Élections en Italie:
Le second tour social sera crucial

La "Maison des libertés" de Silvio Berlusconi l'emporte nettement (45%) sur l'"Olivier" (33%). Mais est-ce vraiment la victoire de la droite? La Ligue du Nord d'Umberto Bossi perd la moitié de ses voix et atteint à peine les 4%. L'Alliance nationale (AN) de Gianfranco Fini recule de 15,7% à 12%. Le Biancafiore, qui regroupe les catholiques de droite au sein de la "Maison des libertés", n'atteint pas les 4%. C'est le parti de Berlusconi, Forza Italia!, qui, avec 29,4% des voix, assure la victoire à la droite.

Bien plus que la victoire de la droite, les élections du 13 mai consacrent surtout la défaite d'une certaine "gauche".

La presse internationale ne tarit pas d'éloges sur le bilan de la coalition sortante. Romano Prodi n'a-t-il pas fait entrer l'Italie dans l'euro? Cette marche forcée vers l'euro s'est traduite par des attaques massives contre les salariés, les allocataires sociaux et les services publics. Le gouvernement sortant s'est par exemple attaqué à l'enseignement; les droits d'inscription les plus bas ont été augmentés de 40 à 70%, tandis que les bourses seront désormais octroyées, non plus en fonction des revenus des étudiants, mais en fonction des résultats obtenus…

La coalition de "gauche" a en fait appliqué par morceaux le plan d'austérité du premier gouvernement Berlusconi de 1994. Berlusconi I avait alors essayé d'imposer un plan d'économies drastiques qui prévoyait notamment la privatisation des pensions. Ce plan s'est heurté à une riposte massive des travailleurs qui sont descendus par millions dans la rue. Le pays a été paralysé par une grève générale. Prise au dépourvu par une telle résistance, empêtrée dans les affaires de corruption, la coalition de Berlusconi a alors vu croître en son sein les tensions jusqu'à ce que la Ligue du Nord claque la porte du gouvernement: Berlusconi I avait vécu après seulement sept mois.

Victorieuse aux élections qui ont suivi, la coalition de "gauche" a réussi là où Berlusconi avait échoué. Il ne faut pas chercher plus loin les raisons du soutien appuyé de Louis Michel à l'Olivier et des attaques en règle de la presse européenne contre Berlusconi. La bourgeoisie européenne craint comme la peste de voir se reproduire le scénario de 1994 qui a vu la classe ouvrière italienne mettre la bourgeoisie en échec.

Les attaques de la bourgeoisie européenne se sont surtout concentrées sur Umberto Bossi et sa Ligue du Nord. Louis Michel l'a même traité de fasciste et a comparé la Ligue au FPÖ de Jörg Haider en Autriche. Or la Ligue s'apparente beaucoup plus à des mouvements tels que celui de Poujade dans les années cinquante et celui de Philippe de Villiers en France ou avec l'ex-UDRT en Belgique. Soit des partis qui expriment les frustrations des classes moyennes rendues folles de rage par la crise économique du capitalisme. Prises en étau entre la classe ouvrière et le grand capital bancaire et industriel, elles réclament à cor et à cris moins de taxes, moins de solidarité avec les régions pauvres, moins d'état, plus de flexibilité du travail,…

Bien sûr, le fascisme s'abreuve à la même source. Mais alors que les partis fascistes sont des machines de guerre visant à détruire le mouvement ouvrier, les partis comme la Ligue ne sont que des machines électorales; la violence des imprécations de Bossi est proportionnelle à son impuissance. La Ligue disparaîtra aussi rapidement qu'elle a surgi. Il est peu probable qu'elle survive longtemps à sa déroute du 13 mai.

Il en va tout autrement de l'Alliance nationale (AN) de Gianfranco Fini. Ce parti est directement issu du Mouvement social italien (MSI). Le MSI se réclamait ouvertement de Mussolini. Mais, face à la combativité de la classe ouvrière italienne, Fini a dû renoncer temporairement à son rêve d'un grand parti fasciste de masse. Il a donc fait un tournant tactique vers la démocratie parlementaire. Mais s'il a rejoint la "Maison des libertés" de Berlusconi et gommé officiellement toute allusion à l'ère mussolinienne, il laisse sa base donner libre cours à ses convictions fascistes. Pour ce Mégret italien, il s'agit de mettre en veilleuse la machine de guerre tant que la force potentielle du mouvement ouvrier italien reste intacte… tout en la maintenant prête à l'emploi lorsque les circonstances s'y prêteront. Beaucoup dépendra donc de l'issue de la confrontation qui aura lieu entre la classe ouvrière et Berlusconi II dès qu'il tentera d'appliquer son programme antisocial.

L'Olivier et Rifondazione communista

La coalition de l'Olivier était au pouvoir depuis 1996. Le plus grand parti de cette coalition est la DS (la Gauche démocratique), la majorité de l'ancien PCI, qui mène une politique semblable à celle du New Labour en Grande-Bretagne. Il y a encore dans cette coalition Margherita (un débri de la Démocratie chrétienne) Girasole (des verts et des socialistes de gauche) et le Pdci (Parti des Communistes italiens, une scission de droite de Rifondazione communista - RC). L'Olivier a été sanctionné par l'électeur pour sa politique néolibérale. L'Olivier limite les dégâts car au dernier moment une partie de son électorat a quand même voté pour lui en espérant infléchir sa politique et faire barrage à Berlusconi.

Le virage à droite du vieux Parti communiste italien a provoqué une scission en 1991; Rifondazione communista (RC). RC a connu un développement rapide et a obtenu 5,2% des voix en 1992 et 8,6% en 1996 soit 3,2 millions de suffrages. En outre, RC a une capacité de mobilisation plus forte que l'ancien PCI. RC n'a pas fait partie de l'Olivier mais l'a soutenu de l'extérieur. RC a continué à soutenir le gouvernement et n'est pas parvenue à offrir une alternative socialiste. Ceci explique - de même que la polarisation entre les deux blocs pendant la campagne électorale - le recul de RC qui perd 1,9 million de voix. Si RC mobilise les travailleurs contre les mesures de Berlusconi, il pourra faire du socialisme au sens large un puissant courrant en Italie.

Hosted by www.Geocities.ws

1