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"L'histoire des
libertés accordées à l'homme n'a cessé
de se confondre, à ce jour, avec l'histoire des libertés
accordées par l'homme à l'économie."
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1. L'histoire des libertés accordées à
l'homme n'a cessé de se confondre, à ce jour, avec
l'histoire des libertés accordées par l'homme à
l'économie
a) Il n'Y a pas lieu de s'étonner, s'émouvoir ou
s'indigner que les libertés octroyées aux hommes
leur soient ôtées, et que vidées de leur sens
ou niées par l'usage qui s en fait, elles lui deviennent
communément inaccessibles et illusoires, jusque dans le
principe d espérance qui les nourrit
b) L'essor des droits de l'homme procède de l'expansion
du libre-échange. Leur déclin au sein des démocraties
et leur prohibition par les régimes despotiques obéissent
au repli défensif d'une économie dont la forme dominante,
ancienne et statique, se trouve en danger d'être supplanté
par l'émergence d'une forme dominée, nouvelle et
dynamique. C'est toujours à la faveur : de telles crises
qu'une société revendique le plus radicalement son
humanité et prend le mieux conscience du joug tutélaire
et répressif que constitue l'économie d'exploitation.
2. Les droits de l'homme ne sont que les ampliations particulières
d'un droit unique, celui de survivre à la seule fin de travailler
à la survie d'une économie totalitaire, qui c'est
imposée mensongèrement comme seul moyen de subsistance
de l'espèce humaine
a) Les droits de l'homme se paient par des devoirs que fixe un
contrat social immanent. Celui-ci impose à chaque individu
d'acquitter le prix de sa survie aléatoire, en agréant
un pouvoir supérieur auquel il est tenu d'obéir
et dont il a pour mission d'accroître le profit.
b) Les Droits de l'Homme consacrent Sous une forme positive la
négation dès droits de l'être humain. L'homme
abstrait n'est en effet que le producteur substitué à
l'individu créant sa propre destinée en recréant
le monde.
Il faut admettre néanmoins qu'en proclamant, à travers
des siècles d'histoire inhumaine la nécessité
pour tous de bénéficier d'un minimum vital, les
droits de l'homme, implicitement admis ou clairement revendiqués,
ont été les garants de cet instinct de survie sans
lequel il n est pas 4e vie possible. Jusqu'au jour où il
est apparu que le goût de survivre s'altérait en
son c9ntraire s'il ne débouchait pas sur une vie humainement
vécue.
c) À mesure que l'économie d exploitation a étendu
son emprise totalitaire au monde entier, elle a atteint à
un mode de survie autonome, que la reproduction du capital spéculatif
suffit à lui assurer et qui suggère qu'à
la limite elle peut se passer des hommes. L abstraction hyperbolique
d un système produit par les hommes, et qui leur échappe
pour se retourner contre eux, fait peser une menace de mort sur
la survie de l'espèce humaine, des ressources naturelles,
de la planète et de l'économie vouée, par
voie de conséquence, à imploser.
3. Le droit de survie, concédé à quiconque
se l'approprie " à la sueur de son front ", agit
avant tout comme un sursis et un recours contre la condamnation
à mort que l'économie prononce à l'endroit
de celui qui ne travaille pas à en accroître la puissance.
a) Le souci de rentabilité a promulgué le premier
acte humanitaire : la mise au travail des prisonniers de guerre
auparavant exterminés pour s'épargner le soin de
les nourrir et fournir un holocauste aux Dieux dont la communauté
sollicitait les faveurs L'esclavage substitué à
la mise à mort, traduit parfaitement la vente d'un système
promettant la survie à ceux-là seuls qui le servent
b) L'organisation de la production et de la distribution dés
marchandises a fait du producteur et du consommateur le bénéficiaire
de ses progrès et la victime de ses confinements. Les droits
que les luttes sociales ont arrachés au pouvoir ont été
en fin de compte consentis à l'homme abstrait en raison
d'un rééquilibrage constant des lois de profit,
seul et fragile garde-fou contre le débordement chaotique
qui menace toujours la rationalité marchande.
c) Quand elle se protège contre le_ gaspillage et la gabegie,
la marchandise protège aussi les travailleurs manuels contre
l'arbitraire des travailleurs de l'esprit qui les gouvernent.
4. L'humanisation du droit divin traduit le dépérissement
du mandat céleste dont se revendiquait, dans les régimes
à prédominance agraire, le pouvoir des hommes sur
leurs semblables. L'instauration du mandat terrestre entérine
le pouvoir de l'État. Il prête une conscience nouvelle
à la longue et sanglante marche, au cours de laquelle succède
à la chétive créature, déposée
dans la main des Dieux, un homme, certes abstrait, puisque arraché
à ses racines vivantes, mais néanmoins habilité,
par son titre de citoyen, à se reconnaître intact de
toute emprise divine, à habiller de ses propres espérances
une société délivrée de l'institution
tyrannique des religions et du pouvoir monarchique.
a) Les légendes de l'Age d'or et une grande part des utopies
ont été nourries par la mémoire obscure des
civilisations pré-agraires, où l'économie
de cueillette accordant une place prépondérante
à la femme favorisait un type de société
en symbiose avec la nature et d'où la violence était
exclue, si ce n'est lors du recours épisodique a la chasse.
