Droit d'asile
Quand le VLD et le SP courent derriére le Blok

Comment les habitants de notre pays voient-ils la nouvelle progression électorale du Vlaams Blok? Les Flamands qui pensent que cela ne regarde que les Anversois se trompent. Les Wallons qui pensent que cela ne regarde que les Flamands se trompent encore plus. Cela concerne tous les habitants de ce pays.

Par Guy Van Sinoy

Un peu avant les élections, dans un reportage télévisé consacré au Seefhoek (un quartier pauvre d'Anvers où résident beaucoup d'immigrés) un électeur du Blok déclarait: «J'espère que nous pro-gresserons de façon à pouvoir enfoncer le clou un peu plus.» Au journaliste qui demandait ce que signifiait «enfoncer le clou», il répondait: «Cela veut dire que nous resterons dans l'opposition mais que les partis au pouvoir reprendront une partie de nos propositions sans le dire...»

A peine les élections passées, Verhofstadt et Vande Lanotte ont cédé devant le Blok en dénonçant le «laxis-me» de la politique d'expulsion et en annonçant de nouvelles mesures de res-triction du droit d'asile. Un peu comme si notre pays était à la veille d'une inva-sion massive de barbares.

Les propositions mises sur la table par le VLD et le SP étaient: supprimer l'aide financière du CPAS aux nouveaux de-mandeurs d'asile, construire de nouveaux camps («containers») pour loger et nourrir les candidats réfugiés pendant l'examen du dossier, établir une liste de pays «sûrs», rétablir le contrôle aux frontières, privatiser l'accueil des candi-dats réfugiés (y compris en faisant appel au secteur commercial), remplacer le Commissariat général aux Réfugiés (sous le contrôle de l'ONU) par l'Agence fédérale de l'Asile (sous le contrôle du gouvernement), créer une procédure accélérée de 5 jours pour certaines demandes.

Ces propositions ont provoqué une mini crise au sein du gouvernement car les partis francophones ont protesté. Mais comme il fallait s'y attendre, le PS, Ecolo et le PRL (auxquels s'était rallié Agalev) se sont contentés de gommer les aspects les plus choquants de la proposition (suppression de la liste des pays «sûrs» car cela permettait d'écar-ter sans même l'examiner toute deman-de d'asile d'une personne venant d'un tel pays) sans penser une seconde à remettre en cause leur participation au gouvernement.

Tous ceux qui suivent de près la poli-tique d'asile trouvent urgent que l'on s'attaque d'abord au sabotage par le ministère de l'Intérieur de l'opération de régularisation annoncée bruyamment il y a un an par le même gouvernement. Sur 32.662 dossiers déposés, 531 ont été examinés! En attendant, les per-sonnes concernées ne peuvent ni se dé-fendre face à la surexploitation des pa-trons (lire les témoignages sur cette page) ni recevoir d'aide du CPAS. Les tribunaux du travail ont déjà condamné plusieurs CPAS qui refusaient de verser l'aide, mais Vande Lanotte introduit systématiquement des recours en appel pour bloquer l'application de ces jugements. Ecolo et PS se contentent à nouveau de la promesse que tous ces dossiers seront examinés pour l'été 2001.

Quant aux centres fermés où l'on emprisonne sans jugement, parfois pour plus d'une année, des gens (y compris des enfants) simplement parce qu'ils n'ont pas de papiers, ils resteront en activité. La fermeture de ces centres était pourtant au programme d'Ecolo. En s'adaptant au discours du Blok, Verhofstadt et Vande Lanotte préparent déjà une nouvelle victoire électorale des fascistes. Car Filip Dewinter pourra crier sur tous les toits que voter pour son parti est «utile» puisque cela influence la politique du gouvernement fédéral!

Ceux-ci fuient leur pays en raison des conditions politiques, économiques et sociales (guerre, massacre, famine, mi-sère, oppression nationale ou sexu-elle,...) et non parce qu'ils «rêvent tous d'être au CPAS» comme dit Vande Lanotte. Ils ne cesseront pas d'arriver car l'océan d'injustices créées par le capitalisme, les multinationales, le FMI est immense. En 1999 sur 35.476 de-mandes d'asile en Belgique, 13.404 (soit plus d'un tiers) venaient de Yougoslavie que les avions de l'OTAN écrasaient sous les bombes.

La seule politique conséquente est d'accueillir tous ceux qui ont besoin d'asile et de lutter avec eux contre les injustices qui les poussent à fuir. C'est-à-dire lutter ensemble pour une société sans guerre, sans oppression et sans exploitation.

Témoignages
Qui sont les profiteurs?

