La fête du foot gâchée par le fric, les hooligans et les flics

En juin, c'était un peu comme si la terre s'était arrêtée de tourner: le foot, le foot et encore le foot. Pas seulement à la télé ou dans la presse, mais également dans toutes les conversations au café ou en rue. LE match qui devait constituer l'événement était sans conteste la rencontre Allemagne-Angleterre au stade de Charleroi: non seulement en raison de la qualité des équipes, mais parce que cela s'annonçait comme un match "à risques". Le jour du match, celui qui se rendait à Charleroi était suspecté d'être un hooligan en puissance... surtout s'il parlait l'anglais. La police de Bruxelles n'a pas été avec le dos de la cuiller: elle a arrosé de gaz lacrymogènes l'intérieur d'un café où s'étaient rassemblés des supporters anglais. Plusieurs centaines d'entre eux ont été rapatriés par avion militaire. "Rapatriés" est une façon de parler puisqu'il y avait notamment parmi eux un américain qui s'est retrouvé à Manchester! Il n'est bien entendu pas question de prendre parti pour les hooligans, mais la répression massive à laquelle on a assisté et la mise en condition de l'opinion sont des précédents dangereux pour les libertés démocratiques.

Bart Vandersteene a eu l'occasion de s'entretenir avec Kevin Miles après la rencontre Espagne-France. Kevin est porte-parole de la FSA (Association des Supporters de Football). Au cours des semaines écoulées il a été interviewé à plusieurs reprises par la presse et la TV. Il est aussi membre du Socialist Party, l'organisation sœur de Militant en Grande-Bretagne. Il s'exprime ici à titre personnel.

Comment se déroule l'organisation générale de la compétition?
"Il est clair que tout est organisé pour faire un maximum de profit. Tout le monde a pu constater que les stades ne sont pas remplis étant donné le système de vente des tickets. Ainsi, pour le match Espagne France, 16% des billets étaient réservés à la France, 16% à l'Espagne, 33% pour le public en général et les 33% restant pour les sponsors et l'UEFA. La vente générale des tickets a commencé plus d'un an avant la compétition. Autrement dit, les supporters devaient acheter des billets sans savoir pour quel match ce serait. Et tous cela parce que les organisateurs voulaient avant tout remplir les caisses. Cela ne pouvait que susciter le marché noir. Qui achèterait , un an à l'avance, des billets pour un concert pop sans savoir quel groupe se produit sur scène? Un fan du groupe ABBA pourrait très bien, par exemple, se retrouver à un concert de Black Sabbath! Le système de prévente pénalise le public populaire. Les sponsors, de leur côté, n'ont pas à se plaindre: ainsi, Carlsberg a pu, en tant que sponsor officiel, avoir l'exclusivité de vendre le verre de bière à 100FB pendant la compétition."

Comment expliquer l'immense popularité du football?
"C'est un sport issu du monde ouvrier. Ainsi, en Angle-terre, le fait que les matches ont lieu le samedi à 15h remonte à l'époque où la semaine de travail était répartie sur 5 jours et demi: on travaillait le samedi matin et on allait au match en sortant du boulot. La raison de l'engouement est simple: pour jouer au foot, pas besoin de beaucoup d'équipement, un ballon suffit. L'organisation des compétitions et des championnats a quant à elle toujours été aux mains des autorités et de la bourgeoisie. Depuis plusieurs année, on constate que le sport est mis hors de portée du peuple. Les billets sont de plus en plus chers. L'abonnement le moins cher auprès de mon club (Newcastle) coûte environ 25.000FB par an. En 1994 cela coûtait 7.500FB. C'est devenu hors de portée de pas mal de travailleurs. L'argent interfère de plus en plus dans le foot, et le public populaire doit se contenter, avec un peu de chance, de regarder le match à la télé. Consciemment, le football est utilisé pour des intérêts commerciaux. Le matraquage publicitaire de certaines marques font que l'on peut parler, pour reprendre la formule de Marx, d'opium du peuple."

