PROJET DE RECHERCHE POUR L’INSCRIPTION A UNE THESE DE DOCTORAT NOUVEAU REGIME.

 

Nom : Meskerem Shawul

E-mail: [email protected]

 

Discipline:                  Géographie Urbaine

 

Titre de projet:           les défis de la valorisation de l'existant dans l'application du Schéma Directeur Révisé de la ville d'Addis-Abeba (Ethiopie).

 

II : zone d’Etude et contexte general du projet de recherche;

II.1.: Les vulnérabilités multiples de l'urbanisation à Addis-Abeba

Un rapport des Nations Unies (UNCHS, 1987:77 cité dans Devas et al, 1993) pose que dans la majorité des villes africaines, 40 à 50% des populations vivent dans des taudis insalubres et des quartiers informels et que la plus affectée est Addis-Abeba (capitale de l'Ethiopie) avec 85% de ses habitants qui se trouverait dans ces conditions. Une autre étude de la Banque Mondiale (World Bank, 1989:Table A3 cité dans Devas et al, op. cit.) montre que l'Ethiopie est la deuxième nation après le Bangladesh où une majorité de la population urbaine (60%) vit en dessous du seuil de pauvreté.

Addis-Abeba fut fondée par Ménélik II en 1886 dans un but défensif. De cette raison première, elle gardera jusqu'au début du siècle la configuration d'un ensemble de campements militaires : habitats plus aérés des généraux et de leur suite sur les hauteurs, formant ainsi plusieurs noyaux centraux, autour desquels et dans les bas-fonds, s'organisent les fouillis de cases de leurs armées et de leurs serviteurs respectifs (Pankhurst, R., 1961). La transformation de ces lieux de garnison en site urbain a posé et pose toujours de gros problèmes. Il faut cependant reconnaître comme héritage de cette forme première la grande mixité/proximité entre catégories sociales qui caractérise l'actuelle configuration de l'habitat d'Addis-Abeba. La pérennité d'un tel mode d'organisation pose ainsi question (UR029-IRD, 2001). Le site naturel de la ville culmine à 2500 mètres en moyenne et présente de nombreux dénivelés et de fortes pentes ravinées par des cours d'eau et torrents plus ou moins temporaires. La combinaison des difficultés économiques propres au pays et de la sensibilité du site à l'érosion aboutit à une situation d'important déficit en équipements urbains qui caractérise la capitale éthiopienne (AACG, 1999) Les investissements en infrastructures publiques n'ont pu être faits de manière suffisante alors qu'Addis-Abeba est devenue en un siècle une véritable métropole. Ainsi, tous les ingrédients des problèmes économiques et d'infrastructures propres aux métropoles des pays en développement s'y trouvent rassemblés : un taux de chômage de 40%, un niveau de revenu inférieur à 40€ mensuel pour 50% des citadins, 60% seulement de l'eau potable nécessaire est fournie et seulement 3,7% du réseau nécessaire pour l'évacuation des eaux usées est disponible (AACG, 1999 et CSA, 1998). Ces quelques chiffres laissent envisager l'ampleur des difficultés de la vie urbaine à Addis-Abeba et l'incroyable et impossible effort tous azimuts que demanderait aux gestionnaires de la ville, la prise ne charge d'une mise à niveau des différents équipements urbains.

Dans la capitale éthiopienne, le manque de nouveaux logements s'additionne à la carence des services et des équipements, pour donner au centre de la ville des quartiers entiers d'habitations en Chika (torchis) très délabrées car sans véritable entretien depuis 30 à 40 ans, sans commodités, sans égout, sans système de collecte d'ordures ménagères avec toutes les conséquences néfastes sur l'hygiène et la santé publiques (Solomon Mulugeta, 1999).

L'accessibilité au sein des quartiers est très réduite ce qui augmente les risques en cas de nécessité d'intervention urgente des pompiers ou autres services. Les voies principales sont alors très congestionnées et les accidents sont fréquents car l'insuffisance des transports publics et la pauvreté font que le nombre de piétons empruntant les chaussées est très important (AACG, 2004a).

