Addis Abeba Territorialise Agenda 21
Auteur Meskerem
Shawul
Avril 2005
À
l’occasion de la récente visite du Premier Ministre éthiopien le journal
français Le Monde avec un article au titre
‘’Addis Abeba veut convaincre la France d’investir en
Éthiopie’’
commente ainsi :
‘’…Aujourd'hui, …l’Éthiopie a renoué avec la croissance, même
si son budget national est financé à 40% par les institutions internationales. A
Addis-Abeba, les premiers signes de ce décollage sont visibles. Des tours de
verre fumé s'y érigent en toute hâte, des routes y sont tracées, quitte à
éventrer des quartiers pauvres. Et des zones industrielles s'étendent à la
périphérie. La capitale éthiopienne, indéniablement, se transforme.’’ (Remy,
J.-P., Le Monde, 14-04-05, 2005).
Ces
même faits, le Premier Ministre dans son entretien à un autre journal Les
Nouvelles d’Addis, il les voit autrement :
‘’Je suis d’accord avec vous lorsque vous parlez de
nombreuses activités de construction en cours à Addis-Abeba. Nous sommes en
train de réorganiser la ville entière et nous efforçons de nous assurer que les
ménages à faibles revenus bénéficieront également de ces travaux. Nous avons
recours à différents mécanismes pour atteindre ce but. En premier lieu, le
gouvernement fait construire des habitations à faible coût… C’est la
municipalité qui construit ces habitations… La construction de ces logements se
fait en impliquant des petites et des micros entreprises dans les travaux… Dans
le même temps, nous encourageons les investisseurs privés à construire...’’ (Meles Zénawi., interview à Les nouvelles
d’Addis, 16-04-05, 2005).
La restructuration de 2002 à
Addis Abeba a été gérée avec succès et de manière constructive en familiarisant
les nouveaux représentants et fonctionnaires avec les projets, à long terme,
entamées sous le Conseil précédent. Étant une action politique, elle retarde
assurément ces projets de développement de la ville. Elle a été, cependant,
nécessaire pour responsabiliser les autorités locales et pour une meilleure
communication entre les différents acteurs de développement d’Addis Abeba. Ce
processus tranchait avec la technique des gouvernements passés consistant à faire table rase
d’actions constructives antérieures. En même temps, les nouveaux délégués
avaient assez de liberté de manœuvre et d’autonomie pour promouvoir de nouvelles
stratégies de développement de ville. L’adhésion d’Addis Abeba au Réseau
International des Villes est une de ces stratégies pour renforcer le
développement économique de la ville et sa place comme capitale diplomatique de
l’Afrique. Cette stratégie liée aux stratégies de soutien aux mouvements et aux
projets de quartier ainsi que la large médiatisation des décisions prises,
s’insèrent dans les récentes actions mondiales de territorialisation d’Action-21
convenues au Sommet de la Terre (Earth Summit) de Rio de Janeiro (Agora 21a,
2005).
En effet la pertinence de
territorialiser Action-21, en tant que programme qui traduit le concept de
développement durable en 40 termes d’actions et de consignes, a été confirmée au
Forum d'Habitat mondial de 2002 (ONU-Habitat, 2005). Dans le programme d’actions
au chapitre 28, les autorités locales et municipales de chaque pays sont
invitées à entreprendre des processus de concertation avec leurs populations
afin de réaliser leur Action-21 locale. Action-21 nomme les différents niveaux
de gouvernance des pays (les autorités locales et municipales devant assumer le
rôle principal), et les collectivités et les entreprises privés de chaque
localité (Agora 21b, 2005) comme les partenaires de ce processus. Plus d’une
décennie après le Sommet de la Terre, le nombre de pays en train de se
réorienter et d’intégrer leurs activités au processus d’Action-21, continue de
s’accroître de plus en plus.
Depuis 1992, plus de 2000
autorités locales et municipales ont implanté Action-21 dans plus de 70 pays
(ONU-Habitat, 2005). La majorité de ceux-ci sont les pays industrialisés qui ont
impliqué les différents acteurs de la ville à chaque niveau de décision depuis
la formation d’une commune vision d’avenir, en passant par la planification,
l’application et la gestion de projets jusqu’à leur suivi et évaluation. En
intégrant Action-21, les gouvernements locaux ont pu développer le sentiment de
propriété auprès de leurs collectivités et partenaires économiques qui ont ainsi
soutenu ces concepts et ces projets d’activités environnementaux. Cette
Action-21 est devenue un mouvement mondial, et d’après les différentes méthodes
de travail, de stratégies, de systèmes de soutien, et leurs résultats, une somme
d'expérience impressionnante a été
accumulée. Dans les Pays En Développement (PED) l’ONU, avec son programme de
meilleures pratiques d’Action-21 et de Ville Durable soutient le développement
et l'exécution des plans d'action dans certaines villes qui ont des
complications dans leur processus de territorialisation. En effet, plusieurs
villes des PED qui se sont engagées dans Action-21 ont dû affronter des
difficultés liées aux capacités locales limitées, surtout dans le domaine de la
planification et la gestion urbaines.