Peux-tu préciser comment les hommes politiques récupèrent le football?
"Chaque politicien se déclare supporter d'un club, afin d'accroître sa popularité. Ainsi, Tony Blair a déclaré il n'y a pas longtemps lors d'une interview qu'il était supporter de Newcastle depuis son plus jeune âge. Et lorsqu'on lui demande quel était son jou-eur favori à l'époque, il répond: "A huit ans, je suis venu pour la première fois dans ce stade où j"étais assis à cette place. Mon joueur favori était Jackie Millburn.' Malheureusement pour Blair, il n'y avait pas à l'époque de places assises dans le stade et Jackie Millburn a cessé la compétition quand Tony Blair avait à peine 4 ans."

Comment la haute finance a-t-elle fait main basse sur le football?
"Newcastle est une équipe d'une région où il y avait beaucoup d'industries, de chantiers navals et de charbonnages. Cela n'a jamais été un club riche, mais il était supporté par la population. Cela a complètement changé au cours des dix dernières années. Aujourd'hui Newcastle est le deuxième club le plus riche en Angleterre. Une seule famille a mis la main sur le club en déboursant près de 200 millions de FB et l'a mis en bourse. La valeur de leurs actions vaut aujourd' hui environ 7 milliards de FB. Le chef de cette famille était devenu le directeur du club. Il a été accepté par les supporters étant donné le succès du club. Un journaliste britannique est tombé sur le père et le fils dans un bordel en Espagne où ils se faisaient passer pour des hommes d'affaires arabes. Lorsque ce journaliste leur a demandé conseil pour placer son argent, ils lui ont dit de placer ses économies dans un club de football tellement ça rapporte. Les propriétaires du club affirment que les supporters sont stupides de payer si cher leurs tickets et qu'ils ne sont intéressés que par une chose: boire. Les joueurs pensent qu'ils gagnent beaucoup d'argent - ont-ils continué - mais ils doivent pour cela beaucoup travailler tandis que nous gagnons beaucoup plus à ne rien foutre. Ces propos ont été largement repris par la presse. Beaucoup de suppor-ters ont alors commencé à penser que l'intérêt des sponsors était le fric et non l'amour du sport.."

Comment se sont déroulés tes premiers contacts avec la police belge?
"Je voudrais d'abord dire que ce n'est pas une sinécure de bien organiser une pareille compétition. Mais le contraste entre le comportement de la police en Belgique et en Hollande sautait aux yeux. En Hollande, la police était présente par petits groupes, pas en tenue de combat, bavardant amicalement avec les supporters. Ils étaient ainsi en mesure d'étouffer dans l'oeuf toute tentative d'émeute. C'était complètement différent en Belgique. Par exemple, le jour du match entre l'Allemagne et l'Angleterre, j'étais présent au marché de Charleroi avec environ 3 à 4.000 supporters anglais. Pendant toute la journée on n'a pas vu un seul policier. Ce n'est que lorsque la tension a commencé à monter que des centaines de policiers ont fait irruption en tenue de combat, avec le résultat explosif que l'on peut imaginer."

Dans quelles conditions ont eu lieu les arrestations?
"Eh bien il y avait quelques groupes déplaisants parmi les supporters anglais, notamment des groupes de néo-nazis et de racistes virulents. La police belge s'est montrée incapable de les différencier des milliers d'autres supporters. Les hooligans devaient représenter de 1 à 2% de l'ensemble. On avait donc environ 75% de supporters traditionnels et entre les deux un groupe de supporters qui aurait pu être entraîné par les hooligans en fonction des circonstances. Il y a eu un millier d'arrestations, parmi lesquelles 500 supporters ont été renvoyé à Manchester par avion. La police a dû reconnaître qu'elle avait arrêté des centaines d'innocents. Nous avons ouvert une ligne d'alarme afin de rassembler tous les cas et examiner la nécessité, le cas échéant, d'exiger des dommages. Il faut cependant être prudent car nous ne disposons pas encore de toutes les preuves, mais les récits sont éloquents. Un touriste américain a été embarqué par la police et déporté à Manchester parce qu'il parlait l'anglais. Une femme nous a téléphoné pour nous demander si nous savions où était son mari. Après le match, elle et son mari étaient rentrés à l'hôtel. Il était descendu prendre un dernier verre au café près de l'hôtel. Il s'est fait embarquer par la police quand celle-ci a ratissé le café et il a été réexpédié en avion vers l'Angleterre. Sa femme a dû rester deux jours à l'hôtel, jusqu'à ce qu'elle sache ce qui s'était passé, tous les bagages, les billets et la voiture qu'elle ne pouvait pas utiliser car elle n'a pas de permis de conduire."
"Toutes les fédérations de supporters ont intérêts à bannir le racisme et la violence du football. Nous essayons dans la mesure du possible d'isoler les individus qui ont un comportement provocateur. Cela ne dérange pas la plupart des supporters si la police s'en prend aux fascistes. Mais quand la police s'y prend comme elle vient de le faire, tout ce que nous avons fait ne sert à rien et on suscite un climat explosif et une spirale de violence."



