La flambée du prix du pétrole a poussé les routiers dans la rue


«On a frôlé le précipice...»

Le gouvernement Verhofstadt semblait avoir le vent en poupe. Pour la première fois depuis 42 ans, le CVP et le PSC étaient rejetés dans l’opposi-tion. L’entrée pour la première fois au gouvernement d’Écolo et d’Agalev avait un air de «renouveau politique». De plus, la croissance économique était exceptionnelle et permettait de dégager une marge de 150 milliards.

Mais la hausse des produits pétro-liers a tout flanqué par terre. Pour citer Verhofstadt: «On a frôlé le précipice...». Depuis septembre la Belgique et cer-tains pays voisins connaissent une vague de mouvements revendicatifs.

Comble de l’ironie: Verhofstadt, qui ne porte pas les syndicats dans son coeur, a dû la survie de son gouverne-ment aux dirigeants syndicaux qui ont éteint, en partie, l’incendie.

Verhofstadt continue la politique néo-libérale de son prédécesseur: privatisa–tion et suppressions massives d’em–plois dans les services publics (11.000 à la Poste), encouragement des fonds privés de pension, remise en cause du statut des fonctionnaires (référendum raté), baisse des charges sociales, participation aux bénéfices, etc.

Le «chevalier blanc» Verwilghen a montré son vrai visage: recherche sur les liens entre petite criminalité et immi-gration, justice rapide. Il n’est donc pas étonnant que 44% des 203 chefs d’entreprise interrogés en avril dernier soient très satisfaits du gouvernement. Plus de 66% caractérisent le gouverne-ment Verhofstadt comme «communica-tif, déterminé et rénovateur». Sur le plan de la communication, Verhofstadt et Dehaene sont en effet à l’opposé.

A l’instar de Tony Blair, Verhofstadt s’est entouré de consultants en commu-nication, c’est-à-dire des menteurs professionnels capables de vous faire avaler n’importe quoi. Et ça marche! En mars dernier 42% des personnes inter-rogées lors d’un sondage faisaient con-fiance au gouvernement. Un an plus tôt, Dehaene ne recueillait que 25%! Ca marche tellement que le SP a catapulté un consultant en communication à la présidence du parti!

Mais la réalité revient au galop. En mai dernier, nous écrivions dans l’édito-rial du Militant: «Tôt où tard le rideau de fumée se dissipera et la lutte repren-dra. En attendant il n’est pas impos-sible que la majorité actuelle marque des points lors des prochaines élections communales». Notre pronostic s’est confirmé.


Les conséquences de l’envolée des prix pétroliers

Les effets de l’augmentation soudaine des prix pétroliers sont multiples. Sur le plan économique mondial, on prévoit une baisse de la croissance de 0,5 à 1%. Combiné à la faiblesse de l’euro et à l’instabilité boursière, cela peut vite faire basculer la croissance en crise.

On a longtemps cru que les puis-sances occidentales étaient devenues moins dépendantes du pétrole et donc moins vulnérables aux hausses brutales des prix. Aujourd’hui ils faut reconsidérer cette position: le pétrole reste la plus importante matière pre-mière stratégique. Un retournement de conjoncture économique aurait des effets dévastateurs sur l’économie belge. Le gouvernement pourrait ou-blier le boni budgétaire de 150 milliards en 2005. De plus, cela provoquerait une forte hausse des taux d’intérêts, une explosion de la dette publique et de nouveaux plans d’austérité seraient préparés.

Même si les effets restent limités, même si le taux de croissance ne baisse que de 0,5 à 1%, les projets du gouvernement seraient boule-versées. Ce n’est pas pour rien que Verhofstadt a échelonné ses promes-ses sur 6 ans, bien après la législature de ce gouvernement.

Entre-temps, nous ne devrons pas patienter 6 ans pour l’augmentation du prix de l’essence ni pour les notes salées de mazout de chauffage dont le prix a triplé. Le chèque de 5.000F proposé par le gouvernement aux familles avec un revenu inférieur à 480.000F est une aumône!

Qui tire profit de la situation?