Quand il parle des sans papiers Vande Lanotte dénonce souvent les «réseaux de trafiquants de main-d'oeuvre». Certes ces réseaux existent et exigent des sommes fabuleuses pour faire passer clandestinement la frontière. Mais les plus grands profiteurs sont incontestablement les patrons de notre pays qui surexploitent les sans papiers qui peuvent difficilement se défendre. Voici quelques témoignages recueillis lors d'une assemblée de sans papiers affiliés à la FGTB de Bruxelles.

- Rachid (1)
«Pour le moment j'ai reçu du ministère de l'Emploi une autorisation de travailler car j'ai trouvé une entreprise de nettoyage qui m'a fait un contrat. Mais je ne peux pas changer de patron. Sur mon contrat il est écrit 355F de l'heure. Je touche net 250F de l'heure mais la fiche de paie ne correspond pas aux heures de travail. Le mois dernier, j'ai travaillé 22 jours. Sur la fiche de paie il y a 2 jours de travail et 20 jours de congé pour convenance personnelle. Cela veut dire que pour ces 20 jours, le patron a retenu sur mon salaire les charges sociales et qu'il a mis l'argent dans sa poche». Ajoutons que Rachid vit en Belgique depuis 1982. Il a donc travaillé pendant 18 ans sans que cela compte pour sa pension.

- Jamal
«Il y a quelques mois, le patron d'un restaurant qui venait de s'ouvrir dans le quartier Ste-Catherine m'a fait un contrat. J'ai été engagé comme cuisinier, mais sur le contrat il était écrit plongeur. Chaque semaine, je devais insister pour recevoir mon salaire. Comme ce patron n'avait pas accès à la profession, il s'est mis à la recherche d'un cuisinier qui pouvait ouvrir le restaurant en son nom. Après deux mois, le patron a trouvé et m'a mis à la porte sur le champ sans préavis. Alors que je devais toucher 55.000F net par mois (pour 6 jours de travail par semaine), j'ai gagné en tout 79.360F pour les deux mois.»

- Mohamed
«Je travaille de nuit comme boulanger. Je touche environ 30% en moins que le salaire normal bien que j'ai un contrat depuis quelques mois. Cela fait des années que je travaille dans cette boulangerie mais je n'ai jamais touché de prime de fin d'année ni de congés payés. En 1994, au début que j'étais en Belgique, j'ai repeint des appartements pendant 3 mois. Le patron me donnait de temps de l'argent de poche pour acheter des cigarettes et un casse-croûte. Mais à la fin je n'ai jamais reçu mon salaire. C'est du vol, mais sans papiers qu'est-ce qu'on peut faire? Où aller réclamer?»
(1) Nous avons intentionnellement modifié le prénom des intéressés pour les raisons que l'on devine.

Quelle politique d'immigration?

Les nouvelles restrictions du droit d'asile prises par le gouvernement ont ouvert la discussion sur la politique d'immigration. Jusque 1974, la Belgique organisait massive-ment la venue de travailleurs im-migrés. Cela permettrait aux patrons d'éviter la pénurie de main d'oeuvre et surtout d'éviter que les salaires n'augmentent. Depuis 1974, cette politique d'immigration a cessé.

Certains technocrates essaient de dresser des perspectives pour les années à venir. Ainsi, au début de l'année, un rapport des Nations-Unies estimait que pour faire face à la déna-talité, l'Europe devrait faire appel à 700 millions(!) d'immigrés d'ici l'an 2050 si on voulait assurer le paiement des pen-sions. Il faut prendre ces chiffres avec beaucoup de prudence car ces techno-crates se contentent souvent de prendre une variable isolément et de lui appliquer un coefficient multiplicateur. Avec un telle méthode, il peuvent aussi prendre une autre variable et arriver à des conclu-sions inverses comme par exemple l'éta-blissement d'un «seuil de tolérance». La vérité est que le capitalisme est un système économique incapable de planifier, surtout à long terme, car l'organisation de la production est anarchique.

On constate cependant que l'opinion des patrons en Europe est en train de se modifier progressivement. Il y a quelques mois, les patrons belges du transport routier parlaient de recruter des chauffeurs dans les pays de l'Est (tellement les conditions de travail sont mauvaises!). Le patronat allemand a annoncé qu'il voulait recruter 20.000 in-formaticiens à l'étranger et a notamment organisé une campagne de recrutement en Inde. Pour le moment cela donne peu de résultats car les informaticiens sollicités redoutent le racisme et le déve-loppement de partis nazis comme le NPD. D'où une campagne de la bour-geoisie allemande contre le NPD.

En Belgique, la bourgeoisie n'a pas encore fait connaître clairement son choix. Mais si elle décide de recom-mencer une politique d'immigration, même sélective, Verhofstadt et Vande Lanotte devront apprendre à danser sur une autre musique que celle du Vlaams Blok.

Dans ce cas, les travailleurs de Belgique ne doivent pas s'opposer à la venue de travailleurs immigrés mais ils doivent exiger que toutes les conventions collectives et de sécurité sociale soient appliquées pour tous. 1

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