Alliances de Gauche:


La voix de l'opposition contre la politique néolibérale

Les sondages prévoient que la coalition gouvernementale remportera les élections. Plus encore, il faut envisager que le Vlaams Blok ne progresse encore en Flandre, c'est-à-dire qu'une partie de la population ne soit séduite par une politique encore plus à droite. La population est-elle pour le néolibéralisme et pire encore?

Pourtant l'existence de dizaines de comités et d'associations à la base montre qu'il existe une résistance au néolibéralisme. Les élections offrent l'occasion d'aller à contre-courant. Partout en Europe, des oppositions de gauche (sous diverses formes) porte-parole de la résistance au néolibéralisme, font des percées électorales. Pourquoi en serait-il différemment en Belgique?

Lorsqu'en décembre dernier nous avons l'idée d'une Alliance de Gauche, nous avons dit dès le départ deux choses: unir tous ceux qui s'opposent à la politique néolibérale est une nécessité incontournable. Deuxièmement, nous avons averti qu'il fallait s'attendre sur ce point à une résistance passive, à un certain conservatisme de la part des petites formations de gauche.

Examinons, ville par ville les pas concrets, modestes mais réels, effectués dans cette direction.


Nationalement:

Comme il fallait s'y attendre, les distances sont encore très grandes entre organisations pour une alliance sur le plan national.

Certains cherchent leur salut du côté du SP ou du PS (Vonk/Unité socialiste), d'Agalev ou des deux comme par exemple le KP (Parti communiste) en Flandre. D'autres "bricolent" localement compte-tenu de ce qui leur semble possible sur le plan local (le POS dans le Hainaut, le PC en Wallonie).

Le PTB a décidé de se présen-ter à nouveau seul sous l'étiquet-te PTB+ (c'est-à-dire des mili-tants du PTB et des indépendants d'accord avec l'un ou l'aut-re point du programme du PTB, les membres d'autres groupes politiques n'étant pas les bienve-nus).

A Bruxelles et dans le Brabant wallon:

Aux législatives de 1999, Militant avait participé aux listes ouvertes du PC. Un bilan positif avait été fait en fin ce campagne à la fois par Militant et par le PC. Ce dernier avait proposé de recommencer aux communales, sans préciser sous quelle forme. Depuis lors, le PC a fait machine arrière: à Anderlecht il sera présent sur les listes du... PS.

A Anderlecht, le PS est au pouvoir depuis des dizaines d'années et il a laissé à l'abandon des quartiers à forte population immigrée tels que Cureghem. Dans ces conditions, Militant a expliqué qu'il refusait de se faire complice de telles manoeuvres et d'avoir des candidats sur les listes PC dans l'agglomération bruxelloise. Mais le PC a décidé de renoncer à déposer ses propres listes. Ca et là, il envisagera de soutenir ou de participer à des listes diverses.

A St-Gilles, cependant il existe une réelle chance d'Alliance de Gauche. Une réunion unitaire a rassemblé le PC, le POS et Militant. Le PTB était présent en observateur.

Un appel en vue d'une liste unitaire de gauche sera lancé en juillet. Mais dès le départ, le POS semblait conditionner sa participation à un résultat "significatif".

