Serge Meilleur

Revue de Presse

par Serge Meilleur, Commerce, février 1997

par Lisa Binsse, La Presse, vendredi 19 décembre 1997


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DMR, la fin d'un rêve

La philosophie de Pierre Ducros et le RÉA ont miné DMR et entraîné sa vente dix ans plus tard, selon son cofondateur Serge Meilleur.

M. Serge Meilleur, de DMR

À l'automne 1995, DMR, le leader québécois des firmes-conseils en informatique, passe aux mains de l'américaine Amdahl. Un mois plus tard, cinq de ses principaux associés claquent la porte pour fonder leur propre firme, AGTI. Parmi eux, celui qui fut l'âme de DMR, Serge Meilleur, un des trois fondateurs (avec Alain Roy, décédé en 1995, et Pierre Ducros, aujourd'hui à la retraite). Dans un livre choc, DMR - La fin d'un rêve, publié ce mois-ci aux Éditions Transcontinental, Serge Meilleur donne sa version de l'histoire de la firme. L'extrait qui suit porte sur la période cruciale où DMR est devenue une société publique, en 1985.

Alors que nous nous acharnions (Alain et moi) à faire fonctionner la boîte, Pierre (Ducros) nourrissait pour elle les plus grandes ambitions. Ses activités à l'extérieur de la firme étaient nombreuses et prestigieuses. Pierre était président de 1'Institut des conseillers en administration du Québec; il était membre du conseil d'administration du Groupe La Laurentienne et de la compagnie de gestion de Bertin Nadeau, Unigesco, laquelle était alors propriétaire de Provigo, l'une des plus importantes chaînes de distribution alimentaire au Québec. Pierre était également membre de la prestigieuse YPO (Young Presidents Organization).

Je suppose que ses nombreux contacts avec tous ces dirigeants d'entreprise rappelaient cruellement à Pierre le peu de contrôle qu'il avait sur les destinées de sa propre organisation. Il cherchait donc par tous les moyens à étendre sa zone d'influence et à exercer un pouvoir qu'il ne détenait pas. Dans ce contexte, il est compréhensible que Pierre ait développé un sentiment de frustration qui l'amena à proposer toutes sortes d'initiatives qui, selon moi, n'étaient pas dans l'intérêt de la firme.

Dès 1983, Pierre évoqua la possibilité d'un financement public. Il y voyait beaucoup d'avantages. Les conseillers financiers et les courtiers en valeurs mobilières le pourchassaient en lui prodiguant leurs judicieux conseils et leurs recommandations pressantes. Selon eux, DMR aurait tout avantage à devenir une société ouverte, cotée en Bourse. Notre fortune à tous serait alors assurée.

Alain et moi, jugeant cette proposition inacceptable et franchement farfelue, la rejetions systématiquement. Nous croyions qu'il s'agissait d'une fantaisie et que le temps se chargerait d'arranger les choses. Encore une fois, c'était mal connaître Pierre. Périodiquement, Pierre revenait à la charge et nous servait avec conviction de nouvelles stratégies et de nouvelles raisons pour justifier la transformation de la firme en société ouverte.

À l'été de 1984, Pierre avança l'idée que nos bureaux comptaient trop d'employés. Il prétendait que les gestionnaires n'étaient plus en mesure d'exercer un contrôle efficace sur leurs ressources. Pierre estimait que le nombre de 150 ou 200 personnes que comportait maintenant un bureau type amenait les ressources à se sentir mal guidées et à ne pas développer le sentiment d'appartenance que nous avions toujours recherché. Il fallait, selon lui, viser une taille optimale de 50 personnes par bureau.

Le bureau de Montréal, qui regroupait plus de 200 employés, devait, selon cette logique, être divise en trois ou quatre bureaux indépendants, placés sous la direction d'autant de gestionnaires. Je m'opposai fermement à ce concept qui entrait en flagrante contradiction avec ma conception de DMR. (...) La consultation ne peut être assimilable à un marché de détaillants où, pour couvrir le marché et s'assurer de toutes les occasions d'affaires, il faut tapisser le territoire d'un maximum de points de services. DMR ne devait pas adopter l'approche des McDonald's, des station-service ou des dépanneurs de quartier.

