Mobilisation contre l'UNICE

Il y a six mois, le sommet de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) débouchait sur un échec retentissant à Seattle. En revanche, le contre-sommet organisé par des syndicats, des associations et des individus de toutes origines pour protester contre cette politique du tout au marché qui nivelle par le bas le niveau de vie de la population mondiale a connu un succès fou. Les dizaines de milliers de manifestants avaient même réussi à perturber le bon déroulement des travaux. Les capitalistes tentent maintenant de réussir au niveau régional ce qu'ils n'ont pas pu faire au niveau mondial. C'est ainsi que l'Union des Confédérations de l'Industrie et des Employeurs d'Europe (UNICE), la plus importante fédération patronale européenne, organise ce mois-ci un "Sommet européen des affaires"... à Bruxelles!

par Thierry Pierret

Ce sommet, "rehaussé" de leur présence par les plus hautes autorités belges et européennes, rassemblera la fine fleur du capital financier et industriel du continent. Moyennant une modeste participation aux frais de 85.000 francs, les participants pourront disserter à volonté sur "le niveau trop élevé des allocations de chômage" ou "le manque de flexibilité de la main d'oeuvre".

Une vaste coalition d'associations diverses et d'individus révoltés par un tel cynisme, dont la FGTB-Bruxelles, s'est formée autour du mouvement attac. Attac milite pour l'introduction d'une taxe mondiale de 0,1% sur les transferts financiers internationaux (taxe Tobin). Mais la plate-forme de la coalition va bien au-delà en exigeant notamment "des dispositions qui découragent la flexibilité", "des mesures anti-délocalisation" ou encore "la suppression des paradis fiscaux".

Si cette plate-forme a de quoi effaroucher nos dignes congressistes, elle gagnerait cependant à être plus concrète: levée du secret bancaire pour lutter contre la fraude et l'évasion fiscale, nationalisation sans indemnisation des entreprises qui ferment ou délocalisent, ouverture des livres de comptes des entreprises.

Pour y arriver, il ne suffira pas d'organiser via internet des meetings, des manifestations et des contre-sommets. Il faut dépasser le stade de l'e-mobilisation et créer un mouvement structuré nationalement et internationalement qui soit davantage qu'un collectif d'organisations. Ce mouvement devrait, à notre avis, être basé sur l'affiliation individuelle et nouer des liens très forts avec le mouvement ouvrier. La participation d'organisations syndicales aux mobilisations actuelles pourrait constituer un pas dans ce sens.

Samedi 10 juin à Bruxelles 16 heures - rassemblement Passage 44 (bd Pacheco) 18 heures - Meeting à la Madeleine (Rue Duquesnoy)


Gand: Une liste de gauche en préparation

En avril dernier, cinq personnes ont lancé un appel (baptisé "Rendez des comptes") pour la formation d'une liste qui ambitionne de rassembler et de représenter les différents mouvements de lutte à Gand dans les prochaines élections communales. Raf Verbeke, Agnes Lamoen, Marc de Cat, Tom Baetens et Anja Deschoemaker (les cinq signataires de l'appel) viennent de différents milieux: syndicalistes, activistes, écologistes, sans oublier Militant, représenté par notre camararade Anja Deschoemacker. Cet appel n'est pas arrivé trop tôt. Depuis lors, l'initiative a déjà attiré un nombre important de militants gantois, entre autres du mouvement contre les déportations et pour le droit d'asile. De même, le POS a rejoint l'initiative après que leur appel "Progressief Gent" a échoué (c'était une démarche envers Agalev et le SP pour constituer une liste unifiée avec des "indépendants").

Pas trop tôt, disions-nous, car les autorités gantoises ont un grand nombre de comptes à rendre. Ces dernières années, chacun a pu suivre la manière dont l'administration communa-le (SP, VLD et VU) s'est oppo-sée bruyamment (et souvent d'une manière anti-démocrati-que) à chaque revendication de la population gantoise.

Quelques exemples: l'admi-nistration avait appelé au boy-cott du référendum concernant le parking à construire au-des-sous du Belfort, attitude qui lui a éclaté en pleine figure...

Et par rapport à la consultation sur la gra- tuité du transport, les autorités ont également montré un visage fort peu démocratique. Dans ce dernier référen dum, la question originale (pour ou contre le transport pu-blic gratuit) a été transformée en une question sur un vague plan d'amélioration du transport public à réaliser d'ici 2010. En tant que parti d'opposition, Agalev a fidèlement collaboré à cette ridicule tromperie.