L'insuffisance des services de base à la population, écoles, dispensaires, le manque d'espaces libres ou de jeux (souvent des terrains vague plein d'ordures ménagères), les fortes densités, et les taux d'occupations des logements très élevés, traduisent des conditions de vie très difficiles pour une majorité d'addissiens. Ces problèmes, présents dans la capitale comme dans les autres villes du pays, a conduit, selon des prises en compte plus ou moins complètes des dysfonctionnements, vers la nécessité de se concentrer sur le développement de la planification urbaine en Ethiopie(MoI, 2003. et Tegegn Gebre Egziabher, 1997.).

 

II.2. La planification urbaine: la réponse des pouvoirs publics au développement urbain ?

Avec une concentration de plus en plus forte de la population dans les centres urbains, les préoccupations d'études sur les paysages urbains se focalisent plus sur les réponses à donner à la pression démographique, comment loger le plus de monde possible, tout en économisant l'espace devenu rare et en attirant l'investissement? Le schéma directeur se veut un des outils d'un développement urbain qui doit être à son tour est un instrument de protection de l'environnement, du développement économique et  du bien-être social.

Les interventions publiques sur les villes et qui ont une influence sur la planification urbaine peuvent être distinguées en cinq catégories (Devas et al, op. cit: p.33):

  1. La première concerne la protection des biens et des personnes,  cela inclut le maintien de l'ordre public et l'application de la loi.
  2. Dans le deuxième cas, il s'agit de la régulation des activités du secteur privé dans l'intérêt public général grâce à un minimum requis de règles. Elles peuvent être sous la forme de contrôles administratifs ou d'incitations au secteur privé: fiscales ou d'utilisation du sol et des bâtiments. Dans ces règles existent aussi toute la législation de contrôle des niveaux de pollutions et de toutes autres nuisances environnementales.
  3. La fourniture de services publics doit être apte à satisfaire toute la société. Ceci peut aussi inclure les équipements comme le logements, les routes, l'assainissement, les réseaux d'eau potable, les transports en communs,  l'évacuation d'ordures ménagères, l'éducation, santé, l' hygiène publique et les loisirs.
  4. Le gouvernement utilise aussi ses ressources pour promouvoir le développement économique et crées des opportunités d'emploi: la coordination des activités de différents acteurs de développement, l'utilisation de subvention et d'autres types d'incitations pour encourager l'investissement.
  5. Les pouvoirs publics doivent aussi se soucier de la redistribution des richesses et des revenus. Ceci est important et influe sur la planification, car ce sont les autorités urbaines qui choisissent le type de service à fournir, à qui le donner et à quel prix, ainsi  que le taux d'imposition prélevé  pour assister les plus pauvres.

Toutes ces interventions publiques se trouvent dans un dilemme précaire dans les choix multiples qui s’imposent à eux entre l'équité et l'efficacité. Et enfin de compte, ces choix entraîneront toujours des gagnants et des perdants à la fois en terme d'individus ou de groupes.

L'argument sur lequel ce projet de recherche se base est qu'il est possible de trouver un certain point d'équilibre en planifiant avec un maximum d'informations collectées d'avance et en encourageant la participation des acteurs concernés. Ce projet de recherche s'intéresse particulièrement à l'examen de l'état de l'art sur les plans de développement urbains locaux en évaluant leurs succès et leurs échecs dans l'application du schéma directeur d'Addis-Abeba  récemment révisé.

 

II.3. L'évolution de la pensée urbaine en Ethiopie

II.3.1. La définition de la ville dans le contexte éthiopien

Différents documents montrent que dans notre pays et jusqu'au 20ème siècle, il n'y a pas eu de définitions officielles concernant la ville éthiopienne. Même si certaines villes, par l’intérêt politique , qu’elles présentent furent reconnues comme municipalités depuis 1942 (IEG, 1942) la première définition d'une ville éthiopienne n'a été donnée par le professeur Mesfin Wolde-Mariam dans les années 60: (Belachew Kale-Kirstos, 2002. et Yasin Worku, 2003.)

