France
La Gauche plurielle sanctionnée aux municipales
"Pour la première fois depuis La Commune, la gauche emporte Paris" écrivent les quotidiens. Mais quel contraste entre les communards "qui montaient à l'assaut du ciel" comme l'écrivait Marx et la Gauche plurielle à la mairie de Paris et au gouvernement!
Le résultat à Paris représente tout au moins une victoire pour les idées du socialisme. Le PS conserve, il est vrai, quelques accents du "vieux discours socialiste", mais rejette clairement la perspective d'un changement socialiste.
Le nouveau maire de Paris, Bertrand Delanoë, est une figure populaire en raison de l'attention qu'il porte aux problèmes des parisiens, mais il l'a surtout emporté grâce à la division de ses adversaires de droite. Jean Tiberi, le maire sortant, a trempé dans trop de scandales pour encore recevoir le soutien des états-majors de la droite. Mais le candidat officiel de la droite, Philippe Seguin, n'est arrivé en tête au premier tour que dans 4 arrondissements sur 20 et a fait moins bien que Tiberi.
Les Verts, qui siègent au gouvernement, mais qui sont vus par une partie de la population comme étant les porteurs d'un vote de protestation font un bon score à Paris, 12% au premier tour. Ces voix ont été reportées sur le candidat du PS au second tour. C'est le second élément qui a permis la victoire de Delanoë.
La victoire du candidat du PS à Paris est une sévère défaite pour le président Chirac qui, comme candidat unique de la droite, espère l'emporter à nouveau l'an prochain aux élections présidentielles. De plus, Chirac a été maire de Paris pendant de longues années.
La baisse du taux de chômage et la croissance économique ont facilité les choses pour Jospin. Mais l'optimisme qui règne dans les couches dirigeants doit être tempéré par le ras-le-bol des plans d'austérité chez les travailleurs. Une partie de l'électorat populaire a pris ses distances à l'égard de la Gauche plurielle. Celle-ci perd 30 villes importantes et gagne, en plus de Paris, Lyon et Dijon.
Dans la plupart des régions le Front national de Jean-Maris Le Pen et le MNR (la scission animée par Bruno Mégret) perdent du terrain. C'est un soulagement pour la droite traditionnelle de voir que l'extrême-droite recule de 5%.
A gauche, le Parti communiste encaisse un fort mauvais résultat, probablement le plus mauvais de son histoire. Il perd un nombre important de villes et de communes, même dans des bastions traditionnels tels que la banlieue rouge autour de Paris. Le PC perd ainsi Nimes et Drancy, des villes qu'il contrôlait depuis 1935.
La gauche radicale progresse dans les régions industrielles de façon remarquable, surtout aux dépens du PC. Lutte Ouvrière (LO) recueille 120.000 voix. Dans la région industrielle du nord du pays, LO recueille même 19%. La LCR (Ligue communiste révolutionnaire), contre toute attente, fait aussi de bons résultats. Ainsi, à Rouen, elle obtient 5 sièges alors que les sondages prévoyaient un élu pour la LCR. A Toulouse, la liste Motivés, soutenue par beaucoup de jeunes et par le groupe musical Zebda, obtient 12%.
Les électeurs français ont également sanctionné les ministres de la Gauche plurielle qui espéraient poursuivre leur carrière en conquérant une mairie. Cinq ministres mordent la poussière.
Le PS devra donc tenir compte des nouvelles données: le renforcement des Verts et le tassement du PC. Il sera contraint de faire des concessions sur le plan social afin de maintenir l'unité du gouvernement.
Depuis les années 80, la part du revenu national qui va aux travailleurs est passée de 74% à 60%. Un récent sondage révèle qu'une majorité des électeurs appuient toujours les mouvements de grève et de protestation. Cette lutte s'approfondira au moment où la France sera touchée par le ralentissement général de l'économie mondiale. Les exportations françaises vers les États-Unis ont déjà baissé de 17% depuis décembre dernier! La période rose du gouvernement "socialiste" prendra vite fin.
La participation électorale au premier tour a été très faible: 32,7% seulement en moyenne. Le deuxième a mobilisé plus d'électeurs, mais le faible niveau de participation reflète la méfiance de la population à l'égard de tous les partis. Le gouvernement a entre-temps créé quelques centaines de milliers d'emplois, mais pour la plupart des emplois temporaires et mal payés.
Ces élections ne sont qu'un baromètre qui nous montre cependant que la situation est instable. Les voix pour l'extrême-gauche et pour les "indépendants" combinées avec le nombre importants de bulletins blancs exprime une radicalisation mais illustre aussi le vide politique que la droitisation de tous les partis a créé.
Nos camarades en France n'ont pas soutenu uniquement les listes de la LCR et des listes contre la Gauche plurielle mais ont veillé à ce que des représentants des travailleurs et des chômeurs figurent sur ces listes. Dans leur matériel, nos camarades ont mis l'accent sur l'importance de maintenir l'esprit de lutte ("Tous Ensemble!") qui avait animé les grèves de 1995. Ils ont enfin défendu l'idée que la campagne pour un nouveau parti des travailleurs devait absolument se poursuivre afin de pouvoir combler le vide politique que le PC et le PS ont laissé derrière eux.
Clare Doyle