
Les
précipitations, plus abondantes en hiver, sont très contrastées
selon les régions : elles ne dépassent pas 635 mm dans la
plaine de la Bekaa, mais atteignent 889 mm le long de la côte et
1 270 mm sur le versant occidental du mont Liban. La saison sèche
s’étend entre le mois d’avril et le mois d’octobre.
Une grande partie de la forêt libanaise a aujourd’hui disparu.
Les cèdres, arbres emblématiques du pays, qui fournissaient
le bois précieux des sarcophages égyptiens de l’Antiquité
et des palais mésopotamiens, se sont raréfiés. Une
forêt de chênes verts et de pins couvre encore la partie supérieure
du versant occidental du Mont-Liban. Ailleurs prédomine une végétation
de type méditerranéen, constituée principalement de
broussailles. Les principales espèces animales qui subsistent à
l’état sauvage sont le chacal, le loup et la gazelle.
Population et société
Démographie
En 1995, la population libanaise était estimée à
3,1 millions d’habitants, soit une densité moyenne de 289 habitants
au kilomètre carré. La croissance annuelle de la population
s’élevait, sur la période 1990-1995, à 3,3 p. 100
par an!; l’indice moyen de fécondité était d’environ
3 enfants par femme, mais les chiffres varient beaucoup selon les communautés.
Pour la période 1995-2000, la part des moins de 15 ans dans la population
totale est estimée à 34 p. 100, celle des individus âgés
de 65 ans et plus, à 6 p. 100. L’espérance moyenne de vie
est de 70 ans.
Les données chiffrées concernant la population sont
à manier avec beaucoup de précautions : le dernier recensement
remonte en effet à 1932, à l’époque du mandat français.
C’est sur la base des résultats de ce recensement que fut effectué
le partage du pouvoir entre les différentes communautés en
1943 et que furent distribués les postes dans la fonction publique.
La distorsion croissante, au fil des décennies, entre la réalité
démographique et la répartition des rôles au sein du
système politique fut l’un des facteurs fondamentaux du conflit
libanais. La prépondérance accordée aux communautés
chrétienne maronite (qui détient, depuis 1943, la présidence
de la République) et musulmane sunnite (qui détient le poste
de Premier ministre) ne correspondait plus à la composition de la
population libanaise au sein de laquelle les musulmans chiites connaissaient
le plus fort accroissement démographique.
La part des différentes communautés demeure inconnue
et prête à des estimations très diverses. Les origines
du peuple libanais sont également l’objet de débats. Les
maronites revendiquent ainsi une filiation directe avec les Phéniciens
de l’Antiquité, les communautés musulmanes affirmant, quant
à elles, leur identité arabe. D’après des estimations
datant de 1993, outre la majorité de Libanais, le territoire abriterait
12 p. 100 de Palestiniens, 5 p. 100 d’Arméniens et une minorité
de Syriens et de Kurdes.
Découpage administratif et villes principales
En théorie, le Liban est découpé en six gouvernorats
(les Mohafazats), divisés en vingt-six districts. Mais dans ce pays
en reconstruction, cette division n’a plus guère de sens d’autant
que l’autorité du gouvernement libanais ne s’étend toujours
pas sur l’ensemble du territoire. Depuis 1985, date du retrait de ses troupes,
Israël a gardé le contrôle sur la zone frontalière
du Sud, où est présente l’Armée du Liban-Sud (ALS),
pro-israélienne. Une grande partie de la région méridionale,
au-delà de cette «!zone de sécurité!»,
est contrôlée par le Hezbollah, organisation islamiste radicale.
Environ 87 p. 100 de la population est urbaine. Traditionnellement,
les villes situées dans les plaines sont dominées par les
sunnites et les chrétiens grecs orthodoxes. L’essor urbain et la
diversification du peuplement qui l’accompagna, commencèrent en
1860, lorsque les maronites quittèrent en masse la montagne libanaise,
ensanglantée par des affrontements entre chrétiens et druzes,
pour s’accélérer au XXe siècle, avec l’arrivée
des immigrants arméniens et l’ouverture économique du pays.
Beyrouth, la capitale et port principal, compte approximativement
1,5 millions d’habitants estimation 1992). Tripoli (350 000 habitants)
et Saïda (200 000 habitants), l’antique Sidon, sont à la fois
des ports importants et des terminaux d’oléoducs. Sour, l’ancienne
cité phénicienne de Tyr (100 000 habitants) est un marché
agricole.
Gouvernement et vie politique
Organisation des pouvoirs
La Constitution du 23 mai 1926, inspirée des lois constitutionnelles
françaises de 1875 fondant la IIIe République, transforma
le Liban en république et officialisa le système du partage
du pouvoir entre les communautés, qui fut effectué par le
Pacte national de 1943, date de l’indépendance effective du Liban.
Cette Constitution est toujours en vigueur, mais elle fut amendée
à plusieurs reprises et notamment en 1990, après la signature
des accords de Taëf, qui mirent fin à la guerre du Liban. Ceux-ci
prévoyaient le rééquilibrage du pouvoir au profit
du Conseil des ministres, la parité de représentation au
Parlement entre chrétiens et musulmans, et l’abolition à
terme du confessionnalisme.
Le président du Liban — maronite, aux termes du pacte national
— est élu par l’Assemblée nationale!; ses attributions sont
désormais très limitées. En 1995, un amendement constitutionnel
prolongea la durée de son mandat, qui passa de six à neuf
ans. La réalité du pouvoir exécutif appartient au
Premier ministre, sunnite.
En septembre 1992 ont eu lieu les premières élections
législatives organisées depuis 1972. Cent vingt-huit députés
furent élus au suffrage universel pour un mandat de quatre ans.