"Une ville est un ensemble avec au moins 50% de ses habitants dépendant pour leur survie d'une autre activité que l'agriculture, avec  au moins un marché hebdomadaire, avec quelques boutiques permanentes, et avec au moins un café"

Cette définition a été révisée et standardisée par la Direction de la Statistique Centrale (Central Statistical Authority) au cours de son deuxième recensement de 1968:

"Une ville doit avoir au moins

1.      un bâti continu,

2.       un café et un débit de boissons alcoolisées,

3.       un hôtel avec une chambre,

4.      une boutique permanente et une épicerie.

Par la suite cette définition de ville a été revue et changée par différentes organisations pour des besoins divers. Ces définitions s'accordent toutes sur un nombre de population de 2000 et plus, et sur le critère d'activité non agricole pour au moins 50% des habitants (CSA, 1987).

La dernière définition de la Direction de la Statistique Centrale distingue plusieurs types de villes en se fondant sur des critères plus administratifs.  Les villes autonomes ou à chartre comme Deré-Dawa et la capitale fédérale Addis-Abeba, les capitale des 9 Etats Autonomes : Mäqälé du Tegray, Bähar-Dar de l'Amhara, Adama (ex-Nazareth) de l'Oromiya, Awassa de l'état des Nations, Nationalités et Peuples du Sud (N.N.P.S), Jijiga de la Somalie (Etat Autonome Ethiopien), Sämära de l'Afar, Assossa du Bénishangoul, Gambella du Gambella et Härar du Härari et toutes les capitales des autres niveaux administratifs qui sont la Zone, le Wäräda et le Qäbälé (CSA, 2004).

En tout aujourd'hui l'Ethiopie compte 927 villes abritant 11.2 millions d'habitants (ce qui fait 16% de la population totale du pays). Addis-Abeba, la capitale, abrite à elle seule près de 3 millions d'habitants (25% de la population urbaine totale) tandis que la deuxième grande ville Deré-Dawa compte une estimation d’au plus 300 000 habitants. (CSA, 2004)

 

II.3.2. La planification urbaine en Ethiopie

Il y a seulement 50 ans qu'on a commencé à préparer des schémas directeurs en Ethiopie: le premier support légal date de 1942, élaboré pour contrôler essentiellement l'utilisation du sol. La première directive urbaine complète date de 1960 et fut préparée par le Ministère de l'Intérieure de l'époque qui avait compétence sur la législation et la gestion urbaines. Elle a été utilisée jusqu'en 1975.  En 1964, le Ministère de l'Intérieure a préparé, avec l'aide de consultants italiens, les premiers schémas directeurs de 41 villes et puis un peu plus tard les schémas de 20 autres villes supplémentaires. (Belachew Kale-Kirstos, 2002. et Yasin Worku, 2003.)

Le premier organisme dont le rôle d'élaboration des schémas directeurs est clairement défini en Ethiopie est le Ministère des Logements et du Développement Urbains crée en 1977. Mais ces schémas directeurs ne concernent que des questions de planification spatiale et d'utilisation du sol. (Belachew Kale-Kirstos, 2002. et Yasin Worku, 2003.)

Ce n'est que dix ans après en 1987, que l'Institut National de Planification Urbaine actuelle fut établi (PDRE, 1987) avec un plus grand nombre de sujets à traiter ainsi qu'un personnel plus fourni. L'institut avait l'exclusivité de la planification urbaine nationale jusqu'au changement de gouvernement et d'orientation économique de 1991. (Tegegn Gebre Egziabher, 1997)

 

II.3.3. Les différents niveaux de plans

Il existe différents types de plans et de planification urbaine : plans  nationaux, plans régionaux, plans de développement socio-économique, plans de développement urbains conçus pour guider les développements urbains à plusieurs échelles; plans à long terme, plan stratégique de 3 à 5ans, et plans d'action d'au plus 1an.

Le plan national montre les grandes voies de communications, les stations électrique, les zones protégées, les différents périmètres de ressources, comme ceux de l'eau ... Le plan régional montre plus l'utilisation du sol et dépend du plan national. Le plan de la ville dépend du plan régional, c'est une cartographie montrant l'aménagement morphologique: en schéma directeur, plan de développement et plan détaillé d'un quartier. Les détails dépendent du niveau de planification recherché.

