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DU PROGRÈS EN CE TEMPS TROUBLÉS
La catastrophe d AZF a fait brutalement sortir les Toulousains
d un sommeil hypnotique qui durait depuis plusieurs décennies
Ils ont découvert avec stupeur qu'on leur avait menti depuis
longtemps ; que le complexe chimique de la Grande Paroisse était
tres dangereux qu'il avait été aberrant et criminel
de laisser le tissu urbain enserrer ce site industriel et que le
PPI qui devait les protéger avait été totalement
inefficace
Aujourd'hui la situation est confuse les pouvoirs publics sont tres
réticents à fournir les informations qu on leur demande
et la menace grave que la SNPE et Tolochimie font peser sur Toulouse
est toujours présente, angoissante pour beaucoup
Le plus grand nombre s'accorde pour exiger la fermeture des usines
SEVESO et le retour à l'herbe du site qui les abrite encore
actuellement. Pour que cette revendication légitime soit
entendue, il faut qu'elle soit étayée par une réflexion
libérée du carcan des idées reçues que
les acteurs industriels patronaux et syndicaux étatiques
et politiques -dont les intérêts convergeaient- ont
opposé pendant des décennies à ceux qui refusaient
la perpétuation du site de la Grande Paroisse
Pour initier cette réflexion nous proposons d'examiner pour
le démystifier le discours qui a endormi la vigilance des
Toulousains et qui ouvertement ou insidieusement est repris, aujourd'hui
par plusieurs personnes ayant autorité
Le premier argument de ce discours comporte deux termes
Selon le premier, aucune activité industrielle ne peut garantir
le risque zéro
Selon le second qui est présenté comme un corollaire
du premier lès risques industriels aujourd'hui sont des risques
calcules
Le premier terme de cette argumentation occulte sciemment les différences
d'échelle entre les risques que lès entreprises font
encourir a leurs ouvriers et à la population des villes,
des régions ou des pays où elles sont implantées.
Entre l'explosion d'une bonbonne de gaz dans un atelier, la terrible
explosion de l'usine AZF et l'effroyable explosion d'un réacteur
à la centrale nucléaire de Tchernobyl, il n'y a aucune
commune mesure. Le nombre de victimes de la première se comptent
par dizaines, celles de la seconde par milliers et celles de la
troisième par millions. Quant aux dégâts produits,
ils sont dans les mêmes rapports.
Le deuxième terme du premier argument, quand on le confronte
à la réalité, révèle le cynisme
des capitaines d'industrie et de leurs actionnaires.
La logique qui guide ceux-là est une logique de guerre. Pour
eux, l'accident est admissible tant qu'il n'affecte pas la rentabilité
de l'entreprise
Ainsi le sous-directeur de l'AIEA (Agence Internationale de l'Energie
Atomique) disait-il, peu après la catastrophe de Tchernobyl
"Même s'il v avait un accident de ce type tous les ans,
je considérerais le nucléaire comme une source d'énergie
intéressante'
Les PPI qui admettent, implicitement, que la population doit être
prête au sacrifice pour que vive l'entreprise relèvent
de la même logique
Le deuxième argument généralement évoque,
pourrait s'énoncer ainsi : " On ne peut décider
; du jour au lendemain, sous le coup d'une grande émotion
(légitime) de priver une région (le pays tout entier)
d'entreprises qui assurent sa prospérité (qui contribuent
à la grandeur de ce pays)"
Pour répondre à cet argument, nous allons nous interroger
sur l'origine de cette prospérité
En 1981 le groupe toulousain du MAN (Mouvement pour une Alternative
Non violente) éditait en collaboration avec le MIDEP (Mouvement
Midi-Pyrénées d'Ecologie Politique) une brochure intitulée
: " Toulouse et le commerce des armes : le complexe chimique
de Toulouse Sud son implication dans la politique française
d'armement"
Dans cette brochure, on apprenait que l'APC produisait des nitrates
industriels qui "n'étaient rien d'autre que des explosifs
dont la plus grande partie était expédiée par
bateau depuis Bordeaux, vers Venezuela, Bolivie, Chili, Pérou,
Cote d'Ivoire etc ; où il est très vraisemblable qu'ils
servaient à la fabrication de munitions pour des armes légères
La SNPE fabriquait déjà du phosgène, gaz tres
toxique utilisé pendant la première guerre mondiale
et dont la dose létale dans l'air est infime. La brochure
du MAN signalait que la SNPE fabriquait aussi, à partir de
l'ammoniac, de l'azote et du méthanol, de l'examéthylene
et de la tetramine ingrédients essentiels de tous les explosifs
français et encore du perchlorate d'ammonium raffine entrant
dans la composition du propergol pour la propulsion d'engins balistiques
militaires divers.