En outre, on constate qu'au-cun mouvement des travailleurs dans les entreprises gantoises n'a pu compter sur le soutien du SP ou d'Agalev. L'échevin Daniel Termont (SP) est inter-venu dans le cas de Carnoy, mais pas en faveur des travail-leurs car son amitié était réser-vée au patron dictatorial de Car-noy.

Quant à Tom Balthazar, l'avo-cat renommé du SP, il a plaidé pour le patron Sommer-Allibert dans le procès qui visait à priver le délégué syndical Ed-dy Pagnon de son indemnité de licenciement. On est bien loin d'un SP qui livrerait une bataille pour chaque emploi.

Ces dernières années, le per-sonnel communal a également subi une série d'attaques. Le 26 mai dernier, la CGSP de la ville de Gand a fait grève entre autre contre l'augmentation de la charge de travail, contre le dé-mantèlement des acquis so-ciaux. Les revendications des fonctionnaires communaux concernaient notamment la révision du système d'évalu-ation.

Ce n'est pas un hasard si l'échevin du personnel, Serraes, est depuis des années une des figures les plus impopulaires de la ville. L'augmentation du prix des sacs poubelles n'a fait qu'é-largir son impopularité à travers toutes les couches de la popu-lation.

Que le VLD ait perdu des voix à Gand alors qu'il progressait partout ailleurs, lors des der-nières élections, n'était donc pas une surprise.

Le Vlaams Blok observe tout cela avec délectation. Il fut le seul parti à soutenir le transport public gratuit, à s'opposer au renchérissement des sacs poubelle et à l'échevin Serraes. En regard de l'opposition molle du CVP et d'Agalev (si toutefois l'on peut parler d'opposition), le Vlaams Blok se présente comme le seul parti d'opposition en ce moment. Agalev recherche surtout une participation à la prochaine coalition communale et depuis la formation du gouverne-ment, il ne fait même plus d'opposition formelle.

Militant estime donc que les campagnes comme "Deblok-keren" ("Aucune voix pour le Blok") qui rassemblent tous les partis traditionnels sans mettre en avant de réelle alternative n'ont pas beaucoup de sens. La simple dénonciation du Blok sans remettre en question la po-litique qui pousse les gens dans ses bras risque plutôt d'a-voir des effets contre-productifs.

Malheureusement, certains (comme le Parti communiste gantois) continuent à défendre l'idée d'un soutien aux "partis démocratiques" ou prétendu-ment de gauche pour former un front anti-Blok. Nous pensons que cette approche ne mène à rien.

De son côté, le PTB ne veut former aucun front avec les élections communales en point de mire, ce que nous déplorons. L'initiative "Rendez des comp-tes" est encore en discussion avec eux. Mais c'est la pratique qui sera déterminante pour démontrer les avantages d'une unité sur un programme mini-mal, avec une liberté de mouve-ment et de propagande pour les différentes parties.

Nous voulons offrir aux gens une véritable opposition avant, pendant et surtout après les élections communales. Dans cette optique, cette liste est un premier pas vers une collaborations plus large des forces de gauche à Gand.


Pays-bas:

Le secret mortel d'Enschede

Nous avons demandé à Johan Kwisthout, conseiller communal pour le Parti Socialiste à Breda et membre d'Offensief, l'organisation soeur de Militant, de réagir face à la catastrophe à Enschede.

Le samedi 13 mai à Enschede (Pays-Bas) tout un quartier d'habitations à été rayé de la carte par une série d'explosions dans un entrepôt de feu d'artifice. Le bilan était désastreux: à l'heure où nous mettons sous presse, on compte 18 morts et il y a encore 4 disparus. Tandis que quelque mille autres personnes ont été légèrement où gravement blessées. Parmi ces derniers, certains sont encore aux soins intensifs. Dans un rayon de plusieurs centaines de mètres autour de l'usine, les habitations ont été détruites. Les dégâts sont estimés à 500 millions de florins (10 milliards de francs). Le quartier ressemble à un terrain de guerre qui a été complètement bombardé. Au moment de la catastrophe, la fumée était visible sur les photos du satellite météo. Les déflagrations les plus fortes ont été enregistrées par des sismographes jusqu'au Limbourg. L'usine était construite au milieu d'un quartier d'habitations où se trouvait également la brasserie Grolsch qui a été gravement endommagée.

