Expulsions de demandeurs d'asile

 

Avion militaire, pressions, brutalités et vidéo...

Quatorze personnes d'origine nigériane ont été expulsées par avion militaire le 13 décembre. La politique d'asile, ou plutôt d'expulsion, se travestit en vert kaki. C'est sans doute l'empreinte des écologistes sur la politique gouvernementale... Ce haut fait d'armes de nos forces armées est la première expulsion de ce type, mais d'autres suivront, annonce le ministre de l'Intérieur Antoine Duquesne.

Le gouvernement prétend privilégier les départs "volontaires". En cas de refus, c'est l'expulsion sous escorte de gendarmes, soit encore par avion militaire. En réalité, il n'y a pas de véritable départ volontaire, sans quoi pourquoi les candidats réfugiés auraient-ils tout abandonné pour venir ici? Les départs prétendument "volontaires" sont le résultat de pressions de toutes sortes exercés sur des demandeurs d'asile. Ils repartent "libres". Libres de retourner dans l'enfer de la guerre, de la répression ou de la misère qu'ils avaient cru pouvoir quitter. Pour ceux qui ne se laissent pas "convaincre", c'est l'expulsion sous escorte. L'histoire de Matthew Sellu est édifiante à cet égard.

Le Sierra Leone est un petit pays d'Afrique occidentale. Il est ravagé depuis 8 ans par une guerre civile qui a fait de 10.000 à 20.000 morts, a déplacé plus d'un million de personnes (20% de la population!) dont la plupart à l'intérieur du pays et qui a vu se multiplier les atrocités (30.000 civils amputés délibérément selon les organisations humanitaires).

Matthew Sellu a apparemment eu tort, aux yeux de l'Office des étrangers, de vouloir quitter cet enfer. Arrivé en Belgique en janvier 1999, ce ressortissant sierra-léonais a vu sa demande d'asile refusée et s'est retrouvé enfermé dans un centre fermé pendant 10 mois. Malgré tous leurs efforts, les psychologues, les assistantes sociales et les gardiens n'ont pas pu le convaincre qu'il serait tellement mieux là-bas, dans son éden africain, qu'ici. C'est pourquoi il a fait l'objet de huit tentatives d'expulsion. A la huitième, il a été amené pieds et poings liés à l'aéroport. Devant son refus de monter dans l'avion, les gendarmes l'ont copieusement tabassé. Les coups ont continué à pleuvoir dans l'avion et il s'est évanoui. Il s'est réveillé à Dakar, dans un pays qui lui est totalement étranger. Un médecin a constaté sur Matthew Sellu une plaie pénétrante de 6 centimètres à l'arrière de la tête et des ecchymoses aux chevilles et aux poignets. Le député Vincent Decroly - sans doute le seul député écolo qui a pris au sérieux les bonnes paroles de son parti sur le droit d'asile - est allé à Dakar où il a recueilli sur cassette vidéo le témoignage de Matthew Sellu. Ce dernier a déposé plainte avec constitution de partie civile. La Ligue des Droits de l'Homme s'est aussi constituée partie civile dans ce cas exemplaire. Pour un déporté qui a pu témoigner, combien de déportés anonymes?

Decroly a interpellé le ministre de l'Intérieur et a proposé à la Chambre de visionner la cassette contenant le témoignage de Matthew. Il s'est entendu dire par le président de la Chambre que "cela ne se faisait pas". C'est ce qu'on appelle la démocratie parlementaire...

Thierry Pierret

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