|
- XIII -
La petite histoire de Dorice
�crite en f�vrier 2008
par Huguette Cloutier
Comme c’�tait la petite derni�re et que nous �tions
7 avant elle, de l’attention elle n’en a pas manqu�. Par contre Dorice
�tait une enfant docile et d’une jovialit� contagieuse. Elle
ne se laissait pas abattre par les moindres choses d�rangeantes autour
d’elle. Son positivisme �tait chronique, son approche avec les gens
�tait facile et immanquablement attachant. Elle ne manquait pas d’amies
et faut bien le dire, ses amies lui �taient fid�les. Pour elle
la vie �tait magnifique, elle �tait heureuse et cela se sentait.
C’�tait notre � m�re Teresa �, toujours pr�te
� aider les autres. Il y avait une solution pour tout, il s’agissait
de chercher et c’�tait impossible de ne pas trouver. Pour elle, c’�tait
aussi simple que �a!
Tr�s jeune, � ces d�buts d’�cole,
elle a commenc� � servir la messe. Le fait qu’elle soit une
fille pour cette union d’�change ne la d�rangeait aucunement.
Elle manquait rarement un dimanche. Dorice �tait tr�s attir�e
par l’�glise, lors des activit�s, elle �tait toujours
l�. Le cur� Jean Adam l’a connaissait tr�s bien et savait
qu’il pouvait se fier sur elle. � son d�c�s, c’est lui
qui a pr�sid� la c�r�monie, il �tait tr�s
attrist�. Tout le long de cette comm�moration on ressentait
ses �motions dans sa voix. En chaire lors de ses propos, il a parl�
d’elle avec simplicit� et reconnaissant de l’avoir connue. Il n’a
pu retenir sa peine, c’�tait prenant et tr�s �mouvant.
Ceux qui ont connu le Cur� Adam, savent que cet homme �tait
tr�s particulier. Les gens l’aimaient beaucoup. Jean Adam �tait
aussi parent avec notre Dodo nationale, Dominique Michel, elle en parle dans
son livre.
Dorice avait une complication s�rieuse avec sa
vue. Cette difficult� a �t� d�tect�e lorsqu’elle
a commenc� l’�cole. Aucun traitement ni op�ration �tait
possible. Si elle avait atteint l’�ge de 25 ans, probablement que sa
vision aurait d�j� �t� nulle. Conclusion du m�decin
� mes parents : la cause de ce probl�me viendrait du fait qu’elle
serait rest�e trop longtemps dans le nid de sa m�re. Jeannine
aurait d�pass� sa date d’accouchement d’environ 2 semaines.
Dorice � son d�c�s avait d�j�
la vue tr�s affaiblie. Un œil �tait � 20 % et l’autre
� 35% environ. Ma petite sœur savait qu’elle ne voyait pas bien mais
pour elle, c’�tait devenu naturel et tr�s correct, elle ne
se questionnait pas � ce sujet. Mes parents ne lui avaient pas encore
dit ce qui allait survenir dans un avenir tr�s proche. Elle est d�c�d�e
sans savoir ou peut-�tre qu’elle savait… de l�, le non questionnement.
Elle est d�c�d�e dans un feu qui
a eu lieu dans la maison restaurant de notre cousin Armand (Tee-Bee) Dufour
au Lac-St-Paul (fils de Lucien Dufour et Anita Meilleur). L’enqu�te
a r�v�l� une d�fectuosit� �lectrique.
�’a �t� un grand drame, surtout pour ceux qui �taient
avec elle : Tee-Bee et sa sœur Suzie. Ma petite sœur a fait le choix de ne
pas sauter en bas du deuxi�me �tage malgr� les encouragement
soutenus. Elle �tait l� � la fen�tre, elle avait
le temps de le faire. Dorice a dit qu’elle avait trop peur… elle leur a tourn�
le dos sans r�appara�tre pour aller se glisser sous son lit.
C’est � cet endroit qu’on l’a retrouv�e.
Mes parents �taient revenus d’un voyage la veille.
Comme ils l’avaient promis, ils se sont rendus � Lac-St-Paul pour
aller la chercher. Une premi�re surprise les attendait, Dorice d�sirait
rester encore un peu. Mes parents h�sitaient et ils �taient
surtout �tonn�s de son revirement. Ma sœur �tait plut�t
d’un ennui presque maladif si elle n’�tait pas avec eux. Croyant ce
fait sans importance, mes parents ne d�mordent pas. Ma soeurette ne
d�mord pas non plus, et convainc Tee-Bee de plaider sa cause m�me
s’il ne veut pas. Convaincante de sa charmante personne, tout le monde c�de.
Mes parents se sont rendus au chalet pour finir la fin de semaine. Ils se
sont fait r�veiller cette premi�re nuit, vers quatre heures
le matin du 4 ao�t 1973. Apr�s avoir appris cette nouvelle,
maman a fait une crise de col�re surtout, elle en voulait �
Dorice d’avoir insist� pour rester l�.
