PROJET DE RECHERCHE POUR L’INSCRIPTION A UNE
THESE DE DOCTORAT NOUVEAU REGIME.
Nom : Meskerem Shawul
E-mail: [email protected]
Discipline: Géographie
Urbaine
Titre de projet: les défis de la
valorisation de l'existant dans l'application du Schéma Directeur Révisé de la
ville d'Addis-Abeba (Ethiopie).
II : zone d’Etude et
contexte general du projet de recherche;
II.1.:
Les vulnérabilités multiples de l'urbanisation à Addis-Abeba
Un rapport
des Nations Unies (UNCHS, 1987:77 cité dans Devas et al, 1993) pose que
dans la majorité des villes africaines, 40 à 50% des populations vivent dans
des taudis insalubres et des quartiers informels et que la plus affectée est
Addis-Abeba (capitale de l'Ethiopie) avec 85% de ses
habitants qui se trouverait dans ces conditions. Une autre étude de la Banque
Mondiale (World Bank, 1989:Table A3 cité dans Devas et al, op. cit.)
montre que l'Ethiopie est la deuxième nation après le
Bangladesh où une majorité de la population urbaine (60%) vit en dessous du
seuil de pauvreté.
Addis-Abeba fut fondée par Ménélik II en 1886 dans un but défensif. De
cette raison première, elle gardera jusqu'au début du siècle la configuration
d'un ensemble de campements militaires : habitats plus aérés des généraux et de
leur suite sur les hauteurs, formant ainsi plusieurs noyaux centraux, autour desquels
et dans les bas-fonds, s'organisent les fouillis de cases de leurs armées et de
leurs serviteurs respectifs (Pankhurst, R., 1961). La transformation de ces
lieux de garnison en site urbain a posé et pose toujours de gros problèmes. Il
faut cependant reconnaître comme héritage de cette forme première la grande
mixité/proximité entre catégories sociales qui caractérise l'actuelle
configuration de l'habitat d'Addis-Abeba. La pérennité d'un tel mode
d'organisation pose ainsi question (UR029-IRD, 2001). Le site naturel de la
ville culmine à 2500 mètres en moyenne et présente de nombreux dénivelés et de
fortes pentes ravinées par des cours d'eau et torrents plus ou moins
temporaires. La combinaison des difficultés économiques propres au pays et de
la sensibilité du site à l'érosion aboutit à une situation d'important déficit
en équipements urbains qui caractérise la capitale éthiopienne (AACG, 1999) Les
investissements en infrastructures publiques n'ont pu être faits de manière
suffisante alors qu'Addis-Abeba est devenue en un siècle une véritable
métropole. Ainsi, tous les ingrédients des problèmes économiques et
d'infrastructures propres aux métropoles des pays en développement s'y trouvent
rassemblés : un taux de chômage de 40%, un niveau de revenu inférieur à 40€
mensuel pour 50% des citadins, 60% seulement de l'eau potable nécessaire est
fournie et seulement 3,7% du réseau nécessaire pour l'évacuation des eaux usées
est disponible (AACG, 1999 et CSA, 1998). Ces quelques chiffres laissent
envisager l'ampleur des difficultés de la vie urbaine à Addis-Abeba et
l'incroyable et impossible effort tous azimuts que demanderait aux
gestionnaires de la ville, la prise ne charge d'une mise à niveau des
différents équipements urbains.
Dans la
capitale éthiopienne, le manque de nouveaux logements s'additionne à la carence
des services et des équipements, pour donner au centre de la ville des
quartiers entiers d'habitations en Chika (torchis) très délabrées car
sans véritable entretien depuis 30 à 40 ans, sans commodités, sans égout, sans
système de collecte d'ordures ménagères avec toutes les conséquences néfastes
sur l'hygiène et la santé publiques (Solomon
Mulugeta, 1999).
L'accessibilité
au sein des quartiers est très réduite ce qui augmente les risques en cas de
nécessité d'intervention urgente des pompiers ou autres services. Les voies
principales sont alors très congestionnées et les accidents sont fréquents car
l'insuffisance des transports publics et la pauvreté font que le nombre de
piétons empruntant les chaussées est très important (AACG, 2004a).
