OMC
Les raisons d'un échec
Le sommet de Seattle, qui a rassemblé les représentants de 135 pays, a capoté après trois jours de négociations. Aucun calendrier n'est prévu pour une prochaine rencontre. La crise de l'OMC reflète une profonde crise économique et sociale qui, depuis le début de la crise en Asie du Sud-Est, étreint la moitié du monde dans ses griffes. Une des conséquences est le retour de mesures protectionnistes afin de défendre le marché intérieur.
Pour la première fois le front entre les États-Unis et l'Europe a été rompu. Les deux blocs se sont affrontés autour de thèmes tels que la suppression des subsides à l'agriculture européenne ou encore la possibilité pour les États-Unis d'exporter en Europe des denrées alimentaires génétiquement manipulées.
Pour la première fois aussi, les représentants des anciennes colonies ont pris position contre la suprématie américaine. Quelle est la portée de ce geste? Des capitalistes et des politiciens du Tiers-Monde se sont considérablement enrichis grâce à leurs relations avec les capitalistes occidentaux. Rien n'a d'ailleurs changé sur ce plan. Mais ils redoutent par contre les effets destabilisateurs de la mondialisation qui pourraient affaiblir leur position dans leur propre pays. Voilà leur véritable motivation.
Comme le rapportait un observateur: "Le sentiment existe à l'échelle de la planète que la mondialisation est imposée par les multinationales américaines, que mondialisation signifie en fin de compte américanisation". Ce sommet a révélé une ligue des "petits" pays déterminés à défendre leurs propres intérêts nationaux. Mais la défense de ces intérêts nationaux passe aussi par une surexploitation forcenée de la main-d'oeuvre locale y compris, par exemple, par la possibilité d'avoir recours au travail des enfants ou à l'esclavage.
Clinton a tenté vainement de récupérer le mouvement de protestation en déclarant "comprendre" les manifestants et en affirmant que "l'OMC devait être plus ouverte et accessible". A la grande fureur des représentants des exploiteurs capitalistes des anciennes colonies, Clinton a plaidé pour l'adoption d'un code de bonne conduite garantissant des conditions de travail minimales. Ceci afin d'obtenir le soutien des syndicats américains à la candidature d'Al Gore lors des élections présidentielles. Il est cependant peu probable que Clinton mette cela en pratique. Sa seule proposition concrète a consisté à proposer un groupe de travail afin d'étudier la question.
Seattle a représenté un tournant pour l'OMC comme pour les États-Unis. L'OMC supporte mal de devoir apparaître au grand jour comme un instrument de l'exploitation et elle est maintenant discréditée par la campagne de protestation mondiale qu'elle a déclenchée. En même temps, Seattle a révélé l'impuissance des États-Unis à imposer l'ordre du jour des négociations. Cette paralysie peut mener à une application encore plus unilatérale des accords par les États-Unis au reste du monde.
Cela ne peut provoquer que de plus grandes tensions commerciales, voire des guerres commerciales (marquées par un retour généralisé au protectionnisme), ce qui risque en fin de compte d'entraîner toute l'économie mondiale vers le bas.
Els Deschoemacker