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La famille Labonté
Je suis fasciné par cette génération d’hommes et de femmes qui ont tenté
le tout pour le tout et quitté la France pour s’établir en Nouvelle
France. Après un voyage au péril de leur vie, ils arrivaient en
territoire inconnu et parfois hostile. Alexandre Noël dit “La bonté” —
un des premiers Français arrivés en 1699 — serait l’ancêtre de la grande
famille Labonté que nous connaissons aujourd’hui.
Si traverser l’Atlantique était périlleux, prendre la décision de
s’établir dans les Hautes-Laurentides comportait de nombreux défis.
C’est pourtant ce qu’a fait Adrien Labonté. En 1883, il épouse à Saint-
Jovite Onésime Légaré, fille de Jean-Baptiste et Marie Lauzon.
Adrien et Onésime sont des travailleurs acharnés. Adrien est à la fois
défricheur et commerçant. Il s’approvisionne en marchandises à
Saint-Jérôme où il se rend chaque semaine en charrette tirée par ses
chevaux. Il fabrique de la chaux qui sert de mortier pour la
construction de solages en pierre. Il travaillera aussi à la
construction du chemin de fer vers 1898.
Au fil des ans, ils auront 14 enfants ; l’un d’eux, Arthur, né en 1892,
est l’ancêtre d’une lignée de Labonté qui s’illustrera dans le village
de Saint-Jovite. Arthur épousera Bertha Brissette. Leur famille vivra
essentiellement de l’exploitation de leur ferme.
Et
nous voici rendus à un contemporain de mon père : Roger Labonté, né en
septembre 1925. Roger porte en lui toutes les qualités de la famille
Labonté : travailleur, entrepreneur, impliqué socialement et
politiquement. Il apprend son métier de plombier à
Sainte-Agathe-des-Monts et dès l’âge de 24 ans, il établit son commerce.
Malgré son emploi du temps chargé, il est pompier volontaire et membre
des Chevaliers de Colomb. Il épouse Léonne Perreault le 27 juillet 1946 à
Saint-Jovite.
C’est grâce au lien d’amitié qu’entretiennent mon père et Roger que je
fais connaissance avec cette grande famille de bâtisseurs, mais vu mon
jeune âge, je les trouve plutôt bons vivants. Rapidement, le commerce de
Roger prend de l’expansion et la qualité de son travail est réputée.
Pendant ce temps, Roger et Léonne ont sept enfants : Francine, Gilles,
André, Robert, Pierre, Sylvain et Marleen.
Tous les membres de la famille ont des tâches à accomplir — les garçons
comme les filles. La plomberie est une affaire de famille. Léonne est
responsable de l’administration et gère l’entreprise d’une main de fer.
Malgré toutes ses responsabilités, elle se joint à l’AFEAS (Association
féministe d’éducation et d’action sociale) dont elle deviendra la
présidente pendant sept ans — elle sera également membre des “Filles
d’Isabelle”.
Roger, pour sa part, deviendra conseiller municipal et il servira
fièrement la communauté pendant trois mandatures. Ses fils seront tous
amateurs de chasse et de pêche.
À ce propos, il y a plusieurs années, ma femme et moi avions décidé de
faire un petit séjour au camp de chasse et pêche dans la ZEC (Zone
d’exploitation contrôlée) Maison-de-Pierre. Nous étions en plein hiver
et en authentiques Québécois habitués aux rigueurs de l’hiver, nous
décidons de nous y rendre en motoneige. J’en parle un peu aux amis ;
Robert et son cousin Bernard dit “Ti Boeu” se proposent de nous
accompagner.
Bien leur en prit ! Il semble que mon talent sur la neige n’inclut pas
la motoneige. Rapidement, sur un sentier recouvert de neige folle, nous
nous sommes enlisés et les Labonté nous ont littéralement sortis du
trou. Je pense qu’ils savaient que j’aurais des problèmes, mais tout ça
s’est fait discrètement, comme s’ils étaient juste là pour la balade.
Même si le temps passé dans les bois avec parents et amis était sacré,
le travail accompli avec fierté demeurait une priorité familiale. Roger
avait toujours en tête de léguer l’entreprise à parts égales à sa
famille et c’est ce qu’il fit.
Gilles, quant à lui, développera sa propre entreprise ; assez
florissante pour lui permettre de racheter la plomberie Labonté. Pour
respecter les volontés de son père, il divisera à son tour l’entreprise
entre les frères et la génération suivante. Gageons que la famille
Labonté fera partie des projets de construction de Saint-Jovite pour
plusieurs générations encore.
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par Peter Duncan, TremblantExpress, 23 août 2022
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