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Le Militant, n° 51 Mai 2000 |
ATTAC et la taxe Tobin
:Depuis plusieurs mois, le réseau ATTAC se développe en Belgique y compris dans la partie flamande du pays. ATTAC se définit comme un mouvement populaire social opposé au néolibéralisme et au capitalisme spéculateur financier. L’initiative est soutenue par des organisations et des individus: Entraide et Fraternité, NCOS, Oxfam, la FGTB de Bruxelles... Mais des hommes politiques ont également repris à leur compte le programme d’ATTAC: des parlementaires PS, SP, Ecolo. En Flandre, le député SP Dirk Van der Maelen, porte-parole de la «fraction parlementaire» d’ATTAC milite pour la taxe Tobin: un impôt de 0,1% sur les transactions spéculatives. Un tel impôt peut-il«satisfaire tous les besoins sociaux dans le monde» et «initier une réforme démocratique de la prise de décision dans la sphère financière». Quelle attitude les travailleurs, les jeunes, les militants ouvriers doivent-ils prendre vis-à-vis des propositions d’ATTAC?
Peut-on transformer un tigre en matou?
A l’origine, le mouvement vient de France. Le Monde Di–plomatique et en particulier son rédacteur en chef Ignacio Ra-monet défendent depuis 1997 l’idée d’une "taxe de solidarité mondiale".
Les revendications d’ATTAC sont néanmoins plus larges et plaident entre autres pour met-tre fin au secret bancaire, pour abroger la dette du tiers-monde et stopper la généralisation des fonds de pension.
Ces dernières revendications peuvent être soutenues par les marxistes. L’abrogation du se-cret bancaire, par exemple, tou-che immédiatement les intérêts stratégiques du capital. Lors d’une soirée de discussion à Louvain, c’était précisément cet type de revendications que Van der Maele voulait éluder.
Les propositions d’ATTAC ont quelques points forts qui rompent avec la logique du néolibéralisme.
Elles reflètent la résistance, pour l’instant encore limitée mais croissante, contre les pa-trons et les politiciens cyni-ques, résistance qui s’est expri-mée spectaculairement lors du sommet de Seattle. On assiste aujourd’hui à des révoltes de travailleurs et de paysans en Equateur et en Bolivie. Ces ex-plosions de lutte et de résistan-ce ne sont pas des coïnciden-ces mais préfigurent des mouvements de masse des travailleurs et d’autres couches opprimées contre les élites politiques et économiques qui essayent de faire payer leur crise au reste de la population.
Les privatisa-tions, le chôma-ge, la baisse des salaires et les at-taques contre la sécurité sociale ont provoqué des ravages sociaux qui mèneront iné-vitablement à des explosions sociales dans la période à venir.
Mais en même temps les arguments d’ATTAC reflètent une absence de conviction dans les possibilités de rompre fondamentalement avec le capitalisme.
La chute du stalinisme mar-que toujours les consciences. Il manque une vision claire sur les objectifs finaux et sur les for-ces politiques qui peuvent les réaliser.
Cette attitude résulte aussi de la faiblesse actuelle du mouve-ment ouvrier, mais tout se passe comme si cette faiblesse était immuable, alors que ce sont surtout les directions tradition-nelles bureaucratiques qui affaiblissent la classe ouvrière.
L’idée qu’il est possible de se débarrasser des conséquences les plus insupportables du capi-talisme sans le remettre globa-lement en question n’est pas nouvelle. Dans le passé cette approche ne s’est pas révélée très fructueuse.
Le capitalisme est un systè-me économique basé sur la propriété privée des moyens de production et sur la concurrence mutuelle des entreprises. Il n’y a pas de planification collective ni de discussion sur ce qui doit être produit prioritairement com-me moyen de subsistance, ni sur la manière de les produire et de distribuer les richesses produites.
L’expérience montre que l’économie ne pourra être contrô-lée démocratique-ment tant que la propriété privée ca-pitaliste des gran-des entreprises et des moyens de transport et de communication subsistera. On ne peut amadouer le capitalis-me, pas plus qu’on ne peut transformer un tigre en matou.
Pour des politiciens qui veulent soigner leur image de marque il est facile de plaider pour une taxe Tobin:
cette taxe exige un accord préalable entre des pays et des régions qui se concurrencent de manière féroce. Seule une crise politique aiguë mettant en cau-se la survie même du capitalis-me pourrait pousser les dirige-ants bourgeois à une concession temporaire sous la forme d’une taxe Tobin.
Il faut se battre pour chaque avancée sans perdre de vue le cadre global. Ce qui est progres-siste dans les revendications d’ATTAC mérite notre soutien. La discussion sur la campagne montre néanmoins aussi la né-cessité de parler d’une même voix pour être efficace.