Toutefois, ce scrutin fut marqué par une forte abstention : près
de 70 p. 100 des électeurs inscrits ne votèrent pas, parmi
lesquels une majorité de chrétiens déniant toute légitimité
à un régime placé sous influence syrienne. Les élections
législatives de septembre 1996 se sont caractérisées
par la participation de plus de 50 p. 100 des inscrits et, pour la première
fois, l’opposition à la présence syrienne s’est manifestée
autour de huit députés.
Partis politiques
La communautarisation de la vie politique a empêché
le développement de partis politiques de type occidental, il existe
cependant plusieurs mouvements de type clanique tels que : Kataëb,
le Bloc national libanais, le Parti national libéral, le Parti socialiste-nationaliste
syrien, le Parti Baas, Ae-Najjades, Al-Harakiyines al-Arab, le Parti socialiste-progressiste,
le Destour, le Parti communiste libanais, la Fédération révolutionnaire
arménienne et le Parti démocrate.
Défense nationale
En 1995, les forces armées libanaises comptaient 45 000 hommes,
dont 43 000 dans l’armée de terre, 800 dans l’armée de l’air
et 500 dans la marine. S’y ajoutaient environ 13 000 hommes dans les forces
de sécurité intérieure, qui dépendent du ministère
de l’Intérieur. Les milices ont été désarmées
et une partie de leurs membres intégrée à l’armée
nationale, à l’exception du Hezbollah chiite (3 000 hommes) et de
l’Armée du Liban-Sud (ALS, 2 500 hommes). Environ 35 000 militaires
syriens sont présents au Liban. En 1994, l’État a consacré
4,4 p. 100 du produit intérieur brut (PIB) aux dépenses de
défense nationale.
Langues et religions
L’arabe est la langue officielle du Liban. L’utilisation du français
demeure courante, notamment dans la communauté maronite, de même
que celle de l’anglais, privilégiée dans les échanges
commerciaux. Les Arméniens (voir Arménien, langue) et les
Kurdes ont conservé leurs langues.
Dix-sept communautés confessionnelles ont une existence officielle
au Liban, chacune relevant d’un droit privé spécifique appliqué
par des tribunaux religieux. En dépit des difficultés à
établir des statistiques fiables, il est certain que l’islam est
devenu la religion du plus grand nombre : on estime que plus de 60 p. 100
des Libanais sont musulmans!; 35 p. 100 de la population totale est chiite,
23 p. 100 sunnite et 5 p. 100 druze. Le rattachement de ces derniers au
groupe musulman est cependant abusif tant ils se sont éloignés
de l’islam depuis presque un millénaire. Les chrétiens représenteraient
près de 30 p. 100 de la population : parmi eux, les maronites sont
les plus nombreux, puis viennent les Grecs orthodoxes. Les Arméniens
sont orthodoxes, catholiques ou protestants. Il existe encore une petite
communauté juive.
Éducation
L’enseignement primaire est gratuit, mais il n’est pas obligatoire
au Liban. Le taux d’alphabétisation (92,4 p. 100 en 1995) est l’un
des plus élevés du monde arabe. En 1990, 73 p. 100 des jeunes
de 12 à 17 ans étaient scolarisés dans le secondaire,
29 p. 100 de la classe d’âge concernée poursuivaient leurs
études dans le troisième degré. En 1993, l’État
a consacré 1,9 p. 100 du PIB aux dépenses d’éducation.
La tradition universitaire du Liban est ancienne. Durant la période
romaine, Beyrouth était déjà célèbre
pour son école de droit. À la fin du XIXe siècle,
les missionnaires chrétiens fondèrent les premières
universités modernes : l’université jésuite de Saint-Joseph
demeure l’un des établissements les plus prestigieux. L’université
américaine de Beyrouth fut fondée à la même
époque. Les autres universités libanaises se trouvent également
dans la capitale : l’université libanaise nationale fut fondée
en 1951, l’université arabe, en 1960.
Société
Le Liban fut et demeure un pays d’immigration et d’émigration.
On estime à 5 millions le nombre de Libanais établis à
l’étranger. L’émigration fut surtout le fait des maronites
qui quittèrent le pays par vagues successives : vers les cités
égyptiennes au XIXe siècle, où ils participèrent
au mouvement de réflexion qui touchait l’ensemble du monde arabe
confronté au défi de la modernité européenne!;
vers l’Afrique noire à la fin du XIXe siècle et vers le continent
américain. Depuis 1975, de nombreux Libanais ont fui la guerre,
trouvant refuge dans les pays occidentaux ou dans les pays pétroliers
du Golfe. La diaspora libanaise a constamment témoigné d’un
dynamisme remarquable : commerçants, hommes d’affaires et intellectuels
ont joué un rôle important dans les pays d’accueil.
L’immigration fut, jusqu’en 1975, supérieure à l’émigration.
Quatre vagues peuvent être identifiées : à partir de
la Première Guerre mondiale et jusqu’à la fin des années
1920, les Arméniens vinrent massivement s’installer à Beyrouth,
fuyant les persécutions en Turquie. Les Kurdes s’établirent
de manière plus progressive. Les uns et les autres se sont intégrés
dans la société libanaise.
Il en est allé différemment pour les immigrants de
la troisième vague, les Palestiniens chassés de leurs terres
par la première guerre israélo-arabe qui suivit la création
de l’État d’Israël. Le nombre des immigrés palestiniens
a grossi après chaque conflit israélo-arabe. La présence
de ces réfugiés apatrides, vivant en marge de la société
libanaise dans des camps miséreux à la périphérie
de Beyrouth, et l’arrivée de combattants armés — dirigeants
et militants actifs de l’Organisation de libération de la Palestine
(OLP) expulsés de Jordanie — en 1970 eurent leur part dans le déclenchement
du conflit libanais.
Une quatrième vague d’immigration concerne les Syriens, qui
furent nombreux, entre 1958 et 1975, à quitter leur pays, dirigé
depuis 1971 par Hafez al-Assad. En 1995, le nombre d’immigrés syriens
était estimé à quelque 800 000 personnes.