Les plans de développement urbains sont constitués de schéma directeur, de plans de développement et des plans partiels détaillés d'application. Les schémas directeur les plus vastes ont une durée de vie de 20 ans et doivent être révisés tous les 5 ans pour être en conformité avec les plans et politiques nationales et régionales. Les plans de développement sont préparés pour servir 10 ans et dépendent des schémas directeurs; ils sont enrichis de plans détaillés établis pour 5 ans dont l'application est quasi immédiate. (Belachew Kale-Kirstos, 2002)

L'Institut National de Planification Urbaine a réussi à élaborer en 10 ans les plans de 90 villes: schémas directeurs, plans de développement et plans détaillés. Ceci est un faible résultat lorsque 927 villes attendent leur planification, sachant que cette opération demeure un processus continu avec réalisations ou révisions. Ce n'est qu'à partir de 1997 que d'autres organisations ont commencé à prendre part à l'élaboration de plans de développement urbains. (TGE, 1992)

Avec la décentralisation actuelle, les états autonomes ont l'opportunité de préparer leurs propres plans ou de déléguer cette élaboration à des consultants privés (FDRE, 1995). Pendant cette dernière décennie, 5 états autonomes ont déjà commencé à préparer leurs plans :

- L'Etat du Tegray comprend 74 villes dont 37 sont enregistrées comme municipalités, lors des 6 dernières années cet état a préparé des plans de développement pour 2 villes, et des plans d'application partiels pour 25 villes.

- L'Etat de l'Affar compte en tout 28 villes. Deux de ces cités ont bénéficié de plans de développement élaborés avec l'aide d'experts en provenance de L'Etat de l'Amhara.

- L'Etat de l'Amhara abrite 208 villes dont 78 sont enregistrées comme municipalités. Pendant les 9 dernières années les services de cet état ont travaillé sur les plans de développement de 34 villes, de plans partiels de 3 villes et sur le schéma directeur d'une ville.

- L'Etat de l'Oromiya comprend en tous 375 villes dont 209 sont reconnue comme des municipalités et au cours de ces 8 dernières années, les services de cet état sont en cours de préparation de plans de développement et des plans d'application partiels pour 93 de ses villes.

- L'Etat des Nations, Nationalités et Peuples du Sud (SNNP) compte 149 localités d'au moins 2000 habitants, dont 110 sont enregistrées comme municipalités depuis les 10 dernières années. Des plans de développement ont été préparés pour 40 d'entre elles et des plans partiels pour 3 villes.

Les Etats de Somalie avec 69 villes; du Benishangul avec 13 villes; du Gambella avec 7 villes, et de Harrari avec sa cité Harär, ont bénéficié de l'aide de l'Institut National de Planification Urbaine pour les plans de leur capitale respective. Ces derniers doivent donc s'organiser afin de se constituer une capacité autonome pour se prendre en charge dans un avenir proche. (Shewaye Tesfaye, 2003).

La ville d'Addis-Abeba et celle de Deré-Dewa, les deux villes indépendantes avec charte, sont assistées par le Ministère des Affaires Fédérales dans la révision de leurs schémas directeurs élaborés par l'Institut National de Planification Urbaine en 1986 et en 1996 respectivement. (Yasin Worku, 2003.)

A part les Etats Autonomes, il existe aussi d'autres acteurs qui interviennent dans l'élaboration des schémas directeurs et autres plans: ce sont les établissements d'enseignement supérieur et le secteur privé. Ainsi, le Département d'Architecture et de Planification Urbaine de l'Université d'Addis-Abeba a élaboré beaucoup de plans détaillés tandis que la Faculté de Technologie de l'Ethiopian Civil Service College a réalisé  des schémas directeurs pour 3 villes. Le rôle du secteur privé n'est pas encore très développé : les villes d'Adama (ex.Nazareth), de Gondar et Mäqälé ont fait appel à des acteurs privés dans la révision de leur schéma directeur et la préparation de quelques plans partiels. (Yasin Worku, 2003.)

