Militant a mené campagne dans plusieurs villes pour un vote
déterminé en faveur d’une opposition de gauche à la politique néo-libérale
du gouvernement et des pouvoirs locaux. En même temps, nous avons aussi
mené (en Flandre avec Blokbuster, à Schaerbeek avec Jeunes contre le
Racisme en Europe) campagne contre le Vlaams Blok. Cinq camarades nous ont
rejoints au cours de la campagne et d’autres discutent de nous rejoindre.
Nous avons récolté près de 200.000F de soutien et nous avons vendu 750
exemplaires du journal. Els Deschoemacker dresse un bref bilan de nos
campagnes dans différentes régions. Vous trouverez plus d’informations sur
notre site internet.
Tout au long de la période électorale, Liège a été, avec Charleroi, le foyer de l’agitation sociale. Après que les poids lourds aient paralysé le pays en vue d’obtenir la fixation d’un tarif préférentiel (le «gasoil routier»), les ouvriers de 7 usines métal-lurgiques sont passées à l’ac-tion pour le rétablissement complet de l’index (actuelle-ment, l’index «santé» ne re-prend pas tous les produits pétroliers). Les conducteurs des TEC sont ensuite parti en grève spontanée pour plusieurs semaines.
Le sentiment général pouvait se résumer comme suit: l’éco-nomie va bien, les entreprises pétrolières font des bénéfices records, nous refusons de jouer plus longtemps le rôle de vic-time, nous exigeons notre part du gâteau!
Militant avait des candidats sur la liste ouverte du Parti com-muniste (PC-Union de Gauche) à Liège. Cette liste obtient 1.484 voix (1,5%), le PTB 775 voix (0,8%). Germain Dufour, tête de liste PC-UG fait plus de 600 voix de préférence. Cela montre qu’il existe un espace à gauche. Mais nous pensons cependant que les résultats auraient pu être meilleurs avec une cam-pagne un peu plus dynamique.
Cette liste ne pouvait évidem-ment pas inverser la tendance générale: l’économie se porte relativement bien, les partis de l’arc-en-ciel progressent: Le PS passe de 18 à 20 sièges (34,8%), le PRL de 10 à 11 (21.3%), Écolo de 5 à 8 (15,4%). Le PSC perd des plumes; de 12 à 10 élus (19,5%) et les fascistes qui avaient 4 sièges en 1994 sont balayés et perdent tous leurs élus.
Militant a entre-temps aidé le groupe JRE (Jeunes contre le Racisme en Europe) à se déve-lopper. JRE compte maintenant une cinquantaine de membres sur Liège. Une bonne base pour aller de l’avant.
En 5 semaines de campagne, la liste de gauche radicale LEEF! (Militant, des indépen-dants et le POS) a convaincu près d’un millier de gantois de voter pour elle. LEEF! obtient 952 voix (0,7%), le PTB 901 (0,6%).
C’est évidemment peu en comparaison des partis tradi-tionnels. Mais c’est en revan-che un très bon résultat si on considère situation réelle et les moyens dont LEEF! a dis-posé. Nous n’avons pas eu ac-cès à la TV et encore moins aux moyens financiers des partis traditionnels.
Le message martelé au cours de la campagne était le suivant: rassemblons les for-ces à gauche et travaillons à construire une véritable oppo-sition plutôt que de tomber dans le panneau des belles promesses. Pas d’opposition de façade comme celle du Vlaams Blok qui rejette sur une minorité immigrée la res-ponsabilité de tout ce qui va mal dans la société, mais une opposition qui propose de véritables solutions pour tous les travailleurs et les alloca-taires sociaux.
Militant à été à la base de cette liste unitaire et l’a soute-nue à fond. Nous avions 15 candidats sur 29. Nous avons été chaque jour dans la rue, sur les marchés, dans les quartiers, aux écoles,... La campagne de porte à porte et le contact direct qui nous ont donné une bonne image des griefs qui vivent parmi la popula-tion. Dans certains quartiers, les gens ne savent pas où traîner leur misère entre chômage, problèmes financiers, promiscuité, etc.
La progression électorale du Vlaams Blok ne nous a pas sur-pris: de 7 à 11 sièges (19,5%). C’est le résultat d’une politique cynique menée par la majorité SP-VLD qui abandonne un tas de gens à leur sort.