Addis Abeba n’a pas échappé à
ces difficultés : la municipalité a entrepris d’intégrer Action-21 en l’an
2000, dans la formulation du plan stratégique et dans la révision du schéma
directeur parallèlement à la révision de la charte et à la décentralisation de
la ville en 10 municipalités. Toutefois, cela n’a pas stimulé la synergie
immédiate espérée entre les différentes interventions et plans d’actions
fragmentés. Ainsi après un certain temps une deuxième restructuration
institutionnelle a été nécessitée. Le Ye Amakariotch MekerBèt (Conseil
Consultatif hiérarchisé) représentant un groupe d’acteurs variés et plus large
et l’Équipe de Professionnel Multidisciplinaire, tout deux créés en 2004 et
basés à la municipalité de la ville, commencent aujourd’hui à servir de points
focaux d'échange d’information, de coordination de projets prioritaires et de
résolutions de conflits. Ainsi, cette restructuration en deux temps a été un
facteur intégrateur essentiel d’Action-21 pour Addis Abeba.
Cette expérience rejoint
l’expérience internationale de territorialisation d’Action-21 qui a prouvé que
les progrès majeurs en développement durable de villes ont été accomplis par des
initiatives municipales. En effet, les autorités locales et municipales sont un
portail de passage nécessaire pour les initiatives visant à résoudre les
conflits entre le développement économique et la préservation de
l'environnement. Leur soutien total et stratégique rend possible
l’accomplissement des projets de développements urbains. Cependant, il est clair
qu'une vision non-partagée ou dépourvue de projets d’actions pour la mettre en
oeuvre ne produit pas de résultats réels immédiats, tandis qu’une action ne
prenant pas en compte les aspirations des collectivités n’aboutie qu’à des
échecs (ONU-Habitat, 2005). En définitive c’est une bonne association des trois
ingrédients : vision, action et communication qui constitue l'équilibre
entre actions des différents acteurs et la durabilité des projets entreprises.
Addis Abeba est aujourd’hui un
grand chantier de multiples projets d’aménagements et de constructions. Ses
habitants s’activent à faire face à l’urgence d’une majorité précarisée et à
relancer un développement longtemps négligé. Elle peut se le permettre : le
nouveau gouvernement de la ville a eu l’occasion de profiter de leçons majeures
telles que la nécessité d’un engagement total de sa part, et l’importance de
prêter une attention égale à l’élaboration d’une vision d’avenir commune, à la
planification stratégique de projets concrets et réalisables et à la
favorisation de la communication entre les différents acteurs du développement
de la ville. La nécessité d’actions immédiates de cette ampleur est indéniable,
mais à quel prix ? Et quel sera le résultat ? Seul l’avenir peut nous
le dire, toutefois, à la suite du processus de la révision du schéma directeur
une piste d’évaluation est possible. Le schéma directeur révisé se propose de
coordonner les activités ayant un impact sur l’organisation de l’espace de la
ville et se propose d’assurer une utilisation et une occupation équitable et
efficace du sol des actions qui auront un impact sur le développement durable de
la ville. Alors, il serait intéressant et possible d’analyser le niveau
d’intégration du développement durable dans la révision du schéma directeur qui
vient d’être mis en œuvre par l’évaluation des principes, objectifs, projets et
indicateurs proposés ainsi que l’évaluation des échelles spatiales et
temporelles, et du niveau de participation utilisés pour leurs conceptions.
Référence
Agora 21a, le site francophone
du développement durable. Les principes de Rio. Agora 21, 2004. http://www.agora21.org/ (Consulter
en avril 2005).
Agora 21b, le site francophone
du développement durable. L’Agenda 21. Agora 21, 2004. http://www.agora21.org/ (Consulter
en avril 2005).
Les nouvelles d’Addis. Entretien
avec Meles Zénawi, Premier Ministre de la République Fédérale d’Éthiopie. Les
nouvelles d’Addis. http://www.lesnouvelles.org/ 16-04-05,
2005. (Consulter le avril 2005).
Remy, J.-P. Addis Abeba veut
convaincre la France d’investir en Éthiopie. Le Monde. http://www.lemonde.fr, 14-04-05, 2005. (Consulter le avril 2005).
UN-Habitat.
Habitat Debate. United Nations, 2004.
http://www.unhabitat.org (Consulter,
avril 2005).