Cette opposition entre mon orientation de «grossiste» et celle de «détaillant» que prônait Pierre était fort représentative de la différence de points de vue qui nous divisait. Autant je jugeais futiles la publicité, les entrevues, les articles dans les journaux, les forums publics ayant pour but de nous faire connaître de la masse, autant Pierre valorisait ces activités. Je ciblais mes démarches de mise en marche; Pierre visait tous azimuts. Je préférais des rencontres privées; Pierre recherchait les conférences.

Pierre n'acceptait aucun de mes arguments et s'acharnait à convaincre les associés des bienfaits du small is beautiful. Toutes les cinq ou six semaines, il proposait un nouvel organigramme. Chaque fois, Alain et moi y jetions un coup d'oeil distrait, voire ennuyé, puis refusions de le considérer sérieusement.

Durant la dernière semaine d'août 1984, Pierre proposa finalement une structure qui avait pour effet de lui donner les pleins pouvoirs sur les opérations canadiennes. Alain conservait ses responsabilités à l'international. Pour ma part, Pierre me proposait de devenir le grand manitou de toutes les actions de mise en marché. Je m'opposai de toutes mes forces à l'idée de me cantonner dans un rôle que je jugeais de toute façon inutile. Je trouvais ridicule de séparer ainsi les activités de mise en marché des activités opérationnelles. Je devenais un "chasseur de tigres" sans caravane.

Pierre semblait déterminé et souhaitait annoncer ces changements à la réunion des actionnaires du mois de septembre à l'auberge La Sapinière, dans les Laurentides.

Après deux ou trois semaines de discussions interminables, nous n'avions pas avancé d'un iota. Nos positions étaient toujours aussi irréconciliables. Pierre voulait implanter le small is beautiful; je jugeais cette idée ridicule. Pierre voulait assurer la gestion de l'exploitation, je savais cette action suicidaire. De guerre lasse, lors d'un déjeuner au Castillon, Alain me convainquit d'accepter la proposition de Pierre. Ce ne devait être qu'une situation temporaire qui durerait à peine le temps de prouver à Pierre qu'il était incapable de gérer le quotidien.

Alain soutenait, comme il l'avait fait en 1982, que les ressources me resteraient fidèles malgré tout. J'exerçais, selon lui, une trop grande influence pour que Pierre puisse éviter mon opinion.

Voyant poindre à l'horizon un conflit majeur et n'ayant pas envie de me lancer dans une lutte à finir où l'entreprise serait à coup sûr la grande perdante, j'acceptai à contrecoeur la proposition de Pierre. Le bureau de Montréal fut donc démantelé. (...) L'équipe technique fut divisée en trois. (...) Chacun des bureaux disposait de sa propre équipe de gestion, de répartiteurs distincts, de gérants et de personnel de soutien. La logique de ces bureaux leur permettait de disposer à leur guise des systèmes administratifs qui leur convenaient : systèmes de facturation, systèmes comptables, systèmes de gestion.

Cette approche, outre le fait de diviser nos forces, eut pour conséquence de créer des situations aberrantes. Un responsable de bureau pouvait ainsi refuser d'utiliser les services d'un employé permanent d'un autre bureau et retenir les services d'un pigiste qui lui coûtaient moins cher. Évidemment, au bout du compte, l'entreprise était perdante. (...)

La deuxième erreur lors de la création de ces trois bureaux à Montréal fut la nomination de leurs responsables. Pierre nomma aux commandes certaines personnes de l'extérieur de Montréal. Ainsi, plusieurs nouveaux gestionnaires furent parachutés dans un territoire qui leur était complètement étranger. Cette greffe s'avéra désastreuse. Ces gestionnaires ne parvinrent pas à se faire accepter par les conseillers locaux. Ils durent céder la place, quelques années plus tard, à une nouvelle équipe de gestion. (...)

Il va sans dire que les mois suivants allaient être difficiles à vivre. Tout le monde connaissait mon opposition aux nouvelles orientations de l'entreprise. En cette fin d'année 1984 et durant la première partie de 1985, j'entrai en hibernation. Je ne côtoyais presque plus les gestionnaires de bureaux. Mes rares visites étaient planifiées en fonction des individus, et non en fonction des affaires. J'arrivais tard au bureau et je quittais tôt. Mon désoeuvrement était tangible, insupportable. Un soir, au bar Le Carrefour de la Place Ville-Marie, je déclarai à Yves Thibodeau que j'aurais quitté DMR avant la fin de l'année. (...)