Si tous les politiciens qui soutiennent ATTAC voulaient joindre les actes à la parole ils exigeraient en premier lieu la sortie de leur parti du gouvernement de droite de Verhofstadt.
Peter Delsing
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Histoire du 1er Mai: |
Des grèves internationales pour la journée des 8 heures... à nos jours
Le procureur du procès contre les délégués de Clabecq invoque un article ajouté au code pénal en 1887 et qui précise "que ceux qui se sont adressés, oralement ou par écrit, aux ouvriers lors d’actions collectives sont tenus personnellement responsables de ce qui arrivera ultérieurement". Pourquoi cela figure-t-il dans un article sur l’histoire du 1er Mai?
par François Bliki
Les ouvriers entrent en action aux Etats-Unis
Le 1er Mai 1886, 340.000 ouvriers ont fait grève aux USA pour la journée des huit heures, un succès inouï! C’était le résultat de 2 années de propagande et de mobilisation par la nouvelle Fédération of Organized Trades and Labor Unions.
A certains endroits, la revendi-cation a été obtenue, mais ail-leurs, comme à la fabrique de faucheuses Mc Cormick à Chi-cago, les patrons ont imposé le lock-out et fait emmener par la police les non-grévistes et les jaunes à l’extérieur des villages environnants. Quand les ouvriers ont manifesté le 3 mai pour pro-tester contre cela, la police a tiré: 6 morts.
Lors du meeting de protesta-tion du 4 mai, il y a eu 15.000 participants, mais un attentat à la bombe a coûté la vie à 7 poli-ciers. Huit dirigeants ouvriers ont été condamnés à mort, non parce qu’on avait une preuve de leur culpabilité (il y a assez de raisons pour penser qu’il s’agis-sait d’une provocation organi-sée) mais "en raison des idées économiques et politiques qu’ils avaient défendues". La bour-geoisie belge n’était pas très ori-ginale avec sa loi de 1887!
Les origines du 1er Mai se trouvent donc aux Etats-Unis où tous les accords et contrats étaient conclus ou rompus ce jour-là (appelé "Moving day"). Après les événements de mai 1886, le 1er Mai a représenté une signification particulière aux yeux des travailleurs américains qui ont décidé au congrès syndical suivant (décembre 1888) d’instaurer le 1er Mai 1890 comme journée de lutte pour les 8 heures.
Et en Europe....
De l’autre côté de l’océan, les ouvriers européens se sont remis de la grave défaite subie lors du massacre de La Commune de Paris en 1871. Les dirigeants de l’Association internationale des
Travailleurs avaient préféré dissoudre temporairement leur organisation. Mais comme Marx l’avait prévu, les travailleurs n’ont pas d’autre choix que de lutter et de s’organiser contre les crises récurrentes du capitalisme. Cette lutte a permis la formation, dans tous les pays européens, de partis de masse tels que par exemple le Parti ouvrier belge (POB) en 1885.
A l’occasion du centième an-niversaire de la Révolution française en 1889, l’Exposition mondiale fut organisée à Paris. Ce fut l’occasion pour les nou-veaux partis de lancer, à une réunion internationale, la Deuxiè-me Internationale. Lors de ce congrès on décida aussi, à l’instar des travailleurs amé–ricains, de mener partout des actions pour la journée des 8 heures le 1er Mai.
Cet appel reçut un tel écho que la bourgeoisie fut prise de panique. Ainsi en Belgique, le ministre de la Justice ordonna à la gendarmerie d’identifier ceux qui avaient voté pour l’or-ganisation du 1er Mai! A Lou-vain, les soldats furent mobili-sés pour éviter qu’ils n’applau-dissent les mots d’ordre des ou-vriers. A Gand, on ferma la gar-de principale pour deux jours et "la guérite fut enlevée". On orga-nisa des exercices de tir spé-ciaux pour la garde civile "pour être prêt pour le 1er Mai"! A Bruxelles, la bourgeoisie prit carrément la fuite, emportant tout ce qu’elle avait de valeur.
Et la grève fut un succès: 150.000 grévistes, et cela au ris-que de perdre son emploi le len-demain! Surtout en Wallonie où 100.000 des 110.000 mineurs cessèrent le travail. Partout, on manifesta massivement. Selon Le Peuple il y eut 20.000 ma-nifestants à Charleroi, 17.000 à Frameries, 35.000 dans la ré-gion du Centre, 1.000 à Tubize, des dizaines de mil-liers à Liège, 7.000 à Louvain, 10.000 à Gand, 9.000 à Anvers et 25.000 à Bruxel-les...
En Allemagne, la "loi socialiste" de Bis-marck était toujours en vigueur et les diri-geants ouvriers appe-lèrent à ne pas faire grève. Malgré cela, 10% des travailleurs cessèrent le travail, ce qui entraîna un nombre important de licenciements et de nouvelles grèves.
