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Jean Fleurent, l’homme des
gros travaux
Presque tous les employés de Station Mont Tremblant étaient issus de familles de la région et plusieurs d’entre elles avaient vendu leurs fermes à M. Joe Ryan. Une de ces familles était les Fleurent. Leur propriété, qui est maintenant devenue le golf Le Diable, longeait la montée Ryan entre ce qui est devenu aujourd’hui le Grand Lodge et le Château Beauvallon. Jean Fleurent est arrivé à la station lors de l’hiver 1938-39. Il avait comme responsabilité de conduire les gros camions et les tracteurs sur les chantiers, notamment ceux des routes, des remontées mécaniques et de déblayage de pistes de ski. Ma relation avec la famille Fleurent a commencé à un très jeune âge. Les enfants étaient des compagnons d’école et des amis de jeux. Les parents se connaissaient et entretenaient une relation d’amitié. En fait, les employés permanents de Tremblant formaient tous une grande famille. Les hommes pêchaient, chassaient, jouaient au hockey et invitaient leurs fils à participer à ces différentes activités. Fleurent
conduisait, entre autres, un camion surnommé le Métro. C’est
avec celui-ci qu’il transportait les employés venant de
Saint-Jovite et du lac Mercier jusqu’au pied des pentes le
matin, avant de les ramenait chez eux le soir. Il faisait
également la navette entre le versant nord et le versant sud
pour les employés et les patrouilleurs qui, une fois la
montagne fermée, devaient revenir au versant sud.Fleurent passait régulièrement devant notre petit chalet, situé derrière la chapelle au pied des pentes. Il me proposait de l’accompagner dans ses déplacements à Montréal et à Saint-Jérôme. Avec la permission de ma mère, je partais pour la grande aventure. C’était très impressionnant, pour un garçon de 7 ou 8 ans, de se retrouver assis à ses côtés dans un si gros véhicule. Il arrivait parfois qu’il m’assoie derrière le volant, sur ma boite à lunch, pour me laisser conduire le camion. J’étais le « roi du monde », enfin, jusqu’à ce que nous rencontrions mon père sur la route au volant de sa voiture. Inutile de dire qu’il y eut une discussion entre les deux hommes, mais malgré tout, la confiance était si grande entre ces deux amis qu’il n’y eut aucune répercussion sur ma relation avec M. Fleurant, et ce, jusqu’à mon départ pour l’Europe à l’âge de 16 ans. Entre temps, il m’a appris à conduire le gros tracteur ainsi que Ti Zoune (le plus petit des tracteurs). C’était sa façon de transmettre ses connaissances. Des grands-parents et des parents qui, par l’exemple et la pratique, nous donnaient des leçons et nous équipaient pour notre vie d’adulte. Aujourd’hui, cette amitié familiale me permet de relater tous ces souvenirs avec le petit fils de M. Fleurent, Jean-Paul. Il y a des choses qui ne changent pas. ____________________ par Peter Duncan, TremblantExpress, 7 février 2019 |