Accident de Jeannine Meilleur
Cloutier
�crit en janvier 2008
par Huguette Cloutier
Lors de cet accident, une plainte a �t� log�e de la
part de Eug�ne Cloutier, le mari de Jeannine, pour n�gligence
envers la compagnie dont M. B. faisait le transport de plaque de m�tal.
Le but de cette plainte �tait seulement pour
que cette compagnie ainsi que toutes celles qui �taient dans la m�me
situation, prennent des mesures plus s�curitaires dans leur transport.
Voici le rapport du proc�s verbal :
Apr�s avoir entendu les t�moignages, il
appert que la mort de la personne pr�cit�e est survenue dans
les circonstances suivantes :
Madame Jeannine Meilleur Cloutier fut accident�e le
2 mai 1980, route 117 � environ 4 milles au nord de St-V�ronique
pr�s du chemin conduisant au Lac Allard.
Madame Jeannine Meilleur Cloutier qui avait �t�
gri�vement bless�e, d�c�da le 5 mai 1980 �
l’h�pital du Sacr�-Cœur de Cartierville des suites de cet accident,
ayant subi une fracture ouverte du cr�ne.
L’enqu�te concernant cette victime fut tenue �
Labelle le 5 d�cembre 1980 et suivie le 17 mars 1981, le principal
t�moin M. B. ne s’�tant pas pr�sent�. Il fut
d’apr�s les t�moignages entendus que M. B. conduisait le tracteur
avec remorque plate-forme appartenant � C., et qu’il �tait
parti le 2 mai 1980 de la Baie James. Il transportait deux barils charg�s
de pi�ces de m�tal. En cours de route un des barils s’est renvers�
sur le c�t� et une plaque pesant de 4 � 5 livres est
tomb�e du camion sur le pav�, a rebondi sur un v�hicule
devant M. Cloutier qu’il suivait pour ensuite bris� le pare brise
c�t� gauche et frappant Mad. Meilleur Cloutier � la t�te,
ce qui causa sa mort 3 jours plus tard.
Comme M. B. l’admet � l’enqu�te, il constate lui-m�me
qu’un des barils s’�tait renvers� et cela au environ de Mont-Laurier
lors d’un arr�t dans un restaurant. Pour un homme de son exp�rience
au lieu de se faire aider et replacer le baril de fa�on s�curitaire,
il se contenta de le rapprocher ce qui d’apr�s lui suffisait pour
contenir les morceaux de fer. Ce qui s’averra inefficace. Il eut �t�
si facile de demander de l’aide et de fixer solidement les barils et ainsi
voyager sans �tre un danger imminent pour la circulation. Je crois
qu’il y a n�gligence de la part du conducteur dans cette cause et je
tiens criminellement responsable M. B. du d�c�s de Jeannine
Meilleur Cloutier.
Jour 3 du mois d’avril 1981
Cette partie-l�, mon p�re l’a trouv�e tr�s difficile.
Il ne comprenait pas qu’il n’avait rien � voir avec ce jugement car
ce n’�tait pas envers le conducteur qu’il avait fait sa plainte et
l�, il �tait question du conducteur seulement. Il a fallu lui
expliquer que �tant donn� un d�c�s dans la cause,
c’�tait les proc�dures normales. Mon p�re a quand m�me
insist� aupr�s du juge. Il lui a dit qu’il ne voulait pas
que le conducteur ait toute la responsabilit� de cet accident, il
d�sirait seulement que l’on prenne des proc�dures plus s�curitaires
pour que ce genre d’accident n’arrive plus jamais. Le juge a d�clar�
une pause disant � mon p�re qu’il lui parlerait un peu plus
tard.
Apr�s ce jugement papa �tait d’une nervosit�
extr�me. Mais le juge a laiss� mon paternel s’exprimer sur tout
ce qu’il avait � dire.
Voil� un r�sum� de ce qu’il a
dit :
Comme je travaille pour une municipalit�, je connais
bien les r�glements de s�curit� mais rien n’emp�che
que des erreurs tout le monde peut en faire. Comme on dit c’est avec les
erreurs qu’on apprend.