L'insuffisance des
services de base à la population, écoles, dispensaires, le manque d'espaces
libres ou de jeux (souvent des terrains vague plein d'ordures ménagères), les
fortes densités, et les taux d'occupations des logements très élevés,
traduisent des conditions de vie très difficiles pour une majorité d'addissiens. Ces problèmes, présents dans la capitale comme
dans les autres villes du pays, a conduit, selon des prises en compte plus ou
moins complètes des dysfonctionnements, vers la nécessité de se concentrer sur
le développement de la planification urbaine en Ethiopie(MoI,
2003. et Tegegn Gebre Egziabher, 1997.).
II.2. La planification
urbaine: la réponse des pouvoirs publics au développement urbain ?
Avec une
concentration de plus en plus forte de la population dans les centres urbains,
les préoccupations d'études sur les paysages urbains se focalisent plus sur les
réponses à donner à la pression démographique, comment loger le plus de monde
possible, tout en économisant l'espace devenu rare et en attirant
l'investissement? Le schéma directeur se veut un des outils d'un développement
urbain qui doit être à son tour est un instrument de protection de
l'environnement, du développement économique et
du bien-être social.
Les
interventions publiques sur les villes et qui ont une influence sur la
planification urbaine peuvent être distinguées en cinq catégories (Devas et al,
op. cit: p.33):
Toutes ces interventions
publiques se trouvent dans un dilemme précaire dans les choix multiples qui
s’imposent à eux entre l'équité et l'efficacité. Et enfin de compte, ces choix
entraîneront toujours des gagnants et des perdants à la fois en terme
d'individus ou de groupes.
L'argument sur lequel ce projet
de recherche se base est qu'il est possible de trouver un certain point
d'équilibre en planifiant avec un maximum d'informations collectées d'avance et
en encourageant la participation des acteurs concernés. Ce projet de recherche
s'intéresse particulièrement à l'examen de l'état de l'art sur les plans de
développement urbains locaux en évaluant leurs succès et leurs échecs dans
l'application du schéma directeur d'Addis-Abeba
récemment révisé.
II.3. L'évolution de la pensée urbaine en Ethiopie
Différents
documents montrent que dans notre pays et jusqu'au 20ème siècle, il
n'y a pas eu de définitions officielles concernant la ville éthiopienne. Même
si certaines villes, par l’intérêt politique ,
qu’elles présentent furent reconnues comme municipalités depuis 1942 (IEG,
1942) la première définition d'une ville éthiopienne n'a été donnée par le
professeur Mesfin Wolde-Mariam dans les années 60: (Belachew Kale-Kirstos, 2002. et Yasin Worku, 2003.)
"Une ville est un ensemble avec au moins
50% de ses habitants dépendant pour leur survie d'une autre activité que
l'agriculture, avec au moins un marché
hebdomadaire, avec quelques boutiques permanentes, et avec au moins un
café"
Cette définition a été
révisée et standardisée par la Direction de la Statistique Centrale (Central Statistical Authority) au cours de son deuxième recensement
de 1968:
"Une
ville doit avoir au moins
1.
un bâti continu,
2.
un café et un débit de boissons
alcoolisées,
3.
un hôtel avec une chambre,
4.
une boutique permanente et une épicerie.
Par la suite cette
définition de ville a été revue et changée par différentes organisations pour
des besoins divers. Ces définitions s'accordent toutes sur un nombre de
population de 2000 et plus, et sur le critère d'activité non agricole pour au
moins 50% des habitants (CSA, 1987).
La dernière définition de
la Direction de la Statistique Centrale distingue plusieurs types de villes en
se fondant sur des critères plus administratifs. Les villes autonomes ou à chartre comme
Deré-Dawa et la capitale fédérale Addis-Abeba, les capitale des 9 Etats Autonomes : Mäqälé du Tegray, Bähar-Dar de l'Amhara, Adama (ex-Nazareth) de l'Oromiya, Awassa de l'état des
Nations, Nationalités et Peuples du Sud (N.N.P.S), Jijiga de la Somalie (Etat
Autonome Ethiopien), Sämära
de l'Afar, Assossa du Bénishangoul,
Gambella du Gambella et Härar du Härari et toutes les
capitales des autres niveaux administratifs qui sont la Zone, le Wäräda et le Qäbälé (CSA, 2004).
En tout
aujourd'hui l'Ethiopie compte 927 villes abritant
11.2 millions d'habitants (ce qui fait 16% de la population totale du pays).
