Le week-end du 30 mars, Militant à tenu son congrès national au littoral. Éric Byl reprend ci-dessous les principales analyses et conclusions principales. Nous publierons les résolutions amendées et les conclusions. Nous espérons ainsi apporter un outil de travail pour beaucoup de militants .
Une réponse socialiste au démantèlement capitaliste
"Quelle différence avec les congrès des Jongsocialisten (les Jeunesses socialistes en Flandre) et d'Agalev. J'étais impressionnée. Ici on discutait vraiment avec des textes approfondis. Je n'avais jamais participé à des discussions tellement élaborées et démocratiques."
Laurette,(50 ans), institutrice et ex-membre des Jongsocialisten et plus tard d'Agalev.
C'était sa première participation à un congrès de Militant.
Cette réaction reflète l'ambiance de notre 6e congrès. Ce n'était pas, contrairement aux congrès des partis traditionnels, un congrès dont la matière est subordonnée à l'effet médiatique. Les résolutions de congrès n'étaient pas non plus, comme souvent dans les organisations de jeunesse des partis traditionnels, un décor derrière lequel se cachent les véritables enjeux: manoeuvres bureaucratiques afin de se mettre en valeur devant les bonzes du parti qui viennent recruter de nouveaux collaborateurs.
Ici on ne considérait pas la discussion comme "ennuyante" et le congrès ne devait pas être réparti en groupes de travail afin de "laisser pour une fois la parole à la base". Ici on échangeait des expériences, on discutait, on tirait des conclusions et on décidait d'orientations. Le succès d'un congrès du Militant ne se mesure pas en intérêt médiatique, mais à la compréhension des perspectives et la volonté de définir les tâches pour la période à venir.
Le congrès s'est déroulé dans un contexte sensiblement différent des ceux des années 90. A l'époque, la bourgeoisie était pleine de confiance après sa victoire historique contre le stalinisme. L'économie de marché capitaliste était considérée comme le seul système social qui marche. Un nouvel ordre mondial était proclamé. Les carences du système, par exemple la situation dramatique du tiers-monde ou le développement de la pauvreté en Europe, étaient considérés comme des problèmes qui seraient résolus avec le temps. Poussé par les nouvelles technologies, la commerce électronique et la mondialisation, le capitalisme permettrait d'améliorer le sort de chacun. La croissance économique prolongée aux États-Unis et la hausse continue du cours des actions semblaient confirmer ce pronostic optimiste. Ceux qui allaient à contre-courant étaient inévitablement isolés.
Mais l'ère de la mondialisation n'est pas un nouveau stade économique menant à quelques décennies de croissance économique ininterrompue. Elle représente au mieux un nouveau régime politique de démantèlement des acquis sociaux, de sape de la réglementation du travail, de privatisation des services publics. Sur tous les plans - économique, politique et social - nous nous trouvons aujourd'hui à un tournant où les vieilles certitudes sont de plus en plus remises en cause.
La bulle spéculative
Ce qui a le plus frappé au cours de ces dernières années est sans doute la croissance effrénée de la spéculation en bourse. Qui n'a pas entendu les histoires de ces étudiants qui se sont enrichis avant la fin de leurs études en créant une entreprise sur internet ou en participant à la spéculation boursière. Il n'est pas rare que des travailleurs d'une même entreprise se soient groupés pour tenter un coup de dé en bourse, un peu comme on joue au Lotto. L'idée qu'il suffisait d'être assez "malin" pour risquer un gros coup et grimper rapidement l'échelle sociale était largement répandu. Et dans un tel contexte, la lutte collective pour améliorer son sort perdait du terrain. Beaucoup avaient l'illusion qu'ils s'en tireraient mieux seuls.
La hausse rapide des indices boursiers de nouvelles technologies (ex: NASDAQ) était largement basé sur des prévisions de profits qui ne se sont jamais réalisées. L'impact des nouvelles technologies a d'ailleurs été relativement limité. La croissance a surtout la conséquence des reculs que les travailleurs ont dû concéder (réglementation et conditions de travail, salaires). Pour les travailleurs, cette croissance s'est faite aux dépens de plus de stress, plus de précarité et moins de pouvoir d'achat. Le fossé entre riches et pauvres n'a jamais été si grand. Les trois hommes les plus riches du monde ont une fortune personnelle égale à celle de 600 millions d'habitants de pays du tiers-monde. Mais ce n'est pas seulement le fossé entre pays industrialisés riches et pays du tiers-monde qui a grandi. Dans les pays occidentaux avoir un emploi n'est plus une garantie contre la pauvreté, seule la richesse d'une petite minorité à doublé.
La croissance continuelle de la production - dans l'espoir de faire plus de profit - dans un marché contracté par la baisse du pouvoir d'achat des travailleurs conduit inévitablement à la surproduction et la crise. La crise a pu être retardée en accordant du crédit aux entreprises et aux consommateurs, souvent en acceptant comme garantie des actions surévaluées en bourse. Cela peut donner un peu de répit pendant un temps, repousser la crise, avec pour conséquence que quand elle arrive c'est encore pis. Tôt où tard le crédit doit être remboursé. Beaucoup d'entreprises et de consommateurs n'en seront jamais capables.
Bien avant que la crise n'éclate beaucoup d'entreprises effectuent des licenciements préventifs auxquels s'opposeront les travailleurs. De surcroît, le bradage des services publics et le démantèlement des allocations sociales et des pensions réduisent la base sociale sur laquelle les gouvernements s'appuyaient jusqu'à présent.