A Ottignies (Brabant wallon), le PC sera présent sur la liste PS.

En Wallonie:

A Liège, le Parti communiste (PC) présente une liste d'ouverture sous le nom PC-UG (Unité de Gauche).

La liste sera emmenée par Germain Dufour, moine capucin, ex-sénateur Ecolo. Militant sera en tant qu'organisation présent sur cette liste. Le POS n'en sera pas: il avait mis comme condition que ce soit un cartel Union de Gauche (PC-POS).

A Herstal, Seraing, Saint-Nicolas, Fléron et Beyne-Heusay, le PC déposera ses propres listes. Dans d'autres communes de la province, c'est le flou total: le PC sera sur une liste ouverte Ecolo à Trooz, sur une liste dissidente socialiste à Flémalle et sur une liste carrément PS à Visé.

Dans le Hainaut, le PC se présentera sous différentes formes: listes PC ouvertes, listes Union des Progressistes. Mais à Tournai, le PC sera candidat sur la liste PS. Le POS "bricolera" sans doute des alliances locales à Anderlues et à Binche.

En Flandre:

A Herzele, dans l'arrondissement de Alost, la liste unitaire de gauche Leef tentera de faire réélire le conseiller communal Filip De Bodt, autour du slogan "liste radicale et indépendante".

A Alost, Leef se présentera pour la première fois. Militant participera à la liste, le PTB pas mais il ne déposera pas de liste concurrente.

A Ostende, Militant déposera une liste ouverte. Le PTB se présentera uniquement pour la Pro-vince.

A Gand, il y aura une large liste de gauche, composée de Militant (de 15 à 20 candidats) et d'activistes de mouvements sociaux divers: transport public, droit d'asile, mobilité, déchets ménagers,... L'ex-délégué de Carnoy, Raf Verbeke, est l'un des initiateurs de la liste. La liste est soutenue tant bien que mal par le POS qui propose pour l'instant deux candidats.

Cette liste est plus que toute autre le reflet de la résistance à la gestion néolibérale menée par la majorité communale SP/VLD. On peut regretter cependant une certaine confusion. Ainsi, la liste s'appellera Leef. Militant avait proposé Opposition de Gauche, mais malgré notre poids numéri-que, nous n'avons pas voulu en faire un point de rupture.

Il faut également regretter que malgré de nombreuses propositions pour déposer une liste unitaire, le PTB maintienne sa propre liste.

A Anvers, où Kris Merckx peut être élu avec 3.000 voix supplémentaires, le PTB laisse la porte ouverte.

Il veut une large liste unitaire à condition que celle-ci soit antica-pitaliste et antifasciste et que Kris Merckx soit tête de liste. Le nom de la liste et la plate-for-me restent en discussion. Mili-tant estime, compte-tenu du rapport de forces à Anvers, que c'est une proposition acceptable et sera présent sur cette liste avec ses propres candidats. Bien entendu, nous exigeons de le faire sous notre propre nom et en pouvant développer notre propre point de vue.

Des tractations entre PTB et POS ont eu lieu à Anvers. Le POS a rendu public - contre l'avis du PTB, semble-t-il - l'idée d'une liste PTB+POS. (Le "+" étant sans doute réservé aux indé-pendants et à Militant?) Pour l'instant les contacts entre POS et PTB sont (provisoirement?) suspendus.

Bilan provisoire

Les alliances qui se mettent sur pied sont encore chancelantes et largement incomplètes. En outre, il ne faut pas s'attendre à une vague électorale contre le néolibéralisme. Cependant, l'un ou l'autre élu aurait un effet considérable sur les luttes qui se déroulent en dehors des canaux traditionnels. Ce serait aussi une formidable occasion de populariser ces luttes vers un large public.

