Faut-il interdire les partis fascistes?

La participation au gouvernement autrichien du parti fasciste FPÖ, de Haider, a provoqué un large mouvement de protestation dans plusieurs pays. Dans ce contexte, plusieurs politiciens - notamment Laurette Onkelinkx - ont évoqué l’hypothèse de faire interdire le Vlaams Blok. Certains ont même été plus loin en faisant l’amalgame entre le Vlaams Blok et le PTB, laissant planer la menace sur les partis qui ne respectent pas "la démocratie" (c’est-à-dire les institutions bourgeoises du pays: parlement, monarchie, etc.)

par Guy Van Sinoy

Militant est un adversaire acharné du fascisme en général, et du Vlaams Blok en particulier. En 1991, nous avons d’ailleurs lancé une campagne de masse antifasciste, Blokbuster, qui a mobilisé des milliers de jeunes en Flandre. Mais nous ne pensons pas que l’on fera reculer le fascisme par des mesures administratives. Interdisez le Vlaams Blok, et le lendemain il sera candidat aux élections sous une autre appellation, se présentant comme une "victime de l’intolérance". On ne guérit pas le malade en cassant le thermomètre mais en attaquant le mal à la racine. Pour éradiquer le danger fasciste, il faut une autre politique qui réponde aux attentes des couches les plus défavorisées de la population. Mais cela aucun parti qui a participé au gouvernement au cours des dix dernières années n’est prêt à le faire. Il est évidemment plus facile de proposer l’interdiction administrative des partis fascistes tout en se taisant sur ses propres responsabilités en matière d’approfondissement de la fracture sociale.

De plus, une interdiction administrative des partis fascistes ouvre la voie à une restriction des libertés démocratiques contre les organisations ouvrières. L’amalgame fait avec le PTB est éloquent à ce sujet. Les attaques de la bourgeoisie contre les organisations ouvrières ne se comptent plus: astreintes astronomiques contre les piquets de grève, licenciements sauvages de délégués syndicaux, exigence de la personnalité juridique des syndicats afin de les rendre civilement responsables des conflits sociaux et de mettre ainsi la main sur la caisse de grève.

Certains responsables politiques qui avaient évoqué une interdiction éventuelle du Vlaams Blok se sont ensuite rabattus sur l’idée de couper les subsides aux partis diffusant de la propagande raciste ou fasciste. Il est en effet scandaleux que les fascistes utilisent les deniers publics - y compris l’argent des impôts payés par les immigrés - pour diffuser les mensonges et la haine raciste. Mais sur le plan strictement financier une telle mesure n’aurait qu’un effet limité car le Vlaams Blok dispose d’un solide réseau de mécènes. D’une manière générale, Militant est opposé au financement de tous les partis politiques par les pouvoirs publics car cela permet d’une part d’imposer aux travailleurs de financer leurs ennemis - les partis bourgeois -, mais aussi de domestiquer les partis ouvriers en les faisant dépendre des subsides publics. Un véritable parti des travailleurs, conséquent en paroles et en actes, doit pouvoir s’appuyer sur sa classe pour trouver les moyens financiers de sa politique. Nous sommes cependant farouchement partisans de poursuivre en justice tous les actes et paroles à caractère raciste en y couplant une mobilisation politique.

Toutes les mesures administratives prises à l’encontre des fascistes n’arrêteront pas leur progression électorale. Il faut une solution politi–que. Seul un parti des travailleurs proposant des mesures anticapita–listes radicales peut offrir aux plus défavorisés un espoir de change–ment. Et dans ce sens, c’est en particulier dans les grandes villes de Flandre où le Vlaams Blok est une menace lors des prochaines élections qu’une alliance de gauche radicale est urgente et indispensable.

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