A Vienne, à Pra-gue, à Budapest et à Bucarest, en Suisse, en Hollande et en Scandinavie on mani-festa massivement. En Angleterre et en Espagne on mani-festa le 4 mai.
Cette action de lutte internationale pro-duisit une impression considérable! Partout dans le monde industrialisé les ouvriers sortaient comme une force organisée et la bour-geoisie était canton-née dans un rôle de spectateur impuis-sant. Les travailleurs devenaient conscients de leur propre force... à la seule condition d’agir tous ensemble. Dans de tels moment, comme l’expliquait Marx, aucune force de la planète n’est capable d’arrêter les travailleurs.
La récupération
Depuis lors, le 1er Mai appartient à l’histoire du mouvement ouvrier. Tout comme "les Maisons des 8 heures", la "Fête du Travail" sont devenues un symbole de la lutte contre l’exploitation capitaliste et les longues journées de travail. On a donc tout essayé pour édulcorer et falsifier le 1er Mai.
Dans certains pays, la bour-geoisie en a fait un jour férié payé. La direction social-démo-crate l’a utilisé pour la mobilisa-tion pour le droit de vote et ensuite pour venir raconter "ce qu’elle avait réalisé au sein du gouvernement".
Au fur et à mesure qu’il deve-nait de plus en plus évident que les dirigeants sociaux-démo-crates appliquaient la politique de la bourgeoisie et non celle des travailleurs en lutte, ces derniers n’ont pas hésité à chasser ces dirigeants des cortèges sous une pluie de projectiles divers.
Dans l’ancien bloc de l’Est, le 1er Mai devint un jour de fête légal. Mais la bureaucratie stalinienne commença à utili-ser ce jour pour montrer sa puissance par des défilés mili-taires.
De son côté, Hitler organisa le 1er Mai des parades obliga-toires lors de la "journée natio-nale du travail" pour maintenir sous contrôle le pouvoir poten-tiel des travailleurs. Les activi-tés du 1er Mai du Vlaams Blok ne sont donc pas si innocentes que cela!
Mais malgré toutes ces ten-tatives de récupération, le 1er Mai reste une étape de l’histoire du mouvement ouvrier et inter-pelle toujours l’imagination des jeunes et des militants radicali-sés. C’est une occasion pour les marxistes de rappeler sa vé-ritable signification et de poser les questions suivantes: que reste-t-il encore de ces magnifi-ques partis ouvriers érigés mal-gré la répression féroce menée par la bourgeoisie? Aujourd’hui, 1 enfant sur 5 connaît des pro-blèmes de santé à cause du stress au travail qui pèse sur ses parents!
Depuis le début des années 80 (cela fait déjà 20 ans!), la bour-geoisie reprend par étapes tout ce que nous avons arraché par la lutte. De la jour-née des 8 heures il ne reste plus rien: la sécurité sociale, si on la compare avec le passé, est mal en point. Le statut des agents des services publics est mis en pièces par les ministres "socialistes"... Et tout cela alors que, selon les économistes bourgeois, la situation écono-mique a rarement été aussi favora-ble! Un jour, et certainement si la crise frappe à nouveau, les travailleurs diront "
Main-tenant, ça suffit comme ça!". Le préavis de grève dans l’enseignement, le profond mécontentement qui continue chez les travailleurs du non mar-chand,... sont les signes avant-coureurs d’un profond malaise social.Au fil de la lutte, beaucoup comprendront que le PS et le SP sont devenus l’instrument principal de la bourgeoisie pour imposer l’austérité. Les travail-leurs de Clabecq l'ont compris depuis longtemps, à travers leur lutte.
Dans les années 1860-’70, avant la fondation du POB et la conquête du droit de vote, les ouvriers pensaient qu’au parle-ment ils pouvaient compter sur les libéraux de gauche. Ce n’est qu’après avoir expérimenté cet-te illusion dans la pratique qu’ils se sont résolus à construire leur propre parti, indépendant de la bourgeoisie. Ils doivent au-jourd’hui réapprendre cette le-çon et c’est dommage que cela ne soit possible que lors de mouvements de masse, com-me par exemple, les luttes du 1er Mai dans le passé.
Militant appelle d’ores et déjà à la formation d’un nouveau par-ti, indépendant de la bourgeoi-sie. Le 1er Mai est une occa-sion unique pour répandre cet appel aussi largement que pos-sible et d’en discuter avec le plus grand nombre de militants conscients.
Le capitalisme est un systè-me mondial et la lutte contre ce système doit être menée au niveau international. C’est pour-quoi Militant fait partie du CIO, le Comité pour une Internatio-nale Ouvrière, qui a des sec-tions dans plus de 30 pays.
