Courrier des lecteursMarc A., un lecteur de Roux, nous adressé la lettre suivante. Faute de place, nous n'avons pu la publier intégralement dans notre jour-nal. Nous publions sur notre site internet l'intégralité de la lettre ainsi que la réponse publiée dans Le Militant n°54, de septembre 2000 |
Roux, le 12 juillet 2000
Chers Camarades,
J'ai pu lire avec intérêt dans le n°53 du Militant votre article pour l'alliance de gauche en vue des prochaines élections communales. Tout d'abord, je tiens une fois encore à vous faire remarquer que l'option électoraliste ne change jamais la nature du système en place: celui-ci repose sur la violence (consentie via les médias) et seule celle-ci peut mettre fin à ce système d'exploitation de l'homme par l'homme.
Il est cependant un intérêt que mettent en évidence des élections, c'est de connaître quel est le degré de conscience de classe du prolétariat, de plus pour la gauche dite révolutionnaire (marxiste-léniniste) eb cas d'un ou de plusieurs élus, cela lui permet de bénéficier de la manne céleste du capital (via les contribuables prolétaires). J'expliquerai plus tard qu'il s'agit d'un jeu dange-reux.
Si nous voulons faire une alliance de gauche, il se présente à nous non pas deux mais une seule option: réunir les organisations qui veulent un changement révolutionnaire. Or il ne suffit pas de juger une organisation par ses écrits, mais surtout par ses actes, ceci dit, toutes les organisations qui sont à l'extrême-gauche (en paroles) ont dans leurs rangs des militants joignant l'acte aux paroles. Ceux-ci se sont d'ailleurs retrouvés dans le combat héroïque des camarades des Forges de Clabecq et récemment en marquant leur solidarité et soutien lors du procès de 13 de ces camarades.
L'unité, l'alliance que vous réclamez, Camarades, elle était là et son point le plus fort (qui fit quelque peu peur aux valets du capi-tal) fut la liste unitaire Debout aux élections européennes du 13 juin 1999, toutes les organisations révolutionnaires firent alors fi de leurs divergences politiques pour se retrouver sur une liste commune. Je peux comprendre qu'une déception a pu s'emparer de nombreux camara-des du fait que celle liste n'eut aucun élu, mais n'est-ce pas, Camara-des, un doigt dans ce qu'on appelle "l'engrenage électoraliste" que de se laisser emporter par ce sentiment, voire ce courant?
N'était-ce d'ailleurs pas Trotsky qui, raisonnant en marxiste-léniniste, affirmait déjà en 1924: "C'est par le parlementarisme que la bourgeoisie a éduqué la social-démocratie qui est maintenant le plus puissant rempart de la propriété individuelle". Après cela, on peut se demander quel est le degré d'honnêteté d'un Alain Tondeur qui affirme dans Le Journal du Mardi qu'il peut faire la différence entre PS, Écolo et PRL. Cette différence, Camarades, c'est que tant PS qu'Écolo sont traîtres à leurs convictions pour autant qu'ils n'aient jamais eu de convictions!
Qu'en est-il de la social-démocratie, quelque 76 ans après ce qu'en disait Trotsky? Faut-il lui attribuer toujours une étiquette de gauche quand tous ses actes sont de droite et même très à droite? Plus que jamais, celle-ci est le rempart de la bourgeoisie, son meilleur défenseur implanté au sein de la classe ouvrière. Que des petits partis ou groupuscules de gauche trouvent place sur leur liste ou désirent faire des alliances avec elle prouve la dégénérescence idéologique de ceux-ci!
L'attitude du PC à l'égard du cancer social-démocrate ne me sur-prend nullement. Il y a 40 ans et plus que déjà ce parti recommandait à ses membres de voter pour le PSB alors qu'il présentait pourtant des listes aux élections. En fait, ce parti est tout simplement devenu renégat au marxisme, comme son inspirateur: la social-démocratie. Il est même devenu doublement renégat, puisqu'en plus il renie, mais cela va de soi, le marxisme-léninisme. Quant au POS, il n'est rien d'autre qu'un suiviste du PC.
