
Deux �t�s se sont �coul�s depuis l�onction du gouverneur g�n�ral et l�engagement de l�Ordre des Voltigeurs � son service. Une �quipe de voltigeurs dirig�e arrive dans un village acadien de la Nouvelle �cosse. Les directeurs de l�ordre ont jug� qu�apr�s trois ann�es d�exp�rience sur la route, Jean-Nil Sirois a acquis suffisamment d�assurance pour diriger une �quipe.
Malgr� leurs fr�quentes incursions dans les maritimes, cette r�gion de la Baie de Fundy sera visit�e par les voltigeurs pour la premi�re fois. L�endroit o� ils s�appr�tent � commencer leur travail borde, d�un c�t�, une mer toujours agit�e et turbulente; de l�autre, une rocaille immobile et muette. L��quipe de Sirois est form�e de trois qu�b�cois et de lui-m�me, un Albertain. Il conna�t bien la mentalit� acadienne � laquelle il a su s�adapter au cours de ses tourn�es pr�c�dentes. Il a appris � aimer ce peuple dont le caract�re tient � la fois de la mer et du rocher. M�fiants envers les �trangers, l�Acadien est d�une fid�lit� � toute �preuve envers celui qui a su gagner sa confiance et son amiti�. Po�te, complaisant de nature, lent � s�engager, on lui trouve, par contre, une tranquille t�nacit� de breton lorsqu�il d�cide d��pouser une cause. Si toutefois on le trompe, il ne l�oubliera pas. Le souvenir de Grand Pr� est pour toujours grav� dans la m�moire de ce peuple. Malheureusement, les gens du village o� se trouve aujourd�hui l��quipe de voltigeurs ont d�j� �t� tromp�s par des gens dont l�accent �tait celui de Jean-Nil et de ses compagnons.
Les maisons forment une rang�e, parfois simple parfois double, qui serpente la c�te sur une distance suffisamment longue pour leur m�riter le titre de "village le plus long au monde". Jean-Nil laisse deux voltigeurs � l�entr�e du village tandis que lui et son compagnon entreprendront leur travail � partir de l�autre extr�mit�, o� l�auto sera plus utile du fait que les maisons sont plus �parpill�es.
Ils ont fait plusieurs heures de route avant d�arriver � leur destination et il est d�j� pass� deux heures de l�apr�s-midi, lorsqu�ils commencent leur travail. � la premi�re porte, on leur ouvre, mais d�s qu�on a reconnut l�accent on ne veut plus les �couter:
"Vous perdez votre temps! Bonjour!"
Et vlan! La porte leur claque au nez. On ouvre � nouveau�
"Et n�allez pas chez le voisin - ce n�est pas la peine!"
� la suite de cette premi�re rencontre, les deux voltigeurs frappent aux portes, de maison en maison, sans qu�on donne aucun signe de vie. Jean-Nil et son compagnon commencent � s�en �tonner. Pourrait-il y avoir quelque part une attraction capable de vider ainsi les maisons? Ce n�est gu�re possible. Encore une dizaine de maisons et deux fois seulement on vient voir � la fen�tre, mais sans ouvrir. Jean-Nil laisse l� son compagnon et part en auto vers le centre du village pour sonder le terrain. Pr�s de l��glise, il y a quelques rues transversales sur lesquelles se trouvent la plupart des commerces du lieu, entre autre un salon de barbier. Le voltigeur y entre. Les cheveux peuvent �tre raccourcis et cela fournira un bon pr�texte pour chercher � conna�tre ce qui se passe. Mais il a laiss� son b�ret en �vidence et on ne lui laisse rien savoir. Sur une tablette il y a quelques revues de langue anglaise et quelques feuilles mimograph�es et broch�es pour former un petit journal qui a pour titre, La Vague. Si Jean-Nil avait su quelles nouvelles contenait cette feuille de chou il l�aurait s�rement feuillet�. Il prend plut�t une des revues mieux connues et pour �viter tout embarras, s�y cache le visage en attendant son tour.
Apr�s sa coupe de cheveux, dont il n�est pas satisfait, Jean-Nil se rend au bureau de poste afin d�exp�dier un rapport � Canabourg. De retour sur le trottoir, il rencontre un audacieux petit bout d�homme d�une dizaine d�ann�es qui l�interpelle dans son patois:
"Gardes don� voir! Un B�ret bleu!"
"Bonjour, mon homme! Tu les connais, les B�rets bleus?"
"Oui, mais on ne les aime pas."
"Peux-tu me dire pourquoi on ne les aime pas?"
"Donnes-moi dix sous et je vais te dire pourquoi."
Le voltigeur sort sa monnaie et devient m�fiant � son tour. "Un jeune fripon, sans doute", pense-t-il.
"Tiens! Voici ton dix sous. Maintenant, dis-moi� H�! Reviens ici mon chenapan!"