 

 

II.4. Les schémas Directeurs d'Addis-Abeba

II.4.1. Historique.

La capitale éthiopienne a fait l'expérience de plusieurs planifications et changements qui ont influencé sa croissance physique et sociale. Le premier développement de la ville se concentre autour de 3 noyaux: Le palais de Ménélik (comme centre politique et administrative) l'église de Saint George (comme centre social et religieux) et le quartier Arada (comme centre commercial et d'affaires). (Pankhurst, R., 1961.)

Jusqu'à l'arrivée des italiens en 1936, la ville s'est développée spontanément dans toutes les directions avec une particulière accentuation vers le nord Entoto, le nord ouest Mänagäsha et le sud Aqaqi. En 1936, le fameux architecte français le Corbusier a été invité par l'Italie à préparer un des premiers plans indicatifs pour Addis-Abeba. Il a proposé une structure monumentale de ville radiante avec un grand boulevard croisant la ville du nord au sud. Cette proposition n'a cependant pas obtenu l'approbation des italiens qui ont fait appel à leurs compatriotes Guidi et Valle. Dans cette même année, ces derniers ont préparé le premier schéma directeur d'Addis-Abeba qui divise la ville en deux parties et qui a modulé la forme de la ville d'aujourd'hui. La structure en damier qui caractérise le quartier commerçant du Mercato est un des produits de ce schéma directeur dont l'application fut cependant très vite arrêtée en raison de la retraite des italiens en 1941. (MoFA, 2002)

Avec la croissance rapide d'Addis-Abeba, une prise de conscience de l'importance et de la nécessité d'un schéma directeur est apparue et en 1956 l'Empereur Haïle-Selassie commande le deuxième schéma directeur d'Addis-Abeba à Sir P. Abercrombie (l'urbaniste du Grand Londres). Son schéma prend comme unité de base les axes de croissance des quartiers et les réseaux de communication afin de canaliser la circulation, ceci a influencé le développement de grands axes radiants et du boulevard périphérique d'aujourd'hui.

Les cinq sorties radiantes du centre de la ville sont:

  1. Vers le nord la route de Gojjam,
  2. Vers l'ouest la route d'Ambo et du Wälläga,
  3. Vers le sud-ouest la route de Jimma,
  4. Vers le sud-est la route de Beshoftu (ex. Däbrä-zäit),
  5. Vers l'est la route de Däbrä-Berahane et Ankober .

Un point important suggéré par le schéma directeur de Sir P. Abercrombie et qui a été appliqué est celui des quartiers résidentiels satellites. En 1959 des Plans Détaillés de Quartiers furent élaborées dans ce sens.

Le troisième schéma directeur d'Addis-Abeba a été élaboré par le français L.D. Marien en 1965 lors d'une ère de prospérité et de boom de la construction. Son schéma directeur, pourtant très formaliste, a pu être appliqué en grande partie et est demeuré en vigueur jusqu'à la révolution populaire de 1975. Avec la révolution le nouveau parti communiste a fait appelle au Hongrois C.K. Polony qui a conçu le 4ème schéma directeur en accord avec la politique du temps, la seule application de ce schéma fut la transformation de la petite Place de "Mäsqäl Square" en l'immense Place de la Révolution, aujourd'hui centre de la ville.

Le 5ème schéma directeur a été préparé en 1986 avec l'aide de consultants italiens qui reprennent l'idée de Polony: Ce schéma est fondé sur l'idée d'une métropole avec un vaste hinterland polycentré, hiérarchisé et connecté. Il s'accompagne d'une cartographie très détaillée mais n'a pas été appliqué, la croissance urbaine ayant créé entre temps une forme de ville très éloignée de celle prévue dans ce schéma. (MoFA, 2002)

 

II.4.1. Le Schéma Directeur Révisé (S.D.R.)