Bien que je considère votre parti comme un parti révolutionnaire, ce qui m'a fait bondir c'est que j'ai pu lire dans votre article en page 3 du nE53 que: "Dans des cas exceptionnels... il se peut qu'on appelle à voter pour un candidat d'Écolo, d'Agalev, du PS ou du SP pour autant qu'il soit lié à l'une à l'autre forme de lutte contre la politique gouvernementale."
Soyons sérieux, Camarades, la meilleure forme de lutte contre la politique du gouvernement, c'est de quitter le parti qui en fait partie! Enfin, dans le moins pire des cas, l'option "électoraliste à moyen terme pervertit les dirigeants et bien des militants de la gauche marxiste. Dès qu'ils ont un plusieurs élus, ils abandonnent petit à petit toute perspective d'action révolutionnaire. Certes en paroles ils seront toujours contre le système, mais déjà l'argent sera devenu pour eux supérieur aux valeurs humanitaires qu'ils disent défendre. Finalement, leur rêve sera celui de gérer (participation gouvernementale) un jour la société qu'ils contestent.
Voilà, Camarades, pour en terminer, je me répète, la véritable alliance de gauche possible, c'est l'unité dans l'action qui naquit autour des camarades de Clabecq, c'est le mouvement Debout qu'il faut relancer. Lui seul est capable de rassembler la gauche marxiste en dépit de ses divergences.
Salutations fraternelles.
Marc Albert (Roux)
Le camarade Marc A., de Roux, nous a adressé une longue lettre au sujet de notre appel de vote. Nous l'en remer-cions. Faute de place, nous ne pouvons pas publier sa lettre dans son inté-gralité (*). Il nous met en garde contre la tentation électora-liste et écrit qu'à ses yeux une alliance de gauche devrait rassem-bler les organi-sations qui veulent un changement révolu-tion-naire. Toujours selon lui, une telle unité s'est réalisée avec Debout aux élections européennes.
Il poursuit en écrivant. "Bien que je considère votre parti comme un parti révolutionnaire, ce qui m'a fait bondir c'est ce que j'ai pu lire dans votre article en page 3 du nE53 que: 'Dans des cas excep-tionnels... il se peut qu'on appelle à voter pour un candidat d'Écolo, d'Agalev, du PS ou du SP pour autant qu'il soit lié à l'une ou l'autre forme de lutte contre la politique gouvernementale.' Soyons sérieux, camarades, la meilleure forme de lutte contre la politique du gouver-ne-ment, c'est de quitter le parti qui en fait partie."
En ce qui concerne l'appel de vote, nous répondons ceci. Supposons que dans une commune où il n'y ait ni liste d'alliance de gauche ni aucune liste de gauche du tout (à la gauche du PS et d'Écolo), et que dans cette même commune, à côté des partis traditionnels, se présente une liste fasciste. Que va faire le camarade Marc? Les renvoyer dos à dos en disant: "Les fascistes et les autres partis, c'est chou vert et vert chou?" Ou bien va-t-il se dire qu'il faut examiner concrètement la situation pour limiter les dégâts? Il arrive, surtout pour des élections communa-les, qu'une liste du PS ou d'Ecolo comporte l'un ou l'autre candidat indé-pen-dant actif dans des luttes contre la politique du gouvernement. C'est peut-être incohérent de sa part, mais c'est ainsi. Tout ce que nous disons c'est que dans une telle situa-tion on peut voter pour lui, mais que ces partis récupéreront ce vote pour conti-nuer la même politique.
D'autre part, nous pensons, comme Marc, que Debout était un bon exemple d'Alliance de Gauche. Avec la remarque cependant que Debout, comme l'Alliance de Gauche, est quelque chose de beaucoup plus large qu'un rassem-ble-ment de révolutionnai-res. Il y a dans la société pas mal de gens prêts à se battre contre les injustices sans pour autant être con-vaincus de la néces-sité d'un changement révolutionnai-re, et qui espèrent même encore pouvoir résoudre les injustices dans le cadre du système. Il faut leur propo-ser de lutter ensemble sur des objectifs concrets, et leur point de vue évoluera à partir de l'expé-rience.
La rédaction