Le gar�on est parti comme une fl�che sans rien dire mais, somm� de revenir, il s�arr�te et r�pond:
"Esp�rez un �lan sur l�corner du post office; j�vais crosser la street et j�vais rev�nir back!"
Jean-Nil croit avoir �t� dup�. Il regarde aller le gamin qui entre chez le barbier, puis il tourne les talons et se dirige vers la voiture.
"H�! Monsieur! Partez pas!"
Sirois attend que l�enfant revienne et celui-ci lui remet un exemplaire de La Vague. Le gar�on lui tend une pi�ce de cinq sous.
"Tenez, vot� change. Il charge rien que cinq sous. Vous pouvez vous enqu�rir l�-dedans."
"Gardes les cinq sous, mon gars. Tu les m�rites bien. Tu es un p�tit homme honn�te!"
"Gare aux colporteurs �trangers!" C�est le titre d�un article en deuxi�me page. Le voltigeur parcourt rapidement l�article qui rappelle quelques incidents du pass� o� des gens de la localit� se sont fait duper par des passants venant de l�Ontario et du Qu�bec. On raconte la derni�re entreprise de ce genre et on note en concluant:
Il n�y a pas si longtemps, on s�en souvient, il s�agissait de la Soci�t� Mini�re Golden (sic). Plusieurs des n�tres qui se sont laiss�s prendre au pi�ge de cette malhonn�te op�ration ne seront pas heureux d�apprendre que des �trangers viennent encore solliciter � nos portes. De quoi s�agit-il cette fois? On sait seulement qu�ils portent un b�ret bleu et qu�ils parlent avec un accent qui n�est pas d�ici� m�fiez-vous!
Jean-Nil s�inqui�te de son compagnon qu�il a laiss� derri�re. Bient�t, au d�but de la soir�e, la plupart des travailleurs rentreront � la maison pour prendre leur repas. S�il se trouvait parmi eux un matamore qui voulait lui faire la le�on - cela est d�j� arriv� - il n�en faudrait pas plus pour d�courager ce jeune compagnon qui n�en est, selon sa propre expression qu�� ses �d�buts de voltigeage�. L�insucc�s de cette journ�e suffirait d�j� � �craser l�enthousiasme des plus ardents et a briser le courage des plus tenaces. Sans d�lais il saute dans l�auto pour aller rejoindre son co�quipier. En le retrouvant Jean-Nil est attendri de le voir foncer encore de porte � porte comme un brave soldat qui n�abandonne pas malgr� l��vidente d�faite. En fait, il est m�me encourag�:
"Durant ton d�part on m�a ouvert une fois et j�ai abonn� la personne."
"F�licitations! Cette personne doit �tre soumise � l�ostracisme, car je suis s�r qu�ils s�avertissent les uns les autres. Lis �a!"
Il lui passe son journal.
"Nous ferions mieux d�aller rejoindre les autres. Monte!"
Ils retrouvent bient�t les deux compagnons assis sur une roche au bord de l�eau.
"Comment �a va, le gars? Vous vous reposez? Vous avez d� r�colter abondamment pour vous �tre fatigu�s de la sorte."
L�un des co�quipiers, plus �g�, ancien soldat, aime lui aussi � plaisanter. Il r�pond avec le m�me sous-entendu ironique:
"Eh, oui! Le succ�s c�est beau et bon mais c�est fatigant. Et vous autres?"
Son compagnon grimace. Jean-Nil n�en tient pas compte.
"Nous autres? �a ne pourrait pas aller mieux - du moins pour Michel. Personne � qui il a pr�sent� son journal n�a pu r�sister � la tentation de s�abonner."
"Arr�te-moi �a, Sirois! Si �a va si bien, pourquoi es-tu ici?"
"Je ne mens pas, il a vraiment abonner la personne."
Il faut un moment pour capter le jeu de mot, mais d�s qu�il ait saisi on s�en amuse bien.
"D�accord. �a ne marche pas. Et vous autres, en avez-vous pris?"
"Comment peut-on abonner les gens qu�on ne voit pas? Ce n�est pas profitable pour l�estomac non plus. Il va falloir je�ner. Une bonne soupe de palourdes, ce serait tellement bon!"
"Dommage!"
Il y a un moment de silence tandis que Jean-Nil cherche un moyen de remonter le moral de l��quipe. Tout � coup, il se souvient que St-Cyr lui avait parl� d�un membre que personne n�avait encore rencontrer personnellement, mais qui envoyait sa souscription de lui-m�me chaque ann�e.
"Consolez-vous, les gars, j�ai une bonne nouvelle."
"Dis-nous �a vite, Sirois!"
"Me croirez-vous? On a un ami dans les environs!"
"S�rement qu�on va te croire� d�s que tu nous l�auras pr�sent�."
