L'électricité libéralisée
Le gouvernement belge a donné son feu vert à la libéralisation du marché de l'électricité. Un projet européen se trouve dans les tiroirs depuis 1996 et la Belgique met à son tour en oeuvre les préparatifs pratiques. Payera-t-on demain l'électricité moins cher du fait de la libéralisation du marché? Qui tirera profit de la fin du monopole d'Electrabel? Quels intérêts défend-on ici?
Par Karl Debbaut
En tout cas pas les intérêts des travailleurs d'Electrabel! L'entreprise a déjà annoncé un plan de réorganisation en vue de se préparer à une lutte concurrentielle acharnée. On veut supprimer 2200 emplois en Belgique d'ici 2003. Il y aura 800 licenciements secs. On ne se fait pas de cadeaux. Après l'échec des négociations avec les syndicats, la direction était allée négocier directement avec les 800 personnes pour lesquelles on n'avait "pas de solution". Des matelas avaient été acheminés aux centrales nucléaires de Doel et de Tihange pour que les cadres puissent rester sur place en cas de grève.
Le fait que les communes aient toujours leur mot à dire dans l'organisation de la distribution de l'électricité, à travers les intercommunales mixtes, est très important. Cela représente en moyenne 15% des revenus des communes. Supprimer les intercommunales mixtes mettra bon nombre de communes en déficit, un déficit qui sera bien sûr comblé par une augmentation des taxes communales. Si les tarifs baissent de 5BF à 4FB le kwh, il n'en restera plus grand chose si les taxes communales grimpent de 15% des taxes communales.
Pour rendre la concurrence possible les entreprises, qui dans le passé organisaient le transport de l'électricité depuis la centrale électrique jusqu'au consommateur, devront être scindées. Des entreprises s'occuperont de la production, d'autres des lignes à haute tension, d'autres du réseau basse tension et d'autres encore de la fourniture aux consommateurs. Tout cela ne fera pas seulement grimper les prix. Le réseau deviendra chaotique et comportera beaucoup de risques de pannes et d'accidents. Le réseau électrique belge, qui a une moyenne de pannes de 25 minutes par an et par consommateur, est fiable. On veut le remplacer par un système comme en France ou en Allemagne où les pannes s'élèvent déjà à 2 heures en moyenne.
Les deux tiers du marché européen ont été libéralisés. Le contrôle sur la production et la distribution de l'électricité tombe entre les mains de quelques grandes multinationales. Au cours des deux dernières années le marché européen du gaz et de l'électricité a connu une hausse de 45% en matière de fusions et de reprises. Ces fusions et reprises ont mobilisé des capitaux colossaux. Cet argent sera récupéré: soit en retardant les investissement nécessaires, soit bien en augmentant les tarifs.
En Californie on n'a plus investi depuis le début du processus de libéralisation en 1996. Fin mars le réseau a pété les plombs pour la deuxième fois en trois mois. Des régions entières se sont retrouvées sans électricité. Sur quelle planète vit Steve Stevaert? (l'ancien bourgmestre de Hasselt, aujourd'hui ministre de la mobilité dans le gouvernement flamand). Une semaine après la panne en Californie il déclarait que la libéralisation améliorera la fiabilité pour le consommateur. La seule chose qui augmentera sont les profits des multinationales. Electrabel a vu augmenter ses profits de 27% et clôturait l'année 2000 avec un résultat net de 27,5 milliards de FB.