En 1991, il y a eu un changement de gouvernement entraînant un changement idéologique permettant le libéralisme économique et reposant sur une politique de développement décentralisé à un niveau fédéral, régional et local. Le rôle des nouvelles municipalités s'est accru et surtout celle d'Addis-Abeba a atteint un niveau d'autonomie lui permettant de réviser son schéma directeur pour l'adapter aux nouvelles politiques. (FDRE, 2002.) Ce schéma directeur révisé est conçu pour servir pour les dix années à venir, c'est-à-dire jusqu'en 2015.

Cette révision du dernier schéma directeur d'Addis-Abeba a été complète et plus large en idées et contenu que tout ce qui a été fait auparavant. Les nouvelles additions et composantes de la synthèse de cette révision du dernier schéma directeur sont :

  1. Un plan de l'environnement détaillant les zones de développement forestier, d'agriculture, d'espace vert autour des rivières, de recréation et de parcs,
  2. Un plan des sites historiques localisant les constructions et les espaces historiques à préserver,
  3. Un plan des réseaux routiers préparé de façon hiérarchique,
  4. Un plan des transports public et des parkings,
  5. Un plan des services sociaux: écoles, santés, etc.
  6. Des plans des centres et marché préparés selon une hiérarchie,
  7. Un plan des sites d'investissement stratégique.

Cette dernière composante du schéma directeur déterminant les sites d'investissement stratégique est une des plus importantes productions de la révision. Les sites d'investissements stratégiques sont identifiés comme axes de développements focalisés sur l'objectif de revitaliser le coeur de la ville, mais aussi les "business-boulevards", les marchés, les centres industriels, le développement des logements. Les outils d'application directe sont les plans d'action sectoriels. Les projets pilotes sont spécifique à des quartiers ou groupes de communautés résidentielles, dans chaque cas des Plans de Développement Local (P.D.L.) sont élaborés avec des règles générales modulables selon les cas spécifiques. (MoFA, 2002)

Addis-Abeba  a l'avantage d'une mixité sociale et fonctionnelle qui concerne encore aujourd'hui plus de 50 % de son tissu urbain, ce qui donne un contexte très particulier pour l'application des P.D.L. Ces Plans de Développement Local sont de nouveaux instruments qui combinent la planification urbaine et les règlements concrets pour revitaliser le centre et aménager les périphéries d'Addis-Abeba. Ils se concentrent sur les espaces identifiés comme espaces d'investissement stratégique en relation avec deux principes de base :

- La participation des groupes habitants ou ayant des intérêts dans le lieu d'intervention en question à l'action d'identification des besoins locaux et des buts à atteindre,

- La conformité des buts à atteindre avec la vision à long terme du schéma directeur.

 

II.4.2. Les Plans de Développement Local : vers une nécessaire modernisation de la ville ?

Des normes et standards ont été établis pour maintenir le développement de la ville dans ses limites existantes. Le principal thème de la révision a été de revitaliser la ville en la confinant à son périmètre actuel selon deux méthodes proposées :

- la réhabilitation de certaines zones avec des projets comme EcoCity,

- la rénovation complète d'autres espaces en particulier ceux identifiés comme lieux d'investissement stratégique et qui devrait avoir une influence considérable sur le développement de la ville dans l'avenir immédiat. A priori ces espaces correspondent à ceux concernés par les Plans de Développement Locaux.

Le Schéma Directeur Révisé se propose de revitaliser et de développer un centre-ville fort comme point de convergence mais aussi d'encourager l'émergence de nouveaux pôles secondaires périphériques d'affaires, de commerce et de culture. L'organisation des réseaux routiers et des modes de transport public est révisée en détail pour répondre au problème de congestion et des accidents routiers, des terminaux et des entrepôts de marchandises sont prévus en périphérie. (AACG, 2004b)

La raison majeure d'identification prioritaire des espaces d'investissement stratégiques, nécessitant un Plan de Développement Local immédiat, réside dans le fait qu'ils tracent les bases des grands axes de structuration de la ville et des zones de concentration résidentielle futures souhaitées (la projection officielle de la population pour 2015 est 4,1 millions d'habitants). Ils sont aussi perçus comme les lieux potentiels phare pour déterminer et transformer l'image de la ville de façon progressive.