Et ailleurs

Militant appellera bien entendu à voter pour ses candidats et d'une manière générale contre la politique néolibérale. Cela n'est possible qu'en votant pour des listes à gauche du PS, du SP, d'Ecolo et d'Agalev. Là où c'est possible, nous appellerons à voter pour une large liste unitaire de gauche. Si ce n'est pas le cas, pour une autre liste d'opposition de gauche (dans la plupart des cas, PC ou PTB). Dans des cas exceptionnels, là où il n'existe ni liste unitaire ni liste de gauche du tout, il se peut qu'on appelle à voter pour un candidat d'Ecolo, d'Agalev, du PS ou du SP pour autant qu'il soit lié à l'une ou l'autre forme de lutte contre la politique gouvernementale. Dans ce cas, nous avertirons cependant qu'un vote pour le PS, le SP ou les verts est un vote pour la gestion néolibérale. Nous pensons que la période d'opposition au sein des partis socialistes et d'opposition de gauche des verts est révolue.




La presse et les listes de gauche

Depuis plusieurs semaines, vous aurez sans doute remarqué que votre journal quotidien consacre beaucoup de places à la préparation des élections communales. Malheur cependant à celui qui compte sur la presse pour éclairer sa lanterne sur les enjeux des prochaines élections. D'abord parce que les programmes des partis traditionnels (y compris ÉCOLO) se ressemblent tellement qu'il devient de plus en plus difficile de les distinguer. Tous ces partis sont pour la flexibilité, la privatisation des services publics, la «réduction des charges sociales» sur les salaires (c'est-à-dire voler l'argent de la sécurité sociale), les fonds de pension privé, la participation des travailleurs à l'actionnariat de l'entreprise où ils travaillent, la police unique, la justice rapide, etc. Ensuite parce que pas mal de journalistes sont de mauvaise foi. Dans la presse francophone, vous ne trouvez d'ailleurs pas grand chose à vous mettre sous la dent en matière d'alternative à gauche du PS et d'Ecolo. Il faut dire qu'il y a un an, la presse - et en particulier Le Soir et Le Matin - avait déjà sérieusement malmené l'information à propos de la liste Debout.

En Flandre, De Morgen a toutefois publié un article intitulé: «La petite gauche plus divisée que jamais», après les discussions entre le PTB et le POS à Anvers. De Morgen n'est plus depuis pas mal de temps un journal pour les travailleurs. Il est plutôt le haut-parleur du SP et d'Agalev, et n'a donc aucune propension à présenter sous un jour favorable ceux qui contestent à gauche la politique menée par ces deux partis.




Participation ou manipulation?

La participation est un terme à la mode. A chaque décision importante du gouvernement, le terme revient dans la bouche des ministres et des présidents de parti. On comprend ce que cela veut dire concrètement, avec le questionnaire adressé en juin à la population à propos du fonctionnement des administrations fédérales (plan Copernic).

Les directions syndicales ont un peu réclamé contre l'organisation de ce référendum Copernic. Elles trouvent le questionnaire inutile et vague, et mettent en cause la méthode: interroger la population au lieu des organes de concertation. Elles font passer l'information auprès de leurs membres sans toutefois donner de mots d'ordre. Un mot d'ordre et une campagne de masse pour boycotter le référendum auraient pourtant pu changer le rapport de forces à l'avantage des syndicats et des fonctionnaires fédéraux. Sans mots d'ordre, Verhofstadt a déjà gagné.

Il gagne si les réponses affluent massivement, même avec 1 million de réponses sur 8,3 millions de formulaires diffusés. Il pourra alors faire ce qu'il veut avec le statut des fonctionnaires fédéraux d'autant plus que le formulaire ne permet pas d'émettre un autre avis.

Les résultats seront par la suite utilisés contre les autres agents des services publics, notamment les postiers et les cheminots. Un manipulateur tel que Verhofstadt ne ratera pas l'occasion d'utiliser les résultat si "une majorité" de la population "intéressée" (ceux qui ont complété le formulaire) se prononce pour la promotion des fonctionnaires "en fonction des compétences". Ceux qui ont répondu ignorent peut-être que sans augmentation sur base de l'ancienneté un salaire de fonctionnaire ne pèse pas lourd.

