Instabilité permanente en Russie et Tchétchénie

 

Des villages écrasés sous les bombardements, des réfugiés qui errent sans but, la violence aveugle qui frappe surtout les civils,... Les images recues de Tchétchénie mettent chacun mal l'aise. Les ressemblances avec la situation récente aux Kosovo sont frappantes. Saddam Hussein en Irak, les combats entre clans en Somalie, le génocide du Rwanda, les guerres au Kosovo et au Timor oriental,... Les promesses des dirigeants occidentaux, après la chute du Bloc de l'Est, de voir s'instaurer un "nouvel ordre mondial" n'ont pas été tenues. Personne n'a vu s'instaurer une période de paix et de prospérité croissante, une nouvelle époque où l'humanité a évolué de façon plus harmonieuse vers le «marché» et la «démocratie ».

Les pays d'Europe de l'Est, appelés «communistes» par la presse bourgeoise, étaient des caricatures staliniennes où une caste bureaucratique avait tout à dire. Ils étaient la négation de la véritable démocratie ouvrière qui a existé temporairement dans les quartiers et dans les entreprises au début du régime soviétique.

Qu'est-ce que la restauration du «marché» et de la «démocratie» ont apportés à des pays tels que la Tchétchénie? Pour le gouvernement russe et les médias, la question est simple: la civilisation européenne doit être défendue contre les islamistes déchaînés.

Les terribles attentats à la bombe opérés dans quelques villes russes - dont on suggère maintenant ouvertement qu'ils aient pu être organisés par les services secrets de Eltsine - étaient parfaitement appropriés pour échauffer les esprits dans la population russe en faveur d'une offensive chauvine. Dans la pratique les choses sont un peu plus complexes.

Depuis l'échec de l'armée russe en 1996 en Tchétchénie, après une guerre sanglante où des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie, le région vit sous la loi islamique: la sharia. La Tchétchénie garde cependant des éléments de son passé: les femmes refusent de porter le voile et même un dirigeant de guérilla islamiste comme Basale n'ose pas aller trop loin sur ce plan.

La situation en Tchétchénie est directement liée à la restauration du capitalisme en Russie. La Russie mène la guerre afin de maintenir son contrôle sur l'oléoduc stratégiquement et économiquement important dans la région. A côté de cela les nouveaux riches de Russie - la frontière entre capitalistes, politiciens et maffiosi est souvent mince - utilisent la région pour y dépenser l'argent qu'ils ont dérobé au reste de la société.

Les récentes élections en Russie ont représenté une facteur important dans le calendrier du conflit: les sentiments chauvins ont été excités par les médias, les images des victimes civiles étant soigneusement écartées du petit écran. Les médias ont fait avaler à la population que finalement le gouvernement russe était déterminé et dynamique, ce qui a permis au premier Ministre russe Vladimir Poutine de remporter une victoire électorale retentissante.

Face aux intérêts du capitalisme russe, il y a le chômage, la pauvreté et l'amertume de beaucoup de Tchétchènes après la guerre de 1994/1995. Certains ont constitué des bandes armées: des hommes d'affaires russes sont pris en otage et libérés moyennant rançon.

Faute d'alternative, des intégristes tels que Bassaiev et Khattab essayeraient de jouer - avec le soutien des fidèles comme le leader terroriste Osaman Ben Laden - sur le sentiment que l'état religieusement impartial n'offre pas de solution pour résoudre la pauvreté et la criminalité.

Bien qu'il reste toujours un courant minoritaire relativement petit (à peu près 10%), il y a croissance du courant islamisme. C'est une réaction contre ce qui est perçu comme «l'anarchique» Tchétchénie capitaliste. L'attitude arrogante et autoritaire des «combattants de l'Islam» tels que Basale font que les unités de guérilla ne sont pas très populaires. En fait, Bassaiev n'est qu'un gredin qui utilise l'Islam comme écran de fumée pour des activités plus ou moins criminelles.

Les militaires russes utilisent la force brutale pour tenter de rétablir une partie de l'autorité qu'il ont perdue, non seulement vis-à-vis des Tchétchènes mais aussi vis-à-vis l'occident impérialiste qui souhaite prendre pied dans cette région vitale sur le plan stratégique et économique. Les grandes puissances occidentales n'ont pas grand chose à dire contre les bombardements massifs: elles ont fait la même chose il y a six mois en ex-Yougoslavie.

En plus la récente flambée du prix du pétrole a fourni au gouvernement de Elstine une marge mensuelle de plus de 50 milliards de FB. Eltsine, Poutine et leurs généraux ont ainsi pu temporairement réduire leur dépendance à l'égard des grandes puissances occidentales - très influentes au sein du FMI - et financer leur sale guerre. Cela leur a également permis de payer une partie des arriérés de salaires à la veille des élections.

Néanmoins les généraux russes ne peuvent pas vraiment espérer stabiliser complètement la situation en Tchétchénie. Les rebelles tchétchènes peuvent toujours se retirer dans les montagnes, ce qui ouvre la perspective d'une guerre de guérilla de longue haleine sur le modèle afghan. Plus il y de morts dans l'armée russe, plus la population perçoit qu'une victoire rapide n'est pas à portée de main. Le soutien à la politique de guerre va donc décliner progressivement. Il reste à voir comment les militaires vont se comporter après cette guerre sur le front intérieur, après avoir goûté à l'ivresse d'une telle guerre. A Moscou, on spécule ouvertement sur la perspective d'une dérive bonapartiste: un dirigeant fort qui, se plaçant au-dessus des classes, remet de l'ordre.

Le Comité pour une Internationale ouvrière et sa section russe luttent pour le droit des Tchétchènes de décider de leur propre sort. Une solution définitive n'est possible qu'en mettant fin à la politique des forces réactionnaires pro capitalistes en Russie et dans les républiques de la CEI. Seule une fédération volontaire d'états socialistes de Russie, de Tchétchénie et des autres républiques du Caucase peuvent garantir une paix véritable, la prospérité et la démocratie.

Nos camarades de Russie ont l'intention de lancer une campagne pour la création d'un parti ouvrier indépendant capable de mener des actions sur ce thème.

Peter Delsing

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