L'enquête est toujours en cours, mais les politiciens pré-tendent déjà que le désastre est dû à une erreur humaine. Probablement que les règles de sécurité n'ont pas été respectées, ce qui a permis au feu de s'é-tendre à plusieurs com-partiments de feu d'ar-tifice. Les deux prop-riétaires de l'usine qui y travaillaient eux-mê-mes ont été arrêtés. Ainsi, comme d'ha-bitude, on évite habile-ment la question de la responsabilité, on la transforme en une er-reur individuelle. Il y a 7 ans, ils ont agi de la même façon dans le cadre de l'explosion de l'usine de Cindu.

Par erreur deux ma-tériaux réactifs s'étai-ent mélangés dans un chaudron, parce qu'un ouvrier avait noté un nu-méro erroné. Au pas-sage, cet ouvrier à été rendu responsable de la mort de quelques collègues. Nul ne s'est posé la question de savoir comment il était pos-sible qu'une erreur d'écriture puisse mener à de telles con-séquences. Pourtant, depuis longtemps, il est parfaitement possible techniquement de pré-venir que des matériaux réactifs puissent se mélanger dans le même chaudron. Nul ne s'est posé la question de savoir pourquoi la direction n'avait pas investi dans des ma-chines plus sûres, Le système capitaliste n'a pas été mis en question. Pourtant c'est justement là qu'il faut chercher le coupable: parce que les entreprises doivent suivre la concur-rence et n'ont donc pas la possibilité de sécuriser leurs méthodes de pro-duction et de les rendre plus saines et plus prop-res que leurs concurrents.

A Enschede le même scénario s'est reproduit. La concurrence capitalis-te régit les entreprises in-dépendamment de leur volonté de participer à cette lutte concurrentielle, même si cela implique des risques injustifiables. La démocratie bourgeoi-se ne les limite pas. L'u-sine se trouvait au milieu d'un quartier de travail-leurs, pour la communne ce n'était pas un problè-me. Dans quelques années l'usine aurait dû être déplacée parce qu'une partie du quartier devra être démoli pour faire pla-ce à des maisons plus chères. Dans ce cas une telle usine se-rait naturellement un problème; que des travailleurs vivent à cô-té d'une bombe à retardement n'est apparemment pas impor-tant. Beaucoup (dont les pompiers et les conseillers communaux) ne savaient même pas qu'il y avait une usine mortellement dangereuse dans le quartier.

A côté du chagrin dominant un sentiment de colère commence à s'emparer des habitants. Comment est-il possible qu'une usine dangereuse se trouve dans notre quartier; pourquoi n'en étions nous pas informés: pourquoi est-ce chaque fois la classe ouvrière qui en est la victime? La tâche des socialistes est de transformer cette colère justifiée en une prise de conscience sur la société.



élections sociales 2000:

Qui a gagné?

Pas de changements spectaculaires. La FGTB progresse légèrement en sièges, mais recule un peu en voix. La CSC fait l'inverse. La CGSLB gagne légèrement en voix et en sièges, mais reste en dessous des 10%. La FGTB gagne en Flandre et dans les PME. La CSC gagne en Wallonie et dans les grandes entreprises.

Les 30 dernières années la FGTB à toujours reculé. Cela était partiellement dû à la perte d'emplois dans l'industrie et sur-tout dans les secteurs lourds où la FGTB était forte. En plus la FGTB n'a pas pu recruter mas-sivement dans les services tan-dis que le syndicat chrétien (CNE) est dominant dans le non-marchand. Dans les élections nous con-statons que des militants FGTB de gauche qui ont construit un fonctionnement syndical actif dans leur entreprise obtiennent de très bons résultats. Mais l'évolution à droite du sommet et la sélection de militants qui ne représentent pas de danger pour l'appareil ont contribué au recul de la FGTB. Les campagnes électorales étaient faibles en contenu. Se-lon les porte-parole officiels des syndicats le souci principal des travailleurs est la pression du travail. Le syndicat libéral a fait de la surenchère en exigeant activement des participations aux bénéfices et des pensions d'entreprises extra-légales. Ainsi elle veut utiliser la con-joncture économique favorable en suivant le patronat. Mais que faire quand l'économie marche-ra moins bien? Ou que faire quand une entreprise se met en déficit artificiel afin d'éviter la participation au bénéfice? De-mandez-le aux travailleurs de GB qui ne reçoivent pas leur pri-me parce qu'il n'y a prétendu-ment pas de bénéfices.

