Addis Abeba Plan de Développement
Stratégique
Auteur Meskerem Shawul,
Mai 2005
En ce début du 21ème siècle, la planification
stratégique a permis à la planification urbaine en général de recouvrer toute
son importance sous cette nouvelle forme (UN-Habitat, 2004). L’Éthiopie, suivant
le changement de gouvernement de 1991, a aussi intégré cette forme de
planification dans son système de gouvernance (EMI, 2003). La capitale, Addis
Abeba, a été la première à l’appliquer pour encadrer son développement et pour
atteindre le but et la vision d’avenir qu’elle s’est fixée. Le Strategic
Development Plan (Plan de Développement Stratégique), qui fait parti du
schéma directeur récemment révisé de la ville a été adopté en fin 2002 (PSPC,
2004). Est-ce que ce plan est réellement un cadre stratégique du développement
global de la ville ? Dans les quelques lignes qui suivent nous répondrons à
cette question en étudiant le Plan de Développement Stratégique proposé puis les
politiques de sa mise en application.
Dans un passé récent, divers problèmes s’accumulaient et
gênaient le développement d’Addis Abeba. Ils ont été identifiés au cours de
débats successifs de la révision du dernier Master Plan de la ville de
1986, qui est devenu le Structure
Plan (schéma directeur) après modification pour servir jusqu’en 2025.
Ces obstacles au développement de la ville, il s’agissait par exemple de
l’absence d'un système efficace pour urbaniser les grands espaces ouverts
fragmentant la ville, ou encore de longues procédures bureaucratiques de permis
de construire, ainsi que les limitations de finances publiques disponibles. Ces
problèmes avaient eu comme conséquence le développement dissocié et dispersé de
la ville, la sous-utilisation de sites potentiels (des espaces laissés en
friche), les détériorations croissants de différents quartiers (particulièrement
au centre de la ville), et enfin l’abus des ressources par des duplications de
projets fragmentés qui rendaient les quartiers encore plus insalubres. Pour
résoudre ces difficultés, à la conférence Addis-21 de décembre 2000, les acteurs
socioéconomiques présents ont adopté une vision d’avenir commune et des
résolutions à 32 points qui ont été retracé dans le schéma directeur en des
plans thématiques (Addis-21, 2000). Ces plans, organisés en rapports et cartes,
exposent et localisent les actions de rééquilibrage et de coordination, contre
ces obstacles et pour stimuler le développement de la ville, pour les 20 ans à
venir (PSPC, 2004).
Pour répondre aux fortes demandes des acteurs
socioéconomiques de la ville et à la pression de la communauté internationale,
Addis-21 a permis aussi d’identifier des interventions immédiates à entreprendre
à court terme. Le Gouvernement Fédéral a réorienté sa politique de la capitale
et la restructuration administrative qui s’en est suivie, a permis de recomposer
le nouveau Addis Ababa City
Government Gouvernement de Ville (FDRE, 2002). Ce dernier s’est donné
pour mission de créer un
environnement favorable au développement de la ville et avec les acteurs
socioéconomiques, il a convenu des principaux axes de développement.
S’appropriant le schéma directeur révisé, il a entrepris une série de
concertation qui lui a permis d’identifier les actions prioritaires perçu comme
stratégique. Ces derniers au nombre de cinq thèmes ont été clairement établis
dans le Strategic Development Plan
le Plan de Développement Stratégique (PSPC, 2004).
Ce Plan se concentre dans un ordre de priorité, sur la
création d’un stock d’habitat, le développement économique, la préservation de
l’environnement, et les réseaux de circulations, d’équipement et de services en
ville (voir Plan no1). Pour la création d’un stock d’habitat, deux
stratégies sont entreprises en zone Usage Mixte. La première est une démarcation
de zones de reconstruction dans le Bâti Existant, tandis que la deuxième est la
délimitation de sites de nouvelles constructions en zone d’Expansion Proposé.
Pour le développement économique, les zones de Centralité et d’Industrie sont
toutes délimités pour être reconstruites complètement permettant ainsi une
production foncière à mettre à la disposition des investisseurs, avec le cœur de
la ville comme priorité numéro un. Ce développement prévoit aussi des sites le
long des artères routières principales, des sites le long du chemin de fer et
les gares routières et ferroviaires, qui sont marquées comme les grands axes de
développements de la ville. Dans la stratégie de localisation d’Industries, les
fonctions d’artisanats sont associées aux fonctions d’Usage Mixte et Centralité,
tandis que de larges sites sont réservés dans l’Est et le Sud-est de la ville
pour le développement d’industries légères. L’industrie lourde par contre, n’est
permise qu’en périphérie pour contrer les risques de pollutions et congestion de
trafic. En ce qui concerne la préservation de l’Environnement et des Services,
les sites de grands parcs de loisirs et de services supérieurs ont été tracés,
mais surtout, des programmes d’actions de redéploiement, de coordination et de
rééquilibrage des réseaux déjà existants sont aussi prévus pour des
interventions immédiates. Toutes ces aires d’investissements stratégiques sont
reliées entre elles par les grands axes de développement formant les actions
prioritaires du Plan.
