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  Témoignage d'un médecin de Toulouse - " Habib Samarkandi, collectif "Plus Jamais Ça, Ni ici ni ailleurs"
 

 

L'effet AZF sur le grand prolet ville
Témoignage d'un médecin de Toulouse,

au sujet de la prévention des suites de la catastrophe AZF
Recueilli par Habib Samarkandi, psychosociologue, membre de la commission "sécurité et environnement "
du collectif "Plus Jamais Ça, Ni ici ni ailleurs"


"Les médecins ont reçu des circulaires émanant de la préfecture et de l'ordre des médecins, pour suivre particulièrement les victimes sur les points suivants :


- Conséquences psychologiques immédiates (peur angoisses irraisonnées suite au choc) et tardives (pouvant survenir après des mois d'intervalle libre),

- Conséquences ORL (pertes d'audition, acouphènes, vertiges, bris de tympan, affections ORL qui se chronicisent), à déclarer dans l'immédiat et à suivre au cours du temps,

- Dernièrement, les médecins ont reçu la consigne de prêter attention aux troubles de la vision, car des cas liés à la catastrophe ont été signalés.

Pour ma part, j'ai reçu en consultation un certain nombre de cas de vertiges intermittents, un cas de bris de tympan, deux cas de baisse auditive, et beaucoup d'acouphènes (bourdonnements d'oreille), une seule personne m'a signalé des troubles de la vision. Des cas de troubles psychologiques dans les suites immédiates : une mère qui a vu tomber la cloison de la fenêtre sur le berceau de son enfant, sa fille qui se cache dans les placards en disant " Maman j'ai peur ", et qui s'effraie au passage des avions, une vieille dame qui a tremblé dans son lit plusieurs nuits consécutives. Je n'ai pas d'informations récentes sur l'évolution de ces troubles psychologiques. "
À la lumière de ce témoignage, l'origine sociale de ces patients est particulièrement modeste et laisse envisager un déficit linguistique dans la formulation du ressenti de l'ampleur de la catastrophe. D'autre part, les cas examinés se sont présentés tardivement, n'étant pas conscients, pour le plus grand nombre ; de la gravité de leur cas, croyant qu'il suffisait d'attendre pour que les troubles s'estompent, alors qu'un traitement immédiat était indiqué pour éviter l'aggravation. Les patients, malgré l'insistance des médecins auprès d'eux, n'ont pas mesuré l'importance urgente de sensibiliser les membres de leur famille pour procéder à leur tour à un examen préventif. Autre élément de préoccupation légitime :
nous ignorons, par manque de retour, les suites que ces patients ont données aux consignes des médecins.
À situation exceptionnelle, moyens exceptionnels : lès pouvoirs publics, qui ont vite attiré l'attention du corps médical sur ces aspects, auxquels on pouvait s'attendre, n'auraient4ls pas été pertinents en mobilisant des traducteurs assermentés, accompagnateurs des familles faiblement initiées à la langue française ? Pourquoi n'ont-ils pas sensibilisé les familles sinistrées par l'intermédiaire des travailleurs sociaux et des associations de sinistrés (en pratiquant le porte-à-porte) pour généraliser la consultation à l'ensemble des membres de la famille?
La mobilisation de l'ensemble des services publics pour des situations inédites génère inévitablement un coût supplémentaire, mesurable, au moins par la sécurité sociale.
Les troubles psychologiques, partiellement relevés par le médecin, dans le cas de la catégorie des populations maghrébines sinistrées, ne trouveront pas de suivi. Pour beaucoup, ces populations n'ont malheureusement pas la culture spontanée de consulter un psychologue. Il convient de faire preuve d'imagination pour remédier à des cas spécifiques liés à des invariants culturels. Nous avons encore en mémoire la résistance de plusieurs catégories sociales françaises au recours au psychologue (psychothérapeute, analyste, etc.> aux débuts de cette discipline, notamment dans les années 50 et 60 (voir les travaux de Serge Moscovici " la psychanalyse, son image et son public ").
l'es familles sinistrées, au regard de la gravité de leur situation (froid et manque de lumière dus aux fenêtres brisées, etc.) parant au plus pressé, méritent un suivi sanitaire et psychologique de proximité et au quotidien, relayé par des personnes compétentes (traducteurs formés au travail social, psychologues sociaux, psychologues cliniciens, travailleurs sociaux, médiateurs, voire même des curés, rabbins ou imams, des bénévoles pour l'écoute, etc.).
Dans une réunion récente du réseau associatif toulousain, à la demande de la préfecture pour échanger avec le ministre de la ville Claude Bartolone sur le Grand Projet Ville, les représentants de la société civile ont légitimement introduit au cœur du débat les effets catastrophiques de l'explosion d'AZF sur les habitants de la ville rose déjà fragilisés.
L'appel par le ministre sur la nécessité de faire participer les habitants au Grand Projet Ville ne peut aboutir aux yeux de nombreux ont fragilisé encore plus le lien social des inégalités sociales, les discriminations sociales, racisme, fort taux de chômage chez les populations sinistrées, jeunes désœuvrés, et enfin peur persistante de voir le maintien de la part des pouvoirs publics d'un site chimique hautement dangereux à proximité d'un grand centre urbain... Comment, M. le ministre, peut-on faire participer des habitants traumatisés par la Plus Grande Catastrophe Industrielle Française a un Grand Projet Ville, malgré le doublement par le gouvernement du budget de ce GPV de Toulouse.
La démarche partenariale, citoyenne et républicaine (Etat-vîlledépartement-région et population) que vous préconisez ne peut aboutir sans le préalable de la restauration de la confiance sociale, à savoir la fermeture définitive du site chimique.
C'est le sens de l'appel comment gérer nos quartiers sinistrés après AZF. C'est-à-dire après la fermeture définitive de l'usine Grande Paroisse /Groupe Total-Fina-Elf. C'est, en tout cas, le non-dit non exprimé par les représentants d'associations (par respect à l'ordre du jour...) dans cette réunion toulousaine du vendredi 16 novembre 2001, en présence de nos élus locaux, régionaux, départementaux et nationaux

collectif "Plus Jamais Ça, Ni ici ni ailleurs"

 

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