Comme je l'ai mentionné précédemment, Pierre avait à plusieurs fois suggéré de transformer DMR en société ouverte. (...) Considérant notre excellente feuille de route et notre grand potentiel de croissance, Pierre voulait profiter de l'engouement du programme "Régime d'épargne actions" (RÉA) afin de lever des capitaux. Ce programme gouvernemental accordait d'importants crédits d'impôt aux investisseurs, permettant ainsi aux entreprises de se doter de capitaux de risque sans trop de difficulté. Pour bon nombre d'entreprises, c'était un véritable Klondike! (...) Même sans véritable besoin financier, Pierre jugeait néanmoins qu'il fallait profiter de l'occasion.

Cette opinion était évidemment fortement soutenue par l'avidité des courtiers qui, à l'époque, faisaient mèche de tout bois. Après une collecte de fonds qui permettrait probablement d'encaisser près de 20 millions, nous serions tous très riches... sur papier. Ce genre d'attrait n'était pas sans intérêt pour certains actionnaires, j'en conviens. Encore une fois, je différais d'opinion. Pour moi, comme pour plusieurs autres, les considérations strictement matérielles comptaient peu. Je ne conduis qu'une automobile, aussi luxueuse soit-elle, je ne mange que trois repas par jour et je ne peux habiter qu'une seule demeure à la fois.

J'étais d'avis que l'entreprise et son autonomie devaient primer sur l'afflux de liquidités que fournirait le financement public. Il fallait d'abord et avant tout se soucier du bien de l'entreprise et de ses employés (...). En devenant une société ouverte, cotée à la Bourse. Il faudrait désormais nous préoccuper d'abord du bien des actionnaires publics avant celui de la compagnie et de ses employés. (...) J'avais l'impression que cette initiative modifierait profondément la dynamique interne de l'entreprise. Les valeurs traditionnelles, facteurs intangibles de nos succès, allaient être fondamentalement et irrémédiablement transformées.

(...) En devenant une société publique, DMR ne pourrait plus recourir aux facteurs de motivation extrêmement efficaces que nous avions mis en place et qui s'exerçaient par le mécanisme de la rémunération de base à 29 500 dollars (elle était passée à 45 000 dollars en 1982), à laquelle s'ajoutait la distribution des profits de l'année précédente.

Nous ne pouvions plus utiliser cette soupape pour montrer des profits toujours croissants. Les gestionnaires seraient dorénavant rémunérés à des salaires de 150 000 dollars ou 200 000 et deviendraient, par le fait même, moins préoccupés des réalités de rentabilité et de performance. C'était pour moi un immense désavantage que je ne pouvais me résoudre à accepter. Pour qu'une équipe de gestion soit efficace, il faut que sa rémunération soit liée à sa performance.

L'autre raison qui me poussait à m'élever aussi vigoureusement contre cette initiative était ma profonde conviction de son inutilité. Nous n'avions pas besoin de ces fonds. Personne ne savait trop à quoi seraient utilisés les fonds ainsi amassés. J'avais l'impression que l'on échangeait l'indépendance de la compagnie pour une cage dorée et cela me déplaisait royalement. (...) Une collecte de fonds sans objectif précis est un leurre autant pour l'investisseur que pour la direction d'une entreprise. Le capital facilement amassé agit comme anesthésiant et insensibilise les gestionnaires face à la réalité des affaires.

Une entreprise de services comme la nôtre n'a d'autre actif que ses employés. Alors pourquoi collecter des fonds! Pour acquérir quels actifs? Plus j'y réfléchissais, plus j'étais convaincu qu'au delà des éblouissants bénéfices personnels que nous pourrions retirer de la situation, le financement public était dans le cas de DMR un non-sens fondamental. Pour provoquer la chute de l'entreprise, lentement mais sûrement, on ne pouvait trouver mieux.