Ainsi, en1981, l'ex APC, la SNPE et aussi Tolochimie avaient une
activité industrielle à finalité militaire
importante. Il en est vraisemblablement de même aujourd'hui.
Je ne sais pas si la connaissance de ces activités faisait
partie de la culture d'entreprise de l'ouvrier ordinaire mais ont
ne peut, aujourd'hui, ignorer que la prospérité de
la région toulousaine à laquelle contribuait les industries
de la Grande Paroisse avait pour contrepartie, dans plusieurs pays
du Tiers-Monde, la désolation et mort.
Ce qui précède nous amène au troisième
argument classique
"On n'arrête pas le progrès qu'on exprime de façon
plus frappante en disant " Voulez-vous, en vous opposant au
développement technique, retourner à la bougie ? "
Mais quel est donc ce progrès que nous voudrions arrêter
et pourquoi voudrions-nous " retourner à la bougie "?
(
.)
Nous sommes appelés à nous libérer des vieilles
idées reçues qui ligotent notre pensée et entravent
toute velléité de changement. Aujourd'hui, le progrès
est dans la remise en cause radicale des paradigmes sur lesquels
sont fondées nos sociétés développées
; il exige une reconversion de nos pratiques afin qu'elles deviennent
respectueuses en même temps des grands équilibres écologiques
et de tous les êtres humains.
Après la catastrophe de l'AZF, il serait affligeant que les
Toulousains ne s'interrogent pas en différents lieux, en
différents temps, sur la fable du progrès qu'on leur
a contée pour leur faire accepter l'inacceptable.
Aujourd'Hui, la vie dans les grandes cités est de plus en
plus tendue, inhumaine pour plusieurs ; demain, une autre catastrophe
peut advenir, une catastrophe nucléaire majeure peut se produire
(comme l'admettent les nucléocrates) il est essentiel et
urgent que nous sachions si nous acceptons cela et pourquoi ; et
si nous le refusons que nous réagissions sans tarder
MARC ATTEIA
Les Amis de la Terre de Midi-Pyrénées
DU PROGRÈS EN CE TEMPS TROUBLÉS
La catastrophe d AZF a fait brutalement sortir les Toulousains
d un sommeil hypnotique qui durait depuis plusieurs décennies
Ils ont découvert avec stupeur qu'on leur avait menti depuis
longtemps ; que le complexe chimique de la Grande Paroisse était
tres dangereux qu'il avait été aberrant et criminel
de laisser le tissu urbain enserrer ce site industriel et que le
PPI qui devait les protéger avait été totalement
inefficace
Aujourd'hui la situation est confuse les pouvoirs publics sont tres
réticents à fournir les informations qu on leur demande
et la menace grave que la SNPE et Tolochimie font peser sur Toulouse
est toujours présente, angoissante pour beaucoup
Le plus grand nombre s'accorde pour exiger la fermeture des usines
SEVESO et le retour à l'herbe du site qui les abrite encore
actuellement. Pour que cette revendication légitime soit
entendue, il faut qu'elle soit étayée par une réflexion
libérée du carcan des idées reçues que
les acteurs industriels patronaux et syndicaux étatiques
et politiques -dont les intérêts convergeaient- ont
opposé pendant des décennies à ceux qui refusaient
la perpétuation du site de la Grande Paroisse
Pour initier cette réflexion nous proposons d'examiner pour
le démystifier le discours qui a endormi la vigilance des
Toulousains et qui ouvertement ou insidieusement est repris, aujourd'hui
par plusieurs personnes ayant autorité
Le premier argument de ce discours comporte deux termes
Selon le premier, aucune activité industrielle ne peut garantir
le risque zéro
Selon le second qui est présenté comme un corollaire
du premier lès risques industriels aujourd'hui sont des risques
calcules
Le premier terme de cette argumentation occulte sciemment les différences
d'échelle entre les risques que lès entreprises font
encourir a leurs ouvriers et à la population des villes,
des régions ou des pays où elles sont implantées.
Entre l'explosion d'une bonbonne de gaz dans un atelier, la terrible
explosion de l'usine AZF et l'effroyable explosion d'un réacteur
à la centrale nucléaire de Tchernobyl, il n'y a aucune
commune mesure. Le nombre de victimes de la première se comptent
par dizaines, celles de la seconde par milliers et celles de la
troisième par millions. Quant aux dégâts produits,
ils sont dans les mêmes rapports.