"Michel, va chercher ma liste de membres dans l�auto. Cela devrait �tre facile de trouver son nom - � moins d�une surprise la liste ne comportera pas d�autres membres de cette r�gion."
Jean-Nil consulte le document qu�on lui apporte et trouve imm�diatement le nom.
"Il faut que ce soit celui-ci. Il n�y a pas d�autre nom sous ce bureau de poste � un d�nomm� Alain LeBouthillier. C�est une adresse rurale. J�esp�re que son nom sera sur la boite � malle - ce sera plus facile que de s�informer aupr�s des habitants. Allons voir!"
Ils montent tous dans l�auto et filent vers l�int�rieur des terres. Apr�s avoir parcouru un bon bout de campagne, les voltigeurs trouve enfin une bo�te � lettre qui les invite � s�arr�ter: Allan Butler. Ce n�est pas Alain LeBouthillier, mais Sirois qui conna�t le bilinguisme des noms acadiens juge qu�il vaut mieux s�informer que de passer outre.
"Je vais y aller par moi-m�me; ensemble nous pourrions lui faire peur."
Il s�engage donc, � pied, sur la mont�e bien garnie d�arbres qui conduit � une ancienne maison un peu d�labr�e. Dans la cour, tout pr�s de la maison (trop pr�s si on en juge par la senteur), il y a une sorte de grange o� des cages empil�es indiquent qu�il s�agit peut-�tre d�une lapini�re. Aucun signe de peinture sur les b�tisses. Jean-Nil entre dans le portique et frappe sur la porte entrouverte� pas de r�ponse. Il pousse un peu la porte et d�une voix forte lance � l�int�rieur de la maison:
"Quelqu�un � la maison?"
Pas de r�ponse imm�diate, mais au moment o� il d�cide de partir�
"B�ret Bleu! Haut les mains! Ha, ha, ha."
L��norme voix de stentor fait sursauter le visiteur qui se retourne vivement avec l�allure d�un chat soudainement coinc� par un chien et pr�t � tout pour se d�fendre.
"Easy! Easy! Ha, ha, ha."
Jean-Nil est surpris de voir que ce gros rire, semblable � une canonnade, vient d�un si petit homme.
"Pardon Monsieur, je croyais qu�on allait m�attaquer."
"Ha, ha, ha. Un qu�b�cois � part �a! Ha, Ha, ha. La porte est ouverte�qu�est-ce que tu attends? Entre! As-tu peur? Ha, ha, ha."
"Le Qu�b�cois h�site� tergiversant dans le portique."
"Je cherche un nomm� LeBouthillier, Alain LeBouthillier."
"Me voici! Heureux de faire ta connaissance, B�ret bleu! Tu as un nom, toi aussi?"
Il tend la main; le voltigeur la prend:
"Moi?� Mais je croyais que vous �tiez Butler: c�est �a qui est inscrit sur la bo�te � lettre� Moi, c�est Jean-Nil - Jean-Nil Sirois, mon nom."
Celui-ci desserre la main, mais le petit homme continue de la tenir en secouant.
"Ce que tu as vu sur la bo�te � lettre, �a, c�est pour les affaires. C�est plus chanceux d�avoir un nom anglais. Mes lapins ont meilleur go�t et se vendent mieux lorsque mon nom est anglais. Ha, ha, ha. Mais entre donc! Qu�est-ce que tu attends? Je vais te donner une tasse de th� et nous allons jaser en fumant une pipe. Tu pourras m�me rester � souper."
"Mais, j�ai trois compagnons avec moi."
Enfin, LeBouthillier rel�che sa prise et Jean-Nil est soulag� d�avoir le bras libre.
"Trois autres! Avez-vous besoin d�une arm�e pour prendre d�assaut un pauvre lutin comme moi! Ha, ha, ha. Am�ne-les! The more, the merrier!"
Jean-Nil retourne � la voiture et ram�ne les autres qu�il pr�vient de l�originalit� de leur h�te. De retour � la maison il pr�sente ses compagnons au petit homme qui continue de plaisanter:
"Je vous ai vu venir. J��tais en train de soigner mes lapins. J��l�ve des lapins, vous savez. C�est �a qui me fait vivre. Vous autres, qu�est-ce qui vous fait vivre? Vous qu�tez? Ha, ha, ha. Quant j�ai vu ce grand-l� venir, je me suis dit: �Je vais le faire sauter.� Ha, ha, ha. Je l�ai trouv� un peu nerveux. Asseyez-vous quelque part pendant que je brasse la bouillie � il doit y avoir assez de si�ges. Bon! Il faut que j�ajoute un peu d�eau et de la moul�e � lapins. La moul�e, �a remplit l�estomac et �a fait pousser les oreilles. Ha, ha, ha. Si vous �tes comme moi, vous avez faim vous autres aussi."