En fait, personne ne semblait vouloir répondre à mes interrogations répétées. Les courtiers possédaient évidemment toutes les réponses logiques pour justifier l'intérêt du financement public pour une firme comme la nôtre. Cependant, leurs raisons me paraissaient futiles et insuffisantes. Les courtiers, aussi talentueux soient-ils dans leur profession, ne sont que des techniciens de la finance qui ne connaissent strictement rien aux opérations fondamentales d'une firme de consultation. Les écouter, c'était faire abstraction de nos valeurs et renier les façons de gérer qui nous avaient si bien servis dans le passé.

À l'été de 1985, mes divergences de vue avec Pierre étaient devenues irréconciliables. Je constatais que les nouveaux gestionnaires mis en place par ce dernier imposaient à l'entreprise toutes sortes de politiques et de tracasseries administratives qui nuisaient à sa mission première.

Comme chez IBM en 1970, les gestionnaires cherchaient d'abord à respecter les normes, à se protéger en se renvoyant la balle. DMR était atteinte du syndrome de la "grosse firme". (...) Nous perdions progressivement le tonus organisationnel qui avait permis notre croissance. La "gestion par les rapports", avec son cortège de lenteurs, d'impersonnalité et d'illusions, prenait de plus en plus de place. Les gestionnaires s'éloignaient du terrain et passaient de plus en plus de temps à innover dans les écritures comptables (creative accounting) et à camoufler leurs erreurs.

Comme cela nous était déjà arrivé à quelques reprises, nous étions confrontés à deux visions complètement différentes. Pierre avait une approche cartésienne des choses. Pour lui, la gestion se limitait à planifier, à organiser et à contrôler. Les gestionnaires devaient faire des plans et s'assurer de les respecter, sans quoi ils n'avaient qu'à céder leur place. Pierre évaluait les gens sur les résultats, sans plus. Alain et moi préconisions une approche beaucoup plus nuancée et jugions les individus à leur capacité d'atteindre les objectifs de l'entreprise et à leurs talents pour mobiliser efficacement les troupes. (...) Dans le différend qui m'opposait à Pierre, le financement public allait être la goutte qui ferait déborder le vase. Cette idée m'était littéralement insupportable. J'avais même prédit que, si DMR devenait une société ouverte, des problèmes de rentabilité se manifesteraient rapidement et que l'entreprise serait probablement vendue sept ou huit ans plus tard. L'avenir allait malheureusement me donner raison. (...)

A la fin d'août 1985, Pierre me présenta ainsi qu'à Alain son plan pour transformer la firme. Après en avoir discuté longuement, je n'étais toujours pas d'accord. J'avais même avoué à Alain: « Si nous devenons une société ouverte, je pars. Je sens que le financement public sera un véritable désastre pour DMR et je préfère ne pas être présent à ce moment-là ».

Pierre attribuait mon jugement à l'émotivité et à l'irrationalité.

- Serge, tu es fou de ne pas profiter d'une occasion pareille: tu vas laisser sur la table des millions de dollars.

- Je m'en fous!

- Pense à toutes les choses que nous pourrons faire avec cet argent frais. Nous pourrons accélérer notre expansion aux États-Unis et en Europe.

- Je ne crois pas que l'argent soit notre plus grand problème là-bas, avais-je répondu d'un ton qui interdisait toute réplique.

Dépité, Pierre avait cessé de tenter de me convaincre. Alain de son côté hésitait. Pondéré, comme à son habitude, il m'avait confié: « Tu as peut-être raison. Laisse-moi y réfléchir ». Une semaine plus tard, nous abordions à nouveau le sujet. Il m'avoua: « Je regrette, mais je crois bien que nous allons devenir une société ouverte ».

N'oublions pas qu'Alain était atteint de la leucémie depuis quatre ans; je crois que la maladie a influencé son point de vue. Se sachant très malade, peut-être désirait-il assurer la sécurité financière de sa famille? Peut-être avait-il décidé de récolter les fruits de tant d'années d'efforts pendant qu'il pouvait encore en profiter ? Je ne savais trop que penser de cette attitude, aussi n'insistai-je pas davantage.