Addis-Abeba, la capitale, abrite à elle seule près de 3 millions d'habitants
(25% de la population urbaine totale) tandis que la deuxième grande ville
Deré-Dawa compte une estimation d’au plus 300 000 habitants. (CSA, 2004)
Il y a
seulement 50 ans qu'on a commencé à préparer des schémas directeurs en Ethiopie: le premier support légal date de 1942, élaboré
pour contrôler essentiellement l'utilisation du sol. La première directive
urbaine complète date de 1960 et fut préparée par le Ministère de l'Intérieure
de l'époque qui avait compétence sur la législation et la gestion urbaines.
Elle a été utilisée jusqu'en 1975. En
1964, le Ministère de l'Intérieure a préparé, avec l'aide de consultants
italiens, les premiers schémas directeurs de 41 villes et puis un peu plus tard
les schémas de 20 autres villes supplémentaires. (Belachew
Kale-Kirstos, 2002. et Yasin
Worku, 2003.)
Le premier
organisme dont le rôle d'élaboration des schémas directeurs est clairement
défini en Ethiopie est le Ministère des Logements et
du Développement Urbains crée en 1977. Mais ces schémas directeurs ne
concernent que des questions de planification spatiale et d'utilisation du sol.
(Belachew Kale-Kirstos,
2002. et Yasin Worku,
2003.)
Ce n'est
que dix ans après en 1987, que l'Institut National de Planification Urbaine
actuelle fut établi (PDRE, 1987) avec un plus grand nombre de sujets à traiter
ainsi qu'un personnel plus fourni. L'institut avait l'exclusivité de la
planification urbaine nationale jusqu'au changement de gouvernement et
d'orientation économique de 1991. (Tegegn Gebre Egziabher, 1997)
Il existe
différents types de plans et de planification urbaine : plans nationaux, plans régionaux, plans de
développement socio-économique, plans de développement urbains conçus pour
guider les développements urbains à plusieurs échelles; plans à long terme,
plan stratégique de 3 à 5ans, et plans d'action d'au plus 1an.
Le plan
national montre les grandes voies de communications, les stations électrique,
les zones protégées, les différents périmètres de ressources, comme ceux de
l'eau ... Le plan régional montre plus l'utilisation du sol et dépend du plan
national. Le plan de la ville dépend du plan régional, c'est une cartographie
montrant l'aménagement morphologique: en schéma directeur, plan de
développement et plan détaillé d'un quartier. Les détails dépendent du niveau
de planification recherché.
Les plans
de développement urbains sont constitués de schéma directeur, de plans de
développement et des plans partiels détaillés d'application. Les schémas
directeur les plus vastes ont une durée de vie de 20 ans et doivent être
révisés tous les 5 ans pour être en conformité avec les plans et politiques
nationales et régionales. Les plans de développement sont préparés pour servir
10 ans et dépendent des schémas directeurs; ils sont enrichis de plans
détaillés établis pour 5 ans dont l'application est quasi immédiate. (Belachew Kale-Kirstos, 2002)
L'Institut National de Planification Urbaine a réussi à
élaborer en 10 ans les plans de 90 villes: schémas directeurs, plans de
développement et plans détaillés. Ceci est un faible résultat lorsque 927
villes attendent leur planification, sachant que cette opération demeure un
processus continu avec réalisations ou révisions. Ce n'est qu'à partir de 1997
que d'autres organisations ont commencé à prendre part à l'élaboration de plans
de développement urbains. (TGE, 1992)
Avec la
décentralisation actuelle, les états autonomes ont l'opportunité de préparer
leurs propres plans ou de déléguer cette élaboration à des consultants privés
(FDRE, 1995). Pendant cette dernière décennie, 5 états autonomes ont déjà
commencé à préparer leurs plans :
- L'Etat
du Tegray comprend 74 villes dont 37 sont
enregistrées comme municipalités, lors des 6 dernières années cet état a
préparé des plans de développement pour 2 villes, et des plans d'application
partiels pour 25 villes.
- L'Etat
de l'Affar compte en tout 28 villes. Deux de ces
cités ont bénéficié de plans de développement élaborés avec l'aide d'experts en
provenance de L'Etat de l'Amhara.
- L'Etat
de l'Amhara abrite 208 villes dont 78 sont enregistrées comme municipalités.
Pendant les 9 dernières années les services de cet état ont travaillé sur les
plans de développement de 34 villes, de plans partiels de 3 villes et sur le
schéma directeur d'une ville.