Le deuxième terme du premier argument, quand on le confronte
à la réalité, révèle le cynisme
des capitaines d'industrie et de leurs actionnaires.
La logique qui guide ceux-là est une logique de guerre. Pour
eux, l'accident est admissible tant qu'il n'affecte pas la rentabilité
de l'entreprise
Ainsi le sous-directeur de l'AIEA (Agence Internationale de l'Energie
Atomique) disait-il, peu après la catastrophe de Tchernobyl
"Même s'il v avait un accident de ce type tous les ans,
je considérerais le nucléaire comme une source d'énergie
intéressante'
Les PPI qui admettent, implicitement, que la population doit être
prête au sacrifice pour que vive l'entreprise relèvent
de la même logique
Le deuxième argument généralement évoque,
pourrait s'énoncer ainsi : " On ne peut décider
; du jour au lendemain, sous le coup d'une grande émotion
(légitime) de priver une région (le pays tout entier)
d'entreprises qui assurent sa prospérité (qui contribuent
à la grandeur de ce pays)"
Pour répondre à cet argument, nous allons nous interroger
sur l'origine de cette prospérité
En 1981 le groupe toulousain du MAN (Mouvement pour une Alternative
Non violente) éditait en collaboration avec le MIDEP (Mouvement
Midi-Pyrénées d'Ecologie Politique) une brochure intitulée
: " Toulouse et le commerce des armes : le complexe chimique
de Toulouse Sud son implication dans la politique française
d'armement"
Dans cette brochure, on apprenait que l'APC produisait des nitrates
industriels qui "n'étaient rien d'autre que des explosifs
dont la plus grande partie était expédiée par
bateau depuis Bordeaux, vers Venezuela, Bolivie, Chili, Pérou,
Cote d'Ivoire etc ; où il est très vraisemblable qu'ils
servaient à la fabrication de munitions pour des armes légères
La SNPE fabriquait déjà du phosgène, gaz tres
toxique utilisé pendant la première guerre mondiale
et dont la dose létale dans l'air est infime. La brochure
du MAN signalait que la SNPE fabriquait aussi, à partir de
l'ammoniac, de l'azote et du méthanol, de l'examéthylene
et de la tetramine ingrédients essentiels de tous les explosifs
français et encore du perchlorate d'ammonium raffine entrant
dans la composition du propergol pour la propulsion d'engins balistiques
militaires divers.
Ainsi, en1981, l'ex APC, la SNPE et aussi Tolochimie avaient une
activité industrielle à finalité militaire
importante. Il en est vraisemblablement de même aujourd'hui.
Je ne sais pas si la connaissance de ces activités faisait
partie de la culture d'entreprise de l'ouvrier ordinaire mais ont
ne peut, aujourd'hui, ignorer que la prospérité de
la région toulousaine à laquelle contribuait les industries
de la Grande Paroisse avait pour contrepartie, dans plusieurs pays
du Tiers-Monde, la désolation et mort.
Ce qui précède nous amène au troisième
argument classique
"On n'arrête pas le progrès qu'on exprime de façon
plus frappante en disant " Voulez-vous, en vous opposant au
développement technique, retourner à la bougie ? "
Mais quel est donc ce progrès que nous voudrions arrêter
et pourquoi voudrions-nous " retourner à la bougie "?
(
.)
Nous sommes appelés à nous libérer des vieilles
idées reçues qui ligotent notre pensée et entravent
toute velléité de changement. Aujourd'hui, le progrès
est dans la remise en cause radicale des paradigmes sur lesquels
sont fondées nos sociétés développées
; il exige une reconversion de nos pratiques afin qu'elles deviennent
respectueuses en même temps des grands équilibres écologiques
et de tous les êtres humains.
Après la catastrophe de l'AZF, il serait affligeant que les
Toulousains ne s'interrogent pas en différents lieux, en
différents temps, sur la fable du progrès qu'on leur
a contée pour leur faire accepter l'inacceptable.
Aujourd'Hui, la vie dans les grandes cités est de plus en
plus tendue, inhumaine pour plusieurs ; demain, une autre catastrophe
peut advenir, une catastrophe nucléaire majeure peut se produire
(comme l'admettent les nucléocrates) il est essentiel et
urgent que nous sachions si nous acceptons cela et pourquoi ; et
si nous le refusons que nous réagissions sans tarder
MARC ATTEIA
Les Amis de la Terre de Midi-Pyrénées
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