élections communales


Un pays à deux vitesses

Au lendemain des élections le pays donne l'image d'un pays encore plus divisé. Ont progressé: Écolo et le PS au sud, le Vlaams Blok et le VLD au nord . Les perdants sont le CVP, le SP et la Volks–unie en Flandre; le PSC et l'extrême-droite francophone à Bruxelles et en Wallonie. Dans l'ensemble, c'est surtout la nouvelle montée du Vlaams Blok qui préoccupe tout le monde, tant au nord qu'au sud.

Une conjoncture favorable à l'arc-en-ciel

La coalition arc-en-ciel a été mise sur pied il y a un an, dans des conditions plutôt favorables. Les mesures d'austérité des gouvernements précédents ont dégagé une marge budgétaire qui, combinée avec des prévi–sions optimistes de croissance économique, a suscité une cer–taine euphorie.

Le CVP et le PSC se retrouvent dans l'opposition pour la pre–mière fois depuis 1958. Après onze ans de traversée du désert, le PRL et le VLD peuvent désor–mais mettre leurs idées en prati–que. L'entrée des verts au gou–vernement a permis de donner l'impression de rompre avec les vieilles moeurs politiques. La seule opposition parlementaire est celle d'un PSC en crise et d'un CVP qui cherche ses marques dans l'opposition, voire pire de l'extrême-droite. Il était donc fort probable que le gouvernement allait bien s'en tirer le 8 octobre.

Demain, on rase gratis!

Comme le climat économique était à l'optimisme, les ministres n'ont pu résister aux promesses électorales. Didier Reynders (PRL) a promis une réduction d'impôts de 131 milliards. Comme par hasard, ce sont surtout les revenus élevés qui en profiteraient, et donc pas mal d'électeurs des libéraux. Le ministre de la privatisation Van Mechelen (VLD) a promis d'utiliser les revenus de la vente de entreprises publiques pour stimuler le commerce électro–nique, ce qui intéresse surtout les PME et les cadres, donc aussi beaucoup d'électeurs libéraux.

Vande Lanotte avait déjà prévu les mêmes milliards pour son Fonds de Vieillissement (une bonne partie des voix pour le SP viennent des personnes âgées). Laurette Onkelinx voulait réaliser son plan pour l'emploi. Seuls les verts n'ont pas fait de grandes promesses. Ils n'en avaient d'ailleurs pas vraiment les moyens car ils n'ont rien reçu dans le budget, excepté les 55 milliards pour la SNCB (à étaler sur 11 ans!). Une fois les élections pas–sées, ces promesses se révé–leront n'être que du vent!

L'agitation sociale

Le gouvernement savait que beaucoup de travailleurs espé–raient quelque chose après tant d'années de modération sala–riale. L'action des routiers a suscité un choc dans la popu–lation et les salariés ont alors ça et là arrêté le travail. L'agitation sociale a alors pris le pas sur la campagne électorale: métallos carolos et liégeois, TEC, La Poste, Belgacom, De Lijn, STIB, Aldi, gardiens de prisons, ALR de Wallonie, etc..

FGTB et la CSC au secours du gouvernement

Le sommet syndical a traduit le mécontentement social en sou–tien aux ministres "progressis–tes": Durand, Onkelinx, Vande Lanotte. Bien qu'ils soient co-responsables de la politique néolibérale, ils sont en effet per–çus comme "progressistes" en l'absence d'alternative électora–lement crédible à gauche. Dans l'ensemble, on peut dire que ces élections ont été une bonne opération pour la majorité arc-en ciel, surtout pour le VLD, le PS et Écolo.

Mais attention, si la multitude de plans ne peut être mise en oeuvre (emploi, mobilité) cela peut se retourner contre le gouvernement. De plus, les négociations inter–professionnelles restent une épée de Damoclès: le patronat veut maintenir la norme sala–riale, mais l'hiver social risque d'être chaud. Enfin, la marge budgétaire, ciment entre les libéraux et la social-démocratie, sera en grande partie consom–mée par la réforme fiscale de Reynders.

PS, SP, Agalev et Écolo

Ni le PS ni le SP ne défendent encore les intérêts des travail–leurs. Le SP devient de plus en plus un pur instrument de la bourgeoisie. Sa base sociale et sa démocratie interne ont dépé–ri. Beaucoup de travailleurs ne le considèrent plus comme leur parti, mais souvent comme un moindre mal. Là où le SP réa–lise un bon score c'est essentiellement grâce aux personnalités nationales (Steve Stevaert à Hasselt) ou à la faiblesse des autres partis (Vande Lanotte à Ostende). Dans l'ensemble le SP est dépassé par le VLD.

Le PS évolue dans le même sens que le SP, mais plus pru–demment car la pression ouvrière reste plus forte en Wal–lonie. La modernisation du parti mise en oeuvre par Di Rupo vise à transformer le PS en instru–ment plus efficient pour la bour–geoisie. Comme le PS se range souvent du côté des patrons, cela hérisse pas mal de mili–tants de la FGTB, mais en mê–me temps, il conserve auprès de la population l'image de parti progressiste au sein du gouver–nement. Pour la première fois depuis des années, le PS progresse à Bruxelles et renforce quelques majorités absolues en Wallonie (Mons, La Louvière, Seraing).