Aujourd’hui, nous devons al-ler à contre-courant et discuter avec des individus. Mais, inévi-tablement, il y aura à nouveau des mouvements comme ceux du 1er Mai 1890, à ceci près qu’ils mettront en mouvement une classe ouvrière aujourd’hui numériquement mille fois plus forte qu’il y a cent ans.
Bombardier
:"La guerre du Golfe moins bien préparée que la fermeture de Bombardier / Manage..."
La multinationale Bombardier a annoncé la fermeture de son siège de Manage (construction de matériel roulant). Thierry Pierret et David Fajerszstajn ont rencontré Elie Capron, délégué principal FGTB.
Quel est l’objectif de votre lutte?
"Nous luttons pour le maintien de l’outil, car il n’y a aucune raison financière de fermer l’usine. Nous sommes trop petits. Ils veulent diminuer les frais fixes en rentabili-sant les infrastructures de Bruges et de Crespin. On ferme pour une folie capitaliste. Ils ont trompé tout le monde: la veille de la fermeture, on parlait encore de l’engagement de 10 personnes! La guerre du Golfe n’a pas été aussi bien préparée que la fermeture de Manage!."
Comment peut-on les empêcher de fermer l’usine?
"C’est Manage qui démarre toutes les commandes. Du coup, ils ne sa-vent plus où ils en sont. On a un bon rapport de forces de ce point de vue. On utilise les relais politiques et syn-dicaux. Il y a déjà eu une manifesta-tion de 1.500 personnes à Manage. Il en faudrait une nouvelle, mais à La Louvière cette fois, car il va y avoir des licenciements dans d’autres usines. "
Pouvez-vous compter sur la soli-darité des ouvriers de Bruges?
"Les travailleurs de Bruges sont solidaires. Ils refusent de reprendre la part de production affectée à Manage."
Quelles leçons tirez-vous de la lutte de Renault?
"On est dans le même contexte que Renault: une multinationale qui ferme brutalement un site. Bien sûr, il y a eu depuis lors la «loi Renault». Mais il y a du bon et du mauvais dans cet-te loi. Nous recevons prioritairement toutes les informations, mais à condi-tion que l’on continue à travailler."
Le procès de Clabecq va reprendre. Une réaction?
"Ce procès ne devrait pas reprendre. Michel Nollet s’est d’ailleurs prononcé contre ce procès. Les torts sont partagés dans cette affaire. C’est pourquoi D’Orazio devrait bientôt être réintégré dans la FGTB."
Reprise du procès à Nivelles
Au moment de mettre sous presse ce numéro de notre journal, le procès des travailleurs de Clabecq reprend au tribunal de Nivelles, alors qu’après 14 mois de procès les prévenus étaient parvenus à faire récuser les juges en raison de leur partialité.
Pourquoi ce procès reprend-t-il? En premier lieu parce que la bourgeoisie est décidée à faire condamner coûte que coûte des militants ouvriers qui ont mené jusqu’au bout la lutte pour l’emploi.
La reprise du procès, en dépit des nombreuses irrégularités sur le plan judiciaire, à quelques semaines des élections sociales est aussi un solide avertissement de la bourgeoisie aux militants syndicaux. "Attention! On vous laisse participer aux élections sociales (parce que c’est la loi) mais nous nous débarrasserons de tous les gêneurs car la loi n’oblige pas de réintégrer les délégués arbitrairement licenciés. De plus, nous traînerons en justice tous les militants combatifs qui échappent au contrôle de l’appareil syndical."
Car il faut dire que le procès de Nivelles ne peut reprendre que grâce à la passivité (ou la complicité?) de l’appareil syndical. Michel Nollet a beau déclarer de temps en temps que "la mascarade de Nivelles doit cesser", ces paroles en l’air ne sont suivies d’aucun acte concret. Pire, la Centrale des Métallurgistes qui a exclu du syndicat, Roberto D’Orazio et d’autres syndicalistes de Clabecq garde un silence coupable sur le procès. C’est une attitude suicidaire de la part des instances de la FGTB. A maintes reprises un camarade tel que Jacques Yerna, ex-secrétaire régional de la FGTB de Liège, présent à plusieurs reprises au procès de Nivelles, a rappelé qu’en toutes circonstances le devoir de l’organisation syndicale était de couvrir ses militants à l’occasion de conflits sociaux, quels que soient les désaccords sur la conduite de la lutte.
Incontestablement, Roberto D’Orazio, Silvio Marra et leurs camarades ont agi au cours de la lutte de Clabecq en tant que délégués ou militants de la FGTB. En refusant de prendre leur défense, le sommet de l’appareil prépare de nouvelles défaites pour les travailleurs.
Francine Dekoninck
Les événements qui secouent l’Equateur ne sont pas isolés. On devrait plutôt dire que l’Amérique Latine entière est traversée par un souffle de lutte radicale. C’est une réponse éclatante à tous les sceptiques et les cyniques qui prévoyaient que la classe ouvrière ne mènerait plus de luttes.
