Kosovo:

Un an après la guerre menée par l'Otan

L’Otan a justifié sa guerre de 4 mois contre la Serbie en la qualifiant d’“humani-taire”. Les conséquences ne sont pourtant rien d’au-tre qu’un désastre humain, économique et écologique. Les conflits ethniques sont devenus plus aigus, les économies ont plongé et la région est même devenue plus instable.

Depuis lors, les puissances mondiales ont montré une indif-férence totale pour la nouvelle vague de “purifications ethni-ques”. Quelque 40.000 “soldats de la paix” et 20.000 policiers de l’ONU ne réussissent pas à protéger les minorités du Koso-vo (Serbes, Roms, Musulmans bosniaques et Croates). Des 200.000 Serbes koso-vars, il n’en reste plus guère qu’un quart ou un tiers. Pristina avait avant la guerre une popula-tion de 240.000 habitants dont 47.000 Serbes. On n’y trouve plus aujourd’hui qu’un millier de Serbes sur une population glo-bale qui a doublé. Des centai-nes de Serbes ont été tués ou kidnappés - un nombre similaire à celui des victimes kosovares albanaises imputé aux troupes serbes qui avait justifié l’inter-vention militaire. Le Tribunal pénal internatio-nal (TPI) ne va cependant pas examiner ces cas. Son mandat se limite aux crimes commis “pendant le conflit armé au Ko-sovo” - et l’Otan nie qu’il y ait toujours un conflit. La plupart des “purifications ethniques” sont organisées par l’Armée de Libération du Kosovo (UCK), alors qu’elle était censée rendre ses armes et se dissoudre sous le contrôle de l’ONU. Le résultat de la guerre de l’Otan est aussi une catastro-phe pour les Albanais du Koso-vo. Seule une partie de “l”aide de paix” promise est effective-ment arrivée: beaucoup de gens vivent encore sous tente ou tentent désespérément de reconstruire leur maison dé-truite. Le gouvernement, dirigé par l’Otan, ne peut payer les salaires des fonctionnaires. La “maffia” albanaise, l’UCK et les petits commerçants sont les piliers les plus importants de l’économie. La résolution de l’ONUde juin 1999 qui mettait fin à la domina-tion directe serbe promet une “administration intérimaire”, mais elle reconnaît la souverai-neté yougoslave. Les puissan-ces occidentales ne veulent pas octroyer l'indépendance. Elles gèrent le pays comme un protectorat et elles imposent leur agenda aux populations par le chantage à l'aide.

Les puissances occiden-tales sont bloquées par des contradictions insur-montables qu’elles ont elles-mêmes créées. L’élection d’un “Conseil” kosovar a été promise pour septembre. Si cet organe n’a pas le droit de déclarer l’indépendance, des confrontations avec les troupes de l’Onu et de l’Otan sont inévitables. La K-For sera de plus en plus vue comme une force d’occupation qui empêche l’autodétermination. Une nouvelle lutte armée pour l’indépendance peut éclater à terme.

Tout cela confirme clairement qu’il n’y avait rien d’ ”humanitai-re” dans l’intervention de l’Otan. Malheureusement, certaines organisations de gauche ont répandu des illusions sur les puissances occidentales. Quelques-unes ont même sou-tenu sans réserves l’UCK. L’impérialisme essaie déses-pérément de sauvegarder la “pe-tite Yougoslavie”. Le Kosovo est en fait divisé en zones ethni-ques albanaises et serbes. Comme en Bosnie-Herzégo-vine, la tutelle occidentale direc-te signifie division ethnique, paupérisation massive, corrup-tion et décisions arbitraires des commissaires occidentaux. Les pouvoirs impérialistes s’opposent aussi à la sépara-tion du Monténégro, l’autre pe-tite république yougoslave. Sans le Monténégro, la “Fédé-ration yougoslave” n’existerait plus, ce qui rendrait caduques les résolutions de l’ONU sur la souveraineté “yougoslave”, et non pas “serbe”, sur le Kosovo. Le régime pro occidental du Monténégro a néanmoins fait quelques pas en direction de la séparation, en agitant notam-ment la menace d’un référen-dum sur l’indépendance. Les tensions entre les régimes ser-be et monténégrin commencent à atteindre le point d’ébullition. Au Monténégro même, il y a ce-pendant une fracture impor-tante. Selon les sondages, plus du tiers de la population reste fidèle à “l”idée” d’une Yougosla-vie fédérale. Tous les ingrédients d’une guerre civile sont réunis.