Arts et vie culturelle
Culture
La culture du Liban contemporain plonge ses racines dans une histoire
ancienne particulièrement riche et complexe, dont les traces sont
aujourd’hui encore visibles sur le territoire libanais — à Baalbek
notamment, réputée pour ses ruines de temples antiques. Jusqu’en
1920, deux cultures cohabitaient : celle de la montagne et celle des villes.
La première se structurait autour de la famille, du clan et de la
terre!; elle était partagée par les maronites et les druzes,
qui coexistèrent sans heurts jusqu’en 1845. Les maronites, dont
l’Église se rattacha à Rome au XIIe siècle, étaient,
pour cette raison, plus enclins à s’ouvrir aux influences occidentales.
À partir de 1860, beaucoup s’établirent dans les villes,
où s’était épanouie, depuis le VIIe siècle,
la culture arabe, et où cohabitaient sunnites et Grecs orthodoxes,
qui furent les fonctionnaires de l’Empire ottoman. Le rapprochement géographique
des communautés libanaises favorisa le développement d’une
culture urbaine cosmopolite et tolérante, enrichie des apports de
l’immigration, des influences française et américaine.
Les œuvres de deux des plus grands auteurs de la littérature
libanaise portent témoignage de ce pluralisme fécond. Khalil
Gibran, qui étudia la peinture à Paris, écrivit ses
poèmes en arabe et en anglais. Plus proche de nous, Amin Maalouf
porte à la connaissance d’un public international l’histoire des
communautés du Liban et du Proche-Orient dans une langue française
aux résonances orientales. Citons également l’auteur de l’Émigré
de Brisbane, Georges Schehadé, francophone, qui écrivit des
poèmes et des pièces de théâtre. (Voir aussi
Arabe, littérature!; Arabe, musique!; Islam, art et architecture
de l’!; Islamique, musique).
Institutions culturelles
L’imprimerie pénétra au Liban plus tôt que dans
la plupart des pays du Proche-Orient : l’une des premières presses
de la région — utilisant des polices arabes et grecques — est présentée
dans la bibliothèque (datant de 1696) du monastère Saint-Jean
à Kincharah. Le musée de l’Université américaine
et le Musée national, tous deux à Beyrouth, possèdent
de remarquables collections d’antiquités.
Économie
Généralités
En 1991, selon les derniers chiffres disponibles, le PIB du Liban
s’élevait à 3,62 milliards de dollars. Ravagé par
plus de quinze années de guerre, le Liban, prospère jusqu’en
1975, demeure un pays relativement riche. Sa reconstruction (6 milliards
de dollars en dix ans avec le plan «!Horizon 2000!») alimente
une forte croissance économique (7 p. 100 annuellement en 1993 et
1994, 9 p. 100 en 1995). Les investissements étrangers ont repris,
et l’aide internationale s’ajoute aux apports en devises de la communauté
libanaise expatriée. La balance des paiements est excédentaire,
elle atteignait 322 millions de dollars en 1996. Le chiffre du chômage
est inconnu!; l’inflation, en régression, s’élevait à
6 p. 100 en 1995.
Pourtant la situation des Libanais demeure fragile puisqu’en 1996
environ 28 p. 100 de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté.
En outre, la reconstruction coûte cher et le déficit public
atteignait 10 milliards de dollars en 1996. La majeure partie des services
publics ont été restaurés, mais leurs tarifs demeurent
élevés pour la plupart des usagers.
Agriculture, forêts, pêche
En 1991, le secteur primaire occupait 11 p. 100 de la population
active et constituait 9 p. 100 du PIB.
Les surfaces cultivées couvrent environ 30 p. 100 du pays
et la balance agricole demeure extrêmement déficitaire. La
plaine côtière, cultivée de façon intensive,
produit du tabac, de la vigne et des fruits (oranges, raisin, figues et
melons). Les céréales (blé, orge), les légumes
et les fruits (pommes de terre, cerises, prunes, pommes), sont cultivés
sur les portions irriguées de la vallée de la Bekaa. En 1994,
la production d’agrumes a atteint 469 000 tonnes!; celle de pommes de terre,
294 000 tonnes!; de tomates, 246 000 tonnes!; de pommes, 165 000 tonnes.
Le pavot et la marijuana, cultivés dans la plaine de la Bekaa, ont
constitué une source de revenus importante pendant la guerre civile
: la Syrie tente à présent de mettre fin à ces cultures.
Les moutons, les chèvres et le bétail, qui paissent
sur les hauteurs, ont contribué à l’érosion des sols
et à la déforestation. En 1994, le cheptel libanais comprenait
465 000 caprins, 258 000 ovins, 70 000 bovins et plus de 20 millions de
volailles.
En 1993, les forêts ont fourni 500 000 m3 de bois. La pêche
reste peu importante : les prises totalisaient 2 420 tonnes en 1994.
Mines et industries
En 1991, le secteur secondaire occupait 20 p. 100 de la population
active et constituait 22 p. 100 du PIB. Le raffinage du pétrole,
la seule industrie lourde au Liban, fut paralysé par la guerre!;
les grandes manufactures ont été remplacées par des
unités de production de taille plus réduite. Les principales
productions industrielles concernent l’agroalimentaire, le ciment, l’aluminium
et l’habillement (soie, coton).
Secteur tertiaire
En 1991, le secteur tertiaire occupait 69 p. 100 de la population
active et constituait 69 p. 100 du PIB.
Secteurs traditionnellement dominants de l’économie libanaise,
la banque et les assurances, le tourisme et le commerce ont beaucoup souffert
de la guerre et se redressent lentement.
L’unité monétaire, émise par la Banque du Liban,
est la livre libanaise divisible en 100 piastres.
La plupart des réseaux de communication ont été
restaurés depuis la fin du conflit. Le réseau routier représente
quelque 7 100 km, le parc automobile est très développé.