Soulèvement en Équateur
La "dollarisation" de la monnaie équatorienne, le Sucre, mise en oeuvre depuis le 13 mars, a provo-qué de nouvelles grèves et protestations. Les étu-diants, les ouvriers et les paysans ont manifesté contre la politique gouvernementale.
Ces dernières manifestations sont apparues quelques semai-nes seulement après le soulève-ment qui a secoué le pays au début de cette année. Malheu-reusement, ce mouvement de masse a débouché sur une im-portante défaite lorsque les lea-ders ont remis le pouvoir entre les mains de l’élite dirigeante qui était sur le point de le perdre. Mais le mouvement ne fut pas pour autant brisé.
L’Equateur a été ravagé par la vague néolibérale des années 90. Les gouvernements de "gauche" et de droite qui se sont succédés sont restés à la botte du FMI et ont pratiqué des plans d’économie drastiques. Le pays a entamée l’année 2000 avec 62% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté officiel. Des tensions explosives se sont développées et ont souvent débouché sur des mou-vements de masse.
Lorsque Jamil Mahuad Witt est arrivé au pouvoir en 1998, le pays était en faillite virtuelle à cause de la corruption, des intérêts de la dette publique et de la diminution du prix des pro-duits pétroliers. La dévaluation du Sucre a été suivie d’une infla-tion qui a multiplié les prix par 5, pour arriver au niveau qui était envisagé pour "dollariser" la monnaie. La réaction populaire a pris la forme d’une éruption sociale.
La CONAIE (Organisation des populations indigènes qui représentent 45 % de la popula-tion) et la coordination des mou-vements sociaux (CMS) ont ap-pelé à une insurrection nationa-le. Des milliers de personnes se sont rassemblées pour une marche vers la capitale Quito, avec pour revendication la dé-mission du président.Ils ont in-stallé leur propre parlement (el Parlamento Popular) en opposi-tion au Congrès. Cette instance nationale s’est reproduite au niveau régional et local.
Le mouvement a reçu immé-diatement le soutien de toutes les couches de la classe ouvriè-re. Il se transforma en révolte nationale. Les ouvriers et les étudiants manifestaient quoti-diennement dans les villes à tra-vers tout le pays. Les paysans bloquaient les routes. A Quito, le plus important bâtiment gou-vernemental a été occupé par les ouvriers et les paysans.
Les autorités ont tenté d’utili-ser l’armée contre le mouve-ment, mais elles ont échoué. Le bras armé de l’Etat était divi-sé. Une section de jeunes offi-ciers, sous le commandement du colonel Lucio Guitierrez, a rejoint les rangs de l’insurrec-tion. Des centaines de soldats sont venus avec leurs tanks de-vant le parlement pour soutenir l’occupation. Une autre section de l’armée était dégoûtée par la corruption et la catastrophe économique. Ils voulaient bala-yer cette corruption et libérer le pays du joug impérialiste.
La classe dirigeante équa-torienne et ses institutions était paralysée par le mouvement. Une sorte de double pouvoir a existé pendant un court moment. La classe dirigeante était divisée et n’avait aucun moyen de reprendre le pouvoir par la force. Le pouvoir était en grande partie dans les mains des insurgés, baptisés "communards" par la presse, mais ces derniers n’ont pas matérialisé leur pouvoir. Il leur manquait un programme socialiste révolutionnaire et une idée claire de ce qu’ils voulaient atteindre en renversant le pouvoir.
Le parlement populaire a nommé un triumvirat, le Conseil de Salut national, dans lequel se trouvait notamment Guitér-rez, qui ne voulait pas rompre avec le capitalisme. Lorsque le Général Mendoza abandonna le gouvernement parce qu’il voyait le pouvoir lui échapper, Guitér-rez lui céda sa place.
Le Conseil avait pris la forme d’un front populaire qui joue le rôle de frein à la révolution en la déviant de son objectif. Mendo-za se préparait depuis le début à rendre le pouvoir à la classe dirigeante.
Ce qui était nécessaire, c’est de donner le contrôle des la si-tuation aux comités des travail-leurs, des soldats et des pay-sans. Un gouvernement basé sur ces forces pourrait nationali-ser les gros monopoles et les multinationales, avec un systè-me de contrôle ouvrier.
Sans avertissement préala-ble, Mendoza démissionna du Conseil et annonça que le vice-président Noboa reprendrait la présidence. Malheureusement, les forces qui avaient participé au mouvement d’insurrection n’étaient plus en mesure de se mobiliser contre cette remise en selle du pouvoir. Le 1er dé-cret du gouvernement fut de continuer la "dollarisation".