Ni la FGTB, ni la CSC n'ont expliqué pourquoi la pression du travail augmente. Aucune des deux n'a mis en question le capitalisme. Le nombre de travailleurs à bas salaire augmente, les conditions de travail se détériorent, mais aucun des syndicats ne lutte fermement contre cela. Le peu d'intérêt pour ces élections sociales n'est donc pas surprenant.

Les résultats ne donnent pas une image globale de la popula-rité des différents syndicats, mais ils ont été influencés en gros par des facteurs régionaux ou même par des facteurs spé-cifiques aux entreprises. Géné-ralement nous constatons que dans les entreprises où la FGTB est active et combative, les ré-sultats sont positifs. Ainsi, la FGTB avance dans le secteur du textile ou à Car-noy. Là où le fonctionnement syndical est carrément mauvais les travailleurs votent pour le syndicat qui offre les meilleurs services. Le léger progrès de la CGSLB ne doit pas étonner. Des 3 syn-dicats, c'est celui qui se base le plus sur des services. Elle se définit de plus en plus comme une organisation de consom-mateurs, offrant par exemple des cartes de remises chez cer-tains commerçants. Un de ces "commerçants" est Colruyt, pourtant réputé pour son anti-syndicalisme. Militant avait divers membres et sympathisants candidats sur des listes de la FGTB et de la CSC. Ils ont presque tous été élus, en général avec le plus grand nombre de voix de préfé-rence dans leurs entreprises. Nous citons dans ce journal l'exemple de Jo Coulier à la VUB. Ces résultats démontrent que leur engagement dans la construction du syndicat et la défense des intérêts des travail-leurs est apprécié dans les ur-nes.

Le défi des 4 années suivantes est donc la construction d'un fonctionnement syndical actif et combatif.

Il est très important que les délégations syndicales consa-crent assez d'attention aux non-statutaires et s'assurent que le patron ne divise pas le personnel en travailleurs sta-bles, mieux payés et travail-leurs temporaires qui n'ont au-cun droit. Les délégations et leurs syn-dicats doivent aussi élaborer un programme clair pour répondre aux positions patronales con-cernant les coûts salariaux, les avantages extra-légaux, la pression du travail, la produc-tivité,...



Une décennie de capitalisme:

Un mineur Russe parle

Boris Popovkin est actif dans le syndicat indépendant des mineurs de Vorkuta en Russie, et membre de la section du CIO dans ce pays. En ce moment, il fait une tournée dans divers pays européens. Il a pris la parole à la journée "socialisme 2000" de Militant à Bruxelles. Peter Delsing l'a interviewé. Nous publions aussi un aperçu du développement de "Démocratie des Travailleurs" - notre section en Russie - par Rob Jones.

"En mars 1988 la première grève illégale des mineurs de Vorkuta a eu lieu. Sous l'an-cien régime donc. Au début il ne s'agissait que d'une tren-taine de personnes. Ils réus-sissaient à engager les autres travailleurs. J'étais un des membres fondateurs du syn-dicat indépendant. J'étais élu dans le comité des mineurs de Vorkuta.
"La raison principale pour la création du syndicat était l'at-titude stalinienne du syndicat officiel. Celui-ci n'était pas capable d'organiser un vrai mouvement des travailleurs. Un congrès des mineurs, avec à peu près 400 représen-tants de toute l'Union Sovié-tique, a décidé de mettre sur pied un syndicat indépendant. Après l'effondrement de l'Etat soviétique le syndicat a été transformé en fédération internationale, avec des sections e.a. en Russie, au Kazakhstan et en Ukraine.
"Les premières grèves étai-ent organisées par les mem-bres et étaient combatives. Graduellement le sommet du syndicat indépendant avait accès à de plus en plus de privilèges. Ils pouvaient gérer les fonds sociaux et les fonds de pensions et négociaient avec les patrons sur l'organi-sation des vacances, des soins de santé, etc...
"Ceci augmentait l'autorité des dirigeants qui semblaient pouvoir améliorer le sort des mineurs. En même temps ils inclinaient de plus en plus vers des accords avec le gou-vernement et les nouveaux capitalistes. Ils perdaient de vue les vrais intérêts des mineurs."