Les dirigeants occidentaux veulent mettre au pouvoir “l”opposition démocrati-que” en Serbie. Mais mal-gré “l”économie de guer-re” toujours en vigueur, les sanctions internationales, les longues files aux portes des magasins, le paiement tardif des allocations et le chômage massif, l’opposi-tion ne réussit pas à faire tomber Milosevic.

Les partis d’opposition contrô-lent les villes les plus importan-tes sauf Belgrade, mais ils sont très divisés. Les manifestations de l'été dernier contre le gouver-nement ont perdu toute vigueur et un sondage à Nis ne crédite Vuc Draskovic, un dirigeant d’opposition, que de 10% des intentions de vote. Il existe un vif mécontente-ment contre Milosevic qui incar-ne des années de guerres et de privations, mais l’opposition de droite n’offre aucune alternative. Elle ne fait que promettre plus de réformes de “marché” (priva-tisations, chômage, bas salai-res). Les puissances occidentales tentent d'acheter le soutien de l’opposition par les pseudo pro-grammes "d’Energie pour la démocratie” de l’Union euro-péenne: du combustible pour 4,4 millions d’euros à destina-tion des villes pro-occidentales de Nis et Pirot. La plupart des Serbes ont fortement besoin de combustible, mais ça n’est pas une priorité pour les puissances “humanitaires”. Pour elles, la population serbe ne représente qu’un pion pour exercer un chanta-ge politique. Milosevic a donc pu consolider son pouvoir. Il y a eu une attaque en rè-gle contre les sec-tions plus indépen-dantes des médias et de la justice. Les sanctions in-ternationales per-mettent à Milose-vic de rendre l’Oc-cident coupable de la situation économique. Ses amis de la “maffia”, impliqués dans la contrebande du pétrole, peuvent continuer à s’enrichir.

Les Etats-Unis ont promis la levée des sanctions dès qu’il y aurait des “élections libres”, espérant sans dou-te que l’exemple de la Croatie sera suivi (70% des électeurs, avec une parti-cipation de 75%, y ont voté contre la clique nationalis-te croate du parti HDZ lors des élections de janvier ) . Cela montre que la classe ouvrière se détourne de la politique réactionnaire du président récemment décédé Tudjman.

La régime du HDZ a amené des guerres et une récession économique - l’économie à re-culé de 2% en 1999 et le chô-mage est officiellement à 20%. Les travailleurs de Croatie vont cependant rapidement consta-ter que la nouvelle coalition n’a pas de solution. Le gouverne-ment, sous la direction du Parti social-démocrate ex-stalinien, en appelle à l’Union européen-ne et sollicite l’aide et les inves-tissements de l’Occident. Le prix à payer sera l’ouverture totale de l’économie au pillage des puissances capitalistes. Des élections en Serbie ne vont pas nécessairement don-ner le pouvoir à l’opposition de droite. Il est possible que Milo-sevic, en raison de la faiblesse de l’opposition, précipite les élections. Seule une alternative socialiste peut donner une solu-tion permanente.

Les événements récents en Bosnie ont montré que la classe ouvrière peut se rétablir des plus horribles coups et reprendre la voie de la lutte de classe. La domination occidentale a provoqué un chômage massif, des arriérés de salaires et de pensions, ce qui a provoqué “une série de manifestations ouvrières fin octobre” (Wall Street Journal, 29 novem-bre).

Au fur et à mesure que le mouvement ouvrier panse ses plaies, des mouvements de masse vont se manifester dans les Balkans contre les capita-listes réactionnaires nationalis-tes locaux et contre la présence des troupes d’occupation de l’ONU et de l’Otan. Seul un programme qui appelle à une Confédération so-cialiste des Etats, avec des droits intégraux pour toutes les minorités, et une économie démocratiquement planifiée peut répondre aux revendica-tions des masses.

Niall Mulholland

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