Même si peu de formulaires sont renvoyés, Verhofstadt aura encore gagné. Il pourra annoncer aux fonctionnaires que la population "ne s'intéresse pas" aux services publics et imposer son plan Copernic en affirmant jusqu'à la fin de sa carrière: "on avait pourtant demandé votre avis!"

Ce questionnaire est-il plus démocratique que d'autres formes de décision? On utilise ici toute la population pour peser contre les travailleurs du public. Un référendum est d'ailleurs souvent utilisé par le pouvoir pour faire avaliser par la popu-lation un point délicat à faire passer dans le cadre strict de la constitution.

Autre forme de participation: Frank Vandenbroucke veut instaurer la participation des travailleurs aux bénéfices de leur entreprise. Il appelle ça le "capitalisme populaire".

Il sait pourtant que les travailleurs de GB sont partis en grève parce que la prime de fin d'année avait été remplacée par une participation aux bénéfices réduite à zéro pour cette année. Le groupe GB étant scindée en unité juridiques différentes, il était évidemment aisé pour les patrons de transférer les bénéfices d'une unité à l'autre afin de ne pas verser de participa-tion aux bénéfices.

Pour une participation aux bénéfices, il faut la transparence, c'est-à-dire l'ouverture des livres de compte et la levée du secret bancaire. Mais ceci n'entre pas dans les intentions du brave Frank.

N'acceptons pas de nous laisser manipuler par le gouvernement afin de contraindre les agents des services publics à accepter une démolition de leur statut.

N'acceptons pas non plus de faire dépendre les salaires des travailleurs du privé des hauts et des bas de la conjoncture, des bénéfices et des manipulations comptables. Exigeons pour tous de bonnes conditions de travail, un emploi stable et un salaire permettant de vivre décemment.




Fuir la misère à tout prix...

Lundi 19 juin , les corps de 56 hommes et 4 femmes d'origine chinoise ont été découverts à Douvres dans la remorque d'un poids lourd hollandais. Le camion, qui avait quitté Zeebrugge 5 heures plus tôt, venait d'arriver à Douvres. On a retrouvé parmi les cadavres les corps de deux hommes encore en vie. Ils ont par la suite relaté les circonstan-ces atroces dans lesquelles sont morts leurs compagnons. Pendant des heures ils ont lutté contre l'asphyxie et tenté en vain d'ouvrir la porte de la remorque dans laquelle ils étaient enfermés. Ils ont vu sous leurs yeux leurs compagnons mourir un à un.

Il y a un an les corps de deux jeunes Guinéens, Yaguine et Fodé, ont été découverts à Zaventem dans le train d'atterris-sage d'un avion qui arrivait d'Afrique. Ils avaient trouvé la mort en voulant fuir la misère. Ils étaient porteurs d'une lettre dans laquelle ils demandaient aux autorités belges de secourir l'Afrique.

Depuis 1993, plus de 2.000 personnes, selon les chiffres officiels, ont trouvé la mort en tentant, coûte que coûte, de pénétrer clandestinement en Europe.

Les gouvernements européens ont du sang sur les mains. Ils prennent de nombreuses mesures répressives à l'encontre de ces réfugiés. Rappelez-vous Semira Adamu.

Les partis actuellement au gouvernement avaient promis d'humaniser la politique d'asile. Mais derrière les promesses la réalité est toute autre.

Le nouveau gouvernement a décidé de raccourcir la procédu-re d'asile mais n'a rien changé aux conditions de statut de réfugié. Raccourcir la procédure signifie pour le candidat réfugié qu'il dispose encore de moins de temps pour rassembler les pièces de son dossier.

Seuls les candidats originaires de certains pays sont pris en compte en matière d'asile. Ainsi, les réfugiés originaires de Chine ne sont pas reconnus en Belgique. Ni les Tziganes de Slovaquie.

De récentes statistiques montrent pourtant qu'en Slovaquie 70% de la population a une attitude raciste et agressive à l'égard des Tziganes. Les assassinats et les viols de Tziganes sont monnaie courante. Malgré cela, la Belgique continue d'estimer qu'il n'y aucune raison de leur accorder le droit d'asile.