Les infrastructures ferroviaires ont été gravement endommagées
par la guerre : 415 km de voies ferrées étaient en service
en 1995. L’aéroport de Beyrouth, fermé durant de longues
périodes entre 1975 et 1990, dessert de nombreux pays. Le Liban
dispose d’une importante flotte de commerce.
Lieu de villégiature privilégié du Proche-Orient
des années 1950 aux années 1970, le Liban accueillait, dans
ses stations balnéaires à la mode, de nombreux visiteurs
en provenance de la région mais aussi d’Europe. Très touché
par la guerre, le tourisme a légèrement repris depuis le
début des années 1990. Le pays a accueilli 400 000 visiteurs
en 1995 (contre plus de 3 millions en 1974), ce qui représente un
revenu de 710 millions de dollars.
Commerce extérieur
Le commerce joue un rôle prépondérant dans l’économie
libanaise. Jusqu’au milieu des années 1970, de nombreuses firmes
étrangères possédaient des succursales à Beyrouth,
véritable plaque tournante de la région pour les affaires.
En 1995, la balance du commerce extérieur était fortement
déficitaire avec 982 millions de dollars d’exportations et
7 393 millions de dollars d’importations.
L’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, la Syrie, ainsi
que la France, l’Allemagne, l’Italie et les États-Unis sont les
principaux partenaires commerciaux du Liban.
Histoire
L’Antiquité
L’histoire ancienne du Liban est celle de la Phénicie. Après
avoir atteint leur apogée au Xe siècle av. J.-C., les cités
phéniciennes comme Byblos, Sidon (voir Saïda) ou Tyr (voir
Sour), qui connurent la domination des Assyriens puis des Babyloniens,
s’hellénisèrent durant l’ère séleucide (à
partir du IVe siècle av. J.-C). En 64 av. J.-C., Pompée conquit
la Phénicie et l’annexa à l’Empire romain, dans la province
de Syrie. Durant cette période, les cités renouèrent
avec la prospérité, le commerce reprit son essor. Les temples
de Baalbek témoignent aujourd’hui d’une culture brillante. L’araméen
se diffusa parmi la population. La christianisation progressa après
le partage de l’Empire romain, en 395 apr. J.-C, lorsque la région
échut à Byzance.
La conquête musulmane
En 635, les troupes arabo-musulmanes des Omeyades conquirent le
pays. Le Mont-Liban fut intégré à la région
militaire arabe de Damas. Au XIe siècle, les druzes trouvèrent
refuge dans le sud de la montagne libanaise, dont la partie nord était
habitée par les maronites!; dès lors, une mosaïque de
communautés religieuses habita la région. De 1099 à
1291, les croisés dominèrent le pays et établirent
des royaumes chrétiens divisés entre le comté de Tripoli,
au nord, et le royaume latin de Jérusalem, au sud. Les mamelouks
d’Égypte menèrent la reconquête musulmane du Liban
à la fin du XIIIe siècle!; Beyrouth, définitivement
reprise en 1291, devint un port de commerce actif.
La domination ottomane
La mise en place d’une administration mixte
En 1516, les Turcs ottomans ravirent aux Mamelouks toute la côte
de la Méditerranée orientale. Tandis que les élites
urbaines devenaient les fonctionnaires de l’Empire ottoman, les «!émirs
de la montagne druze!» régnaient sur le Mont-Liban, largement
autonome par rapport à la Sublime Porte. Cette autonomie fut rendue
possible par le processus d’intégration socio-économique
des communautés druzes, maronites et chiites. La grande féodalité
druze donnait sa structure à l’entité libanaise tandis que
la paysannerie maronite, qui connaissait une forte croissance démographique,
assurait sa prospérité. Le XVIe siècle fut aussi celui
de l’ouverture du clergé maronite sur l’Europe de la Renaissance.
La première dynastie de l’émirat libanais fut druze : elle
débuta avec les Banu Maan. Le règne de Fakhr al-Din (1585-1635)
fut le plus brillant : la montagne libanaise sortait de son isolement!;
une alliance fut même conclue avec le duché italien de Toscane.
Le pouvoir passa ensuite aux mains d’une dynastie sunnite, celle
des Chehabides (1697-1842), qui se convertit au christianisme maronite
au début du XVIIIe siècle. Cette conversion illustre la remarquable
perméabilité des communautés libanaises — pratiquement
inexistante dans les autres territoires du Proche-Orient ottoman.
Pourtant, le règne de Béchir II Chehab (1788-1840)
devait être le prélude à la première crise intercommunautaire.
Ce dernier, en effet, mena une politique d’abaissement de la féodalité
druze (qui visait notamment la famille des Joumblatt). En 1831, il s’allia
avec le vice-roi d’Égypte Méhémet Ali qui s’était
lancé dans la conquête du territoire syrien et menaçait
la puissance ottomane. Les entreprises militaires de Béchir II étaient
financées par l’impôt, dont le poids accablait les paysans
maronites et chiites. Les druzes mirent à profit le mécontentement
des populations de la montagne pour obtenir, en 1840, la déposition
de l’émir, avec l’appui de la Sublime Porte et des puissances européennes,
dont l’influence locale grandissait.
Les prémices de la partition communautaire
De 1840 à 1860, la montagne libanaise fut ensanglantée
par les affrontements entre druzes et maronites. C’en était fini
de la symbiose entre communautés, et, par voie de conséquence,
de l’autonomie libanaise. Les Ottomans jouaient désormais un rôle
plus direct, mais les réformes inspirées du modèle
européen (Tanzimat) venaient trop tard. La rupture entre les communautés
avait été favorisée par la politique de Béchir
II. La rivalité entre les puissances européennes, française
et britannique, qui convoitaient les territoires ottomans, joua également
un rôle dans les massacres intercommunautaires : la première
soutenait la communauté maronite — Napoléon III envoya 6
000 hommes pour protéger les chrétiens — tandis que la seconde
appuyait la féodalité druze.