Pendant ce temps, Pierre poursuivait sa cabale auprès des quelque 50 actionnaires de la firme en faisant miroiter à tous une richesse assurée. Deux semaines avant l'assemblée des actionnaires, Alain vint me voir en disant: « Serge, tu as raison. DMR ne doit pas devenir une société ouverte. On va se battre pour l'en empêcher ». Son appui me fit chaud au coeur, mais j'avais perdu le goût d'engager le combat. Je sentais que quelque chose avait changé et qu'il était probablement trop tard. Alain se savait malade et était conscient de n'avoir que quelques années à vivre. Même s'il consentait à se battre, je ne sentais plus en lui l'enthousiasme et la détermination des gagnants.

De plus, je ne voulais pas entreprendre une croisade interne qui aurait inévitablement conduit à un déchirement entre les dirigeants et n'aurait réussi qu'à drainer une énergie dont nous avions par ailleurs grand besoin pour faire croître l'entreprise. (...) Plutôt que d'engager le combat plus avant, je décidai de démissionner.

Cette démission, je la regrette aujourd'hui. J'aurais du combattre de toutes mes forces ce projet que je jugeais funeste pour l'entreprise. (Mais) j'étais fatigué. Les deux dernières années m'avaient épuisé. Les éternelles discussions avec Pierre m'avaient vidé; je n'avais pas le goût de monter encore une fois aux barricades. (...)

Mon départ fut annoncé à l'assemblée des actionnaires du 27 septembre 1985, qui se tenait à l'hôtel Le Méridien de Montréal. Je devais quitter le 31 octobre 1985. La valeur de ma participation dans DMR s'élevait certainement à 4 ou 5 millions. Nous en sommes rapidement venus à une entente selon laquelle Pierre et Alain rachèteraient mes actions pour une somme forfaitaire d'environ 2,5 millions de dollars. Je laissais alors près de 2 millions de dollars sur la table, mais cela m'importait peu. Je voulais simplement couper les ponts et passer à autre chose.

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par Serge Meilleur, Commerce, février 1997

 

Copyright Les Éditions Transcontinental, 1997

NDLR : Serge Meilleur devait revenir au sein de DMR en 1989, mais à titre d'employé et non plus comme actionnaire.


DMR après Amdahl

Il ne devrait pas, mais il le fait quand même. Pierre M. Vallée ne peut s'empêcher d'offrir "un bon café" à ses invités et il est équipé pour le préparer lui-même. Une gâterie, dit-il, avec un grand sourire. « C'est mon petit péché véniel ».

En poste depuis janvier comme président de DMR, M. Vallée est satisfait de l'évolution de la firme de groupe conseil. Tout va pour le mieux pour la filiale de l'américaine Amdahl. L'entreprise vient de conclure son plus important contrat d'impartition, d'une valeur de 700 millions de dollars, qui lui permet de faire une percée dans l'Ouest du pays où elle double ses effectifs.

L'arrivée d'Amdahl en novembre 1995 a été bénéfique, dit ce bourreau de travail de 56 ans. « Je pense que les changements ont été positifs. On est partout dans le monde. Amdahl agit comme le banquier. Elle nous donne les fonds nécessaires pour financer notre croissance et nous assurer une plus grande présence dans le monde. Elle nous dit pas quoi faire ». Amdahl est depuis peu une filiale du géant japonais Fujitsu.

Pour le moment, l'arrivée de Fujitsu, le deuxième plus gros manufacturier après IBM, a eu peu d'impact sur DMR, tout au plus des discussions à haut niveau entre les trois. Fujitsu, dont 80 % du marché est au Japon, s'intéresse surtout à l'expertise de DMR. Elle est en train d'évaluer la capacité de DMR d'effectuer des mandats au Japon. DMR espère travailler avec Fujitsu au cours de la prochaine décennie à modifier la structure informatique au Japon, note M. Vallée qui veut accroître la présence de DMR en Asie. La société californienne, connue pour ses ordinateurs de grande puissance, a apporté à DMR une masse critique et une bonne liste de clients.

Depuis deux ans donc, DMR a vu ses effectifs mondiaux presque tripler, passant de 2600 à 7500, dont 1000 au Québec. Le nombre des bureaux a doublé. Aux États-Unis, où DMR comptait 200 employés répartis dans quelques bureaux, elle a maintenant pris pied dans les principales régions et y emploie 2500 personnes.

