Ouverture de nouveaux camps?Au moment de boucler ce numéro du journal, Verhofstadt vient d'annoncer une nouvelle modification de la loi sur le droit d'asile, avec principalement deux nouvelles mesures: Le Vlaams Blok ne pouvait espérer de meilleur cadeau. Plus Verhofstadt adoptera des mesures répressives à l'égard des réfugiés, plus on renforcera l'idée auprès des électeurs du Blok que leur vote est "utile" puisque le gouverne–ment s'adapte à la pression du Blok. Que vont faire les députés PS et Ecolo qui ont présenté leur avancée aux communales comme une victoire de la gauche? Voteront-ils la loi? |
Il y a près d’un an, le gouvernement menait une campagne tapageuse pour convaincre les sans papiers de sortir de l’ombre et d’introduire une demande de régularisation...
Il promettait d’examiner rapidement les dossiers et de régulariser largement. Beaucoup d’intéressés hésitaient car se présenter aux autorités, c’était se découvrir, fournir son adresse et risquer l’expulsion si le dossier était refusé.
Des institutions comme le Centre pour l’Egalité des Chances et contre le Racisme ainsi que de nombreuses associations ont alors engagé leur crédibilité en incitant massivement les sans papiers à introduire leur dossier. 35.000 dossiers concernant 50.000 personnes ont finalement été déposés.
Dix mois plus tard, on constate que seul un peu plus de 500 dossiers ont été examinés. A ce rythme, il faudra près de 70 ans pour traiter tous les dossiers. Le ministre de l’Intérieur Antoine Duquesne avait promis une procédure «rapide»: il se plaint maintenant de la lenteur des opérations et se prétend impuissant. Si c’est le cas, qu’est-ce qu’il attend pour démissionner?
En réalité, l’administration du ministère de l’Intérieur sabote l’opération de régularisation, avec l’aval du VLD, du SP et du PRL. Si le gouvernement ment aussi effrontément sur ce dossier, pourquoi la population lui ferait-elle confiance lorsqu’il promet de redistribuer les fruits de la croissance en 2004?
Plus le temps passe, plus la situation de ceux qui avaient cru à la parole du gouvernement et introduit un dossier devient dramatique. Beaucoup de patrons qui les employaient en noir ou de propriétaires de garnis les ont mis dehors pour ne pas avoir d’ennuis avec les autorités.
Sans permis de travail, ceux qui attendent la régularisation doivent accepter des travaux payés à 100F l’heure. Quand ils sont payés! Car il arrive souvent qu’après une semaine de travail, le patron les mette dehors sans les payer car il sait qu’ils ne pourront pas protester. Sans mutuelle, il leur est pratiquement impossible de se soigner et d’acheter des médicaments. Ceux qui introduisent une demande d’aide au CPAS trouvent souvent porte close, et lorsque le tribunal leur donne raison, le ministre Vande Lanotte (encore lui!) introduit systématiquement des recours en Cour d’Appel de manière à faire traîner les choses.
En attendant, ce qui ne traîne pas, ce sont les expulsions. En janvier, la police communale et les bourgmestres de Tirlemont et de Gand ont organisé une rafle parmi la population tsigane; les enfants ont été raflés à l’école. Chaque jour, il y a en moyenne une dizaine de demandeurs d’asile expulsés, le plus souvent contre leur gré, c’est-à-dire de manière violente.
Ferri Xhevdet, un jeune Albanais demandeur d’asile déboulé a tenté de s’échapper du centre fermé 127 bis de Steenokkerzeel. Alors qu’il avait fait une chute de plusieurs mètres en tentant de franchir l’enceinte du camp, Ferri Xhevdet a été menotté et ramené en cellule où les gendarmes l’ont laissé agoniser. Dès l’annonce de l’opération de régularisation, nous avions émis la plus grande méfiance à l’égard de ce qui nous semblait n’être qu’une manoeuvre.
Mais aujourd’hui c’en est trop. Nous appelons tous nos lecteurs à se
joindre aux mobilisa–tions qui auront lieu au cours des prochaines
semaines sur les objectifs suivants:
Guy Van Sinoy