- L'Etat
de l'Oromiya comprend en tous 375 villes dont 209 sont reconnue comme des
municipalités et au cours de ces 8 dernières années, les services de cet état
sont en cours de préparation de plans de développement et des plans
d'application partiels pour 93 de ses villes.
- L'Etat
des Nations, Nationalités et Peuples du Sud (SNNP) compte 149 localités d'au
moins 2000 habitants, dont 110 sont enregistrées comme municipalités depuis les
10 dernières années. Des plans de développement ont été préparés pour 40
d'entre elles et des plans partiels pour 3 villes.
Les Etats de Somalie
avec 69 villes; du Benishangul avec 13 villes; du Gambella avec 7 villes, et de Harrari
avec sa cité Harär, ont bénéficié de l'aide de
l'Institut National de Planification Urbaine pour les plans de leur capitale
respective. Ces derniers doivent donc s'organiser afin de se constituer une
capacité autonome pour se prendre en charge dans un avenir proche. (Shewaye Tesfaye, 2003).
La ville d'Addis-Abeba et celle
de Deré-Dewa, les deux villes indépendantes avec
charte, sont assistées par le Ministère des Affaires Fédérales dans la révision
de leurs schémas directeurs élaborés par l'Institut National de Planification
Urbaine en 1986 et en 1996 respectivement. (Yasin Worku, 2003.)
A part les Etats
Autonomes, il existe aussi d'autres acteurs qui interviennent dans
l'élaboration des schémas directeurs et autres plans: ce sont les
établissements d'enseignement supérieur et le secteur privé. Ainsi, le
Département d'Architecture et de Planification Urbaine de l'Université
d'Addis-Abeba a élaboré beaucoup de plans détaillés tandis que la Faculté de
Technologie de l'Ethiopian Civil Service College a
réalisé des schémas directeurs pour 3
villes. Le rôle du secteur privé n'est pas encore très développé : les villes
d'Adama (ex.Nazareth), de
Gondar et Mäqälé ont fait appel à des acteurs privés
dans la révision de leur schéma directeur et la préparation de quelques plans
partiels. (Yasin Worku,
2003.)
II.4.
Les schémas Directeurs d'Addis-Abeba
II.4.1.
Historique.
La capitale éthiopienne a fait l'expérience de plusieurs
planifications et changements qui ont influencé sa croissance physique et
sociale. Le premier développement de la ville se concentre autour de 3 noyaux:
Le palais de Ménélik (comme centre politique et administrative) l'église de
Saint George (comme centre social et religieux) et le quartier Arada (comme
centre commercial et d'affaires). (Pankhurst, R., 1961.)
Jusqu'à
l'arrivée des italiens en 1936, la ville s'est développée spontanément dans
toutes les directions avec une particulière accentuation vers le nord Entoto,
le nord ouest Mänagäsha et le sud Aqaqi.
En 1936, le fameux architecte français le Corbusier a été invité par l'Italie à
préparer un des premiers plans indicatifs pour Addis-Abeba. Il a proposé une
structure monumentale de ville radiante avec un grand boulevard croisant la
ville du nord au sud. Cette proposition n'a cependant pas obtenu l'approbation
des italiens qui ont fait appel à leurs compatriotes Guidi et Valle. Dans cette
même année, ces derniers ont préparé le premier schéma directeur d'Addis-Abeba
qui divise la ville en deux parties et qui a modulé la forme de la ville
d'aujourd'hui. La structure en damier qui caractérise le quartier commerçant du
Mercato est un des produits de ce schéma directeur
dont l'application fut cependant très vite arrêtée en raison de la retraite des
italiens en 1941. (MoFA, 2002)
Avec la croissance rapide
d'Addis-Abeba, une prise de conscience de l'importance et de la nécessité d'un
schéma directeur est apparue et en 1956 l'Empereur Haïle-Selassie
commande le deuxième schéma directeur d'Addis-Abeba à Sir P. Abercrombie
(l'urbaniste du Grand Londres). Son schéma prend comme unité de base les axes
de croissance des quartiers et les réseaux de communication afin de canaliser
la circulation, ceci a influencé le développement de grands axes radiants et du
boulevard périphérique d'aujourd'hui.
Les cinq sorties radiantes
du centre de la ville sont:
Un point
important suggéré par le schéma directeur de Sir P. Abercrombie et qui a été
appliqué est celui des quartiers résidentiels satellites. En 1959 des Plans
Détaillés de Quartiers furent élaborées dans ce sens.