"Le président de notre syndi-cat, Sergejev, avait réussi à faire partie des conseillers du président Eltsine. Au début nous pensions que c'était un pas en avant: ainsi il pourrait mieux défendre nos intérêts. Finalement Sergejev apparais-sait comme un bureaucrate semblable à ceux des autres syndicats. La soi-disant "guer-re des chemins de fer" de 1998 - quand les chemins de fer entre la Sibérie et le Sud de la Russie furent paralysés - en est un bon exemple. La majorité des travailleurs pen-sait défendre ses propres intérêts politiques et écono-miques. En réalité ces actions étaient organisées d'en haut pour protester contre les nouveaux tarifs des chemins de fer qui coûtaient trop aux directeurs d'entreprises et aux propriétaires des mines.
"Sa trahison la plus sale, Sergejev l'a commis dans l'été de 1998 quand le syndicat or-ganisait un piquet à la Maison blanche de Moscou contre la politique de Eltsine. Le piquet à continué 4 mois et était visi-té par des groupes de travail-leurs qui nous soutenaient: des enseignants, des métal-los, etc... La revendication principale était la démission de Eltsine. Mais pendant que nous faisions du camping à l'extérieur, notre président essayait de miner les actions à travers les couloirs du pou-voir. Deux jours avant qu'une protestation nationale des syndicats indépendants n'ait lieu, Sergejev a convaincu un des comités dirigeants d'aban-donner le piquet. Le mécon-tentement était tellement pro-fond que Sergejev dut démis-sionner comme président au congrès suivant."

"L'économie en Russie est en mauvais état. Les usines ferment, là où la production est faible. L'ag-riculture à été détruite et le système de transport s'est effondré. Chaque tentative du gouvernement pour intervenir est un échec.
"Le FMI promettait des crédits pour la restructura-tion de l'industrie du charbon à condition que 70% des mines de charbon russes soient fermées. La consé-quence était que de grosses sommes d'argent, prévues pour faire déménager les mineurs ou pour la formation professionnelle, dispa-raissaient dans les poches de l'appareil d'Etat ou des diri-geants bureaucrates des syn-dicats. Il y a des cas où des mineurs au chômage ont été déportés par force à 120 km de leur domicile. La police leur avait donné 2 heures pour ramasser leurs biens et se rendre à la gare. Aujourd'hui encore 200 de ces familles vivent à Vorkuta chez des amis où dans la famille - ils n'ont pas d'argent pour aller ailleurs. "Pas mal d'ouvriers commen-cent à songer à la construc-tion d'un nouveau parti ouvrier. Tous les partis, mê-me ceux qui se disent "com-munistes" comme le parti communiste ex-stalinien, sont en réalité pro-capitalistes. C'est pourquoi j'ai rejoint le CIO. A travers la lecture du programme et d'autres écrits et à travers des discussions j'ai été convaincu que c'était le meilleur chemin à suivre."

Démocratie ouvrière

Rob Jones:
"Le fonctionnement du CIO en Russie a commencé en 1990. C'était l'année où Terry Fields (Parlementaire du CIO dans le Labour Party aux années '80) parlait pour le congrès des syndicats indépendants en Sibérie. A l'origine nous étions en contact avec un groupe de jeunes qui se disaient anarchistes, mais dont certains se consideraient aussi trotskistes.
"Entre '90 et '92 c'était une période étrange: les gens étaient intéressés en politique, il y avait un sentiment que les choses avançaient dans le sens positif, nous vendions régulièrement jusque à 1000 journaux à des manifestations...
"Mais en même temps le processus de la contre-révolution s'accélérait. L'effondrement économique a mené au désespoir. Dans la période difficile entre '92 et '95/'96 il était important de garder ce que nous avions et de nous préparer pratique-ment et théoriquement au futur. D'autres groupes de gauche concluaient qu'en Russie il était impossible de construire une organisation. C'était quand nous sommes rentrés en contact avec Ionur (un militant syndical nationalement reconnu au Kazakhstan).
"En '96 nous nous sommes réorienté vers la jeunesse à travers une campagne anti-fasciste. L'organisation rajeunissait et devenait plus attractive, aussi pour des ouvriers plus âgés.
"Pour le moment Démocratie pour les Travailleurs" mène avec d'autres forces de gauche campagne pour la création d'un nouveau parti ouvrier large. Nous avons des sections à Moscou, St. Petersbourg, Vorkuta, Kiev, Voronish et d'autres villes. Nous sommes actifs en Russie, en Moldavie, au Kazakhstan et en Ukraine.