La presse et les responsa-bles politiques ont comme pos-tulat que tous ces réfugiés nous coûtent chers. La réalité: ils coûtent 0,005% du budget de l'État, c'est-à-dire quelque chose d'insignifiant en comparaison des cadeaux que reçoivent annuellement les patrons. Quels intérêts défend ce gouvernement?

Personne ne fuit son pays sans raisons valables. La pauvreté, le chômage, l'exploitation, aucune protection sociale, l'insécurité, la discrimination, les catastrophes naturelles et la guerre sont pour beaucoup des raisons qui les poussent à fuir et à chercher ailleurs un sort meilleur.

Le gouffre entre riches et pauvres n'a jamais été aussi pro-fond. Les 5% les plus riches du monde consomment 86% des richesses, alors que les 5% les plus pauvres consomment seulement 1% de ces richesses. Un quart de la population mondiale, soit un milliard et demi d'habitants doivent se débrouiller pour vivre avec un dollar par jour (42FB). Cela veut dire ne pas pouvoir se nourrir ni avoir un toit. Un manœuvre indonésien gagne 0,28 dollar par jour (moins que 12FB par jour). Si on vous payait 12FB par jour, vous fuiriez également.

Chen Lin, une des victimes de Douvres avait quitté la province chinoise du Fujian en février der-nier. Il était persécuté parce qu'il était catholique. Ses parents ont emprunté de l'argent pour pouvoir payer le voyage de leur fils. Le voyage était dur et dangereux. Les trafiquants l'on menacé avec des armes. Via Pékin il est arrivé à Moscou, puis en Tchéquie. Et finalement en Hollande. La dernière étape allait lui être fatale.

Comment se fait-il que les pays occidentaux soient si riches et ceux du Sud si pauvres et que leurs population doivent émigrer? Parce que de grandes régions du monde sont économiquement colonisées par les multinationales.

Les travailleurs y sont confron-tés à des conditions de travail exécrables: travail des enfants, pas de jours de repos, des journées de travail de 14 heures, et cela pour un salaire de misère. IKEA et H&M sont, par exemple, des multinationales qui pai-ent des salaires très bas en Asie, dans des pays où les enfants doivent travailler. Un "dégât collatéral" de l'économie de marché, dites-vous?

Entretemps l'impérialisme tente, au moyen de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), de modifier encore plus à l'avantage des pays occidentaux les règles du marché capitaliste. En février, malgré la campagne de dénonciation organisée par Oxfam et les Magasins du Monde, une directive européenne a été adoptée afin de permettre l'emploi de graisses animales, à la place du cacao, pour la fabrication du chocolat. Cette mesure signifie la mort pour des dizaines de milliers de paysans qui cultivent le cacao en Afrique.

Pendant que les multinationales occidentales pressurent encore plus les pays pauvres et que les responsables politiques occidentaux décident d'aggraver le sort des travailleurs et des paysans pauvres du Sud, ceux qui fuient la misère sont accueillis en Europe par des mesures de plus en plus répressives. Le gouvernement Verhofstadt peut appeler cela une politique d'asile réaliste. Nous appelons cela de l'hypocrisie.

Pour mettre fin à l'exploitation, aux mensonges quotidiens de nos gouvernants et à la politique de répression des demandeurs d'asile, il faut faire de la mise sur pied de syndicats et d'organisations ouvrières une priorité. Les travailleurs et les jeunes de tous les pays doivent unir leur lutte. Nous devons expliquer que les migrations sont provoquées par les guerre, les catastrophes naturelles et les injustices, que c'est un symptôme de l'incapacité du système capitalisme de répondre aux besoins d'une majorité de l'humanité.

Chaque lutte des travailleurs et des couches opprimées pour mettre fin aux régimes qui les oppriment et à la domination des multinationales doit être soutenue. Nous voulons une société socialiste avec un plan de production démocratiquement contrôlé afin de mettre fin à la misère et aux épidémies qui peuvent être prévues.