Avec LEEF!, nous allons con-tinuer à nous battre aux côtés de ces gens qui ont voté pour nous. Nous allons tenter de dé-velopper avec eux et les autres candidats de la liste un véritable pôle de gauche capable à l’ave-nir de crier halte à la politique de régression sociale. Une des tâches qui nous attend est celle de convaincre les autres pôles de gauche à Gand de figurer avec nous sur une seule liste. La concurrence de 2 listes de gauche (LEEF! d’un côté, le PTB de l’autre) a déforcé la gauche. Militant fera tout son possible pour construire une force d’oppo-sition à Gand.
Militant a tenté, avec des camarades d’autres organisations, de mettre sur pied. Mais cela n’a pu aboutir.
Le PTB a dit dès le départ qu’il se présenterait seul dans le plus de communes possi-ble, mais qu’il ne mènerait ré-ellement campagne qu’à Schaerbeek pour tenter d’y faire élire une des médecins du peuple.
Le PC se présentait çà et là sur des listes du PS, et le POS a fait la même chose sur des listes d’Écolo, quoique dans une moindre mesure. Comme il fallait s’y attendre, le morcellement de la gauche n’a pas porté ses fruits.
Le PTB passe de 1,4 à 2,1% à Schaerbeek (il fallait presque faire le double pour avoir un élu!). Écolo passe de 47 conseillers communaux à 119 sur l’ensemble de l’agglo-mération, et le PS de 135 à 148. Le Vlaams Blok passe de 4 à 17 conseillers communaux (De-mol ne fait pas la percée qu’il espérait à Schaerbeek) et les fascistes francophones (FN, FNB, passent de 46 sièges à... 2!)
Notons toutefois qu'à Molen–beek, la section locale du PC a refusé de s’inscrire dans la collaboration électorale avec le PS et a déposé une liste com–mune avec le PTB. Bien que le PTB ait décidé de mettre la priorité sur Schaerbeek, la liste unitaire de Molenbeek recueille 2,2% (plus qu’à Schaerbeek). On imagine la dynamique que pourrait susciter des listes uni-taires de gauche dans toute l’agglomération!
En Flandre, Blokbuster a organisé des actions contre le Vlaams Blok. Ce sont surtout des jeunes qui y ont participé (Ostende, Harelbe-ke, Gand).
A Louvain, quelque 1.000 jeu-nes sont venus à l’initiative d’un front rassem-blant Blokbuster et une série d’au-tres organisa-tions. La candi-dature du profes-seur Luc Lamine sur la liste du Vlaams Blok a déterminé beau-coup d’étudiants à participer à la manif.
A Schaerbeek JRE a collé des affiches et des autocollants contre la liste De-mol (Blok); des tracts ont aussi été adressés aux lycéens.
A Anvers, les syndicats ont organisé, en collaboration avec les «partis démocratiques» un rassemblement: «Het tij ker–en» (Renverser la vapeur). 7.000 personnes sont venues, mais ce n’est pas ce genre de protestation molle qui fera reculer le Vlaams Blok. A Gand, l’initiative «Deblokkeren» a mobilisé toutes sortes d’organisa-tions politiques et sociales, avec comme seul mot d’ordre fédérateur l’appel à ne pas voter pour le Vlaams Blok.
A Bruxelles, l’ini-tiative «Extrême-droite, non merci!» a diffusé un toutes boîtes à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Toute une série de personnalités s’exprimaient en faveur de la «tolérance». Ainsi, Tony Vandeputte, de la FEB expliquait: «On a besoin de tout le monde!» (sans doute voulait-il dire «On a besoin de tout le monde pour les exploiter et leur vendre des marchan-dises...»).
La question est de savoir si des appels tels que «Deblok-keren», «Het tij keren» ou «Ex-trême-droite, non merci!» trou-vent un écho auprès de l’élec-torat potentiel de l’extrême-droite. Nous pensons que non.
Sans programme social qui rompe résolument avec la régression
sociale, de telles initiatives ont peu de chances de succès. A Anvers, les
syndicats ont fait une erreur colossale en vidant «Het tij ke-ren» de tout
contenu politique. Ils auraient mieux fait de mener avec les organisations
de quar-tier une campagne intense sur le terrain avec des revendi-cations
offensives.