fois pour toutes la question nationale. Au lieu de procéder à une grandiose réforme de l'Etat, on allait aborder les points difficiles l'un après l'autre et après on verrait bien.
La volonté y était et les moyens aussi grâce à la croissance économique. Il y avait de l'argent pour le financement de l'enseignement francophone et pour Bruxelles en échange d'une présence flamande accrue au Parlement bruxellois, dans les CPAS et dans les collèges communaux, et en échange de l'autonomie fiscale pour les régions.
Tous les obstacles semblaient levés. Il fallait juste encore voter Lambermont et Lombard. C'est là justement que le bât blesse. Le gouvernement à besoin d'une majorité des deux tiers. Pour cela, il comptait entre autres sur la Volksunie. Celle-ci est déjà divisée depuis quelques années entre ceux qui pensent que l'émancipation des Flamands est faite et qui veulent transformer le parti en un truc libéral de gauche et ceux qui continuent à défendre "la cause flamande", même si cela implique de manifester avec le Vlaams Blok. "Retour sur les barricades", y dit-on. Ce slogan horrifie la nouvelle base sociale de carriéristes autour de Bert Anciaux mais attire la vieille base nationaliste flamande, fortement amoindrie, qui voit son parti dégénérer en une (in)amicale de vieux scouts.
La VU est un peu comme le SP en Flandre. Le sommet de ce parti veut se créer une nouvelle base de patrons, de cadres et d'indépendants afin de neutraliser son ancienne base de travailleurs à laquelle il tourne le dos depuis longtemps.
A la Volksunie la "modernisation" se heurte à de la résistance. A tel point que le gouvernement doit chercher sa majorité des deux tiers ailleurs. Les conséquences n'en sont pas négligeables. Les partis gouvernementaux sont mis sous pression. Cela provoque non seulement le risque d'une scission de la VU, mais aussi des tensions entre PRL et FDF et dans le FDF lui-même.
Si la réforme de l'Etat n'est pas votée, cela signifie rien moins que la faillite de la Communauté française. D'après Régis Dohogne, de la CSC Enseignement, les salaires des enseignants pourraient ne plus être payés à moins de licencier 3.000 enseignants. De plus, la Région bruxelloise et la Région wallonne devraient intervenir. Ce serait une catastrophe pour Bruxelles qui n'en a pas les moyens et qui devrait assumer seule les coûts des nombreux étudiants wallons qui font leurs études à Bruxelles sans y payer d'impôts. De plus, la minorité flamande pourrait bloquer tout transfert financier de la Région vers la Commission communautaire française.
Il n'est donc pas étonnant que la CSC fasse pression sur le PSC pour qu'il dépanne la majorité en votant Lambermont. La CSC menace même d'actions de grève. On pourrait attendre de la CGSP qu'elle s'y joigne. Celle-ci refuse malheureusement de faire grève pour faire pression sur un parti d'opposition et est elle-même divisée.
L'aile wallonne est en faveur de la scission de l'enseignement entre la Wallonie et Bruxelles, l'aile bruxelloise s'y oppose de justesse. Résultat: le gouvernement devra bricoler et le succès n'est pas du tout garanti. Si demain les moyens supplémentaires devaient disparaître à cause du ralentissement économique, il risque d'être coincé. Résoudre la question nationale dans le cadre du capitalisme est impossible.
Eric Byl