| Budgets communaux |
Les villes et communes s'attendent à une baisse des recettes (étant donné la réforme fiscale fédérale) et à une envolée des dépenses (notamment à cause de la réforme des polices).
L'élaboration du budget des communes a cependant révélé pas mal de cadavres dans les placards. Ainsi par exemple, à Schaerbeek, les responsables viennent de "découvrir" que le déficit annuel de la commune se chiffrait à 1,85 milliard: 850 millions de déficit pour la commune proprement dite, 800 millions restant (1992-1995!) de la réorganisation de l'hôpital Paul Brien dans le cadre du plan Iris (semi-privatisation des hôpitaux publics) et 200 autres millions de déficit du CPAS.
Comparé à cela, le déficit sérieux d'une grande ville comme Charleroi (750 millions de déficit) apparaît presque comme bénin. Parmi les autres villes en difficulté financière grave, citons Anvers, Gand et Malines.
En général, le constat de situations financières critiques n'a pas pour autant suscité de propositions positives de la part des responsables: ils ne discutent jamais, par exemple, de comment combattre la pauvreté dans les quartiers défavorisés.
La plupart du temps, les discussions se résument à: "Dans quelles dépenses allons-nous sabrer pour boucler le budget?" Les réponses en général ne changent pas: restrictions de personnel communal (le plus souvent remplacé par des travailleurs sous "contrat" ALE), démantèlement et privatisation de services vitaux (distribution d'électricité, collecte des immondices).
Les dossiers importants qui arriveront sur la table au cours des prochaines années seront celui de la libéralisation de la distribution d'eau potable et ce qu'on appelle la "réforme" de la sécurité sociale (en clair: la sécurité sociale fera peu à peu place à l'assistance sociale).
Quelles devraient être les tâches d'une gestion communale?
Les recettes communales proviennent en grande partie des habitants. Il serait donc naturel que ces recettes soient consacrées à améliorer la qualité de vie de la population. En pratique, une partie importante des dépenses est utilisée pour satisfaire les desiderata des entreprises, des commerces, des hôtels et des classes moyennes.
Une entreprise a besoin que l'on déplace la rue? Pas de problème, on la déplace. Les usines peuvent polluer l'air et l'eau tandis que dans la plupart des villes - à l'exception (pour le moment) de l'agglomération bruxelloise - les habitants sont "responsabilisés" à coups d'amendes s'ils n'utilisent pas les sacs poubelles payants.
Autre exemple: le logement social. Les besoins en logements sociaux sont criants dans les grandes villes où les loyers sont en général plus chers que dans les petites localités. Les listes d'attente pour obtenir un logement social sont donc longues et les trucages sont nombreux: attribution de logements à des personnes qui ne sont pas prioritaires, copinage, voire corruption pure et simple. De plus, certains logements sociaux sont laissés en mauvais état: la population qui y habite n'a en général pas les moyens de réclamer (personnes âgées, minimexés,...).
Normalement, les pouvoirs publics locaux devraient mettre un terme à de telles pratiques. Mais il arrive fréquemment que ce soient les mandataires communaux qui favorisent de telles pratiques frauduleuses afin de fidéliser leur clientèle électorale.
Le principal argument le plus souvent avancé pour sabrer dans les dépenses est qu'il faut absolument assainir la dette communale. Des villes comme Anvers ou Dixmude, par exemple traînent une solide dette. Mais il est intéressant de savoir comment ces dettes sont apparues. Les habitants devront-ils rembourser pendant des dizaines d'années les dettes contractées par leur commune et les intérêts de ces dettes aux banques? Ainsi à Anvers, la dette de la ville s'élevait à 70 milliards en 1983. Depuis lors la ville a remboursé annuellement entre 2 à 7 milliards. Aujourd'hui il reste encore 60 milliards à rembourser! Pour les banques c'est évidemment une bonne affaire... mais pour la population chaque million d'intérêt versé aux banques signifie par exemple moins de crèches, moins de services sociaux, moins d'entretien de la voie publique.
Il faudra se battre contre la poursuite de ce type de gestion au cours des prochaines années: ce ne sera pas seulement contre la généralisation du sac poubelles payant, mais aussi contre la privatisation de la distribution d'eau potable. Il sera peut-être prévu d'accorder une fourniture minimale d'eau pour les plus pauvres, mais qui peut vivre avec un rationnement d'eau?
Anja Deschoemacker