Pour la première fois, en 1841, le Mont-Liban fut divisé
en deux territoires, sur une base confessionnelle : les maronites étaient
concentrés au nord, les druzes, au sud. Les affrontements prirent
fin, en 1864, avec la signature d’un accord mettant en place une nouvelle
administration. Celle-ci fut imposée aux Ottomans par les puissances
européennes concernées par la question d’Orient (la France,
la Grande-Bretagne, l’Autriche-Hongrie, la Russie). Selon ce protocole,
un Petit-Liban fut constitué, tandis que les périphéries
nord et sud du Mont-Liban et de la Bekaa furent rattachées à
la province ottomane de Syrie. Le statut du Petit-Liban jetait les bases
de la partition confessionnelle de la vie politique : sa gestion en était
confiée à un gouverneur ottoman, nécessairement chrétien,
placé sous le contrôle des consuls européens. Une assemblée
délibérante siégeait auprès du gouverneur!;
les membres en étaient des représentants des communautés
religieuses. Le nouveau système politique était donc fondé
sur la représentation des diverses communautés.
Le mandat français
Les Ottomans, entraînés par le jeu des alliances dans
la Première Guerre mondiale aux côtés des Empires centraux,
suspendirent l’autonomie du Liban dès 1914. Les mouvements réclamant
l’indépendance se développèrent et une première
révolte arabe, soutenue par les Britanniques, éclata. À
l’issue du conflit mondial, le traité de Sèvres (1920) régla
le sort de l’Empire ottoman défait et définit les frontières
actuelles du Liban. Les accords secrets Sykes-Picot, conclus entre Français
et Britanniques dès 1916, avaient placé le pays dans la zone
d’influence française au Proche-Orient.
Ainsi, en avril 1920, la France se vit confier un mandat de la Société
des Nations (SDN) sur le Liban. Les maronites obtinrent d’elle le rattachement
des plaines demeurées sous contrôle direct de l’Empire ottoman.
Pour la première fois étaient réunies les deux entités
géographiques et culturelles qui avaient eu jusqu’alors des trajectoires
différentes. Cette unification n’alla pas sans tensions. La création
du Grand-Liban, le 1er septembre, s’opposait au projet des nationalistes
arabes syriens d’une Grande-Syrie, auquel était favorable les sunnites.
Cette question territoriale et politique devait ressurgir après
l’arrivée au pouvoir à Damas d’Hafez al-Assad et déterminer
en grande partie la politique syrienne durant le conflit libanais, à
partir de 1975.
Le Grand-Liban fut doté, en 1926, d’une Constitution qui
instaurait une République et consacrait la partition sur une base
confessionnelle : le chef de l’État serait un chrétien maronite,
le chef du gouvernement, un musulman sunnite, le président de la
Chambre, un musulman chiite. Sous le mandat français, les villes
se modernisèrent et Beyrouth, capitale et siège du haut-commissaire
français, s’étendit, sous la pression démographique
due à l’immigration arménienne et kurde. La domination, politique
et économique, des maronites s’affirma, favorisée par les
Français. Le mandat fut confirmé par l’Acte de Londres, le
24 juillet 1922, mais il n’allait pas résister aux volontés
indépendantistes.
Reconnue en 1936, l’indépendance du pays, proclamée
en 1941 par le général Catroux, ne fut effective qu’en novembre
1943!; cependant les dernières troupes françaises ne quittèrent
le Liban qu’en 1946.
Les années prospères
Le Pacte national
L’existence du nouvel État fut scellée par la conclusion
du Pacte national, le 7 octobre 1947 : les maronites renonçaient
à se placer sous protection occidentale tandis que les sunnites
abandonnaient tout projet d’intégration au sein d’une entité
arabe ou musulmane plus large. Mais le Pacte national figeait également
le système politique. Druzes, chiites et communautés chrétiennes
minoritaires étaient marginalisés, le partage du pouvoir
profitant aux seuls maronites et sunnites. Sur le plan de la politique
extérieure, le consensus prévalut également : le Liban
adhéra à la Ligue arabe dès 1949 mais maintint ses
liens privilégiés avec l’Occident, et affirma toujours sa
spécificité au Proche-Orient.
Démocratie parlementaire moderne, le Liban n’en demeurait
pas moins dominé par les élites, issues des grandes familles
qui pratiquaient le népotisme et, parfois, la corruption. Les partis
politiques qui se constituèrent étaient davantage des réseaux
clientélistes, formés sous l’autorité d’un chef de
clan. Les rivalités politiques n’opposaient pas seulement les communautés
: elles dressaient, au gré des alliances claniques, les grandes
familles les unes contre les autres, chacune contrôlant un territoire,
une ville. De 1943 à 1952, le président Bichara el-Khoury
dirigea le pays avec son Premier ministre, Ryad Solh.
Pourtant, durant plus de trente ans, le Liban connut une période
de grande prospérité, qui ne profita cependant pas à
toutes les communautés. Les chiites et les Palestiniens, qui avaient
afflué sur le territoire libanais depuis 1948, n’en retirèrent
guère d’avantages.
À la suite d’élections frauduleuses, en 1947, un front
d’opposition se développa et contraint Bichara el-Khoury à
démissionner en septembre 1952!; un nouveau président, Camille
Chamoun, fut porté au pouvoir. Celui-ci, assisté par Sami
Solh, chef du gouvernement, entama une politique de réformes (nationalisations,
réorganisation de la justice) et rompit avec une politique extérieure
équilibrée entre le monde arabe et l’Occident, inscrite dans
le Pacte national!; il resserra les liens avec les pays occidentaux et
approuva publiquement la doctrine Eisenhower d’endiguement du communisme.
Une situation fragile
Les frustrations et les oppositions intercommunautaires s’exaspérèrent
dans les années 1950, dans un contexte régional tendu, marqué
par la crise de Suez en 1956. Le nationalisme arabe, qui avait trouvé
en Israël un nouveau catalyseur après le retrait des puissances
coloniales européennes, était porté à son comble.
