Le point de vue des juges:

"D'abord le profit... et tant pis pour l'emploi!"

un pays du tiers monde, ni sous une dicta-ture militaire, mais en Belgique. C'est en effet ce qu'a décidé un tribunal pour mettre fin à la grève des travailleurs d'Aviapartner à Zaventem.Chez Aviapartner, il n'y a pas eu moins de 6 recours judiciaires intentés. Le juge qui a prononcé une astreinte de 50 millions a en quelque sorte établi un nouveau record, mais ce n'est pas un cas isolé.

par Karl Debbaut

Chez Léonidas à Anderlecht, où les travailleurs s'étaient mis en grève pour protester contre le licenciement de plusieurs travailleurs et de deux délégués syndicaux, le juge a exigé que les non grévistes puissent avoir librement accès à l'entreprise. En clair, les actions des piquets de grève étaient interdites tant à l'usine que dans les magasins de détail. Encore un juge partisan de deux poids deux mesu-res qui n'est appa-remment pas troublé quand on licen-cie des délé-gués légale-ment proté-gés. L'immixtion des tribunaux dans les conflits collectifs de travail est en soi illégale. Seules les commissions paritaires sont compétentes pour intervenir dans ces conflits. Le droit de grève est aujourd'hui en danger. Le patron de la SNCB Schouppe n'aura pas sa place dans les livres d'histoire parce qu'il aura été un brillant gestionnaire d'une entre-prise publique, mais en tant que briseur de grève. Le syndicat indé-pendant des conducteurs avait an-noncé qu'il ferait grève le 4 décembre, jour du mariage de Philippe et de Mathilde. Schouppe a introduit une requête auprès du tribunal de chaque arrondissement du pays pour faire interdire la grève prévue. Les tribunaux se sont prononcés sans que la partie adverse - les travailleurs - ne soit entendue. En Flandre, tous les tribunaux ont donné raison à Schouppe. En Wallonie, quelques tribunaux n'ont pas suivi les mêmes conclusion, mais Schouppe a intro-dui-t une requête auprès de la Cour d'Appel de Liège qui a décidé de frapper d'une action de 100.000F tout acte visant à entraver ou à retarder la circulation des trains le 3 et le 4 décembre. Les partis de la majorité et de l'op-position sont tous d'accord avec cela. Le mouvement ouvrier attend depuis des années une initia-tive politique pour protéger les délégués syndicaux et défendre le droit de grève. En vain. Cela figurait encore dans le programme du gouverne-ment précédent, mais aujourd'hui c'est le silence radio complet à ce sujet. On n'entend plus que des termes tels que flexibilité, libérali-sation, compétitivité, privatisation. Les travailleurs et les militants syndicaux ne peuvent compter que sur leurs propres forces. C'est au mouvement ouvrier de lutter pour la protection de ses délégués et pour sauvegarder le droit de grève. Il faut pour cela tirer les leçons des dernières luttes et mettre les directions syndicales sous pression. Car beaucoup de secrétaires syndicaux ne semblent pas considérer la protection des délégués comme une priorité. Un délégué de plus ou de moins ne mettra pas l'emploi d'un secrétaire en danger. Pour nous c'est une affaire de vie ou de mort. Car les agressions patronales contre les délégués n'ont pas d'autre but que d'affaiblir la résistance des travailleurs aux mauvai-ses conditions de travail et aux licenciements.

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