Étudiants en procès

 

A-t-on encore le droit de manifester?

Le 25 octobre 1995, à l'appel de la FEF et de la CGSP, plusieurs milliers d'étudiants manifestaient à Bruxelles contre le plan d'austérité (10 milliards) décrété par Laurette Onkelinx. A la fin du défilé, les gendarmes effectuèrent plusieurs arrestations musclées d'étudiants. Parmi ceux-ci, trois étudiants de l'Académie royale des Beaux-Arts de Liège (qui sont aujourd'hui quatre après les faits) cités à comparaître devant le tribunal correctionnel de Bruxelles et accusés d'avoir "badigeonné" des chevaux de frise et les pandores qui se tenaient derrière. Un quatrième étudiant de l'ULG (aujourd'hui enseignant) est cité à comparaître pour avoir "encouragé vivement" ses camarades. Ils ont fini leurs études mais sont menacés de lourdes peines financières, voire d'une condamnation plus sévère car ils sont accusés d'avoir agi "en bande". Ils ne sont pas cités à comparaître par le parquet (qui n'a sans doute pas estimé qu'il y avait assez d'éléments dans le dossier pour les poursuivre) mais par la gendarmerie, par l'intermédiaire de son ministre de tutelle, le ministre de l'Intérieur. C'est une procédure rare.

Quatre autres anciens étudiants et un professeur de l'Académie royale des Beaux-Arts de Liège sont aussi cités à comparaître, cette fois par le parquet, pour la même affaire. Ce qui porte à 9 le nombre de prévenus.

Une première audience a eu lieu mercredi 1er décembre. Le procès a été reporté aux 27 et 28 novembre 2000, dans un brouhaha et une confusion totale! Une trentaine de sympathisants s'étaient rassemblés sur les marches du palais de justice pour soutenir les 9.

Un comité de soutien est en train de se créer pour défendre les prévenus. Il reste un an pour préparer leur défense et organiser le comité de soutien: le risque est grand de voir la mobilisation s'essouffler. C'est pourquoi ils auront besoin de toutes les bonnes volontés pour alerter l'opinion publique et récolter des fonds pour payer les avocats. Un dossier complet à l'attention de ceux qui veulent en savoir plus, des communiqués de presse, des réunions publiques et des soirées de soutien sont en préparation. Une pétition existe déjà. Pour l'obtenir, téléphonez au 04/226.48.78.

La défense des 9 anciens étudiants a également une portée politique. Il est évident dans cette affaire que la gendarmerie est décidée à poursuivre tous ceux et toutes celles qui ont manifesté, avec trop d'enthousiasme à ses yeux, leur colère face aux mesures d'austérité. C'est le cas actuellement avec les anciens délégués des Forges de Clabecq, avec 6 étudiants de Leuven, avec des militants du Collectif contre les Centres fermés. La gendarmerie n'est jamais été condamnée lorsqu'elle défend, souvent avec force, le gouvernement. Dans ce genre de mouvement, la réaction des manifestants est légitime. Il est inacceptable que des délégués étudiants qui défendaient la qualité de l'enseignement, que des délégués syndicaux qui défendent leur emploi, que des citoyens qui défendent le droit d'asile, soient poursuivis devant un tribunal correctionnel. Si tous ces militants devaient être condamnés, ce sont toutes nos futures manifestations qui seraient torpillées car le message de la gendarmerie est clair: oui nous gardons le droit de manifester mais sous certaines conditions, sans calicots, sans slogans, sans dévier des itinéraires officiels, bref sans aucune chance de gagner.

Michaël Lambert

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