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Le lac Cornu
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Un paradis sur terre Le lac Cornu se distingue des autres plans d'eau que nous avons pr�sent�s jusqu'� maintenant dans la s�rie C'est mon lac. C'est un lac priv�, vocation strictement r�sidentielle, qui doit son d�veloppement aux membres d'une m�me famille, celle des Beaudry. Un lac en h�ritage Le lac Cornu est un lac de t�te situ� entre le lac Bleu et le lac des 14 �les sur le territoire de Saint-Hippolyte. On peut acc�der � l'une de ses �cornes�, d'o� il tire son nom, par le chemin des Hauteurs et � l'autre, par le chemin du lac Bleu. Au d�but du XXe si�cle, le lac Cornu ne compte que deux habitations, celle de la famille Laviolette, propri�taire d'une fonderie et d'une quincaillerie � Saint-J�r�me, et celle du Dr Villard, un pasteur luth�rien d'origine europ�enne. En 1920, la maison des Laviolette et les terrains avoisinants sont � vendre. Henri Beaudry (1853-1921), fils de Joseph Beaudry (1813-1868), un marchand prosp�re de Montr�al, est propri�taire de la Montred Suspendes and Umbrellas, une manufacture, situ�e angle St-Pierre et de la Commune, qui fabrique des parapluies, des bretelles, des ceintures, des jarretelles et d'autres produits semblables. Quatre de ses fils, Henri, Paul, Jules et Gustave, travaillent pour lui, de m�me que son gendre, Gustave Grenier. Ren� pr�f�re travailler ailleurs qu'� la manufacture et Andr� fait carri�re au Bell T�l�phone. Pendant les deux guerres mondiales, la manufacture fabriquera du mat�riel militaire, mais elle devra d�clarer faillite � la fin des ann�es quarante. Henri poss�de �galement un chalet, � Sainte-Ad�le, appel� plus tard la Villa Bonheur, qu'il vend pour acheter la propri�t� des Laviolette au lac Cornu. Mon grand-p�re n' a pas eu le temps de profiter de son achat, car il est mort l'ann�e suivante, victime d'une crise cardiaque, raconte sa petite-fille, Denise Grenier. Mes oncles Henri, Paul, Jules, Gustave, Ren� et Andr� ainsi que ma m�re, Alice, qu'on a toujours appel�e Mimi, h�ritent de ses biens. Afin de r�gler les probl�mes de succession, les h�ritiers cr�ent, dans les ann�es trente, Les r�sidents du lac Cornu inc., une soci�t� par actions. Comme on pouvait diviser la propri�t� familiale en dix-huit lots, la Soci�t� �met trente-six actions. Chacun des h�ritiers, sauf Ren� qui a pr�f�r� recevoir sa part d'h�ritage en argent, re�oit six actions qui donnent acc�s au lac Cornu et la possibilit� de se construire une maison. Les actionnaires ont la jouissance du terrain mais n'en sont pas les propri�taires, car il appartient � la soci�t�. Il faut poss�der deux actions pour avoir le droit de se construire une maison au lac Cornu. La cr�ation de la soci�t� Les r�sidents du lac Cornu inc., un organisme � but non lucratif, a permis aux enfants d'Henri Beaudry de se partager leur h�ritage, mais elle a �galement ouvert la voie au d�veloppement du lac Cornu. Le destin de la Grande maison En 1921, il n'y a toujours que deux maisons au lac Cornu, celle qui appartient maintenant � la famille Beaudry et celle du Dr Villard qui se trouve de l'autre c�t� du lac. La maison du docteur reviendra � sa fille, madame Thornton, qui vend un terrain � Olivia Jensen, professeure � l'universit� McGill. Elle l�gue le bien paternel � sa fille, Madeleine Sherwood, une actrice qui a fait carri�re aux �tats-Unis et qui a jou� dans la populaire s�rie t�l�vis�e La soeur volante. Madeleine vend finalement sa maison � Pauline Bernier, la propri�taire actuelle. Pendant les premi�res ann�es, les enfants d'Henri Beaudry se partagent la maison du lac Cornu qu'ils appellent la Grande maison. Ils se servaient de la Grande maison surtout l'�t�. Elle �tait tout en bois, avec une pi�ce centrale, une salle � manger et une cuisine au rez-de-chauss�e, quatre chambres coucher � l'�tage et un grenier. II n'y avait ni �lectricit�, ni salle de bains, ni eau courante. On tirait l'eau avec une pompe � bras. Les commodit�s, qu'on appelait �b�cosses�, �taient � l'ext�rieur. Pour aller chercher du secours, il fallait traverser le lac en chaloupe pour se rendre chez le Dr Villard qui a �t� le premier � avoir le t�l�phone. La Grande maison fut ensuite lou�e � des vill�giateurs. Une dame Thorp qui �tait tomb�e en amour avec le lieu, fut locataire pendant de nombreuses ann�es. Comme elle avait la permission d'apporter des am�liorations � la maison, elle en profita pour la moderniser en ajoutant des fondations, une fournaise et une chambre de bains. Malheureusement, en 1955 la foudre s'abat sur la Grande maison qui est compl�tement d�truite par les flammes. Aucun membre de la famille Beaudry n'a alors les moyens de reconstruire sur le m�me emplacement. Les actions sont vendues � Ga�tan Leborgne, un architecte qui se construit une maison sur les fondations rest�es intactes. Il vendra finalement sa propri�t� � C�line Roy dans les ann�es quatre-vingt-dix. Le