Cinglante défaite pour Blair!

Les élections municipales en Angleterre ont signifié une amère défaite pour Blair et son projet poli-tique. Sous sa direction, le Parti travailliste (New La-bour) a été transformé en un exécutant fiable de la stratégie de crise du patro-nat: puiser dans les poches des petites gens pour remplir celles des riches. On ne peut pas toujours faire cela impunément.
L'expression la plus remar-quable de la défiance dans les partis traditionnels a été la parti-cipation: seuls 30% des élec-teurs ont pris la peine de se ren-dre aux urnes.
Ceci en soi a dû rem-plir les stratèges du capi-tal d'un sentiment d'in-quiétude et de crainte pour l'avenir. D'autant plus que la baisse du New Labour ne s'est pas traduite par une progres-sion équivalente des conservateurs, qui ont débordé Blair sur sa droite en ne l'attaquant que sur le thème du droit d'asile. Mais les Tories approuvent l'orientation sociale et économique du gouvernement Blair.
Le mécontentement envers les politiciens tra-itionnels ne s'est pas seule-ment exprimé par l'apathie. La gauche a enregistré plusieurs victoires. Le Socialist Party, l'or-ganisation-soeur de Militant en Grande Bretagne, a de nouveau fait un excellent résultat à Co-ventry: nous y avons obtenu un troisième conseiller communal, Rob Windsor, qui siégera aux côtés de Dave Nellist et de Ka-ren McKay.
Ce succès avait été quelque peu anticipé par l'édition locale de l'Evening Telegraph: "Il y a peut-être une chose que la di-rection du New Labour craint par dessus tout, la perspective d'une "république socialiste" au coeur de la ville. Celle-ci pourrait servir de base d'appui pour s'é-tendre à d'autres districts élec-toraux, sur base d'un program-me de résistance contre les économies et les privatisa-tions". Il n'est pas encore ques-tion d'une "république socialis-te" à Coventry, mais il est vrai que le Socialist Party va mener activement campagne autour de thèmes qui touchent directe-ment les petites gens.
A côté de Coventry, le Socia-list Party a aussi enregistré de bons résultats à Merseyside, Carlisle et une série d'autres lo-calités. A Greenwich et Lewis-ham (Londres), Ian Page a obte-nu 4,2% des voix.

A Londres, c'est évidem-ment la victoire de Ken Livingstone qui saute aux yeux, le candidat de Blair devant se conten-ter d'une pénible troisième place. Le New Labour a obte-nu son plus mau-vais résultat à Lon-dres depuis 1982. Livingstone ne s'est malheureusement pas présenté com-me une réelle alter-native de gauche face au New Labour de Blair.
Il a mené une cam-pagne populiste, jouant sur les désirs et les attentes des tra-vailleurs et des jeunes pour ré-pandre ensuite des propos ras-surants dans les cercles du big business.
La gauche s'est présentée di-visée à Londres. Le Socialist Party a plaidé pour une liste uni-taire des deux principales initia-tives, la London Socialist Allian-ce (dont nous faisions partie) et la CATP (Campaign Against tube privatisation) - une initiative de cheminots londoniens. A côté de cela, il y avait toute une série d'autres partis de gauche et de candidats indépendants qui se présentaient.
Cette unité n'a pas encore été réalisée. Le Socialist Party appelle en tout cas à tenir une conférence de toutes les orga-nisations de gauche, des mili-tants syndicaux, des groupes d'action,... pour mettre à l'a-genda la création d'une nouvelle formation aussi large que pos-sible pour les travailleurs et les jeunes combatifs.


les expulsions doivent cesser

Lorsque le nouveau gouvernement a présenté sa politique d'asile, il a affirmé qu'il travaillerait sur deux plans: une campagne de régularisation d'une part, une politique d'expulsions stricte d'autre part. le gouvernement semble mettre plus de coeur à l'ouvrage dans les expulsions que dans les régularisations. La population tsigane constitue une fois de plus une cible privilégiée. Alors que la précédente expulsion de Tsiganes avait laissé un goût amer, le même groupe est de nouveau visé.