Les espaces d'investissements stratégiques seront donc concentrés au centre de la ville et le long des axes routiers importants vers l'est, le sud-ouest et le sud. Il y aura un fort encadrement urbain avec des espaces verts, des espaces de protection concernent les zones sensibles comme les ressources naturelles par exemple la nappe phréatique.

Dans l'ensemble les Plans de Développement Local donnent un ensemble de directions, des règles et règlement physiques; économiques et sociaux à suivre pour le développement d'un lieu d'un quartier ou d'un qäbälé en entier. La présentation de chaque Plan de Développement Local doit consister en un rapport détaillant les stratégies d'application, accompagné de plans montrant l'utilisation du sol et les réseaux routiers, de diagrammes expliquant le processus de l'analyse et quelquefois d'une maquette en 3 dimensions.

Dans chacune de ces étapes le Plan de Développement Local doit se pencher sur les problèmes des espaces d'influence, de la population en place, des activités économiques, des fonctions autorisées ou non, et du caractère urbain. Ce dernier point inclut le développement de typologies, l'arrangement des secteurs et les hauteurs des bâtiments à maintenir. L'étude de la morphologie urbaine doit aider à identifier les espaces libres, et les différents types de bâtis. L'étude de la mobilité doit pouvoir identifier les navetteurs et la raison de leurs mouvements, les modes de transports publics disponibles et les arrêts des bus et taxis. Les questions d'environnement telles que les espaces verts à maintenir, l'assainissement, la gestion des ordures solides et des espaces publics doivent aussi être étudiées. (AACG, 2003)

Le Gouvernement de la région autonome d'Addis-Abeba est organisé autour de 57 commissions et services municipaux dont la Commission de Plans et des Etudes de Politique Urbaine. Cette dernière est l'organe ayant compétence pour la préparation de Schéma Directeur et des Plans de Développement Local (P.D.L.) d'Addis-Abeba. Dans un premier temps, la Commission a identifié 42 espaces d'investissements stratégiques. Au sein de ces derniers, 22 emplacements ont été choisis pour y concevoir des Plans de Développement Local :

- au cœur de la ville, dans le centre-ville conçu comme le futur centre des affaires par le Schéma Directeur on distingue: (Sängatärra, LaGare, Casa-Incis), dans la zone d'expansion sud de ce futur centre des affaires (Kirkos), dans le cadre du projet de décentralisation du centre-ville en 12 grands pôles secondaires (Mercato, Piazza, Ayär-Téna, Mägänagna, Qaliti, Märi-Luké) ;

- les "business-boulevards", dans le cadre du projet de développement d'un axe Est-Ouest on distingue: (l'avenue Haïle Gäbré-Selassie), dans le cadre du développement de l'Avenue de l'Afrique ou Bolé Road (l'avenue qui va de la place Mäsqäl à Wällo-Säffär), dans le cadre du projet de revitalisation du centre ville (l'avenue Churchill allant de la Municipalité à la gare quartier LaGare), dans le cadre du projet d'expansion sud du futur centre des affaires à Kirkos (l'avenue Mäshwalekia, début de Däbre-Zaït road de la place Mäsqal à Beqlo-Bét) ;

- les marchés: Merkcato, Awaré, Gärdji ;

- les centres industriels, dans le cadre du projet de développement du grand boulevard périphérique ou Ring-Road (Läbu), les centres industriels de Qilinto et Hana Mariam ;

- les périmètres résidentiels, les lotissements de Märi-Luke et d'Anfo-Qäranyo. (AACG, 2004a)

Les P.D.L. se veulent des projets « démocratiques » car à l’écoute des aspirations du local. Ils doivent répondre à un objectif ambivalent de modernisation voire de rentabilisation du tissu urbain tout en considérant la population résidente. L’interrogation à mener est de savoir si par essence même ces projets sont à même de répondre à une telle contradiction sans vraies mesures correctives de fond ?

 

II.5. En guise de conclusion : les P.D.L. entre ambition moderniste et risque ségrégationniste ?