Le mouvement ne s’est à vrai dire pas effondré, il s'est seu–lement dispersé. Ceux qui y ont participé auront appris d’importantes leçons et parti–ciperont à rapidement de nouvelles luttes. Le Parlement du peuple est toujours là, sur le plan local et national.
De nouveaux combats vont se déclencher en Equateur. Un programme révolutionnaire et socialiste est essentiel pour fai-re en sorte que ces insurrec-tions soient victorieuses.
CIO
Kazakhstan
Deux membres du CIO au Kazakhstan ont été arrê-tés à la mi-avril, dont Madel Ismaïlov, un dirigeant du Mouvement ouvrier du Kazakhstan. Il a été jugé par un tribunal en dehors de sa région et condam–né à 14 jours de prison. Son prétendu crime est d’avoir parlé à un meeting illégal, ce qui était en fait une manifestation pacifique contre les loyers éle–vés. Ionur Kurmanov a également été arrêté et gar–dé en prison pendant 7 jours. Il a été battu et on lui a injecté des drogues pour qu’il ait l’air d’avoir trop bu. Ensuite, on a montré des images à la télévision nationale d’un Ionur ivre pour discréditer Ionur et son mouvement. Ces nouveaux cas de répression visent à saboter la conférence du Mouvement ouvrier du Kazakhstan de la fin avril.
Tchéquie
Les mineurs du nord de la Bohême sont en grève depuis le 6 avril contre les pertes d’emplois dans le secteur des mines. Plus de 900 mineurs sont impliqués dans la grève. La section du CIO en Tchéquie mène campagne pour une manifestation régionale et pour la nationalisation de l’industrie du charbon. Notre section organise aussi la solidarité internationale. Vous pouvez envoyer des fax au: 0420-35-620.95.45.
Nigéria
La section du CIO au Nigéria (Democratic Socialist Movement) a tenu son Congrès national les 1er et 2 avril avec 90 délégués. La discussion sur les perspectives nigérianes a surtout mis l’accent sur les perspectives pour le nouveau régime civil, sur les revendications à mettre en avant et sur la meilleure façon dont nous pouvons expliquer nos idées dans un contexte où les illusions dans le nouveau régime diminuent et où les conflits ethniques et religieux s’exacerbent.
Etats-Unis
Aux Etats-Unis, 6 membres de Socialist Alternative ont été arrêtés pendant la manifestation de protestation contre le FMI et la Banque mondiale à Washington. La police avait mis des barricades dans les rues, des gens ont été arrêtés sans aucune raison. Ils ont même fermé les copy centers où les manifestants copiaient leurs tracts!
Socialisme 2000
Le 15 avril, la journée Socialisme 2000 organisée par Militant a eu lieu à Bruxelles. La journée fut un succès: 150 membres, sympathisants et camarades intéressés étaient présents pour un débat, deux discussions et un meeting. Il y avait également deux conseillers communaux du SP néerlandais qui sont devenus membre d’Offensief (la section du CIO aux Pays-Bas).
Le débat portait sur la nécessité d’une alliance de gauche et sur les moyens de renforcer la gauche. Les orateurs étaient Éric Byl (Mili-tant), Pierre Beauvois (PC), Anto-nio Zaffuto (MRS/Debout, ex-délé-gué de Clabecq), Kris Merckx (PTB) et Alain Tondeur (POS).
Ce panel extraordinaire a parlé des perspectives de leurs propres partis pour les élections commu-nales. Éric Byl a mis l’accent sur la nécessité d’une alliance de gau-che, d’une opposition à la gauche du PS/SP et d’Ecolo/Agalev, pour offrir un prolongement aux luttes qui se passent. Militant veut con-struire une telle initiative sans pour autant renoncer à y défendre ses propres idées.
Pierre Beauvois a dit que le PC était ouvert à des initiatives unitai-res de gauche mais allait aussi par-ticiper à quelques listes dissiden-tes du PS. Antonio Zaffuto a mis l’accent sur le procès des délé-gués de Clabecq et Kris Merckx a surtout mis en avant le PTB com-me réponse à tous les problèmes sociaux et la possibilité pour son parti d’obtenir deux élus aux élec-tions de district à Hoboken.
Alain Tondeur, enfin, a dit que le POS allait "bricoler" pour les élec-tions communales: dans quelques villes il sera présent sur une liste d’Ecolo (Char–leroi), ailleurs il y a des possi–bilités de listes de gauche uni–fiée (Liège).
Après ce débat il y a eu deux discus–sions. L’une portait sur la situa–tion en Autriche et sur la façon de mener la lutte antifasciste. Dans cette discussion, on a parlé notamment du rôle de notre section en Autriche et aussi sur la néces–sité d’une alliance de gauche com–me réponse à la croissance du Vlaams Blok.