"Nous ne voulons pas abuser de votre bont�"
"Tut! Tut! Je veux absolument vous empoisonner avec ma potion. Ha, ha, ha. J�esp�re que vous ne me prenez pas trop au s�rieux. �coutez! La pluie commence � tomber. Nous allons avoir un orage; vous ne pourrez pas partir. Il va falloir que vous mangiez ma bouillie � lapin."
En effet, la pluie se fait entendre sur le toit de t�le. Jean-Nil jette un coup d��il vers son h�te. Celui-ci ajoute un morceau de viande dans le pot-au-feu. Son regard parcourt ensuite la pi�ce. Tout est d�nud� et morne dans cette maison, mais il n�y a pas de salet�. On y trouve un fauteuil, une chaise, et un banc � on peut donc asseoir l�h�te et ses invit�s. Maintenant LeBouthillier ajoute des l�gumes � la �bouillie� qui mijote dans un gros chaudron noir suspendu dans la chemin�e, comme on en voyait dans les contes illustr�s de f�es et de lutins que lisais Madame Sirois � ses enfants avant de les mettre au lit.
Soudain un �clair qui illumine toute la pi�ce et une seconde apr�s: CCRRAACC!
"Ha, ha, ha. Ne vous en faites pas les gars, c�est pas le diable, c�est seulement sa rigolade. Ha, ha, ha."
Le temps devient tr�s sombre et l��trange h�te d�cide de faire de la lumi�re.
"Je vais allumer ma lampe � la naphtaline pour qu�on puisse se voir la face. Une bonne lampe c�est bien pratique. Celle-l�, c�en est une bonne � un peu plus et elle pourrait �clairer jusqu�� mes id�es."
"Il a oubli� de rire", pense Jean-Nil. "Peut-�tre est-il trop absorb� par sa lampe." La naphtaline s�enflamme et le reflet de la lumi�re illumine les yeux noirs et enjou�s du petit homme. Il a vraiment l�air d�un lutin avec sa t�te couronn�e de deux touffes de cheveux roux qui flottent au-dessus de ses oreilles, son nez retrouss� sous lequel pointe une longue moustache que sa main gauche tord et frise chaque fois qu�elle est libre. Lorsqu�il veille sur son chaudron les flammes de l��tre font rougir davantage les teintes d�j� sanguines de son visage. Pour placer la lampe allum�e sur son crochet il doit se dresser sur le bout des pieds, alors celui qui l�observe se dit qu�il ne doit pas mesurer plus d�un m�tre et demi. Il porte des v�tements de soldats (surplus d�arm�e, sans doute) dont les manches et les jambes de pantalon sont coup�es. Une grosse corde nou�e au-dessus de la hanche lui ceinture la taille et retient son pantalon d��toffe kaki.
"Est-ce qu�on doit s�adresser � vous comme Monsieur Butler ou comme Monsieur LeBouthillier?"
"�Monsieur� quand je suis endimanch�. Ah! Ah! Ah! Appelez-moi comme vous voudrez: LeBouthillier pour les Qu�b�cois, Butler pour les Anglais, Botelisto pour les esp�rantistes � �a c�est rare! Ha, ha, ha. Et Poucet pour les gens d�ici et pour les amis. Appelez-moi Poucet, �a me fera plaisir et je vous consid�rerai comme des amis."
"Poucet, vous avez dit �les esp�rantistes�; vous vouliez sans doute dire les Espagnols�"
"Ha, ha, ha. Je voudrais bien qu�il y ait autant d�esp�rantistes qu�il y a d�espagnols. Pauvres enfants! Vous ne savez pas ce que c�est que l�Esp�ranto? Je vais vous expliquer �a tout � l�heure. Quand vous partirez d�ici vous pourrez tous parler l�Esp�ranto. Ha, ha, ha."
Les voltigeurs ne disent rien, mais ils doivent bien se demander quel myst�re se cache sous cette obscure langue dont ils entendent parler pour la premi�re fois. Quelles relations occultes pourraient bien maintenir ce Poucet pour n�cessiter l�usage d�une langue que nul autres parmi les humains ne semblent conna�tre?"
Le vent s��l�ve � l�ext�rieur et la temp�te se d�clare d�finitivement. Heureusement que les voltigeurs se trouvent � l�abri et physiquement, sinon psychologiquement, confortable. S�ils pr�f�reraient �tre ailleurs que dans ce repaire chez lequel la temp�te les retient, ils peuvent n�anmoins se compter chanceux de b�n�ficier de la l�hospitalit� du Poucet.
Lorsque le petit homme a fini de se promener entre le chaudron et l�armoire, il puise de l�eau dans un bassin, sort une serviette, et offre � ses invit�s de se laver les mains "et les pieds si n�cessaire". D�j�, � la vue de la quantit� de pain, de fromage et de confiture d�pos�e sur la table, la salive monte � la bouche des voltigeurs affam�s. Mais c�est autour de la chemin�e que les convives sont invit�s � prendre leur repas:
"Approchez-vous du feu, les gars; c�est l� qu�on mange. Voici vos bols; Puisez donc dans le pot, mes enfants. Mais un � la fois, quand m�me. Ha, ha, ha. Le reste est sur la table, vous n�avez qu�� vous servir."