Nous voulons un mode où les êtres humains peuvent cir-culer où bon leur semble et non parce que le dénuement les y pousse. Dans l'immédiat, revendiquons une aide publique pour tous ceux qui en ont besoin, un véritable droit d'asile et l'arrêt des mesures de répression même si celles-ci ont maintenant les couleurs de l'arc-en ciel.

Koenraad Depauw




Nigéria:


L'indispensable solidarité internationale

Au cours des années précédentes Militant a, à plusieurs reprises, mené campagne contre le rôle de la multinationale Shell au Nigéria et contre les régimes dictatoriaux successifs.

Pour nous, la solidarité internationale n'est pas quelque chose que nous mettons en avant de temps à autre quand c'est à la mode, ni quelque chose comme une campagne de charité. La solidarité internationale signifie pour nous lutter, ensemble avec nos organisations soeurs à travers le monde, pour construire une organisation révolutionnaire commune.

Cela signifie aussi, dans la mesure du possible, essayer d'organiser un soutien aux sections qui doivent se battre dans des conditions particulièrement difficiles. Notre section au Nigéria, le Democratic Socialist Movement (DSM) est dans ce cas.

Cette année, à notre université d'été annuelle que nous tiendrons à Louvain et à laquelle participeront quelque 250 militants venus de toute l'Europe, un représentant de DSM prendra la parole. Dimanche 16 juin dans la soirée, un camarade nigérian fera un rapport politique sur la situa-tion dans son pays ainsi que sur la lutte menée contre Shell, contre la pauvreté, la répression...

Cette année, le thème général de l'université d'été est: "60 ans après l'assassinat de Trotsky". Une série de sujets seront abordés au cours de l'université d'été, en rapport avec le thème général: notamment la lutte contre le fascisme, l'apparition du stalinisme et la lutte contre celui-ci.

Un des aspects importants de la pensée de Trotsky est la théorie de la révolution permanente. La révolution dans les anciennes colonies et l'émergence de forces pour mener à bien cette tâche est importante pour les marxistes. C'est pourquoi nous accordons beaucoup d'importance à la section du CIO au Nigéria.

Le DSM a été au cours des récentes semaines au centre d'une lutte contre le coût élevé des produits pétroliers. Bien que des quantités colossales de pétrole soient extraites du sol par Shell, le prix des produits pétroliers a augmenté de 50% au cours des derniers mois!

Le 8 juin, une grève générale a été organisée. L'impact de la grève a été tel que le 11 juin le gouvernement a concéder que "la procédure, le timing et les marges de hausse du prix des produits pétroliers étaient erronés". Le gouvernement a donc décidé de limiter la hausse à 25%. La grève aurait pu s'éten-dre rapidement, mais ce n'est pas évident. Dans un pays qui manque cruellement d'électricité, où règne une misère profonde, où une grande partie de la population dépend de la nourriture qu'elle peut obtenir quotidiennement sur le marché, la pression pour reprendre le travail est très forte. Le rôle du mouve-ment ouvrier est donc très im-portant pour organiser les grévistes actifs et les mobiliser.

Au cours des dix jours qu'a duré la lutte contre la hausse des produits pétroliers, le DSM a joué un rôle important. Cela s'est reflété notamment dans la vente du mensuel du DSM Socialist Democracy: lors d'un meeting à Lagos qui rassemblait 5.000 personnes, 1.575 exemplaires du journal ont été vendus. Le même jour, le DSM a tenu un meeting à Lautech, dans l'état d'Oshun. Il y avait 1.500 participants. Le 9 juin, nous avons organisé une manifestation à Lagos qui a rassemblé un millier de personnes. Quelques camarades connus ont été à la une des quotidiens nigérians lorsqu'ils ont couplé la lutte contre la hausse des produits pétroliers à une revendication de salaire minimum.

Les textes du Democratic Socialist Movement sont disponibles. Vous trouverez un certain nombre de n°s spéciaux de Socialist Democracy sur notre site internet.

Bien sûr, ce n'est pas la même chose de lire le texte sur internet que de les entendre de vive voix.

Meeting international avec un orateur nigérian de DSM, dimanche 16 juillet à 20h00, Louvain

(pour connaître la salle, tél 09/232.13.94) 1
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