Moi-m�me peut-�tre que j’aurais agi de la m�me
fa�on que M. B. Les cons�quences de nos gestes, on ne les conna�t
pas toujours � l’avance et ce n’est pas n�cessairement volontaire.
Ce conducteur n’est pas un meurtrier pour autant, s’il l’avait su, il aurait
fait en sorte que �a n’arrive pas. Tout le monde a droit �
une deuxi�me chance. M. B. se retrouve avec un dossier criminel, il
n’aura plus d’emploi. Ce qui venait de se produire �tait une le�on
pour tout le monde en fin de compte.
Il a termin� en disant : Oui j’ai perdu ma femme, c’est difficile…
mais on peut rien y changer et tout comme moi, M. B. doit apprendre �
vivre avec ce fait maintenant. Je ne peux pas lui en vouloir pour ce qui
est arriv� mais si je peux changer des choses � cause de cet
accident, je vais en �tre satisfait. Je suis l� aujourd’hui pour
cette seule raison. Je veux qu’on oblige une toile sur ce genre de transport
m�me si les barils ont des couvercles � �crous et qu’il
soit transport� dans une remorque mieux adapt�e, plus s�curitaire.
Il est �vident que ces couvercles ne prot�gent pas suffisamment
et une remorque plateforme n’est pas tr�s recommand�e �
mon avis pour ce genre de transport.
Le juge a accept� sa demande qui rel�ve de bon sens et lui
a promis de s’en occuper personnellement. Sa demande serait appliqu�e
le plus t�t possible, les dispositions seraient prises dans ce sens.
Lorsque mon p�re m'a racont� ce qu’il
avait dit dans ces mots un peu maladroits mais r�solu du bien fond�
de son jugement, rien ni personne ne pouvait le convaincre du contraire.
L�, je reconnaissais bien mon p�re! J’�tais tr�s
fi�re de lui ! Il nous a toujours �duqu�s de cette fa�on.
Il a toujours �t� confiant de ses r�gles de vie et il
�tait convaincu que c’�tait la meilleure chose � inclure
dans notre code de tous les jours. Comme on dit, on ne frappe pas quelqu’un
qui est d�j� par terre.
Mon p�re n’a jamais rencontr� M. B. mais
une personne proche de lui, �tait � la cour pour entendre le
jugement. Il est all� voir mon p�re pour lui dire que M.B.
�tait vraiment navr� de la situation et lui faisait toutes ses
excuses. S’il pouvait revenir en arri�re, il saurait quoi faire. Ce
conducteur n’avait pas travaill� depuis l’accident, il �tait
en grande d�pression. Il a une famille lui aussi qui en subit les contrecoups.
Une personne est morte et le cercle de gens touch�s par cette cause
�tait �norme. Cela confirmait les croyances de mon p�re
et il souhaitait fortement que ces paroles puissent changer quelque chose
pour ce M. B.
M. B. ne s’est jamais rendu compte qu’un morceau de
sa cargaison �tait sorti du camion. La police l’a rejoint � L'Annonciation
alors qu’il s’�tait arr�t� au restaurant. Il avait jet�
un coup d’œil sur ses barils et s’est rendu compte que le baril qui �tait
renvers�, �tait ouvert. Il parlait avec quelqu’un lui expliquant
les probl�mes de sa cargaison. Il croyait que le baril �tait
mieux de rester sur le c�t� vu qu’il �tait tomb�.
Mais l� c’�tait plus une bonne id�e, il voulait de l’aide
pour ramasser les d�g�ts et trouver un moyen de les attacher.
Il �tait trop tard pour ma m�re, le d�g�t �tait
irr�versible.
Quand les policiers lui ont annonc� ce qui venait
de se produire, M. B. �tait compl�tement assomm� comme
s’il avait lui-m�me re�u ce morceau par la t�te. En plus
il �tait tr�s chanceux dans cette malchance que cette pi�ce
touche qu’une seule personne.
Les m�mes policiers qui ont rencontr�
M. B. ont vu mon p�re plus tard et lui ont fait part de leur rapport.
Ces policiers ont eu des bonnes paroles pour ce conducteur car il le savait
sinc�rement accabl� de l’accident. M. B. n’a pas �t�
capable de reprendre la route. C’�tait la dure r�alit�
du moment.