Un des voltigeurs tire le banc et Jean-Nil approche une chaise pour son h�te.
"Merci, mon grand. Pour �a, c�est toi qui auras la premi�re saucette. Ha, ha, ha."
Le premier des voltigeurs puise dans le chaudron et les autres suivent tour � tour. En approchant la t�te au-dessus du chaudron pour puiser on peut sentir la bonne odeur de la viande, des l�gumes et des �pices. Tout de m�me, c�est avec prudence qu�apr�s avoir fait leur pri�re les jeunes hommes approchent leurs l�vres de cette nourriture. Seul le plus jeune, celui qui avait accompagn� Jean-Nil au porte � porte ose faire le signe de la croix ouvertement pour le b�n�dicit�.
"Comment!? Les autres B�rets bleus ne prient pas avant de manger! Je vais rapporter �a � Madame Day-Cotey! Ha, ha, ha."
Jean-Nil jette un coup d��il autour de lui; tous semblent attendre un premier geste de sa part. "Prions!" annonce-t-il, pour les inviter � prier selon leur habitude, c�est � dire, en disant l�Ang�lus et le b�n�dicit�. Poucet s�est retir� � l��cart et on ne peut savoir s�il a particip� � la pri�re. La lumi�re s��teint� il �tait l�, pr�s de la lampe.
"� cet�heure qu�on s�est vu et que la soupe est pr�te, on n�a plus besoin de �a. On n�aura pas le luxe d�un souper � la chandelle, mais un souper � l��tre �a donne aussi bien de l�atmosph�re."
"Oui", pense Jean-Nil, "et quelle atmosph�re!"
"Comme �a vous ne pouvez pas voir ce que vous mang� et �a fait mon affaire. Ha, ha, ha."
Il ne reste plus pour s��clairer que la lumi�re dansante du feu et la lueur occasionnelle des �clairs.
"Les habitudes s�ancrent bien solidement quand on vit seul. J�ai pens� que vous aimeriez partager mon heureuse habitude de manger � la clart� du feu� et des �clairs lorsqu�elles sont disponibles. Ha, ha, ha."
Les convives deviennent silencieux, mais la temp�te, elle, continue son tapage. La pluie dirige sa batterie sur le toit tandis que la foudre rassemble ses m�gavolts et les d�charge par intervalle en de formidables explosions de bruits et de lumi�re:
"Vous n�avez pas peur? Mais non, vous avez le privil�ge de voir et d�entendre des feux d�artifice naturels � � bas l�artifice! Ha, ha, ha."
Jean-Nil veut diriger la conversation vers le s�rieux de leur travail. Il pose la question qui le talonne depuis le qu�il � lu l�article le bulletin La Vague:
"Avez-vous, Poucet, entendu parl� de la Soci�t� Mini�re Golden?"
"Ha, ha, ha. Si j�en ai entendu parl�! J�ai achet� des actions. C��tait une fameuse id�e� n�importe qui avait le moyen d�en acheter; une action, dix actions, une demie-action, un dixi�me d�action; accessible � tous le monde; la compagnie des pauvres! Ha, ha, ha. � part �a, c��tait s�r de rapporter� �a les a apport�s en prison. Ha, ha, ha."
Dehors la temp�te s�apaise; chez le Poucet, on commence � se d�tendre.
"Les coquins! Ils devaient s�y attendre - on ne fraude pas les gens comme �a sans se faire prendre t�t ou tard."
"Pas si vite mon gars! Les deux hommes qui ont mont� cette affaire n�avait pas l�intention de tromper leurs contribuables. Ils se sont tromp�s eux-m�mes et les autres par inadvertance. Ils voulaient d�jouer les meneurs du syst�me financier et ils sont tomb�s dans leur propre pi�ge. On ne peut pas battre ce syst�me � son propre jeu � on ne peut le battre que par une lutte honn�te; par l��ducation de la masse et par une franche d�nonciation comme vous autres, les voltigeurs, vous le faites."
Poucet a fait cette d�claration sans rire une seule fois et les quatre voltigeurs croient d�couvrir un autre homme. L�impression est telle que Jean-Nil, sans s�en rendre compte, s�adresse � lui d�une toute autre mani�re, en oubliant qu�il est le Poucet:
"Si vous saviez, Monsieur LeButler, tout le dommage que cela nous a caus� aujourd�hui. Tout le monde �tait m�fiant et personne voulait nous recevoir."