Pour l’application de ce Plan, le Gouvernement de Ville profitant de la restructuration de fin 2002 a créé de nouvelles agences et de nouveaux partenariats (AACG, 2003). Ainsi la Policy Study and Planning Commission une agence d’urbanisme a été créée avec le rôle principal de suivre et de contrôler l’application du schéma directeur mais aussi de préparer des plans d’actions détaillés du Plan de Développement Stratégique avec le partenariat des bureaux d’études privés. Ce Plan a été subdivisé en plusieurs sites maniables pour les interventions (voir Plan no2), et les plans d’actions : Local Development Plans les Plans de Développement Local fixent avec précision les modèles et les règles urbanistiques ainsi que les programmes d’actions de chaque site stratégique. Les mesures nécessaire de planification et de conceptions urbanistiques et la procédure employée ont été universalisées dans un Term of Reference le terme de référence (PSPC, 2003), et la production de ces Plan de Développement Local est actuellement poursuivi de façon régulière. Déjà, les plans d’actions de plus de 30 sites ont été préparés.
En ce qui concerne l’aménagement, le Land Administration Authority (une autorité
créée pour la gestion foncière) est responsable d’aménager les parcelles, d’y
pourvoir les équipements nécessaires, et d’administrer d’éventuels contrats
urbains et baux fonciers de ces parcelles équiper mis en ventes (AACG, 2003).
L’Autorité s’engage à libérer des parcelles de terrain au centre de la ville et
le long des grands axes routiers en plein Bâti Existant, mais aussi, d’aménager
et d’équiper des parcelles de terrain en zone d’Expansion. De plus, le Investment Authority est une autorité de
promotion d'investissement, qui a été créée avec la responsabilité de faciliter
l’accès au foncier et au prêt à long terme, et de promouvoir les modalités de
partenariats public-privé. Elle se propose de fournir des encouragements aux
investisseurs pour faciliter leurs installations dans ces sites. Toutefois, le
Gouvernement de Ville, pour s’assurer une base et un début équitable, s’est
investi lui-même dans des projets pilotes comme, par exemple, la reconstruction
de Merkato, l'évolution des marchés tertiaires ou le développement du stock
d’habitat. Dans ce sens, le Housing Development
Project Office est une agence de développement de l’habitat qui a été
créé avec l’objectif de construire un stock d’habitat pour accommoder les
ménages à faible revenu, mais aussi pour créer des Sefer (quartiers)
‘’durables et modernes’’. Ainsi, pour ceux qui seront éventuellement délogés par
l’aménagement de ces plans, il est prévu de les inclure selon leur capacité de
revenu et volonté d’investir, dans les conceptions et programmes d’actions. Le
déploiement de ces agences assure une structure globale, à l’application du
Plan.
En conclusion, cette brève analyse des documents du Plan de
Développement Stratégique confirme que ce dernier est effectivement un plan
stratégique d’encadrement des priorités de développement que la ville s’est
fixée. En effet, ce plan rassemble les différentes priorités thématiques dans
une même carte permettant ainsi une vue globale sur ce grand chantier qu’est la
ville aujourd’hui et sur l’ampleur de la tâche entreprise. De plus, les thèmes
de ce plan ont été convenus par les acteurs socioéconomiques de la ville
présents à la conférence Addis-21, où ils se sont aussi accordés sur une vision
d’avenir commune. Par ailleurs, le Gouvernement de Ville s’est engagé pour créer
un environnement favorable au développement de la ville et a entrepris un
procédé de planification participative pour coordonner les différents grands
aménagements en ville. Dans ce sens, les agences et partenariats d’application
ont été créé avec des pouvoirs et des obligations clairement définies par la loi
qui leur permet d’accompagner la bonne progression, d’évaluer l’impact de ce
Plan et de prendre de mesures correctrices si nécessaires. En revanche, il reste
encore à déterminer l’étendue de l’influence du Plan de Développement
Stratégique sur la transformation ainsi que le développement de la ville. Quels
ont été les problèmes rencontrés au cours des conceptions et application des
différents plan de développement local ? Quels ont été les partenariats et
modalité de participation mis en œuvre ? Quel a été le résultat des
interventions? À quel point le Gouvernement de Ville s’est-il servi de ces
moyens de suivi et d’évaluation pour respecter son engagement? Ces
questions d’intérêt seraient autant de pistes à approfondir.
Référence
AACG
(
Addis-21. Addis-21 Planning the future of
our city. Décembre 2000. (Consulter
le site Internet le
mai 2005 http://www.telecom.net.et/~aamp/Participatory.htm ).
EMI (Ethiopian Management
Institute). Strategic Planning Guide.
FDRE (Federal Democratic
PSPC (Policy Study and Plan
Commission). Documents of the Addis Abeba Structure Plan. Addis Abeba,
2004. (Cd-rom
de la Bibliothèque du Policy Study and Plan
Commission).
PSPC (Policy
Study and Plan Commission). Term of Reference for Local Development Plan Preparation.
UN-Habitat. Habitat Debate.
United Nations, 2004, v.10, no4, 23p. (Consulté
en avril
2005 le site http://www.unhabitat.org/).
Annexe
Plan No1 :
le Plan de Développement Stratégique (source : PSPC, 2004)
Plan No2 :
les Plans de Développement Local (source : PSPC, 2004)