Maman r�p�tait les paroles de Dorice : �
Je vais toujours �tre l� pour vous, c’est moi votre b�ton
de vieillesse �. Eh bien… elle venait de faire l� une coupure
tr�s brutale. Mais elle n’�tait pas la seule � �tre
en �tat de choc, c’�tait un drame cruel et bien r�el.
Les villageois de Lac-St-Paul �taient dans un �tat second.
Un m�decin �tait venu avec les porteurs de cette lourde nouvelle
et maintenant quelqu’un devait aller identifier son corps. Mon p�re
est all� et il l’a regrett� am�rement. Elle avait �
peine une petite partie de son dos avec un morceau de tissu rose de son baby-doll
et ses longs cheveux derri�re la t�te, le reste de son corps
�tait calcin�. Mon p�re en a �t� traumatis�.
Un choc qui lui a apport� des probl�mes de sant� durant
plusieurs ann�es.
Lors de son exposition au salon fun�raire, nous
avons constat� un fait bizarre qui nous a marqu�. Comme on
ne pouvait pas la voir dans son cercueil, on �tait � la recherche
d’une photo d’elle dont on pourrait mettre dans un cadre pour la disposer
sur sa tombe. On s’est rendu compte que toutes les photos les plus r�centes
sur lesquelles elle �tait seule, �taient floues et on n’en
avait pas beaucoup. Alors on a cherch� dans les photos sur lesquelles
elle n’�tait pas seule. Aucune photo d’elle n’�tait valable
m�me si quelques photographies des autres � c�t�
d’elle n’�taient pas autant dans le brouillard. C’�tait tellement
insolite de la voir ainsi ! J’ai entendu ma m�re dire tout haut :
� C’est parce que ce n’est pas elle qui est dans le cercueil ! �
Cette souffrance �tait intol�rable.
On a choisi la moins pire… une photo qui nous rappelait
son jeu favori. Quand elle �tait seule, Dorice sortait son jeu de
carte. Elle s’assoyait par terre dans le salon et jouait � la patience.
C’�tait tellement typique � elle ! Cette photo un peu floue
a aussi servi pour la carte mortuaire, on n’en a pas trouv� d’autre.
C’�tait dommage, car sur ce portrait on ne voit pas tout l’�clat
de son �merveillement. Elle a l’air soit fatigu�e ou pas vraiment
�veill�e mais son petit sourire franc est bien pr�sent.
Son sourire a toujours �t� l� depuis qu’elle savait
le faire. Quand je pense � elle, je la vois confiante avec ce sourire
imp�rissable. Qu’on se retrouve avec cette seule photo, n’est-elle
pas plus claire en somme ! Dorice s’est effac�e pour les autres. Ce
qui comptait le plus pour elle, �tait de voir les gens heureux autour
d’elle et elle r�ussissait tr�s bien � propager le bonheur.
Comme si elle savait que la vie pouvait �tre tr�s courte et
qu’il fallait en savourer chaque instant.
Je me souviens lorsque maman a �t� enceinte
d’elle, j’avan�ais dans ma huiti�me ann�e. Elle avait
dit que c’�tait le dernier enfant qu’elle aurait car apr�s
sa naissance elle se ferait ligaturer. Alors cette enfant-l� serait
son petit rayon de soleil, �a m’avait bien amus� ! Mais l�
avec son d�c�s, le soleil s’�tait �teint comme
on ferme la lumi�re. Dans le noir, le temps �tait suspendu
dans l’attente qu’elle nous revienne. C’�tait tr�s difficile
de croire qu’elle �tait partie pour toujours.
Au deuxi�me jour au salon, maman avait l’air plus
calme et m�me r�solue, je me suis sentie un peu soulag�e.
Malheureusement elle se pr�parait � nous torde les visc�res
de nos entrailles car ce qu’elle allait faire ne passerait pas inaper�u
alors qu’elle croyait bien le contraire. Alors que tout le monde sort pour
le d�ner, elle se faufile pour retourner au salon. Un pr�pos�
l’a vue faire. Alors qu’on la cherche dehors, il vient dire � mon
p�re qu’elle essaie d’ouvrir le cercueil.
Moi je suis partie, je ne voulais pas voir �a.
Elle ne croyait pas que Dorice �tait dans ce cercueil, elle voulait
la voir ! Elle ne pouvait pas voir, Dorice �tait dans un deuxi�me
cercueil tr�s herm�tique. Mon p�re avait cette image
bien impr�gn�e dans sa t�te, il ne voulait pas qu’elle
en soit tortur�e � son tour et de toute fa�on, c’�tait
impossible maintenant. �a �t� affreux la sortir de l�.
Ils ont d� se r�unir � plusieurs pour la forcer et la
convaincre que ce n’�tait pas une bonne id�e qu’elle la voit.
Mon p�re a fini par lui dire ce qui restait d’elle, il valait mieux
en garder un beau souvenir. Elle est revenue � la r�alit�,
on �tait tous bien soulag�.
Un deuil �a prend du temps � gu�rir,
lorsqu’on peut s’y pr�parer on a de la chance. Perdre un proche soudainement,
c’est insens�. Je peux comprendre les gens qui ne s’en sortent jamais.