par Geert Cool

Pourquoi s'en prend-on de nouveau à ce groupe? Le gou-vernement répond très mala-droitement que la Slovaquie est une "démocratie"!
Ils veulent sans doute dire une démocratie pour les riches investisseurs, car les Tsiganes n'en ont pas vu grand-chose. En attendant, les tracasseries poli-cières continuent sans faiblir, les agressions par des skin-heads néo-nazis sont quotidien-nes, le chômage reste phéno-ménal parmi les Tsiganes, mais tout cela est parfaitement dé-mocratique aux yeux du gouver-nement arc-en-ciel!
Une deuxième raison de l'a-charnement contre les Tsiga-nes est sans aucun doute le fait qu'ils constituent un groupe rela-tivement restreint. En commen-çant par un petit groupe et en attaquant chaque groupe sépa-rément, le gouvernement veut briser la solidarité entre les de-mandeurs d'asile.
L'essentiel dans une campagne contre les expulsions de Tsiganes, c'est d'élargir la solidarité. Il y a des projets d'occupation d'églises à Gand pour la mi-juin. Cela peut être l'amorce d'un renforcement de la solidarité à l'intérieur de la communauté tsigane qui pourra déboucher ultérieurement sur un élargissement de la solidarité dans les quartiers où sont situées les églises. C'est la seule façon de stopper les expulsions.
Les manifestations comme celle du 3 mai à Gand, lorsque quelque 500 Tsiganes et Gan-tois ont protesté contre la politi-que d'expulsions, doivent aussi être l'occasion de montrer à la population que les demandeurs d'asile, loin d'être la cause des multiples problèmes sociaux, sont tout comme nous les vic-times de la politique antisociale qui nous est imposée.
Un appel à ne pas collaborer aux expulsions circule pour le moment au sein du mouvement "Gastvrij Gent" (Gand hospitalier). Pour attirer les Verts dans le gouvernement, on a en effet décidé que les expulsions se dérouleraient humainement: par petits groupes et avec l'accompagnement d'assistantes sociales et d'organisations de défense des droits de l'homme.
Ils veulent ainsi maintenir la fiction d'un retour "humain" vers le chômage, les persécutions policières et les agressions fascistes. Militant soutient l'appel à ne pas collaborer aux expulsions. Ce n'est pas le rôle des organi-sations de défense des droits de l'homme de vérifier si les atteintes aux droits de l'homme se passent humainement. Ce n'est pas le rôle non plus des assistantes sociales de jouer au gendarme sans uniforme. Nous appelons les assistantes sociales et les organisations de défense des droits de l'homme à jouer un rôle actif dans le sou- tien aux actions contre les expulsions et aux occupa-tions d'églises.


Foot et argent

La supprématie du capital sur le foot-ball a toute une série de conséquences négatives sur le jeu. Il existe une lutte constante pour pou-voir engranger le plus possible d'ar-gent afin de pouvoir acheter les meilleurs joueurs et ainsi pou-voir gagner encore plus d'argent en par-ticipant par exemple à la mine d'or des championsleague, et d'acheter de nouveaux joueurs... Des jou-eurs sont vendus pour plus d'un milliard, le montant nécessaire pour fournir de l'em-ploi à mille personne durant un an. Cette logique entraîne un appauvrissement du jeu. L'élite des clubs européen est quasi-ment inattaquable. Dans plu-sieurs pays, cela fait des an-nées que la même équipe est championne. L'Euro 2000 se trouve dans le même sillon argenté. Le 9 juin débute à Bruxelles le sommet européen des patrons et une centaine d'entre eux, dont des représentants de multinationales et d'autres entreprises, seront présents au match d'ouverture le 10 juin. Ils n'ont certainement eu aucun problème pour avoir des tickets. Le prix est pour eux d'ailleurs dérisoire au cas où ils devraient le payer. La majorité des tickets sont distribués via les sponsors qui veulent flatter leurs clients en leur offrant une place pour un grand match. Nos représentants politiques voulaient organiser cet événe-ment dans notre pays, arguant que cela développerait le touris-me et donc l'emploi. L'organisation même du championnat montre claire-ment de quelle manière l'em-ploi est pris en considération. Toutes les tâches telles que steward, contrôleur de billet, chauffeur... sont organisées en collaboration avec le bureau d'intérim Adecco. Des volon-taires pouvaient se présenter pour prendre en charge une des tâches pour un forfait de 500 à 1000 francs par jour. La seule raison pour laquelle assez de personnes étaient disposées à faire cela est la passion sans limite que nourrit la population pour le sport. Ces volontaires ac- cueilleront avec les meilleures intentions les VIPs qui voient leur passion pour le sport essentielle- ment à travers leur porte-monnaie. Ce sont donc les plus fervents admirateurs du football qui serviront ceux qui veulent se remplir les poches sur le dos de ce sport (et de ses supporters). Les suporters doivent exiger de reprendre le contrôle sur leur sport. C'est seulement les jou-eurs, les supporters et la socié-té qui peut remettre le plaisir et la détente au centre du terrain.