"Monsieur LeButler! Ha, ha, ha. Tr�s bien Sire� Roi. Ha, ha, ha. Soyons s�rieux. Demain, je retournerais au village avec vous autres pour refaire le porte � porte ensemble. Je connais tout ce monde-l�, moi. Vous verrez qu�on va bien nous recevoir."
Il ramasse les bols et les cuill�res, prend un contenant qui se trouvait sur la tablette du foyer et se met � distribuer des cerises. Une pluie fine tapote le toit; c�est tout ce qui rester de la temp�te.
"Pour dessert� Cette cerise-l�, je l�appelle la P�tite Poucette. C�est une vari�t� que j�ai d�velopp�e moi-m�me. Elles sont tr�s sucr�es."
"Umm! Tr�s bonnes, vos cerises. Merci!"
"J�ai dit que je vous parlerais de l�Esp�ranto: �coutez-moi! Esp�ranto estas bona lingvo. C�est fait! Je viens de vous en parler! Ha, ha, ha. Bon! Voyons! L�Esp�ranto est une langue construite; une langue neutre, universelle et facile � apprendre. Sa raison d��tre c�est l�unit� entre les peuples � contribuer faire une grande famille de toutes les nations, mais sans amoindrir aucune d�elles. L�Esp�ranto existe en vue de devenir langue seconde universelle. Tout le monde apprend sa langue maternelle, et la langue universelle. Deux langues, c�est tout ce qui nous faut pour communiquer avec tous les humains de la terre."
"C�est bien beau, mais je croyais que l�anglais remplissait d�j� cette fonction."
"L�anglais, ce n�est pas une langue neutre. Faire de l�anglais la langue universelle c�est donner un avantage � une culture au d�triment des autres. � part �a, l�anglais, ce n�est pas facile � apprendre � phon�tiquement, ce n�est par r�gulier du tout, et quoi d�autre�? L�Esp�ranto, c�est absolument logique grammaticalement et phon�tiquement; c�est neutre et facile � apprendre. Vi comprenas?"
"�a, au moins, nous le comprenons."
Les cinq restent longtemps autour du feu, parfois silencieux, parfois en conversation. Le plus jeune aimerait bien se d�lasser, mais les flammes le retiennent prisonnier. � quelques pieds seulement de l��tre, ce sont les t�n�bres et l�inconnu. Mais, finalement�:
"Monsieur B�euh� Poucet, je dois aller � la toilette."
"Ah! Tu fais bien d�y aller, mon gars. Apr�s tout, tu n�es pas un lapin. Ha, ha, ha. J�ai quelque chose de moderne pour �a: une lampe de poche."
"Monsieur� Une lampe de poche? Mais, j�ai besoin d�aller � la toilette."
"Ha, ha, ha. Attends que j�allume ma lampe � l�huile."
Il allume sa lampe et celle de poche se trouve l�, sur la tablette.
"Si vous avez � sortir la nuit, elle est ici sur la tablette. Tiens, mon jeune, prends �a. Il y a un petit sentier � droite, en sortant - suis-le et tu vas trouver le cabinet� si les enfants ne l�ont pas encore une fois fait rouler en bas de la c�te. Ha, ha, ha."
Il est sous-entendu, dans ce que les voltigeurs viennent d�entendre, que leur h�te s�attend � ce qu�ils restent pour la nuit. Jean-Nil pr�f�rerait aller ailleurs si c��tait possible. Il se demande aussi comment leur h�te parviendra � les h�berger tous.
Le Poucet se pr�pare � laver le peu de vaisselle qu�ils ont utilis�e, mais Jean-Nil le devance et avec l�aide d�un compagnon la t�che est termin�e en quelques minutes.
"J�aimerais bien vous inviter � faire l�office des heures avec moi, mais j�ai seulement une livre."
Cela surprend Jean-Nil. Voil� au moins trois heures qu�ils sont ici � faire connaissance et il devenait de plus en plus convaincu que cet homme �trange n�avait pas de religion. � certains moments il l�aurait presque pris pour un d�mon. Maintenant c�est lui, le voltigeur si chr�tien, qui se fait inviter � se joindre � la pri�re de l��glise. Pour compenser son manque de discernement il se rend tout � fait disponible et cherche � r�aliser le d�sir du Poucet.
"J�ai une Bible. Cela suffira pour les psaumes, les cantiques et la lecture."
"�a, c�est une id�e! Moi aussi j�en ai une. Vous pouvez suivre deux par deux dans les Bibles et moi je me chargerai des antiennes et les oraisons. Trouvons d�abord un hymne que tous connaissent."
Leur liturgie domestique planifi�e, le quintette commence � louer le Seigneur dans la musique de saint Gr�goire. Le Poucet enterre les autres voix de la sienne beaucoup plus forte. "C�est s�rement une voix cultiv�e", se dit Jean-Nil. La pri�re op�re son effet sur les c�urs et toute m�fiance dispara�t entre le Poucet et les voltigeurs. Unis dans un m�me esprit, ils se sentent tous de la m�me famille.
