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POURQUOI CLAMER ENCORE : PLUS JAMAIS ÇA ?
N'EST-IL PAS TEPMPS DE DÉPASSER LA RÉACTION AFFECTIVE
?
Plus on réfléchit, plus cette réaction immédiate
apparaît la bonne. Resurgit dans nos esprits l'impuissance
de ceux qui avaient lutté contre ce site. L'agglomération
toulousaine est venue aux portes des usines ? Mais la faute à
qui ? Et pourquoi ces usines se sont-elles, de leur côté,
rapprochées de nous en grandissant sans cesse ? Pourquoi
les " spécialistes " n'ont-ils jamais envisagé
la possibilité d'une explosion ? La seule logique de tout
cela, c'est celle de la course au pouvoir et au profit. Profit du
groupe Total et de ses actionnaires, jamais démenti, même
après la catastrophe. Des collectivités locales qui
encaissaient les taxes. Des sous-traitants qui avaient une activité
sur le site. Profit électoral pour beaucoup de politiciens.
Or ces capitaines d'industrie, ces élus, ces hauts fonctionnaires
sont aujourd'hui toujours là pour traiter après AZF
: comment pourrions-nous faire confiance à ceux qui ne voyaient
qu'alarmisme irrationnel dans la moindre évocation des risques
?
MAINTENANT, AU MOINS, SOMMES-NOUS A L'ABRI ?
Ne versons pas de nouveau dans l'illusion de sécurité
Le nuage du 21 septembre, dont on ne sait toujours pas de quoi il
était véritablement constitué puisqu'il n'a
jamais été analysé, a libéré
malgré tout dans l'atmosphère des produits toxiques,
certainement de l'amiante et des métaux lourds : quelles
en seront les conséquences sur notre santé ? Actuellement
il reste encore des milliers de tonnes de nitrate d'ammonium (nous
ne savons toujours pas la raison de son explosion), plus d'une dizaine
de tonnes de phosgène... et les avions de Blagnac continuent
à survoler le site. Le risque existe toujours, et pour toute
l'agglomération.
QUI SE DOUTE DE CETTE MENACE ?
Les Toulousains sont maintenus délibérément
dans l'ignorance des risques qu'ils encourent. Le Préfet
a admis qu'il avait choisi entre
2 solutions le confinement ou l'évacuation de la ville. Il
juge que la moins mauvaise est le confinement, tout en reconnaissant
que toute la population n'est pas en mesure de se protéger.
Et qui peut sérieusement envisager de faire vivre toute une
population avec un masque à gaz à portée de
main ?
Il faut donc que les Toulousains ouvrent les yeux : nous sommes
une population potentiellement sacrifiée an cas de nouvel
accident majeur sur le site. Les fédérations syndicales
de la chimie ont regretté que se tienne un débat public.
Il fallait, disaient-elles, " démythifier l'aspect de
dangerosité des industries chimiques ". Mais les parents
des disparus, les personnes mutilées, frappées de
cécité, de surdité, d'hémiplégie,
risquent d'avoir du mal, on peut le présumer, à relativiser
cette dangerosité de ces industries chimiques. Également
les milliers de personnes qui devront être surveillées
médicalement plusieurs années pour de multiples affections
: pulmonaires, ORL, ophtalmo, fausses couches, dépressions,
décompensations, liés entre autres à des conditions
de vie dégradées et aux difficultés sociales
faillites, chômage, changement de travail ou de domicile,
gâchis scolaire et universitaire...
Soyons raisonnables : prenons l'exact contre-pieds des conseils
intéressés des syndicats de chimistes, et cessons
de refouler la pensée du risque chimique comme un fantasme
d'esprits angoissés. Pour mener convenablement le débat
sur l'avenir du pôle chimique de Toutou se, gardons à
l'esprit ce bilan désastreux là est la réalité.
"LE RISQUE ZERO N'EXISTE PAS " QUE VAUT CET ARGUMENT,
FREQUEMMENT MIS EN AVANT ?
