Syndicat de la vie quotidienne

Instrument de lutte ou de récupération?

Début août, plusieurs "personnalités" du monde associatif (Mario Gotto, Philippe Laurent, Denis Lambert,...) annonçaient leur intention de lancer un Syndicat de la Vie quotidienne.

Partant du constat que s'est développé "un vaste mouvement de 'résistance', de lutte pour la justice, d'alternative à la mondialisa-tion" indépendant des grandes institutions (partis, syndicats, Église) mais que toutes ces nouvelles associations agissent le plus souvent dans l'isolement et la dispersion, les initiateurs du projet appellent à créer une "plate-forme" commune permettant d'unifier les combats à travers un Syndicat de la Vie quotidienne intervenant sur toutes les questions du mode de vie hors de l'entreprise. Ce nouveau syndicat agirait aux côtés des syndicats de travailleurs dans une orientation "progressiste".

En soi, le constat est assez juste et le projet de SVQ peut sembler intéressant. Mais l'initiative suscite quelques sérieuses questions.

D'abord, le caractère parachuté du projet. L'initiative ne vient pas de militants engagés à la base ou de collectifs, mais d'une poignée de responsables qui lancent publiquement un projet largement ficelé avant même d'organiser les premières rencontres avec les associations, les syndicats et les militants de base. Le tout ayant un petit côté "généraux à la recherche de troupes".

Le parcours des initiateurs et leurs liens politiques ensuite. D'une part, la plupart sont des (ex-) dirigeants d'ONG d'assistance sociale (Médecins sans Frontières, Amnesty international) ou de réflexion (Inter Environnement, GRESEA,...) plutôt que de lutte sociale sur le terrain. D'autre part, plusieurs d'entre-eux sont membres ou très proches d'Écolo. L'équipe dirigeant d'Écolo semble avoir joué un grand rôle dans la réflexion (et sans doute dans l'éla-boration) de ce projet dont les grandes lignes se retrouvaient déjà dans un document de réflexion d'Écolo sorti en juillet(2).

Tout ceci incite à penser que lorsque les initiateurs du projet parlent de développer le mouvement social, il s entendent surtout l'orienter dans une démarche de lobbying vers le monde politique, tout en aidant Écolo à (re)prendre le contrôle de mouvements sociaux dont le nombre de militants sont déçus par les capitulations gouvernementa-les des Verts (aéroports, expulsions de réfugiés et centres fermés, justice rapide,...).

Si le projet de SVQ devait s'affirmer dans cette direction, il serait étonnant qu'il puisse susciter une grande dynamique. Mais si les assemblées de débat et de constitution prévues pour l'automne lui donnent un caractère plus radical, il pourra peut être contribuer à renforcer et à unifier les luttes.

Jean Peltier 1

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