Lors de son d�c�s, mes parents n’avaient
pas de terrain au cimeti�re � St-Sauveur. Le choix des emplacements
disponibles, �taient vers le fond du cimeti�re, un endroit
qui � l’occasion se trouvait inond�. Une amie de Dorice a �t�
mise au courant de ce fait. Elle �tait tellement pein�e de
cette nouvelle qu’elle a demand� � son p�re de faire
quelque chose pour sa grande amie. Monsieur J. Arthur Martel a c�d�
un de ces deux lots (C1-181B) � mes parents.
Mon p�re d�sirait payer le terrain �
M. Martel, c’�tait d�j� tr�s g�n�reux
de sa part de lui offrir un de ses lots. M. Martel lui a r�pondu que
c’�tait un cadeau de la part de sa fille Marie. Gr�ce �
eux, Dorice et notre m�re Jeannine Meilleur reposent en paix sur un
terrain bien � l’abri des intemp�ries.
Peu apr�s le d�c�s de ma soeurette,
Nicole qui partageait la m�me chambre qu’elle, a fait un tour d’horizon
dans ses effets personnels. Elle a trouv� quelques feuilles de papier
�crites de la main de Dorice. Lorsqu’on les a lu, notre corps a frissonn�
tellement c’�tait surprenant. Elle avait �crit sur ces copies
ses pr�f�rences dans � peu pr�t tout et aussi
ce qu’elle d�testait. Une partie nous a beaucoup marqu�. Elle
aimait le bleu comme le bleu du ciel. Elle d�testait le rouge et le
jaune… � Deux couleurs vives du feu… � Et si elle se retrouvait
dans un feu, elle y resterait parce que �a lui faisait trop peur.
C’�tait tellement �trange… avait-elle devin� comment
elle allait mourir ? C’est exactement ce qu’elle a fait !!!
Maintenant que j’�cris sur elle, un �v�nement
me revient en t�te. Dans notre petite maison � Mont-Laurier
nous avions un genre de truie en fonte comme po�le � bois. Lorsqu’on
se levait le matin, le b�b� �tait amen� dans
sa petite basinette pr�s de ce po�le enfin qu’il ait plus de
chaleur. Un matin apr�s le d�jeuner, je suis � faire
la vaisselle et j’ai entendu un grondement �touff� derri�re
moi. Maman tournait la cl� du tuyau dans tout les sens, elle �tait
en �tat de panique, le feu �tait en action dans le cylindre
du po�le. Elle s’est mise � crier… le feu… le feu, mais elle
temp�tait sur place. Je me suis d�p�ch�e d’aller
pousser sur le petit lit et le mettre pr�s de la porte. J’ai prit
mon linge � vaisselle et j’ai ferm� la cl� du po�le
et j’ai dit � ma m�re, on sort ! C’�tait un ordre !
J’ai pris Dorice dans mes bras et ma m�re a fait sortir les autres.
�a s’est calm� et on a trouv� quelqu’un pour venir remettre
le po�le en �tat car � ce moment-l� mon p�re
n’�tait pas l� durant la semaine. Dorice avait peut-�tre
sept mois environ. Je me demande si elle aurait �t� marqu�e
par cet �v�nement. Tout de m�me j’en serais un peu �tonn�e,
elle �tait un peu jeune je crois. Le feu n’�tait pas vraiment
visible non plus. Je me souviens bien d’avoir regard� Dorice car je
ne voulais pas qu’elle ait peur. Je n’ai rien vu dans son visage qui laissait
para�tre un quelconque stress. Elle souriait comme d’habitude, je l’ai
amus�e tout de suite pour enlever l’image de ma m�re en panique.
On dirait bien que la vie de ma plus jeune sœur est entour�e de myst�re.
Apr�s avoir retrouv� les notes de Dorice,
j’ai demand� � Nicole de chercher le portrait que j’avais fait
d’elle, je voulais le garder en souvenir. Curieusement on ne l’a jamais trouv�.
Je pratiquais beaucoup le dessin � ce moment-l� et j’avais
achet� un livre sur la fa�on de faire les visages. J’ai pratiqu�
avec mes sœurs et Dorice a �t� la seule que j’ai vraiment r�ussie.
Je n’aurais pas �t� �tonn�e qu’elle l’ait donn�
� une amie si on le lui a demand� ! Dorice pouvait tout donner
du moment que l’autre en �tait heureux ! Mais je n’ai pas l’impression
qu’elle ait fait �a, elle �tait beaucoup trop contente que
je lui donne. C’�tait visible qu’elle le voulait et elle n’osait pas
me le demander. Nicole avait les m�mes amies qu’elle, aucune n’a vu
ce portrait comme si il n’avait jamais exist�. Je n’ai jamais eu d’�cho
de ce portrait, un autre myst�re.
|
Recherche, textes et photos par Huguette Cloutier, de Mont-Laurier
Mise � jour le 12 avril 2008 par Paul Meilleur, de
Ste-Ad�le
Retour � la G�n�alogie
des PIONNIERS
|
|
|