Écolo sort grand vainqueur du côté francophone: il pro–gresse partout, double le nom–bre de ses conseilleurs commu–naux, conquiert trois postes de bourgmestre en Wallonie et passe de 47 conseillers com–munaux à 119 dans l'agglomé–ration bruxelloise.

Contrairement à Écolo, Aga–lev ne confirme pas sa bonne tenue électorale, par rapport à 1994 Agalev ne progresse que 0,1%.

Les fascistes

En Wallonie, les fascistes sont aplatis. En 1994, le Front national et Agir avaient ensem–ble 11 conseillers provinciaux, il n'en reste plus qu'un seul (FN) dans le Hainaut. A Liège (4 élus en 94), Mons (2 élus en 94) et La Louvière (6 élus en 94) les fascistes sont balayés et per–dent tous leurs élus. A Char–leroi, ils en gardent 3 sur 5. Dans les 19 communes bruxel–loises, les fascistes francopho–nes passent de 46 à 2 élus, tandis que le Vlaams Blok progresse de 4 à 17 sièges. La défaite de l'extrême-droite francophone n'écarte toutefois pas le danger. Dans la mesure où ils ne se sentent plus obligés de présenter une façade électorale "honorable" ils risquent même de devenir plus agressifs.

En Flandre, contrairement à ce que prévoyaient les sondages, le Vlaams Blok obtient en moyenne 14,9%. A Gand, St-Nicolas, Malines, Beringen et dans la périphérie d'Anvers il rafle 20%, voire plus. A Anvers il cartonne à 33%. Filip Dewinter bat tous les records en voix de préférence (50.000 voix), contre 24.000 voix à la bourgmestre SP Leona Detiège. La coalition de tous les partis anversois contre le Vlaams Blok est un échec re–tentissant. Beaucoup de commentateurs politiques n'en sortent plus. La Flandre est une des régions les plus riches au monde, ce qui les amène à penser que ce ne sont pas les problèmes so–ciaux, mais une sorte de culture de droite des Flamands qui explique le succès du Blok. En réalité 7% des ménages en Flandre sont pauvres, 25% à Anvers. Les commentateurs ne comprennent pas que les pro–blèmes sociaux sont ressentis plus violemment quand on se sent pauvre dans une région riche. Les contradictions sont immenses. Le Vlaams Blok les utilise pour renforcer le racis–me, et dans les quartiers plus aisés, il tire profit du sentiment d'insécurité. De plus, contrairement à la Wallonie, les traditions de luttes sont beaucoup moins fortes en Flandre. Beaucoup tentent de résoudre leurs problèmes non pas en luttant tous ensemble mais en cherchant un bouc émissaire. Enfin, l'extrême-droite en Flandre à été unifiée sous une direction forte qui remonte à la collaboration, tan–dis qu'en Wallonie la répression à été beaucoup plus forte à la libération et l'extrême-droite y est beaucoup plus faible. Les responsables politiques wallons ont raison de se plaindre de la réaction molle des partis flamands à l'égard du Blok. Ils de–vraient toutefois se deman–der ce qu'ils feraient s'ils étaient confrontés en Wal–lonie à une extrême-droite de masse. Nous pensons qu'ils réagiraient de la même façon que leurs homologues du nord du pays.

La gauche

L'appel de Militant à former une alliance de gauche, à gauche des sociaux-démocrates et des verts, visait a indiquer la voie pour forger un instrument contre le néolibéralisme et contre le fascisme. Malheureusement nous n'avons pas encore pu convaincre toute la gauche d'unir ses forces dans ces élections.

A Liège, Militant à participé à la liste PC-UG, tirée par Ger–main Dufour. Bien qu'étant à contre courant dans ces élec–tions, la liste a obtenu 1,2%, d'autant plus que le PTB avait tenu à déposé sa propre liste qui n'obtient que 0.8%. A Herstal, pour la première fois en Wallonie, le PTB a deux élus. A Anvers le PTB avait ouvert ses listes a des indépendants et à d'autres organisations de gauche. Il était même prêt à discuter du nom et du pro–gramme de la liste. Malheu–reusement, à part Militant et quelques indépendants, les autres ont refusé. Au cours de la campagne le PTB s'est replié sur lui-même; il obtient 1.8%, soit un léger recul par rapport à 1994. Le PTB a cependant une conseillère de district élue à Hoboken. A Gand, Militant a été la prin–cipale force politique engagée dans Leef! (sur 29 candidats: 15 de Militant, 12 indépendants et 2 du POS). La liste obtient 957 voix (0,7%), soit un peu plus que le PTB (901 voix, 0.6%) qui avait refusé l'unité.

Nous pensons qu'il faut continuer dans la voie uni–taire. Aujourd'hui il n'y a pas d'autre issue que de descendre dans la rue contre le néolibéralisme et l'extrême-droite. C'est sur cette base que nous allons poursuivre cette ligne d'alliance de gauche. Certes, jusqu'ici le gouvernement conserve un certain crédit. Mais si la marge budgétaire disparaît, la recherche d'une alternative pourrait très vite donner des ailes à une ini–tiative unitaire.


Éric Byl 1

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