Militant exige:

* Une diminution significative du prix des tickets
* De nouvelles tribu-nes debout accompag-nées des mesures de sécurité nécessaires
* Des crêches gra-tuites avant et pendant les matches
* Un contrôle des joueurs, des suppor-ters et de la commu-nauté sur l'adminis-tration du club


Euro 2000:


Par et pour les joueurs et les supporters


Stop big business!

Lorsqu'on parle de football, on pense d'une part à l'ambiance formidable qui apporte joie et détente à une grande partie de la population, aux communautés entières qui soutiennent leur équipe et célèbrent la victoire ou pleurent la défaite. D'un autre côté, on pense aussi à la police, à la violence, à l'affairisme, au racisme et à la corruption.

Ces derniers mois, la préparation de l'Euro 2000 a fait la Une dans tous les médias. Le risque de voir de vio-lents affrontements dans les grandes villes belges et néerlandaises est tout à fait réel et les médias développent l'idée que si un grand match se termine sans émeute, on "perdrait quelque chose". La question de l'origine du hooliga-nisme et de la manière de s'attaquer à ce problème sera un sujet important de discussion dans les écoles, au tra-vail, au café ou entre amis... Pour pouvoir expliquer ce phéno-mène, il faut d'abord analyser la situation globale et distinguer dans quel contexte social se développe ce phénomène. Dans les années '80, le hooliganis-me était décrit comme un phénomène venant des quartier ouvriers pauvres où les jeunes sombraient dans le chô-mage, l'absence de perspectives et la pauvreté. Aujourd'hui, l'image qu'on en a est tout à fait différente: les hooli-gans sont souvent des jeunes avec un emploi "sérieux" et un bon revenu. L'augmentation systèmatique du prix des tickets engendre une exclu-sion de fait des chômeurs et des tra-vailleurs à faible revenu.

Les années '90 ont été le symbole de la croissance, de la flexibilité, du stress au travail, de l'insécurité sociale et de l'élargissement du fossé entre les riches et les pauvres. Dans ce cadre, nous voyons de nouveaux phénomènes apparaître. Tels que les agressions sur la route, l'augmentation des drames familiaux, des dépressions et du nombre de suicides. De plus, nous voyons une situation globale teintée de plus de violence: dans la rue, dans les écoles, dans la famille...

C'est dans ce cadre qu'il faut situer le hooliganisme. Le football est pour le moment un des endroits où des groupes de jeunes s'organi-sent autour d'un repère commun: leur amour pour le football et leur club. La détente et les émotions côtoient une attitude machiste et le sentiment d'unité entre les suporters contre l'en- nemi du camp adverse.

Il est de toute façon clair que toute mesure répressive ne résoud fondamentalement rien du tout. Avec le danger que toutes les mesures répressives acceptées par la population (estimant qu'il "faut quand même faire quelque chose contre la violence autour du football") soient utilisées sur d'autres terrains de la vie sociale. Plus de répression augmentera les tensions dans la vie sociale et rendra plus difficile la lutte des ouvriers, des chômeurs et des jeunes. C'est pourquoi nous devons nous opposer par exemple aux procédures judiciaires accélérées.

Il n'y a pas de solution simple: c'est une utopie de croire que les tensions qui existent dans la société puissent être évacuées dans un évé- nement de masse comme le football. L'organisation actuelle des compéti-tions renforce ces tensions, notam-ment par la présence policière mas-sive. Mais surtout, la mercantilisation tota-le du jeu, dans laquelle les supporters n'ont absolument rien à dire, fait en sorte que la violence ne peut être ni prévenue ni arrêtée. La seule manière d'en revenir au vrai plaisir du jeu, c'est de mettre fin au règne de l'argent roi sur le sport. Pour ce faire, il faut instaurer un fonc-tionnement démocratique des clubs, impliquer les supporters et les joueurs dans leur fonctionnement. Et finale-ment, organiser la vie sociale avec un autre système économique dans le-quel les besoins humains seront au centre des préoccupations, ce qui constituerait une bonne base pour mettre un terme à toute forme de violence.

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