Conventions collectives
Les revendications fusent de la base
En avril dernier les négociations en vue de conclure une nouvelles convention collective pour deux ont débuté beaucoup d'entreprises et de secteur. Si on examine la préface de l'accord interprofessionnel 2001-2002 on a connu l'an dernier une période faste: "une croissance économique de près de 4%, un taux de chômage qui passe sous la moyenne européenne, une amélioration remarquable de la compétitivité des entreprises, une baisse importante du nombre de faillites, avec en vue un budget à nouveau en équilibre."
Malgré ce contexte les directions syndicales n'envisagent pas de revendiquer que les travailleurs récoltent une part des fruits de cette croissance. Elles se résignent à accepter la norme salariale de 6,4%, avec 0,4% pour les secteurs qui enregistrent "des prestations économiques exceptionnelles". Elles ont convenu avec le patronat qu'en aucun cas les hausses de salaire horaire ne pouvaient dépasser 7%.
L'acceptation de l'accord interprofessionnel ne s'est toutefois pas faite sans mal au sein de la FGTB: globalement 67% ont voté pour, mais dans certaines centrales telles la Centrale des Métallurgistes (CMB) ou la Centrale générale (chimie, bâtiment,...) seule une courte majorité a voté pour.
Il était évident que les négociations dans les secteurs et les entreprises débuteraient dans des conditions difficiles. A la base les travailleurs voulaient une augmentation. Mais les patrons ne voient pas cela ainsi. Pour eux, une promesse est une promesse: maximum 7%! Les fédérations patronales se montrent donc agressives et n'acceptent d'entamer les discussions que sur des revendications minimales.
Il n'est donc pas étonnant qu'en mars et en avril une série de débrayages aient éclaté dans un certain nombre d'usines. Il s'agissait parfois d'actions défensives, pour s'opposer par exemple à des licenciements ou à des fermetures. C'est ainsi que pour la première fois les travailleurs de Janssen Pharmaceutica ont fait grève. Après la grève contre la suppression de 286 emplois, la direction de l'entreprise a été contrainte de doubler les primes de départ. Le plan social coûtera donc 100 millions à Janssen Pharmaceutica: une paille en comparaison des 11 milliards de bénéfice l'an dernier. Chez Danone à Beveren, à la Sonaca à Gosselies et chez Clarks à Gand on a fait grève.
Il y a eu au cours des dernières semaines plus d'actions offensives pour des augmentations de salaire et pour de meilleures conditions de travail. La mollesse des directions syndicales se heurte clairement aux souhaits de la base. La rancoeur à propos du quasi le gel des salaires est profonde, surtout dans les grandes entreprises: "l'économie tourne à plein régime, les entreprises accumulent les bénéfices et on n'en voit pas la couleur sur notre fiche de paie". Il n'est donc pas étonnant que les revendications débordent la norme salariale.
Dans le secteur de la construction, la FGTB a refusé de signer la convention. Le congrès professionnel du bâtiment a refusé que le travail intérimaire soit élargi au secteur de la construction. La direction de la FGTB avait pourtant marqué son accord sur ce point dans l'accord interprofessionnel. A la base, la colère des ouvriers du bâtiment a éclaté et la grève de deux jours lancées par la FGTB a connu un succès éclatant. Des équipes de piquets volants ont fait le tour des chantiers qui l'un après l'autre ont cessé le travail.
Dans la métallurgie les travailleurs ont accueilli l'accord sectoriel avec beaucoup de tiédeur. La direction de la CMB prétend bien que la norme salariale a été "rompue". Elle a été effectivement été dépassée de... 0,1%! Mais pour les employés la fédération patronale Agoria (ex-Fabrimétal) n'a pas accepté d'aller "si loin".
Dans la chimie c'est principalement dans la région anversoise que l'agitation s'est manifestée en ce qui concerne les conventions d'entreprise. Chez Degussa l'accord prévoyant 22F d'augmentation du salaire horaire et 2 jours de congé compensatoires supplémentaires (réduction du temps de travail) a été rejeté par 60% des travailleurs. La proposition que le conciliateur social a ensuite proposée a été acceptée de justesse. Chez Agfa-Gevaert à Mortsel, un préavis de grève pour le 2 mai a été déposé après l'échec des négociations. Les travailleurs n'acceptent pas la proposition d'augmentation de 18F l'heure. Chez Bayer, quelques centaines de travailleurs ont débrayé pendant quelques heures: ils estiment que 20F en plus à l'heure et 1 jour compensatoire supplémentaire c'est insuffisant. Après l'action la direction a dû se remettre à la table de négociations.
Un peu partout on assiste donc à une poussée da la base pour déborder les accords conclus au sommet. Les directions syndicales ont signé un accord interprofessionnel qui répond aux souhaits des patrons. Aujourd'hui il est encore possible de négocier des augmentations dans un contexte de croissance économique. Demain, cela ne sera plus possible quand la crise économique frappera et que les patrons défendront avec hargne leurs profits. Si on doit mener la bataille pour sauver l'emploi avec de telles directions syndicales, cela risque d'être un bain de sang social.