Sous son apparente évidence, il transmet en fait ce message
inacceptable : "on ne peut tout maîtriser : vous devez
donc accepter d'encourir tous les risques". Il nous faut accepter,
donc, les effets nocifs de l'activité technologique exactement
comme s'ils nous étaient fatalement imposés par la
nature ou par notre condition dans le monde. Et pourquoi donc ne
pourrions-nous exercer de contrôle sur les activités
qui relèvent de notre propre initiative humaine ? Des philosophes
nous le disent : nous avons atteint une grande maîtrise sur
notre univers, il s'agit maintenant de maîtriser notre maîtrise
pour ne pas en devenir les victimes.
FAITES-VOUS DES HYPOTHESES SUR LE DEBAT A VENIR ?
On voit très nettement se dessiner un scénario possible
Si on laisse d'autres décider à notre place.
Le débat sur les risques industriels que nous propose Lionel
Jospin est en fait très verrouillé : il doit nous
amener à des choix qui sont déjà dans les cartons
du gouvernement et des industriels. Il ne faut pas l'oublier, c'est
un débat national qui se déroule dans toutes les régions.
À Toulouse, l'explosion d'AZF nous donne droit an plus à
une journée préparatoire et à un débat
de deux heures sur le pôle chimique. Cela permettra à
Lionel Jospin de dire qu'AZF ne reprendra pas. Pour la SNPE, elle
a beau être très fragilisé par l'explosion et
le scandale des permis de construire, son sort dépendra de
la pression des Toulousains dans la rue et dans les débats.
Or, que se passe-t-il ? Ce débat impose trois axes : réduction
du risque, maîtrise de l'urbanisme, information et participation
de la population. Toutes les associations participant à ce
débat, et le public par voie de presse, vont apprendre que
le risque existe et qu'il faut faire avec. Puis, très rapidement,
pour que les usines toulousaines et quelques autres soient fixées
sur leur sort, Lionel Jospin va faire connaître sa décision.
Si nous avons été fermes, le pôle chimique toulousain
sera démantelé ; mais on imagine mal qu'il en soit
de même partout en France. Le gouvernement organisera alors,
avec les services de Etat et les industriels concernés, des
semaines de sensibilisation aux risques pour que personne ne puisse
douter de la bonne volonté générale (il suffit
de voir aujourd'hui les visites guidées organisées
sur le site par la SNPE).
On nous sortira alors une loi permettant d'indemniser ceux qui voudraient
quitter la zone à risque, à charge pour chacun de
se déterminer. Ceux qui ne pourront pas s'échapper
de cette zone (santé, emploi, famille, budget, etc.) accepteront
" à l'insu de leur plein gré " de se faire
exploser ou de s'intoxiquer. Dûment avertis des dangers, ils
ne pourront prétendre à une indemnisation... Histoire
de clarifier le débat, je serai curieux de connaître
l'avis du Premier Ministre sur ce petit scénario.
DANS CES CONDITIONS, QUELLE SERA VOTRE PARTICIPATION A CE DEBAT
?
Le bon sens, on le voit bien, refuse la culture du risque qu'on
veut nous inculquer. Mais nous tenons à nous faire entendre
dans ce débat. Le collectif "Plus jamais ça ni
ici ni ailleurs" exige, au nom de tous les sinistrés,
le démantèlement de tout le pôle chimique classé
Seveso du sud de Toulouse.
Le débat régional ne peut donc porter, pensons-nous,
que sur les moyens d'organiser la fermeture définitive du
pôle, pour que les industriels puissent se reconvertir le
plus rapidement possible, créer des emplois, et que la vie
reprenne à Toulouse.
Le débat national, sur les moyens que l'Etat et nos responsables
politiques vont se donner pour que de telles entreprises ne puissent
plus s'installer ou continuer d'exister, ni ici, ni là où
elles sont susceptibles de mettre en péril toute une population
et de polluer à outrance.
Loin de tout débat populiste et électoral, il ne
s'agit de rien moins, à nos yeux, que d'une prise de conscience
au plus haut niveau, concernant la nécessité de donner
priorité à la vie humaine face aux risques vitaux
que certains individus font impunément prendre à d'autres.
Jean-Pierre Bataille,
Membre du collectif "Plus jamais ça, ni ici ni ailleurs"
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