Je ne sais pas combien de temps la demande de mon p�re
aupr�s du juge a �t� appliqu�e mais deux autres
accidents de ce genre se sont produits. Exactement une semaine apr�s
ma m�re, j’ai entendu � la radio qu’une femme seule �tait
au volant de son auto sur le pont Jacques-Cartier. Un morceau de m�tal
�tait sorti d’un camion et l’avait frapp� � la t�te…
morte sur le coup. Elle aussi je crois �tait dans la quarantaine.
Mon corps a frissonn� tellement fort que j’ai d� m’asseoir.
Peut-�tre environ deux mois apr�s cette
femme, un autre encore, cette fois sur la route de Qu�bec… mort sur
le coup. Par la suite je n’ai jamais entendu parler d’un accident semblable.
Ma m�re n’est pas morte sur le coup m�me
si �a ne change rien au fait qu’elle n’�tait pas vraiment pr�sente,
mais nous, on a eu 3 jours pour nous permettre de r�aliser et d’accepter
cette r�alit�. �'a �t� des heures difficiles
bien s�r !… mais c’�tait surtout du temps qui nous �tait
allou� pour avaler le choc. C’�tait tellement important !
On savait ce que c’�tait une mort soudaine, on l’a v�cu avec
Dorice, il n’y a pas de mots pour d�finir une telle douleur.
Lorsque j’y pense, c’est presque ridicule, une simple
toile aurait fait une grande diff�rence. Si ce n’�tait pas
arriv� � ma m�re, est-ce que quelqu’un d’autre aurait
fait la m�me demande que mon p�re ? Combien de mort il aurait
fallu, avant qu’on se rende compte qu’il y avait quelque chose � faire
pour �viter ce genre d’accident?
Je crois qu’aujourd’hui les gens sont beaucoup plus
vigilants. Lorsqu’il se passe quelque chose d’�trange tout de suite
une enqu�te est faite et prise en compte. Si une chose doit �tre
chang�e, ce n’est pas tr�s long qu’on applique des r�gles.
Pourtant il y a encore des accidents par n�gligence et je crois qu’il
va toujours en avoir, c’est impossible de tout les �viter. C’est tellement
insolite des fois !
Rapport du m�decin au d�c�s :
Dr. Alain Godon
Dr. Jacques Cartier Coroner
H�pital Sacr�-Coeur Cartierville, Montr�al
1- Polytraumatisme
2- Fracture, cr�ne enfonc� temporal
droit
3- Contusion c�r�brales graves massil
secondaire
4- H�morragie intrac�r�brale
probable
Apr�s le choc de l’accident, mon p�re a vu ma m�re pencher
vers l’avant faisant des soubresauts, il s’est arr�t� sur le
bord de la route. Il lui parlait mais elle ne r�pondait pas. Le monsieur
qui �tait devant lui dont il avait re�u en premier le morceau
de m�tal sur le toit de son v�hicule, s’est arr�t�
aussi lorsqu’il a vu mon p�re le faire. Il se doutait que quelque
chose n’allait pas. Ils ont fait demander la police et une ambulance. Ce monsieur
qui �tait avec sa femme, ont fait leur d�position. Eux aussi
se rendaient � Mont-Laurier je crois. Ils ont suivi mon p�re
jusqu’� l’h�pital, un tr�s beau geste de leur part. Ces
personnes ont toute ma gratitude.
Ma m�re n’est pas rest�e tr�s
longtemps � l’h�pital de Mont-Laurier, son cas �tait
trop grave. Un transfert a �t� demand� pour l’h�pital
Sacr�-Cœur en urgence. Mon p�re sous le choc, s’est rendu
chez Anita, la sœur de ma m�re au Lac St-Paul. On l’a pris en charge
pour le reconduire � Montr�al. Pendant le transport en ambulance
de maman, ils ont d� s’arr�ter trois ou quatre fois. Ma m�re
faisait des arr�ts cardiaques � r�p�tition.
Au troisi�me jour de son hospitalisation, nous
avions eu toutes les informations � son sujet. Le verdict �tait
bien cruel mais je crois que nous le connaissions tous. Notre m�re
n’�tait plus qu’un �tre compl�tement d�muni. Il
y avait que l’apparence de son corps livide et inerte, tellement inexpressif.
