Loi de régularisation des sans papiers
"Un semblant de régularisation"
La loi de régularisation unique de certaines catégories de sans-papiers entrera en application sous peu. Nous avons rencontré à Ibrahim, porte-parole des sans-papiers de l'église du Béguinage à Bruxelles, ce qu'il en pense.
Où en est votre occupation?
- "Nous sommes les seuls à continuer une occupation. Nous ne sommes plus qu'une quarantaine, dont beaucoup de Maghrébins. Mais nous restons le pôle d'attraction pour tous ceux qui veulent rencontrer les sans-papiers. Nous sommes aussi les plus déterminés, car la plupart d'entre nous sont là depuis le début de l'occupation. Malgré la faim et le froid. Sur la quarantaine d'occupants, seuls 24 peuvent espérer être régularisés sur base de la nouvelle loi."
Que penses-tu de cette loi?
- "Cette loi n'organise qu'un semblant de régularisation, car elle ne prend en considération pour établir la durée du séjour en Belgique que les pièces officielles émanant d'organismes publics. En général, les clandestins ne disposent pas de telles pièces justificatives. Et pour cause! Combien de fois ne suis-je pas allé à l'hôpital sous un faux nom de crainte d'être identifié et arrêté? Il n'y a donc aucune trace de mon passage à l'hôpital qui pourrait attester de ma présence... Seuls ceux qui ont des enfants scolarisés pourront disposer de tels documents. Nous disposons pourtant de centaines de témoignages d'associations ou de personnes qui attestent notre présence régulière, mais la loi n'en tient pas compte. Dans ces conditions seuls 5 à 10% des sans-papiers pourront être régularisés. En attendant, les déportations continuent."
Qui va faire les démarches?
- "Les occupants du Béguinage constituent un bon échantillon des sans-papiers de Belgique. Sur les 600 personnes qui sont passées ici, 100 à 150 peuvent espérer être régularisées."
Qui vous aide encore? Quel type d'aide attendez-vous?
- "Au début de l'occupation, il y avait plein de gens et d'associations qui nous aidaient. Mais la plupart nous ont laissés tomber au fur et à mesure que le mouvement s'essoufflait. Cela s'est encore aggravé avec l'arrivée des Verts au pouvoir: on ne les voit plus ici. La FGTB et la CSC nous aident encore. La FGTB de Bruxelles a payé les bonbonnes de gaz servant au chauffage pour un mois et nous gardons des contacts réguliers avec elle. Mais ce que nous attendons avant tout des organisations syndicales et politiques, c'est précisément un soutien politique à notre cause. Même si, bien entendu, toute aide matérielle est bienvenue."
Propos recueillis par Thierry Pierret