En 1958, nombreux furent les musulmans libanais à applaudir à
la création de la République arabe unie (RAU), rapprochant
l’Égypte et la Syrie. En mai 1958, une insurrection éclata
parmi les musulmans, menée par le dirigeant sunnite Rachid Karamé
et dirigée contre le président Camille Chamoun, accusé
d’avoir manipulé les élections législatives de juin
1957. Le soulèvement opposa partisans et adversaires de la RAU,
et de fait, musulmans et chrétiens au cours d’affrontements armés.
Après que la monarchie irakienne eut été renversée,
en juillet 1958, par les progressistes baasistes, le président Chamoun
obtint le débarquement de 15 000 marines américains de la
VIe flotte. La stabilité du Liban était devenue un enjeu
géopolitique majeur pour les grandes puissances.
Le commandant en chef de l’armée libanaise, Fouad Chéhab,
très populaire dans le pays, fut élu à la présidence
de la République après le départ de Camille Chamoun.
La crise de 1958 avait coûté la vie à plus d’un millier
de personnes. Le président Chéhab, toutefois, mena une politique
de réconciliation en rééquilibrant la répartition
des postes dans la fonction publique (au profit, surtout, des sunnites),
lança des réformes sociales, promulgua une nouvelle loi électorale
et consolida l’État. En politique étrangère, il améliora
les relations avec l’Égypte de Nasser. Il fut, durant les six ans
de son mandat, constamment en butte à l’hostilité de la classe
politique traditionnelle. Lassé des manœuvres des chefs de clan,
il renonça, en 1964, à se présenter devant les électeurs
pour un nouveau mandat.
La tourmente proche-orientale
Les réfugiés palestiniens
Le Liban, dont deux bataillons de l’armée avaient pris part
à la première guerre israélo-palestinienne (1948-1949!;
voir Israël), s’en tint à une solidarité diplomatique
avec les États arabes durant la guerre des Six-Jours, en 1967, ce
qui le plaça dans une situation marginale par rapport aux autres
États arabes. Ce conflit, pourtant, devait avoir de profondes répercussions
dans le pays. L’occupation par Israël de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est
et de la bande de Gaza provoqua un nouvel afflux de réfugiés
palestiniens dont le nombre augmenta encore après la répression,
par l’armée jordanienne, des résistants palestiniens en septembre
1970 (voir Septembre noir). En 1949, environ 140 000 Palestiniens s’étaient
réfugiés dans le sud du Liban!; à l’été
1971, ils étaient estimés entre 250 000 et 500 000. Or, le
3 novembre 1969, à la suite d’affrontements entre Palestiniens et
armée libanaise, le gouvernement libanais avait, par les accords
du Caire, reconnu le droit de cité aux fedayin («!combattants!»)de
l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), ainsi que leur
extraterritorialité. Ceux-ci trouvèrent refuge sur le territoire
libanais à partir duquel ils multiplièrent les attaques contre
Israël qui, à son tour, mena des représailles au-delà
de la frontière.
La situation intérieure
La présence des réfugiés palestiniens sur le
sol libanais et la lutte entre l’OLP et Israël fut au cœur des débats
politiques. Deux tendances se dégagèrent : d’un côté,
les libanistes qui souhaitaient la fin des combats menés par les
fedayin — leur tendance se regroupa parmi les milices des Kataëb ou
Phalanges libanaises —, de l’autre côté, les arabistes qui
soutenaient les Palestiniens et constituèrent, en 1972, le Front
arabe de participation à la résistance.
En août 1970, Soleiman Frangié fut élu président
de la République. Cette période fut marquée par l’émergence
de mouvements intellectuels de gauche qui soutenaient la résistance
palestinienne et prônaient la laïcisation du régime par
la fin de la confessionalisation du système politique. Les années
1970 se caractérisèrent également par une crise économique
et sociale. La contestation de la population s’exacerba à travers
des mouvements de grève et des manifestations.
La défaite arabe de 1967 avait été celle du
nationalisme nassérien. Le projet islamiste d’unification du monde
musulman s’en trouvait conforté!; il pouvait se substituer à
celui du dirigeant égyptien. Les groupes islamistes radicaux montrèrent
dès lors leur force au grand jour. La guerre du Kippour, en 1973,
ne fit que confirmer cette évolution. Au cours de ce conflit, le
Liban soutint l’Égypte et la Syrie.
Les mouvements palestiniens, chiites et druzes constituèrent
progressivement un front objectif contre l’hégémonie politique
et économique des chrétiens, et, dans une moindre mesure,
des sunnites. Les accrochages se multiplièrent avec les Kataëb,
les Phalanges armées maronites fondées en 1936 par Pierre
Gemayel.
La guerre du Liban
Un conflit généralisé
Le 13 avril 1975, des accrochages entre phalangistes et membres
de l’OLP marquèrent le début d’une guerre longue de quinze
années. À partir du mois d’août, le conflit se généralisa,
opposant les différentes milices chrétiennes et l’armée
libanaise, d’une part, aux combattants palestiniens et aux mouvements islamo-progressistes,
d’autre part. Le gouvernement avait perdu toute autorité!; le pouvoir
appartenait aux factions, structurées pour une large part autour
des clans traditionnels.
Avec l’approbation de la droite chrétienne, le président
Frangié demanda en 1976 l’intervention de la Syrie, qui trouva là
l’opportunité d’occuper le pays — les troupes syriennes pénétrèrent
dans Beyrouth en novembre — et surtout de lutter contre la montée
en puissance des Palestiniens, dont le projet national constituait un obstacle
à la formation d’une «!Grande Syrie!». Les Syriens,
qui avaient d’abord soutenu le Mouvement national libanais — rassemblant
Palestiniens et progressistes musulmans libanais sous la direction du druze
Kamal Joumblatt —, se portèrent au secours des chrétiens,
alors en position de faiblesse. Ils devaient se retourner à partir
de 1978 contre ces derniers.