Un principe de base, proposé dans l'application des P.D.L. à objectif non résidentiel, est l'évacuation préalable et complète des résidents des périmètres choisis. Sont ainsi prévues : la compensation des habitants déplacés ; la destruction des bâtiments existants, l'élaboration d'un nouveau tracé parcellaire en cohérence avec le P.D.L, et la mise en location des parcelles neuves au prix fort. Pour les P.D.L. à objectif résidentiel, le principe de base est d'économiser l'espace, de construire de façon plus resserrée et en hauteur.

Par exemple les Plans de Développement Local de l'avenue Churchill, de l'avenue Haïle Gäbré-Selassie, de Sängatärra et de Casa-Incis, de part leur forte centralité et de la demande qu'ils suscitent auprès des investisseurs, ne cherchent absolument pas à incorporer l'existant. Ceux qui sont déjà sur place et qui pourraient participer à la modernisation sont obligés de déménager. Cette préparation préalable des nouvelles parcelles en augmente fortement le prix, ce qui tend à décourager les petits investisseurs.

Il était prévu d'appliquer ces projets quasi immédiatement en se fondant sur les uniques propositions des P.D.L. Mais les informations préliminaires nécessaires aux P.D.L. n'étaient pas assez approfondies. Ainsi, les études de marché, des impacts sur l'environnement, de démographie ne sont pas assez précises. Dans ce cadre comment savoir à qui s'adresse ce projet de développement et comment sera-il appliqué ? Qui en seront les bénéficiaires localement ? Qui sont les investisseurs potentiels et quelles sont ses sources principales de financements? Un autre problème est l'arrivée tardive des études socio-économiques concernant les résidents, et la participation peu organisée de ces derniers aux débats et actions. En effet, les représentants des services publics utilisent un langage technique que les habitants ne comprennent pas. Ceci entraîne une lassitude des résidents et leur faible participation voire leur absence totale des débats. L'ensemble de ces problèmes a concouru au blocage actuel de la mise en œuvre des P.D.L. Le problème vient surtout de la trop grande taille des espaces que les projets veulent prendre en charge, du faible niveau d'analyse préalable et de l'absence de prise en compte du potentiel représenté par les usages du sol déjà existants. Mais le problème viendrait-il aussi de l’impossibilité de concilier rentabilité des espaces urbains et mixité sociale et fonctionnelle de ces même espaces ?

La problématique que cette future thèse se propose de développer se base aussi sur une étude d’échelle spatiale. Si son premier questionnement est de savoir si la planification locale serait ou non la panacée aux échecs successifs des politiques urbaines éthiopiennes, le second devrait aussi se poser sur les limites de l’autonomie réelle de l’aménagement local par rapport à d’autres niveau : national et international. Interroger le niveau national permet de positionner ce travail de recherche dans le débat actuel sur le défi urbain pour l’Ethiopie dont la population rurale représente 84% d’un total de près de 70 millions d’habitants. L’urbanisation représentera-t-elle une des portes de sorties de la crise rurale structurelle que connaît le pays ? Comment les planifications urbaines peuvent-elles être un reflet de la réalité de la volonté politique nationale allant dans ce sens ? Interroger le niveau international autorise de positionner les modes de planifications urbaines en Ethiopie dans leur contexte mondial mais en même temps de questionner les fondements des discours actuels sur la ville durable et où le local doit jouer un rôle éminent. En quoi les planifications urbaines locales seraient les reflets des discours mondiaux dominants réellement appropriés ou seulement affichés (protection de l’environnement, durabilité, projets de réhabilitation, patrimoine) ; et en quoi ces influences internationales rendent-elles plus aisé les volontés de développement local par des interventions réellement concertées ou au contraire en quoi restent-elles dans un contexte discursif pour faire écran à l’iniquité croissante dans l’accès et le partage des ressources urbaines fondamentales? Notre objectif et de montrer la possibilité, à la marge de ces discours dominants, de proposer et de travailler à des méthodes correctives pour que des mégapoles en devenir comme Addis-Abeba ne se transforment en un système urbain d’exclusion sociale et de ségrégation spatiale.

 

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