L’autre jour au boulot, une collègue me glisse subrepticement sous le nez un document en me disant: "Tiens, je sais bien que c’est en Néerlandais, mais lis ça. C’est marrant!" Tout à mon travail, je n’y prête pas attention sur le moment. Profitant d’une accalmie, j’y jette finalement un oeil. Je découvre ce qui ressemble à un document officiel. Il porte en effet l’en-tête du ministère de l’Intérieur et est intitulé (en néerlandais dans le texte) "Formulaire de demande de régularisation". Je suis d’autant plus intrigué que les questions me semblent rédigées dans un néerlandais peu orthodoxe, du style "Où toi habiter?" ou encore "Toi venir d’où?". Mon franc tombe enfin lorsque je découvre les rubriques en détail: par exemple, à la question "Où toi être né?", le demandeur est invité à cocher l’une des trois options suivantes: "Dans un champ de maïs. En prison. Dans un bordel." Le reste est à l’avenant...
C’est grave! On imprime un faux ques–tionnaire raciste et ordurier sur de vrais formulaires vierges du ministère de l’Inté–rieur! Mais il y a pire encore. On a en effet appris plus tard que ces formulaires avaient été remis par des inconnus (du Vlaams Blok?) au domicile de plusieurs sans-papiers qui avaient introduit une demande de régularisation en vertu de la nouvelle loi. Le ministre de l’Intérieur avait pourtant garanti la confidentialité des données personnelles transmises à la Commission des régulari–sations. Quelle confiance peut-on encore accorder à une commission dont certains membres du personnel, non seulement sont acquis aux idées racistes, mais abusent impunément de leur position pour orchestrer une campagne d’intimidation des sans-papiers. Tous les éléments d’une coalition de fonctionnaires semblent réunis. Cela n’augure rien de bon sur l’état d’esprit qui règne au sein de la commission et qui va présider à l’examen des dossiers remis en toute confiance par quelque 35.000 person–nes...
Nous avons dès le début dénoncé cette loi comme une fausse campa–gne de régularisation visant à faire sortir du bois un maximum de personnes en vue de leur expul–sion ultérieure et la soi-disant commission de régularisation comme un avatar de l’ancien Offi–ce des étrangers, de sinistre mémoire. Cet incident confirme hélas nos soupçons.
Thierry Pierret