On a demand� � mon p�re s’il d�sirait qu’elle
soit d�branch�e ? Quelle question oppressante !
Mon p�re sur le coup a fig� de stupeur,
il devait prendre cette d�cision. Je pouvais entendre ses pens�es,
dire oui je le veux, comme il l’avait aussi dit � son mariage, c’�tait
compl�tement ironique. Qui voudrait fonctionner � l’envers
de ce qu’il avait d�sir�. Dire oui parce qu’il voulait �tre
avec elle et dire encore oui pour ne plus �tre avec elle contre son
d�sir, c’�tait d�chirant!
Nous �tions l� pour le supporter mais
la d�cision lui revenait. C’�tait encore plus p�nible
que de laisser partir maman. Elle n’aurait pas voulu vivre ainsi et c’�tait
insupportable de la voir de cette fa�on. D’ailleurs cette journ�e
l�, nous �tions deux � savoir qu’elle �tait d�j�
partie vers la fin de l’apr�s midi. Moi et ma sœur Johanne, on ne
s’est rien dit sur le coup mais on savait. Mon p�re leur a donn�
le OK apr�s le souper. En fermant la machine, il n’y avait plus rien
que l’�cho d’un silence fade, vaporisant du m�me coup notre
d�livrance.
Jeannine avait un trou sur la tempe, grand comme un
25 sous. Elle n’a jamais vu arriver ce morceau car elle �tait en train
de lire. Son souhait fut exauc� avec cet accident. Elle est partie
sans souffrance et sans en avoir conscience. Malheureusement encore tr�s
jeune, 48 ans. La plaque de m�tal qui a atteint ma m�re, a
�t� retrouv�e derri�re le si�ge de mon
p�re. Comme ce morceau rebondissait partout, on �tait bien heureux
qu’il ne soit pas revenu derri�re la t�te de papa.
Eug�ne n’�tait pas au bout de ses peines
avec la paperasse que cela apportait. Il n’avait pas grand moment de r�pit.
Je l’aidais du mieux que je pouvais. Un apr�s-midi alors que je suis
� la maison avec lui, il est arriv� un fait plut�t cocasse
malgr� les circonstances. Mon p�re attend l’agent d’assurance.
� son arriv�, papa est sortie dehors
avec lui pour lui montrer le pare brise du camion. L’agent a demand�
� mon p�re, pourquoi il avait fait venir un agent chez lui
pour ce simple trou ? Disons qu’il lui avait parl� sur un ton un
peu arrogant. Quand papa lui a r�pondu qu’il avait perdu sa femme
justement � cause de ce trou, la confusion �tait au comble
d’un r�el malaise. L’agent n’�tait pas au courant du d�c�s.
Il s’est confondu en excuses par dessus excuses. �a… c’est vraiment
se mettre les pieds dans les plats. Je crois que ce monsieur ne se fera
plus jamais prendre par ce genre d’impr�vu. Mon p�re �tait
choqu� mais apr�s quelques minutes il a souri en disant que
le � p�vre monsieur avait bien attrap� son air �,
il n’aurait pas voulu �tre dans ses souliers.
Je n’�tais pas encore all�e voir le camion
de mon p�re et avec l’�v�nement de l’agent, c’est devenu
intriguant. Je vais devant le v�hicule et je regarde ce trou. Il n’est
pas vraiment � la hauteur de la t�te d’une personne assise l�,
j’en �tais boulevers�e ! Je suis rest�e fig�e
l� quelques minutes � imaginer le chemin qu’avait emprunt�
ce morceau de m�tal. Je me suis souvenue que maman lisait lors de
l’impact alors c’est devenu plus plausible. Par contre, je comprenais maintenant
l’agent d’assurance. Pour quelqu’un qui n’�tait pas au courant des
circonstances de l’accident, on ne pouvait imaginer que ce trou avait caus�
la mort d’une personne. C’�tait d’une insignifiance morbide !
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Recherche, textes et photos par Huguette Cloutier, de Mont-Laurier
Mise � jour le 17 mars
2008 par Paul Meilleur, de Ste-Ad�le
Mise � jour le 22 avril 2009 par Huguette Cloutier,
de Mont-Laurier
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