Le
troisième schéma directeur d'Addis-Abeba a été élaboré par le français L.D. Marien en 1965 lors d'une ère de prospérité et de boom
de la construction. Son schéma directeur, pourtant très formaliste, a pu être
appliqué en grande partie et est demeuré en vigueur jusqu'à la révolution
populaire de 1975. Avec la révolution le nouveau parti communiste a fait
appelle au Hongrois C.K. Polony qui a conçu le 4ème
schéma directeur en accord avec la politique du temps, la seule application de
ce schéma fut la transformation de la petite Place de "Mäsqäl
Square" en l'immense Place de la Révolution, aujourd'hui centre de la
ville.
Le 5ème
schéma directeur a été préparé en 1986 avec l'aide de consultants italiens qui
reprennent l'idée de Polony: Ce schéma est fondé sur l'idée d'une métropole
avec un vaste hinterland polycentré, hiérarchisé et
connecté. Il s'accompagne d'une cartographie très détaillée mais n'a pas été
appliqué, la croissance urbaine ayant créé entre temps une forme de ville très
éloignée de celle prévue dans ce schéma. (MoFA, 2002)
En 1991,
il y a eu un changement de gouvernement entraînant un changement idéologique
permettant le libéralisme économique et reposant sur une politique de
développement décentralisé à un niveau fédéral, régional et local. Le rôle des
nouvelles municipalités s'est accru et surtout celle d'Addis-Abeba a atteint un
niveau d'autonomie lui permettant de réviser son schéma directeur pour
l'adapter aux nouvelles politiques. (FDRE, 2002.) Ce schéma directeur révisé
est conçu pour servir pour les dix années à venir, c'est-à-dire jusqu'en 2015.
Cette
révision du dernier schéma directeur d'Addis-Abeba a été complète et plus large
en idées et contenu que tout ce qui a été fait auparavant. Les nouvelles
additions et composantes de la synthèse de cette révision du dernier schéma
directeur sont :
Cette
dernière composante du schéma directeur déterminant les sites d'investissement
stratégique est une des plus importantes productions de la révision. Les sites
d'investissements stratégiques sont identifiés comme axes de développements
focalisés sur l'objectif de revitaliser le coeur de la ville, mais aussi les
"business-boulevards", les marchés, les
centres industriels, le développement des logements. Les outils d'application
directe sont les plans d'action sectoriels. Les projets pilotes sont spécifique
à des quartiers ou groupes de communautés résidentielles, dans chaque cas des
Plans de Développement Local (P.D.L.) sont élaborés
avec des règles générales modulables selon les cas spécifiques. (MoFA, 2002)
Addis-Abeba a l'avantage d'une mixité sociale et
fonctionnelle qui concerne encore aujourd'hui plus de 50 % de son tissu urbain,
ce qui donne un contexte très particulier pour l'application des P.D.L. Ces Plans de Développement Local sont de nouveaux
instruments qui combinent la planification urbaine et les règlements concrets
pour revitaliser le centre et aménager les périphéries d'Addis-Abeba. Ils se
concentrent sur les espaces identifiés comme espaces d'investissement
stratégique en relation avec deux principes de base :
- La participation des groupes
habitants ou ayant des intérêts dans le lieu d'intervention en question à
l'action d'identification des besoins locaux et des buts à atteindre,
- La conformité des buts à
atteindre avec la vision à long terme du schéma directeur.
Des normes
et standards ont été établis pour maintenir le développement de la ville dans
ses limites existantes. Le principal thème de la révision a été de revitaliser
la ville en la confinant à son périmètre actuel selon deux méthodes proposées :
- la
réhabilitation de certaines zones avec des projets comme EcoCity,
- la rénovation complète d'autres espaces en particulier
ceux identifiés comme lieux d'investissement stratégique et qui devrait avoir
une influence considérable sur le développement de la ville dans l'avenir
immédiat. A priori ces espaces correspondent à ceux concernés par les Plans de
Développement Locaux.
Le Schéma Directeur Révisé se
propose de revitaliser et de développer un centre-ville fort comme point de
convergence mais aussi d'encourager l'émergence de nouveaux pôles secondaires
périphériques d'affaires, de commerce et de culture. L'organisation des réseaux
routiers et des modes de transport public est révisée en détail pour répondre
au problème de congestion et des accidents routiers, des terminaux et des
entrepôts de marchandises sont prévus en périphérie. (AACG, 2004b)
La raison
majeure d'identification prioritaire des espaces d'investissement stratégiques,
nécessitant un Plan de Développement Local immédiat, réside dans le fait qu'ils
tracent les bases des grands axes de structuration de la ville et des zones de
concentration résidentielle futures souhaitées (la projection officielle de la
population pour 2015 est 4,1 millions d'habitants). Ils sont aussi perçus comme
les lieux potentiels phare pour déterminer et transformer l'image de la ville
de façon progressive.