La deuxième discussion partait du témoignage d’un mineur rus-se de Vorkouta (Sibérie) qui a par-lé de la situation dans l’ex-Union soviétique depuis la chu-te du stalinisme. Il a relaté la grève des mineurs au cours de laquelle lui et ses camarades ont mené une action sur la Place Rouge parce que les mineurs n’avaient pas reçu leur salaire. Il a appelé à la solidarité avec les camarades du Kazakhstan soumis à une sévère répression (voir les brèves du CIO).
Le meeting final a consisté en une contribution de Peter Taaffe, Secrétaire général du Socialist Party de Grande-Bretagne, sur les idées de Trotsky et sur leur pertinence aujourd’hui.
Il a parlé de la significa-tion de la révolution per-manente dans les pays ex-coloniaux et sur les développements de nos sections dans ces pays, surtout au Nigéria.
Les autres points de son intervention portaient sur la lutte contre le sta-linisme et le rôle que joua Trotsky dans l’analyse de la nouvelle situ-ation en Union soviétique après la prise du pouvoir par les stali-niens.Peter Taaffe a enfin souligné l’importance de l’analyse de Trots-ky du fascisme montant dans les années trente.
Le public au meeting du soir était enthousiaste. L’appel financier pour soutenir les camarades du Ka-zakhstan a permis de récolter plus de 5.000F bien qu’il y avait dans la salle beaucoup de jeunes aux moyens financiers très limités. Un sympathisant anversois a rejoint notre organisation.
Crime raciste à Liège
Les assassins d’Élie Farez identifiés
Dans la nuit du 14 au 15 août dernier, Élie, un jeune métis de 19 ans, avait été agressé avec deux de ses amis par quatre hommes au crâne rasé dans le centre de Liège. Les agres-seurs avaient blessé les deux amis d’Élie mais s’étaient acharné sur lui, le couvrant d’insultes racistes et de cra-chats avant de lui défoncer le crâne à coups de matraque. Élie était mort après avoir passé deux semaines dans le coma.
Malgré les portraits-robots et des interpellations restées sans suite, l’enquête était restée au point mort depuis lors et, malgré les demandes répétées, l’accès au dossier était toujours refusé à la fa-mille.
Samedi 15 avril, les amis d’Élie sont tombés nez à nez au centre de Liège avec deux de leurs agresseurs d’août qui les ont à nouveau agressés. L’un d'eux a été arrêté lundi, l’autre est recherché. Une se-maine après, peu de renseigne-ments sont encore disponibles, ce qui n’a pas empêché cer-tains journalistes (conseillés par la police?) d’affirmer avec assu-rance que le "meurtre d’Élie n’é-tait pas raciste."
D’autre part, la maman d’Élie, qui vit au Burundi, a enfin obte-nu son visa pour la Belgique et a pu retrouver sa famille. Il aura fallu plus de six mois d’attente, plusieurs manifestations, une pétition et une longue série de démarches auprès du ministère pour qu’un droit élémentaire soit accordé. Louis Michel et le gou-vernement semblent toujours plus à l’aise pour parler des Droits de l’Homme en Autriche ou en Afrique que pour les faire appliquer en Belgique...
Jean Peltier
France: le mammouth Allègre est finalement tombé
A la faveur d’un remaniement ministé-riel, Claude Allègre, le très contesté ministre (PS) de l’éducation, est finalement tombé. Il ne s’est pas privé d’attaquer les profs, les étudiants et les lycéens sur tous les fronts. Sous le cou-vert d’une "moderni-sation de l’école", il a tenté de déman-teler l’école publi-que, de précariser les enseignants et de dévaloriser les con-tenus pédagogiques.
En France comme à travers l’Europe, la tendance est bien connue: il s’agit de donner aux jeunes les outils nécessaires à la vie, afin d’en faire des futurs travailleurs prêts à l’emploi et dociles. "Former des cito-yens?" C’est complètement dépassé ou ce n’est plus le rôle de l’école, répondent les patrons qui préfèrent financer un enseignement moins cher et qui produise des travailleurs munis de connaissances utili-taires et applicables.
Tant pis s’ils ne connaissent pas l’histoire et s’ils écrivent en phonétique. L’important c’est qu’on puisse les faire bosser sur un clavier ou sur une ma-chine sans avoir à les former pendant plusieurs mois.
Mais en France, les profs n’ont pas accepté de passer sous le rouleau compresseur du libéralisme triomphant. Il faut dire que leur ministre ne les ménageait pas et ne ratait pas une occasion de les mépri-ser en faisant allusion à leur quatre mois de vacances, à leurs congés de maladie, etc.