Le temps de pri�re est vite pass� et il faut penser � la nuit. "Je ne sais vraiment pas comment on peut rester � coucher ici", souffle Jean-Nil � l�oreille de l�ancien militaire. "Parle-lui", r�pond l�autre.
"Monsieur LeBouthillier, �tes vous s�r qu�on peut rester ici ce soir?"
"Ah! C�est Monsieur LeBouthillier, maintenant, ha, ha, ha. Venez voir �a. Si vous n��tes par trop capricieux, vous allez passer une bonne nuit."
Il les conduit dans une chambre semblable � un appentis qui aurait �t� mur�. L�, se trouvent deux grands lits avec des paillasses.
"Vous pouvez coucher deux par lit ou prendre les sacs de couchage."
Ouvrant l�armoire qui se trouve pr�s de la porte, il leur montre deux sacs de couchage enroul�s et attach�s avec une corde.
"Quand mon fr�re vient avec ses neveux c�est ici qu�ils couchent. La belle-s�ur, elle a une sensibilit� de princesse. Elle peut sentir un pois sous dix matelas. Ha, ha, ha. Elle ne reste jamais � coucher."
Il y a une senteur de moisi et de referm� dans l�appartement, mais tout semble propre et la lingerie de laine rang�e est rang�e avec ordre dans l�armoire.
"Il va falloir que je fasse bient�t des r�parations. Le plancher commence � se d�composer le long du mur, sur les trois c�t�s qui sont expos�es � l�ext�rieur. C�est un appartement que j�ai construit au-dessus de mon caveau � patate il y a une quinzaine d�ann�es pour les visiteurs."
Le Poucet s�est retir� dans sa propre chambre et les quatre voltigeurs se sont mis au lit, chacun � sa place, utilisant les deux sacs de couchage. Tous dormaient paisiblement mais quelqu�un vient de se r�veiller en sursaut. Celui qui a �t� tir� de son r�ve ne sait pas ce qui a pu d�ranger son sommeil. "Ha! Une damn�e souris qui grignote. Ne pourrait-elle pas manger durant le jour comme tout le monde!" Il est maintenant compl�tement �veill� et constate qu�il a un pressant besoin d�aller � la toilette. Cela ne lui pla�t pas beaucoup car dans la situation o� il se trouve c�est une entreprise pas trop facile. Puisqu�il n�a pas le choix, il se l�ve dans l�obscurit�, mais tr�buche en essayant d�enjamber son compagnon. Et CRACCC! le plancher d�fonce, projetant le pauvre homme qui se retrouve avec ses amis dans les patates.
"Aye! Aye! Au secours!"
Les trois autres se sont r�veill�s, empil�s les uns sur les autres, trop abasourdis pour saisir imm�diatement ce qui se passe, mais ils ne tardent pas � d�guerpir vers le haut en cherchant � grimper le plan inclin� qu�est devenu le plancher. Le plus �nerv� c�est celui qui s��tait lev� pour aller � la toilette; il a maintenant un gros probl�me dans son pyjama. Les infortun�s voltigeurs, plong�s dans une obscurit� compl�te, t�tonnent tout autour pour s�assurer qu�ils ne r�vent pas et pour chercher � comprendre ce qui s�est pass�.
Des pas se font entendre en haut; des reflets de lumi�re viennent danser dans l�ouverture de la porte entreb�ill�e. La porte s�ouvre au-dessus de leur t�te, un cale�on rouge appara�t surmont� d�une t�te �galement rouge qui se renverse et sous la longue moustache couleur de feu �clate un tonnerre de rire:
"Ha, ha, ha; Ha, ha, ha. Kiel vi fartas? (Comment allez-vous?) Ha, ha, ha. Je vous ai pris au pi�ge, hein?"
Les voltigeurs ne trouve pas �a dr�le! Il y en a m�me parmi eux qui se demandent si le Poucet ne leur a pas jouer un vilain tour.
"Je vous l�avais dit que le plancher �tait pourri. Ha, ha, ha."
Enfin, �clair�s par la lampe de Poucet et reprenant leur calme, ils commencent � saisir le comique de la situation et se joignent au rire du Poucet. Le petit homme en rouge, plus lutin que jamais, les fait sortir par la porte ext�rieure de son caveau � patates. Apr�s les avoir install�s dans sa propre chambre, il se retire � son nouveau lieu de repos pr�s de la chemin�e. Le plus malheureux des quatre a r�gl� son probl�me et mis son pyjama � s�cher sur le dossier d�une chaise non loin du feu. Il devra coucher tout habill�. Pour les voltigeurs le reste de la nuit dispara�t dans le sommeil, mais pour le Poucet qui entretient le feu dans l��tre, le sommeil a fuit et la nuit demeure. Le son d�une b�che qui roule contre la paroi de la chemin�e r�veille Jean-Nil. Il voit les reflets du feu dans une paire d�yeux, comme ceux d�un chat, ajoutant au myst�re de l��trange personnage. Il observe jusqu�� ce que le sommeil lui referme les paupi�res qu�il ne rouvrira qu�� la lumi�re du jour.