Les espaces d'investissements
stratégiques seront donc concentrés au centre de la ville et le long des axes
routiers importants vers l'est, le sud-ouest et le sud. Il y aura un fort
encadrement urbain avec des espaces verts, des espaces de protection concernent
les zones sensibles comme les ressources naturelles par exemple la nappe
phréatique.
Dans l'ensemble
les Plans de Développement Local donnent un ensemble de directions, des règles
et règlement physiques; économiques et sociaux à suivre pour le développement
d'un lieu d'un quartier ou d'un qäbälé en entier. La
présentation de chaque Plan de Développement Local doit consister en un rapport
détaillant les stratégies d'application, accompagné de plans montrant
l'utilisation du sol et les réseaux routiers, de diagrammes expliquant le
processus de l'analyse et quelquefois d'une maquette en 3 dimensions.
Dans
chacune de ces étapes le Plan de Développement Local doit se pencher sur les
problèmes des espaces d'influence, de la population en place, des activités
économiques, des fonctions autorisées ou non, et du caractère urbain. Ce
dernier point inclut le développement de typologies, l'arrangement des secteurs
et les hauteurs des bâtiments à maintenir. L'étude de la morphologie urbaine
doit aider à identifier les espaces libres, et les différents types de bâtis.
L'étude de la mobilité doit pouvoir identifier les navetteurs et la raison de
leurs mouvements, les modes de transports publics disponibles et les arrêts des
bus et taxis. Les questions d'environnement telles que les espaces verts à
maintenir, l'assainissement, la gestion des ordures solides et des espaces
publics doivent aussi être étudiées. (AACG, 2003)
Le
Gouvernement de la région autonome d'Addis-Abeba est organisé autour de 57
commissions et services municipaux dont la Commission de Plans et des Etudes de Politique Urbaine. Cette dernière est l'organe
ayant compétence pour la préparation de Schéma Directeur et des Plans de
Développement Local (P.D.L.) d'Addis-Abeba. Dans un
premier temps, la Commission a identifié 42 espaces d'investissements
stratégiques. Au sein de ces derniers, 22 emplacements ont été choisis pour y
concevoir des Plans de Développement Local :
- au cœur de la ville,
dans le centre-ville conçu comme le futur centre des affaires par le Schéma
Directeur on distingue: (Sängatärra, LaGare, Casa-Incis), dans la
zone d'expansion sud de ce futur centre des affaires (Kirkos), dans le
cadre du projet de décentralisation du centre-ville en 12 grands pôles
secondaires (Mercato, Piazza, Ayär-Téna, Mägänagna, Qaliti, Märi-Luké) ;
- les "business-boulevards", dans le cadre du projet de développement
d'un axe Est-Ouest on distingue: (l'avenue Haïle Gäbré-Selassie), dans
le cadre du développement de l'Avenue de l'Afrique ou Bolé Road (l'avenue
qui va de la place Mäsqäl à Wällo-Säffär),
dans le cadre du projet de revitalisation du centre ville (l'avenue
Churchill allant de la Municipalité à la gare quartier LaGare),
dans le cadre du projet d'expansion sud du futur centre des affaires à Kirkos (l'avenue
Mäshwalekia, début de Däbre-Zaït
road de la place Mäsqal à Beqlo-Bét)
;
- les marchés: Merkcato, Awaré, Gärdji ;
- les centres industriels,
dans le cadre du projet de développement du grand boulevard périphérique ou Ring-Road (Läbu),
les centres industriels de Qilinto et Hana Mariam ;
- les périmètres
résidentiels, les lotissements de Märi-Luke
et d'Anfo-Qäranyo. (AACG, 2004a)
Les P.D.L.
se veulent des projets « démocratiques » car à l’écoute des
aspirations du local. Ils doivent répondre à un objectif ambivalent de
modernisation voire de rentabilisation du tissu urbain tout en considérant la
population résidente. L’interrogation à mener est de savoir si par essence même
ces projets sont à même de répondre à une telle contradiction sans vraies
mesures correctives de fond ?
