Roeland Raes
Le Vlaams Blok plie sous la pression de l'opinion publique.
Quand les ALS (Aktief Linkse Studenten) ont estimé nécessaire, au début de l'année académique, une mobilisation contre la présence de Raes dans le conseil d'administration de l'université de Gand, ils ont appelé à mettre sur pied un comité anti-Raes. Ils ont organisé une manifestation, collecté des milliers de signatures parmi les étudiants sous le slogan "Raes hors du conseil" et interdit l'accès au conseil à Raes en barricadant le conseil pour Raes et ses complices. L'argument des étudiants: Raes est un Vlaams Blok ainsi qu'un négationniste avéré et nous ne pouvons pas laisser un tel personnage décider sur la politique de notre université.
Une proposition de décret pour dépolitiser le conseil et de telle façon exclure le Blok n'est intervenue qu'après les protestations. Les partis traditionnels espéraient ainsi mettre fin à la mobilisation et en même temps introduire un nouveau principe (ou une nouvelle direction): la dépolitisation de l'université en remplaçant les politiciens par des gestionnaires. Les ALS n'étaient pas d'accord avec cette logique et ont été obligés d'entamer une lutte au sein du comité anti-Raes même. Nous n'acceptions pas le chantage. Il fallait continuer le blocage jusqu'à l'exclusion de Raes du conseil sans tenir compte de la proposition de décret. Celle-ci n'est qu'un moyen pour différer indéfiniment le cas Raes, pour éliminer les protestations et pour préparer les étudiants à accepter que des managers ou des spécialistes déterminent la politique de l'université. La position des ALS était: on ne peut pas faire confiance à ces gens-là, il faut tenir bon.
Il a fallu qu'un journaliste néerlandais, Foeke De Koe, sur base des informations qu'il avait obtenues via Blokbuster, mette Raes au pied du mur en l'invitant à s'exprimer sur l'holocauste. Les propos de Raes ont gagné tous les journaux comme une traînée de poudre. Les étudiants ont enfin pu crier victoire. Le recteur, ainsi que d'autres instances, on dû se résoudre à prendre position contre Raes en l'invitant à démissionner du conseil.
Cela a fait l'effet d'une bombe. La première réaction du Blok est venue de son président Frank Van Hecke: Raes apprend ainsi à ses dépens que le Vlaams Blok doit d'abord faire de la politique et éviter d'alimenter les controverses. Au sein de la direction du Blok on a discuté ferme sur la meilleure façon de réagir. Une question difficile pour le Blok parce qu'il est un amalgame de toutes sortes de figures d'extrême-droite et fascistes acquises aux thèses négationnistes.
Le procès en cours contre les 3 asbl dont Raes était cogestionnaire a accru la pression. Le risque était trop grand et le Vlaams Blok a plié sous la pression. Il a fallu sacrifier Raes afin de démontrer que le Blok ne tolère pas de telles affaires. De nécessité il a fait vertu. Le Blok est prêt à faire des compromis tactiques et à tenir compte de la pression qui existe dans la société.
Mais ceux qui pensent que Raes, ou son courant, est éliminé se trompent. Le Blok ne fait qu'un virage tactique qui va sans doute susciter des grognements dans ses rangs de la part des éléments les moins patients, mais certainement pas un tournant stratégique qui mettrait fin au caractère fasciste de ce parti. De cette façon, le parti tente seulement de réfuter les arguments qui plaident pour le cordon sanitaire.
Les tensions au sein du Blok peuvent-elles mener à une scission entre les différents courants qui le traversent? Cela n'est pas exclu mais peu probable dans un avenir proche. Le Blok a tout intérêt à rester uni et sa direction l'a compris. Il sera obligé de manoeuvrer. Une participation au pouvoir, par exemple, mènerait à des tensions importantes. Mais de là à en conclure que le Blok sera pénalisé par l'exercice du pouvoir relève de la spéculation et n'est pas acceptable comme stratégie. Il ne faut pas jouer avec les conditions de vie et de travail des travailleurs et des jeunes.
Els Deschoemacker