Beyrouth fut partagée par une «!ligne verte!»
séparant l’Est chrétien de l’Ouest musulman. Le pays était
lui-même morcelé en unités territoriales tenues par
les chefs de guerre.
Le 16 octobre 1976, une conférence se tint à Riyad
avec les représentants de l’OLP, du Liban, de l’Arabie Saoudite,
de l’Égypte et du Koweït qui entérina la présence
des troupes syriennes sur le sol libanais et mit fin aux hostilités.
Elle fut suivie, le 25 octobre, d’un sommet de la Ligue arabe au Caire
qui créa une Force arabe de dissuasion, composée en majorité
de soldats syriens.
L’intervention des Occidentaux
La violence continua néanmoins. En 1977, Kamal Joumblatt
fut assassiné. De nouveaux affrontements se déroulèrent
entre l’armée syrienne et les milices chrétiennes. En juin
1978, Tony Frangié, le fils de l’ancien président, fut assassiné
et de profondes divisions apparurent entre le Front libanais et les phalangistes
de Pierre Gemayel allié à Camille Chémoun, d’une part,
et la tendance représentée par Soleiman Frangié, d’autre
part.
Dès le mois de mars 1978, Israël envahit le sud du Liban
pour tenter de détruire les bases palestiniennes. Les Palestiniens
furent repoussés au nord du Litani. Les Nations unies envoyèrent
une force d’interposition : la Force intérimaire des Nations unies
au Liban (Finul), mais Israël maintint son soutien aux maronites et
ses attaques contre les bases de l’OLP au Liban. Le 18 avril 1979, le général
Saad Haddad, qui avait rompu avec l’armée libanaise, proclama un
«!État du Liban-Sud!».
Cette même année vit le triomphe, à Téhéran,
de la révolution chiite menée par l’ayatollah Khomeiny. L’Iran
devint alors l’un des acteurs régionaux du conflit libanais. Le
régime des mollahs soutint sans discontinuer la milice chiite islamiste
du Hezbollah et les groupes terroristes du Djihad islamique, qui multiplièrent
les attentats, au Liban mais aussi en Israël.
En 1981, la Force arabe de dissuasion affronta les milices des Kataëb,
soutenus par Israël. Les combats se multiplièrent jusqu’à
l’établissement d’un cessez-le-feu le 24 juillet 1981. Les forces
syriennes contrôlaient le nord et la plaine de la Bekaa, tandis que
le sud et Beyrouth-Ouest était aux mains des progressistes et de
l’OLP. Sur le plan politique, la situation était également
chaotique : la difficulté étant de restaurer l’État.
Béchir Gemayel (fils cadet de Pierre Gemayel), à la tête
des Phalanges ou Forces libanaises, s’allia à Camille Chamoun et
tous deux constituèrent le Front libanais, regroupant les Kataëb
et les maronites.
L’intervention israélienne
Le 6 juin 1982, le ministre de la Défense israélienne,
Ariel Sharon, lança l’opération «!paix en Galilée!»
dans laquelle furent engagés jusqu’à 100 000 soldats, qui
traversèrent la ligne d’interposition tenue par la Finul et assiégèrent
Beyrouth, où ils rejoignirent les Forces libanaises de Gemayel.
Durant douze jours à partir du 1er août, la ville où
était retranchée l’OLP, fut soumise à des bombardements
intensifs. Le 20 août, un cessez-le-feu était obtenu par les
États-Unis!; près de 15 000 combattants de l’OLP furent évacués
par les flottes des pays occidentaux.
Après l’assassinat, en septembre, du président Béchir
Gemayel, élu quatre mois plus tôt, les phalangistes massacrèrent
plus d’un millier de civils palestiniens réfugiés dans les
camps de Sabra et de Chatila, dans la zone contrôlée par Israël.
Amine Gemayel fut élu en remplacement de son frère. Les massacres
de Sabra et Chatila furent à l’origine d’une crise politique en
Israël. Au Liban, ils provoquèrent l’intervention d’une Force
multinationale de sécurité des Nations unies, composée
de troupes françaises, américaines et italiennes.
En mai 1983, un accord prévoyait la fin de l’état
de guerre et le retrait des forces israéliennes, conditionné
par celui des Palestiniens et des Syriens. Israël conservait cependant
un droit de police au Liban-Sud. Pourtant les combats reprirent, les troupes
syriennes attaquèrent les fedayin au cours du mois de juin.
L’opération «!paix en Galilée!» avait
marqué l’irruption du conflit dans les régions du Chouf (centre
du Mont-Liban) et de Saïda, jusqu’alors relativement épargnées.
À partir de septembre 1983, éclata la «!guerre de la
Montagne!». Les druzes menés par Walid Joumblatt, fils de
Kamal Joumblatt, soutenus par des combattants palestiniens et par l’artillerie
syrienne, repoussèrent les Forces libanaises.
Une situation de plus en plus confuse
Deux attentats suicides, attribués aux groupes chiites radicaux,
causèrent la mort de plus de 300 soldats américains et français
le 23 octobre 1983. Avant de se retirer complètement en février
1984, la Force multinationale évacua les derniers combattants palestiniens
assiégés dans Tripoli par les Syriens et les dissidents palestiniens
opposés à l’al-Fatah de Yasser Arafat.
En mars 1984, après plusieurs mois de négociations,
les chefs politiques des principales communautés, réunis
sous l’égide de l’Arabie Saoudite et de la Syrie, s’accordèrent
sur la formation d’un gouvernement d’union nationale présidé
par Rachid Karamé et qui comptait parmi les ministres Camille Chamoun,
Walid Joumblatt et Nabih Berri, dirigeant du mouvement chiite «!progressite!»
Amal depuis la disparition, en 1978, de son fondateur l’imam Musa Sadr.