II.5. En guise de
conclusion : les P.D.L. entre ambition
moderniste et risque ségrégationniste ?
Un principe de base, proposé
dans l'application des P.D.L. à objectif non
résidentiel, est l'évacuation préalable et complète des résidents des
périmètres choisis. Sont ainsi prévues : la compensation des habitants déplacés
; la destruction des bâtiments existants, l'élaboration d'un nouveau tracé
parcellaire en cohérence avec le P.D.L, et la mise en
location des parcelles neuves au prix fort. Pour les P.D.L.
à objectif résidentiel, le principe de base est d'économiser l'espace, de construire
de façon plus resserrée et en hauteur.
Par exemple les Plans de Développement Local de l'avenue
Churchill, de l'avenue Haïle Gäbré-Selassie,
de Sängatärra et de Casa-Incis,
de part leur forte centralité et de la demande qu'ils suscitent auprès des
investisseurs, ne cherchent absolument pas à incorporer l'existant. Ceux qui
sont déjà sur place et qui pourraient participer à la modernisation sont
obligés de déménager. Cette préparation préalable des nouvelles parcelles en
augmente fortement le prix, ce qui tend à décourager les petits investisseurs.
Il était prévu d'appliquer ces projets quasi
immédiatement en se fondant sur les uniques propositions des P.D.L. Mais les informations préliminaires nécessaires aux P.D.L. n'étaient pas assez approfondies. Ainsi, les études
de marché, des impacts sur l'environnement, de démographie ne sont pas assez
précises. Dans ce cadre comment savoir à qui s'adresse ce projet de
développement et comment sera-il appliqué ? Qui en seront les
bénéficiaires localement ? Qui sont les investisseurs potentiels et
quelles sont ses sources principales de financements? Un autre problème est
l'arrivée tardive des études socio-économiques concernant les résidents, et la
participation peu organisée de ces derniers aux débats et actions. En effet,
les représentants des services publics utilisent un langage technique que les
habitants ne comprennent pas. Ceci entraîne une lassitude des résidents et leur
faible participation voire leur absence totale des débats. L'ensemble de ces
problèmes a concouru au blocage actuel de la mise en œuvre des P.D.L. Le problème vient surtout de la trop grande taille
des espaces que les projets veulent prendre en charge, du faible niveau
d'analyse préalable et de l'absence de prise en compte du potentiel représenté
par les usages du sol déjà existants. Mais le problème viendrait-il aussi de
l’impossibilité de concilier rentabilité des espaces urbains et mixité sociale
et fonctionnelle de ces même espaces ?
La problématique que cette future thèse se
propose de développer se base aussi sur une étude d’échelle spatiale. Si son
premier questionnement est de savoir si la planification locale serait ou non
la panacée aux échecs successifs des politiques urbaines éthiopiennes, le
second devrait aussi se poser sur les limites de l’autonomie réelle de
l’aménagement local par rapport à d’autres niveau : national et
international. Interroger le niveau national permet de positionner ce travail
de recherche dans le débat actuel sur le défi urbain pour l’Ethiopie
dont la population rurale représente 84% d’un total de près de 70 millions
d’habitants. L’urbanisation représentera-t-elle une des portes de sorties de la
crise rurale structurelle que connaît le pays ? Comment les planifications
urbaines peuvent-elles être un reflet de la réalité de la volonté politique
nationale allant dans ce sens ? Interroger le niveau international
autorise de positionner les modes de planifications urbaines en Ethiopie dans leur contexte mondial mais en même temps de
questionner les fondements des discours actuels sur la ville durable et où le
local doit jouer un rôle éminent. En quoi les planifications urbaines locales
seraient les reflets des discours mondiaux dominants réellement appropriés ou
seulement affichés (protection de l’environnement, durabilité, projets de
réhabilitation, patrimoine) ; et en quoi ces influences internationales
rendent-elles plus aisé les volontés de développement local par des interventions
réellement concertées ou au contraire en quoi restent-elles dans un contexte
discursif pour faire écran à l’iniquité croissante dans l’accès et le partage
des ressources urbaines fondamentales? Notre objectif et de montrer la
possibilité, à la marge de ces discours dominants, de proposer et de travailler
à des méthodes correctives pour que des mégapoles en devenir comme Addis-Abeba
ne se transforment en un système urbain d’exclusion sociale et de ségrégation
spatiale.