Le désordre mondial
L'extension de la pauvreté provoque des tensions. Avec l'arrivée au pouvoir du président américain Bush et du premier ministre israélien Sharon, le peu de stabilité mondiale a encore diminué. En cas de crise ce sera encore moins possible de mettre de l'argent sur la table afin de faire baisser les tensions militaires. Bush semble déjà avoir commencé une nouvelle course aux armements. Sa politique internationale a déjà inspiré quelques gouvernements européens. Beaucoup de jeunes sont conscients du danger que cela représente. C'est ce qui explique le succès de la récente mobilisation ("bomspotting") à Kleine Brogel.
Jusqu'ici la politique de la bourgeoisie était d'appliquer par tranches le néolibéralisme. En Europe elle s'est appuyée pour cela sur la social-démocratie, sur les verts et sur les dirigeants syndicaux qui ont tenté au mieux de limiter le dégât aux moyens de plans sociaux. En cas de crise, la marge de manoeuvre de la bourgeoisie sera très mince. La bourgeoisie et ses représentants politiques exigeront de nouvelles mesures d'austérité encore plus dures et qui mèneront sans doute à des confrontations sociales importantes.
Il ne faut rien attendre de bond du côté de la social-démocratie qui a échangé presque partout son passé ouvrier contre pour une politique ouvertement bourgeoise. Ni des verts. Ce n'est d'ailleurs pas une coïncidence que si dans plusieurs pays d'Europe des formations de gauche font des scores électorales remarquables. Les syndicats sont plus sensibles à la pression de la base, ils deviendront le terrain où la lutte des classes se prépare. En première instance ce seront surtout des jeunes qui se mettront en action. On a vu des exemples à Seattle, Melbourne, Séoul, Prague et Nice.
Belgique
L'économie belge est orientée surtout vers l'exportation. La crise se fera sentir plus vite et plus fort que dans les pays voisins. Jusqu'à présent le gouvernement arc-en-ciel a pu profiter de la croissance économique (4% l'an dernier). Cela a apporté 158 milliards de recettes publiques supplémentaire: suffisamment pour financer une politique où on reprend d'une main ce que l'on donne avec l'autre. Dix milliards pour Sabena en échange d'un plan d'austérité à supporter par les travailleurs. 3% d'augmentation salariale pour les enseignants flamands en échange de salaires à la carte selon le nombre d'heures prestées. Le vrai travail d'austérité doit seulement commencer. Les prévisions optimistes actuelles promettent une croissance de 2,5% à 2,75% pour cette année. Pour le budget cela représenterait un revenu supplémentaire de 52 à 58 milliards, largement moins que l'an dernier. Le gouvernement ne pourra donc pas financer tous ses projets. Il n'est donc pas surprenant que les libéraux annoncent déjà qu'il faudra accorder moins d'attention au social.
Le CVP, qui s'est tenu à l'écart jusqu'à présent, commence a grogner. Les tensions au sein du gouvernement augmentent, aussi sur le plan communautaire. De plus Mia de Vidts (FGTB) a signé un accord interprofessionnel contre lequel la base fait grève. Dans beaucoup d'entreprises les délégations syndicales exigent plus que la norme salariale et dans la construction on fait grève contre le travail intérimaire prévu dans l'accord interprofessionnel.
Mais ici aussi ce seront surtout les jeunes qui résisteront d'abord. Les grand-messes des ministres européens à Bruges, Liège, Gand et Bruxelles après l'été provoqueront de nombreuses manifestations. visés.
Ce n'est naturellement qu'un début d'action. Et comme d'habitude cela sera s'accompagnera de toute sorte d'illusions et de confusions. Certains essayeront de rendre le système actuel un peu plus humain, d'autres le rejetteront sans apporter d'alternative. Certains appelleront à diriger la résistance vers des canaux inoffensifs, à réclamer une Europe sociale, à la représentation des organisations non-gouvernementales dans les instances internationaux, à des mesures de corrections limitées, à des conférences, à des manifêtes (sic!). D'autres viseront plutôt des combats avec la police, essayeront d'organiser les plus radicaux et élaboreront toute sorte de feintes pour tromper la police.
Militant interviendra de façon loyale dans ce mouvement. Nous commenceront en lançant nous-même - avec Blokbuster, Jeunes contre le Racisme en Europe (JRE), Aktief Linkse Studenten et le syndicat lycéen (SVB) - une campagne sous le nom de "Résistance Internationale". Nous sommes en faveur d'actions radicales, pourvu qu'elles attirent des travailleurs et des habitants de quartiers et ne les repoussent pas. Pas de balivernes académiques, mais expliquer patiemment dans les quartiers et les entreprises ce que l'Europe signifie réellement. La force des manifestants résidera dans leur nombre et pas dans la ruse avec la police. Nous voulons donc orienter les jeunes que nous rencontrons dans "Résistance Internationale" vers les entreprises, les quartiers, les bureaux de chômage et les écoles.
Tant que la police sera exclusivement confrontée à des jeunes radicalisés elle continuera à provoquer. Les médias feront le reste afin de marginaliser le mouvement. Dès que la police sera confrontée aux travailleurs, jeunes et moins jeunes, l'image changera. Les mobilisations à Bruges, Gand, Liège et Bruxelles ne peuvent s'arrêter en décembre, mais doivent créer la base d'un large mouvement de résistance qui continuera à faire de la politique dans la rue aussi après décembre.