Un air de violon se fait doucement entendre. La musique prend de l�entrain et finit par une gigue endiabl�e. Le Poucet parvient ainsi � vaincre le sommeil du dormeur le plus r�sistant. Jean-Nil se rend � l�endroit o� repose la lampe de poche et s�en sert pour v�rifier l�heure sur sa montre. Il est 5 heures. C�est plus t�t que d�habitude mais ils sont bien oblig�s de se lever.
Au d�jeuner, on d�cide que les trois compagnons de Jean-Nil se rendront avec l�auto � la ville voisine selon l�itin�raire pr�vu. L�, ils se joindront � l��quipe des femmes pour faire le porte � porte. Quant � Sirois, il accompagnera le Poucet pour aller frapper de nouveau aux portes qui ne voulaient pas s�ouvrir la veille. Lorsque le temps de partir arrive, le petit homme va chercher sa voiture qui se trouve derri�re la lapini�re. Jean-Nil, qui l�attend, se demande s�il le verra r�appara�tre avec quelque attelage ancien. Mais non! Il revient avec une vieille Ford berline transform�e en camionnette, sans doute pour le transport de la ferme. Il s�y installe et tous deux filent vers leurs champs d�action pour la journ�e.
Jean-Nil voit bient�t se dissiper les doutes qu�il a eus concernant le succ�s promis pour cette journ�e. Il n�en revient pas de voir toutes ces portes, hier ferm�es s�ouvrir aujourd�hui, comme par magie, devant le Poucet. Il d�couvre, � sa surprise, que les gens l�estime et lui sont suffisamment sympathique pour �couter son message. Mais ce qui l��tonne encore davantage, c�est l�intensit� et la conviction de son compagnon devenu s�rieux, comme si toute l��nergie qu�il conserve � ne pas rire se changeait en persuasion irr�sistible. On trouve tr�s difficile de ne pas acquiescer � l�ardeur de sa conviction et par cons�quent la journ�e s�av�re des plus fructueuse.
Le lendemain, Jean-Nil s�appr�te � aller prendre l�autobus pour rejoindre ses compagnons.
"Bonsancon!"
"J�ai compris �a! Merci! Vous savez, votre Esp�ranto, �a m�int�resse, moi."
"Attends un peu! J�ai quelque chose pour toi."
Le Poucet revient avec un petit livre:
"Tiens! Je te donne ma grammaire; je n�en ai plus besoin."
"Regarde, si c�est petit comme livre. Une langue sans irr�gularit�, �a n�a pas besoin d'une grosse grammaire.
"Je devrai sans doute me procure un dictionnaire."
"Tu en as un � m�me la grammaire; ce que tu trouveras l� va te suffire pour un bon bout de temps. Tu as, l�-dedans, les racines principales, et avec �a, en ajoutant des affixes tu construis ton vocabulaire. Tu vas voir comme s�est int�ressant. Inteligenta persono lernas la internacian lingvon rapide kaj facile. Ha, ha, ha."
"Je ne suis pas s�r d��tre intelligent, mais je vais certainement l��tudier votre Esp�ranto."
"Tu vas y prendre go�t, tu verras! Ensuite tu pourras te parler tout seul et personne te comprendra. Ha, ha, ha."
"Je viendrai jaser avec vous."
"Es-tu certain que tu n�as pas l�intention plus petite que la parole en disant �a? Ha, ha, ha. Tiens! Prends �a aussi pour ta Solidarit�."
Il pr�sente une grosse enveloppe au voltigeur. Ce dernier devine tout de suite que c�est de l�argent en num�raire. Il lui demande quel est le montant pour le re�u. Le Poucet lui dit de compter lui-m�me le montant parce qu�il ne sait pas combien il y en a. Jean-Nil compte et il est surpris de l�importance de la somme.
"Quoi! Je vous croyais pauvre!"
"L�habit ne fait pas le moine, gar�on. Ha, ha, ha. Quand on se satisfait du n�cessaire, il en reste toujours � mettre de c�t� pour les bonnes causes."
Jean-Nil serre la main de son �nigmatique ami avant de descendre � la route o� passera l�autobus.
"Mille mercis!"
"Milojn da bonvenojn!"
"Avant que je parte, dites-moi une chose�"
"Vas-y, mon grand!"
"Lorsque vous �tes seul, riez-vous toujours comme �a?"
"Ha, ha, ha. Ha, ha, ha. Ha, ha, ha."
� 2002, Jean-Nil Chabot