On nous dit que les pays de l’OPEP sont responsables de la hausse des prix pétroliers. Cependant les prix sont restés bien en dessous de ceux de 1974 même après l’augmentation spectaculaire du prix du baril à 35$.

Car de 1974 à aujourd’hui les gou-vernements occidentaux ont profité des baisses des prix du brut pour augmenter les accises. Ainsi le prix à la pompe est toujours resté élevé. Début septembre, sur une litre d’essence sans plomb acheté à la pompe, 7F allaient au producteur et 27F à l’État (19,90F d’accises, 0,55F de taxe sur l’énergie et 21% de TVA). Les 11F restants allaient aux sociétés pétrolières et aux spéculateurs (le plus souvent des multinationales du pétrole).

Nous avons ainsi énuméré ceux qui profitent des hausses de prix. Les pays de l’OPEP peuvent partiellement récu-pérer le manque à gagner des années précédentes où le prix du baril s’était effondré. Grâce à la hausse du prix du brut, l’État a encaissé des milliards sous la forme de TVA.

Quant aux multinationales, elles s’en sont mises plein les poches. Du premier semestre 1999 au premier semestre 2000, les bénéfices d’Exxon Mobil ont augmenté de 116% (356 milliards de F), ceux de Shell de 95% (289 milliards de F), ceux de BP de 164% (276 milliards de F, et ceux de Total/Fina/Elf (dont Albert Frère possède 10% des actions) de 165% (137 milliards de F).

En six mois, Albert Frère a donc empoché 13,7 milliards rien que sur sa participation à Total/Fina/Elf! C'est plus que les 10 milliards d'austérité que Laurette Onkelinx a imposé aux enseignants et contre lesquels ils ont lutté pendant des mois...


L’action des transporteurs en Belgique

«Quand il pleut à Paris, il bruine à Bruxelles». Après que Jospin ait reculé face aux routiers français, les transporteurs belges ont entrepris de paralyser Bruxelles ainsi que quelques noeuds routiers stratégiques. Pendant tout un temps, le gouvernement a fait semblant d’ignorer ce qui se passait. Là aussi, les conseillers en communication de Verhofstadt se sont trompés car ils ont sous-estimé la dyna-mique que les transporteurs allaient provoquer dans les autres couches de la société. Comme le mouvement tenait bon, la ministre Écolo des Transports et de la Mobilité, Isabelle Durand, a dû prendre la tête de la délégation gou-vernementale pour discuter avec les organisations de transporteurs: la FEBETRA, la SAV et l’UPTR. Les deux premières organisations étaient prê-tes à capituler avant même de se mettre à la table des négociations. Mais le gouvernement avait compté sans l’UPTR, l’organisation qui regroupe les patrons du secteur et qui paralysait la capitale. Pour faire contre-poids, Isabelle Durand a invité les organisations syndicales à la table de négocia-tions. Alors qu’on aurait pu attendre de la FGTB et de la CSC qu’elles revendiquent de meilleurs conditions de travail pour les salariés du secteur des transports, les syndicats ont rempli le rôle de cinquième roue de la charrette du gouverne-ment en jetant la suspicion sur le mouvement des camionneurs. Il est sans doute correct de dire qu’il y avait des traces de corporatisme chez les routiers qui revendiquaient un tarif pour le gasoil professionnel et une baisse des accises. Il est aussi correct de dire que les transporteurs n’avançaient pas de revendications générales pour toute la population. On aurait pu s’attendre à ce que les directions syndicales rejoignent le mouvement et embrayent sur des revendications plus générales. Au lieu de cela, elles ont volé au secours du gouvernement. Les travailleurs représentent la classe décisive pour changer la société. Et pour cela ils devront transformer leurs organisations syndicales en organe de combat. Entre-temps, la passivité des dirigeants syndicaux, voire leur complicité avec le gouvernement, fait que toutes sortes de mouve-ments revendicatifs verront le jour. Dans beaucoup de cas une partie des classes moyennes, des petits indépendants, de minorités, de jeunes y participeront. Ils se radicaliseront dans le cadre de la crise du capitalisme et il faudra une approche positive de la part du mouvement ouvrier afin d’éviter que ces gens, faute d’alternative, ne se jettent dans la gueule de l’extrême-droite.


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