Israël se retira en 1985, cédant le contrôle de
la zone de sécurité à ses alliés chrétiens,
l’Armée du Liban-Sud (ALS). De son côté, le Hezbollah
chiite, soutenu par l’Iran, prit pour cible l’ALS, mais également
Amal et les progressistes laïques. Les enlèvements d’Occidentaux
se multiplièrent.
En février 1987, alors que le mouvement Amal affrontait ses
anciens alliés progressistes dans Beyrouth-Ouest, la Syrie dépêcha
7 000 hommes en renfort dans le secteur musulman. L’armée syrienne
opéra la réunification de la capitale libanaise. Les Syriens
menèrent, alors, par l’intermédiaire d’Amal une nouvelle
«!guerre des camps!», assiégeant durant trente mois,
de juin 1985 à mars 1988, les camps palestiniens de Borj al-Barajneh,
de Sabra et Chatila et de Rachidiyé.
Lorsque le mandat présidentiel d’Amine Gemayel expira en
septembre 1988, aucun accord n’avait été trouvé pour
la désignation de son successeur. Il nomma alors le commandant des
armées, le général chrétien Michel Aoun,
à la tête du gouvernement provisoire. En fait, les factions
chrétiennes et musulmanes mirent chacune en place leur propre administration!;
le gouvernement conduit par le sunnite Selim el-Hoss refusant de démissionner
s’installa dans Beyrouth-Ouest. En mars 1989, le général
Aoun lançait une «!guerre de libération!» contre
la Syrie qui acheva de ruiner le pays et s’accompagna d’affrontements meurtriers
avec les Forces libanaises, désormais dirigées par Samir
Geagea.
Reprise du contrôle par la Syrie
En octobre 1989, sous l’égide du Maroc, de l’Algérie
et de l’Arabie Saoudite, 59 députés libanais (sur 79 encore
vivants) s’accordèrent sur un projet de réforme constitutionnelle,
prévoyant un rééquilibrage des pouvoirs, et à
terme l’abolition du confessionalisme. En novembre, ces accords signés
à Taëf, en Arabie Saoudite, furent ratifiés par le Parlement,
qui élut René Mouawad à la présidence. Ce dernier
fut assassiné dix-sept jours plus tard et le Parlement désigna
un autre maronite, Elias Hraoui, pour lui succéder.
En octobre 1990, les troupes syriennes et l’armée libanaise
régulière mirent en déroute les forces armées
demeurées fidèles à Aoun. Par la suite, l’armée
libanaise, soutenue par la Syrie, reprit le contrôle de la majeure
partie du pays, désarma les milices et chassa l’OLP de ses bastions
dans le Sud-Liban. Le retour progressif à la paix coïncida
avec le déplacement des conflits proche-orientaux vers le golfe
Arabo-Persique, d’une part (voir Golfe, guerre du), et avec les progrès
du processus de paix entre Israël, Palestiniens et pays arabes, d’autre
part.
En mai 1991, la Syrie et le Liban signèrent un traité
d’amitié et de coopération, confirmant les termes des accords
de Taëf qui comportaient un volet sur les relations entre les deux
pays : la Syrie pouvait demeurer au Liban jusqu’à la mise en application
de toutes les réformes constitutionnelles prévues et jusqu’au
retrait israélien du Liban-Sud. Le traité prévoyait
également l’harmonisation des politiques économiques, culturelles
et extérieures des deux pays.
Le Liban en paix
Le bilan de quinze ans de guerre est difficile à établir.
Le conflit libanais aurait fait quelque 150 000 victimes libanaises depuis
1975.
La reconstruction économique du pays a été
engagée rapidement, mais l’établissement d’un système
politique accepté par tous semble plus difficile, comme en témoigne
le boycottage des élections de 1992 par les chrétiens. La
tutelle qu’exerce de facto la Syrie sur le Liban, renforcée par
la victoire de ses partisans aux législatives de septembre 1996,
entame aux yeux d’une partie de la population la légitimité
du nouveau pouvoir, composé depuis 1992 d’Elias Hraoui à
la présidence de la République, de
Rafic Hariri à la tête du gouvernement et de Nabih Berri à
la présidence de l’Assemblée.
La présence au Liban-Sud du Hezbollah, soutenu par l’Iran
et la Syrie, et de l’ALS — qui n’ont pas été désarmés
— de part et d’autre de la zone contrôlée par Israël,
fragilise également la paix. L’accord conclu en juillet 1993, prévoyant
la fin des attaques à la roquette du Hezbollah contre le nord d’Israël
et l’arrêt des bombardements israéliens au Liban-Sud, n’a
guère été respecté.
En avril 1996, répondant à des attaques du Hezbollah,
Israël lança l’opération «!Raisins de la colère!».
L’aviation israélienne bombarda ainsi les bases du Hezbollah, ainsi
que des objectifs civils au Liban, jusque dans le sud de Beyrouth. Au moins
100 personnes trouvèrent la mort sous les bombardements, alors qu’elles
s’étaient réfugiées dans un camp de la Finul, situé
à Cana, près de Sour. Un nouvel accord de cessez-le-feu au
Liban-Sud fut négocié, le 26 avril, sous l’égide des
États-Unis et de la France, qui reconduisait l’accord de 1993, mais
établissait un contrôle d’un comité international.
L’évolution de la situation au Liban est étroitement liée
à la poursuite des négociations de paix entre Israël,
Palestiniens et pays arabes, en particulier la Syrie. Ainsi, en avril 1998,
l’offre israélienne de retirer sous condition son armée de
la zone qu’il contrôle dans le sud du Liban, comme l’exige la résolution
425 du Conseil de sécurité de l’ONU, a été
repoussée par les dirigeants libanais et syriens, ces derniers ne
voulant pas dissocier cette question de celle relative à la restitution
du Golan annexé en 1981.
Toutes ces informations sont tirées de "Microsoft Encarta
1999".