Mobilisés depuis septembre 1998, les enseignants ont fait comprendre qu’ils ne voulaient pas d’une école publique au ra-bais, où les jeunes seraient par-qués dans des classes surpeu-plées, devant des professeurs déstabilisés par la précarité de leur emploi et le manque de moyens pédagogiques. Fina-lement, à force de manifestations et de grèves, ils ont réussi à gagner à leur cause les étu-diants et les parents que le mi-nistre s’était évertué à dresser contre les profs, selon une mé-thode déjà testée chez nous. Caramba, encore raté! Ils fau-dra que les détricoteurs d’édu-cation se le disent une fois pour toute: le discours méprisant sur les profs "privilégiés" ne fait plus recette.
A présent, les enseignants français ont hérité de Jack Lang qu’on dit (et qui se procla-me) plus ouvert au dialogue. A vérifier sur pièce, absolument... Car il ne conviendrait pas de baisser la garde suite au dé-part d’un mammouth que rem-placerait un goupil plus futé mais aussi mal intentionné.
Pierre Stone
Retour des déchets nucléaires en Belgique
Heureusement qu’il y a des verts au gouvernement!!!
Le 5 avril, quelque 2 tonnes de déchets hautement radioactifs ont été transférés à Mol. Le train de la mort est parti de La Hague où "nos" déchets nucléaires sont recyclés. Ils vont refroidir pendant 50 ans à Dessel, dans un bâtiment à l’épreuve du feu, des séismes et des chutes d’avion. La décharge sera ensuite enterrée profondément. Les déchets resteront radioactifs pendant des millions d’années.
Toutes les instances compétentes nationales et internationales ont ga-ranti la sécurité du transport. Olivier Deleuze (Ecolo), secrétaire d’Etat à l’énergie, n’y trouve rien à redire. Il précise pourtant que "les prochains transports de déchets nucléaires con-gelés feront l’objet de contrôles com-plémentaires". Si les prochains trans-ports peuvent poser problème, pour-quoi pas celui-ci?
Sa collègue Magda Aelvoet (Agalev) y avait répondu clairement dans De Standaard de mars 1998: "le secteur nucléaire est inassurable, peu sûr et très coûteux". Elle y dénonçait à l’épo-que un convoi allemand dont le rayon-nement excédait 2.000 fois la norme autorisée. Mais la sécurité avait été garantie...
Greenpeace a protesté contre le transport du 5 avril. Alors que des militants d’Agalev s’étaient
joints à la protestation, la direction de leur parti a donné le feu vert au convoi. "Quand c’est vert, on avance!"... vers la trahison de sa propre base!
La trahison ne concerne pas seulement ce transport, mais aussi l’accord gouvernemental:
"Les partis au gouvernement décident d’accélérer la libéralisation du secteur de l’électricité. Ils suivront ainsi le rythme de nos principaux partenaires commer-ciaux. Le gouvernement veut à terme se retirer graduellement du secteur de l’énergie nucléaire. Afin de laisser suffisamment de temps aux scientifiques pour mettre au point de nouvelles alternatives, le scénario de désactivation démarrera à partir du moment où les centrales seront vieilles de 40 ans".
Le scénario de désactivation ne dé-marrera donc qu’à partir de 2015. Sa durée n’a pas été précisée. Encore une quinzaine d’années?
Les libéraux et les "socialistes" ap-puient la recherche de nouvelles sources d’énergie. On sait depuis longtemps que la construction de nou-velles centrales nucléaires n’est
plus rentable.
En attendant, la politique énergétique actuelle continue au mépris de la sé-curité et de l’environnement.
Cet accord gouvernemental signifie que les verts acceptent la libéralisation de l’énergie qui devrait pourtant être un droit pour tous. L’approvisionnement énergétique doit être au service des besoins humains sans outrepasser les limites de l’environnement. La libéralisation ne sert que le profit. On risque de voir arriver sur le marché de nouvelles sources d’énergie meilleur marché, mais tout aussi polluantes que les précédentes. C’est là que réside la trahison des verts. Des multinationales telles que Shell sont également partisanes de sources d’énergie alternatives et on peut difficilement les soupçonner de vouloir respecter l’environnement.
On ne peut mener une politique énergétique fiable et écologique que si tout le monde, de l’ouvrier
au scientifique sans oublier le militant de l’environnement, con-trôle la production et la distribution de l’énergie. Les scientifiques pour-ront alors coordonner leurs recherches au lieu d’agir en ordre dispersé au sein d’entreprises concurrentes.
Seule une société socialiste peut régler ce problème en planifiant l’écono-mie en fonction des besoins de la population mondiale et des possibilités de la nature.
Les militants écologistes doivent me-ner avec nous la lutte pour un socialis-me démocratique, condition indispen-sable pour préserver la nature. Accepter les lois du marché, à l’instar des ministres verts aujourd’hui, c’est sa-crifier l’avenir de la planète sur l’autel du profit.
Koenraad Depauw