d�veloppement r�sidentiel au lac Cornu Les enfants et les petits-enfants d'Henri Beaudry s'installent progressivement au lac Cornu en construisant surtout des chalets. Gustave d�place l'�curie qui se trouvait derri�re la Grande maison et l'am�nage en chalet. Jules s'installe de l'autre c�t� de la corne dans un chalet en bois rond et construit un pont en bois pour en faciliter l'acc�s et le voisinage avec le reste de la famille. Andr� prend possession en 1935 du chalet qu'il a achet� de la succession. Mes parents, Mimi et Gustave Grenier, auront leur maison d'�t� en 1951. Puis, Suzette Smith, fille de Paul, et Pierre Beaudry, un cousin germain, s'installent au lac Cornu. En 1955, ma s�ur Madeleine (Papineau-Couture) se fait construire un chalet d'�t�. J'ai h�rit� de la maison de mes parents en 1959 et je l'ai vendue � ma s�ur Monique en 1998. Comme je n'avais pas d'enfants � qui l�guer mes parts dans la soci�t�, j'ai vendu mes actions � Jean-Pierre Fabien qui est mari� � Mich�le, la petite-fille d'Andr� Beaudry. � la fin des ann�es soixante, la maison des Hershom, situ�e tout pr�s du chemin des Hauteurs, est � vendre. Nous avons alors eu peur que des investisseurs �trangers l'ach�tent pour y d�velopper un complexe h�telier. La famille s'est donc saign�e � blanc pour acheter cette propri�t� qui a �t� vendue au propri�taire actuel, Fulvio di Rizzio. C'est � ce moment-l� que nous avons aussi modifi� la charte de la soci�t� afin de pouvoir �mettre des actions suppl�mentaires � l'intention de membres de la parent� ou de personnes �trang�res � la famille Beaudry. Le d�veloppement r�sidentiel se poursuit ainsi avec la construction d'autres maisons, entre autres, celles des quatre fils David et de Dominique et Philippe Roy, petits-enfants du cousin Pierre, celles de John Roy et de Bobby Beaudry, petit-fils de Gustave. Le lac Cornu, un paradis et une source d'inspiration Enfant, Denise Grenier ne va pas souvent au chalet avec ses parents. Ce n'est qu'en 1937, vers l'�ge de 17 ans, qu'elle commence vraiment � fr�quenter le lac Cornu. Mon amiti� avec ma cousine Louise, la fille d'oncle Gustave, date de cette �poque-l�. Elle allait au lac depuis sa petite enfance et faisait les foins � la ferme des Dupir� qui se trouvait tout pr�s de chez elle. Ensemble, nous avons partag� les plaisirs de la lecture, de la po�sie, du th��tre et des voyages. Son amie, Louise Bonardelli, est rest�e tr�s attach�e au lac Cornu : La priver du lac serait lui arracher une moiti� du c�ur. Pour ma s�ur Monique aussi, le lac, c'est tr�s important. Moi, j'aime beaucoup �tre l�, mais je suis d'abord une fille de la ville. Ce n'est pas le lac en soi que j'aime, c'est plut�t le lieu de famille, le lieu de r�union qu'il repr�sente. C'est l� qu'on peut rencontrer la plupart des membres de la famille. Mais je n'ai jamais eu envie de m'y installer � demeure. Depuis que j'ai vendu, je vais au chalet de ma s�ur Madeleine. Pour Dessaulles Beaudry, le lac Cornu repr�sente les joies de l'enfance et de l'adolescence : C'est un vrai paradis qui me rappelle la joie d'y vivre pendant l'�t� surtout, Mes oncles nous amenaient, mes cousins et moi, faire des exp�ditions extraordinaires � travers la for�t. Nous pouvions aller, par exemple, jusqu'au village de Saint-Hippolyte en suivant toute la d�charge du lac. Je courais aux tortues et participais � des concours de p�che avec mes cousins. Jamais, je ne me suis ennuy� au lac. Le lac Cornu a s�rement des g�nes que j'ai transmis � mes enfants et � mes petits-enfants � travers mon amour pour lui. Le chalet de mes parents, Andr� Beaudry et Madeleine Cinq-Mars, est rest� presque identique � ce qu'il �tait en 1936. Les seuls ajouts qui ont �t� faits sont les fondations et le puits art�sien. C'est encore un chalet d'�t� seulement. Cet attachement au lac Cornu, Mich�le, la fille de Dessaulles, le partagera �galement. Elle a pass� tous les �t�s de son enfance et de sa jeunesse au lac Cornu, au chalet de ses grands-parents. Celui-ci �tait le carrefour de rencontres de tous les enfants du coin. Mich�le et son mari, Jean-Pierre Fabien, continueront la tradition et passeront aussi tous leurs �t�s au chalet avec leur fils Jean-Simon. En 1998, Jean-Pierre ach�te les actions de Denise Grenier et d�cide de se construire une vraie maison avec l'intention d'y vivre un jour � longueur d'ann�e. Le lac Cornu, c'est pour lui une inspiration, une sorte d'oasis dans le tumulte de la vie quotidienne, une enclave de bonheur o� il n'y a rien de faux, dans une nature identique � ce qu'elle a toujours �t� et o� les id�es cr�atrices y coulent comme un ruisseau, car il n'y a pas d'interf�rence. Le lac Cornu est rest� depuis 1921 un lieu prot�g� et isol�, strictement r�sidentiel et prive, tel que l'ont souhait� les h�ritiers d'Henri Beaudry et tous les actionnaires de la soci�t� Les r�sidents du lac Cornu inc. ____________________________ |
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