Elle pourra maintenant profiter pleinement du boom dans le Nord-Est américain. Elle détient 3,8% du marché au Canada et 7,7 % du marché au Québec. Sa part de marché au plan mondial n'est pas significative. Tout comme en Amérique du Nord, le marché y est fragmenté.

En Europe, DMR était présente au Royaume-Uni, en France et en Belgique. Maintenant, elle a étendu ses tentacules à l'Espagne, l'Italie, aux Pays-Bas et à la Scandinavie. DMR y est présente notamment pour le problème de l'an 2000 mais aussi pour l'euro, la devise commune aux pays de l'Union Européenne qui doit entrer en vigueur au début de 2002.

DMR, très prise par la problématique de l'an 2000, se spécialise dans la conversion des codes informatiques, mais cela ne représente que 10% du chiffre d'affaires.

L'année 1997 a été faste pour DMR qui a un chiffre d'affaires mondial d'un milliard de dollars CAN dont 200 millions au Canada.

L'entreprise prévoit une croissance à l'interne de 20 % en 1998, ce qui ne tient pas compte des acquisitions dans l'année, dont possiblement une au Canada. Cette croissance annuelle est prévue pour les cinq prochaines années. L'objectif de M. Vallée: un chiffre d'affaires mondial d'un milliard US d'ici l'an 2000. Le carnet de commandes mondial atteint les 1,2 milliards de dollars alors qu'au Canada, il totalise 374 millions.

Le quart du chiffre d'affaires canadien provient de l'exportation de la matière grise depuis Québec. Ce pourcentage va croître, promet M. Vallée. « Cela permet de garder nos ressources et de faire de l'argent ».

« On a connu une croissance très intéressante cette année, surtout dans l'Ouest. Au Québec, on a stabilisé l'emploi à 1100 personnes, en faisant des contrats à l'extérieur du pays ». DMR fait beaucoup de contrats à distance à partir de son bureau de Québec, qui compte 300 employés. Par exemple, des gens de Québec font des logiciels pour la Russie (pour l'enregistrement foncier et immobilier). Ils travaillent à un projet avec Visa International. Toujours à partir de Québec, DMR dessine un système de gestion des stocks pour l'usine de Florence du géant français de l'acier Sollac.

M. Vallée explique que c'est moins cher développer un logiciel à Québec qu'à San Francisco et l'entreprise présente l'option du contrat à distance comme la plus avantageuse. Que l'on pense uniquement au taux de change de 40 %. De plus, les coûts de production sont moindres et l'expertise est sur place. Le manque de personnel qualifié en informatique est encore plus aigu aux États-Unis qui viennent d'ailleurs recruter au Québec.

DMR a décidé de s'impliquer directement dans la formation et mène un projet pilote depuis septembre sur le campus du Fort Saint-Jean, qui a remplacé le Collège militaire de Saint-Jean. Dès janvier, le centre mondial de formation accueillera ses premiers étudiants du post-secondaire. DMR, qui veut y former son propre personnel, espère y recevoir 1000 à 1500 étudiants d'ici deux ans. « Notre défi sera de garder ces gens-là ». Le problème de manque de personnel qualifié est important. DMR ne manque pas de personnel à Montréal mais elle en a besoin aux États-Unis. Elle est obligée de recruter à l'étranger, aux Philippines, en Roumanie, en Russie, et en Afrique du Sud. À Montréal, elle fait du recrutement directement auprès des universités.

DMR a aussi une entente avec le collège Ahuntsic pour offrir aux jeunes la technologie COBOL, le langage de programmation indispensable à la conversion des ordinateurs à l'an 2000. Cette technologie désuète sera requise encore longtemps, assure M. Vallée. « Nous n'aurons jamais le temps, ni l'argent nécessaire pour tout convertir à un autre code ».

Entre 2000 et 2010, le grand défi sera de trouver, former et garder du personnel, soutient M. Vallée. « Notre actif, c'est la matière grise », dit-il.

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par Lisa Binsse, La Presse, vendredi 19 décembre 1997
 



 

Recherche et photo par Paul Meilleur, de Ste-Adèle

Mise à jour le 24 avril 2005 par Paul Meilleur, de Ste-Adèle

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