La notion même d'Âge d'or oppose le rayonnement du
corps à la musculature conquérante de l'Âge
du bronze et du fer, qui a inauguré le viol de la terre
et de la femme et procréé cette race laborieuse
et guerrière dont les derniers avortons ont inscrit, dans
l'ultime chapitre de leur histoire, l'infamie concentrationnaire
et 1'aneantissement des ressources naturelles.
b) Le développement commercial de la république
athénienne a engendré sous l'égide de la
raison marchande un modèle de démocratie qui, avec
ses ostracismes, sa corruption, son affairisme, ses mensonges
électoralistes et les passe-droits de l'argent, continue
de représenter ce qui s est entrepris de mieux en faveur
de l'homme bénéficiant des égards dus à
la marchandise.
c) Si l'on excepte certaines communautés paysannes, qui
semblent avoir pratiqué originellement une forme de démocratie
collectiviste ou clanique, les premières chartes des libertés
apparaissent dans le ferment des insurrections communalistes qui
du XIe au XIIe siècle, dressèrent contre l'immobilisme
agraire et son aristocratie parasitaire le rempart des villes
gagnées a l'essor commercial. L'air des libertés
urbaines inspira à la bourgeoisie préindustrielle
la constitution d'un droit en recours contre l'arbitraire du régime
féodal, dont le parasitisme prédateur entravait
partout la libre circulation des marchandises.
Quand la grande charte des libertés d Angleterre, ou Magna
Carta, proclame le 15 juin 1215. Aucun homme libre ne sera arrêté
ou emprisonné ou dépouillé ou mis hors la
loi ou exilé, et il ne lui sera fait aucun dommage si ce
n'est en vertu du jugement légal de ses pairs ou en vertu
de la loi du pays ", elle entérine une évolution
économique qui escompte plus de dynamisme et de profit
de l'homme libre vendant sa force de travail aux corporations
que du serf attaché à la glèbe et astreint
de fastidieuses corvées.
d) Lès villes et la conscience urbaine issue du libre-échange
ont longtemps subsisté sous la dépendance des campagnes
et de la mentalité agraire, estampillant les murs
de son étroitesse de vue, de ses préjugés
réactionnaires, de ses archaïsmes religieux. Il a
existé, à l'endroit de l'obscurantisme paysan et
des pusillanimités de terroir, un mépris et une
haine qui ; avivés par les " Lumières "
de la ville et par la conscience prolétarienne, avaient
pris le relais de la vieille conscience bourgeoise émancipatrice.
La monstrueuse excroissance des mégapoles a opportunément
suggéré à l'industrie agroalimentaire de
faire fond sur la vieille dépréciation des campagnes
pour stériliser les champs ; les prés et les forets,
sous prétexte de nourrir les populations du globe. Inspirés
par la mafia sicilienne, issue, au XXe siècle, de la rapacité
et du sectarisme paysans, des consortiums épuisent les
océans par les labours intensifs de la pêche industrielle,
les entreprises multinationales pétrochimiques et pharmaceutiques
pourrissent la nature à coups d engrais et d'organismes
génétiquement modifiés. Tandis que sous la
coupe du capitalisme parasitaire, les villes régressent
en ghettos, où la peur et la haine de l'autre exhalent
les pires remugles de la vieille mentalité agraire, ce
qui, dans les campagnes, subsiste de forces vives et s'attache
à promouvoir les ressources naturelles non dégénérées
devient le détenteur d'une conscience humaine projetant
de conclure avec la nature une alliance sans violence.
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LES LIBERTÉS MARCHANDES ESQUISSENT
ET NIENT LES LIBERTES HUMAINES
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1. Le capitalisme s'est avisé de découvrir dans
l'inventivité technique, que son avidité sollicitait,
des instruments incomparablement plus parfaits et plus dociles que
ses esclaves salariés La liberté qu'il accorde au
serf devenu prolétaire stipule par contrat qu'elle doit avant
tout servir a un savoir-faire et à une habileté mécanique
(ouvrier se dit du reste en latin médiéval "mechanicus")
et qu'elle ne peut se trouver dissipée ou contrariée
par quelque velléité qui l'écarterait de la
droite ligne du labeur. Tel est encore le sens de l'Habeas corpus
de 1679, offrant une garantie contre les poursuites, les arrestations,
les incarcérations abusives.
2. Rédigée, selon un projet de Georges Mason,
après le début de la guerre d'indépendance
américaine la déclaration dès droits de Virginie,
proclamée le 12 juin 1776, est la première à
stipuler " Que tous les hommes sont nés également
libres et indépendants et qu'ils ont certains droits inhérents
dont ils ne peuvent, lorsqu ils entrent dans l'état de société,
priver ni dépouiller par aucun contrat leur postérité
: à savoir le droit de jouir de la vie et de la liberté,
avec les moyens d'acquérir et de posséder des biens
et de chercher à obtenir le bonheur et la sûreté.
" Elle s'inscrit sous le sceau d'une générosité
qui fait la part belle à l'esprit et pave de bonnes intentions
l'enfer de la nécessité. Le souhait que tous soient
" nés également libres et indépendants
" révoque à raison l'ignoble droit de filiation
des ci-devant. Mais le législateur sait combien la condition
sociale et le milieu familial perpétuent l'inégalité
et la dépendance, lui qui, évoquant la vie, la sûreté
quotidienne, la jouissance et le bonheur les assujettit à
l'appropriation et à la possession de biens.
3. Ce que laissait entrevoir de révolutionnaire et d'émancipateur
l'article de la déclaration des droits de Virginie, "
Que tout pouvoir est dévolu au peuplé, et par conséquent
émane de lui ; que les magistrats sont ses mandataires et
ses serviteurs, et lui sont comptables à tout moment ",
a chaviré sur tous les écueils du parlementarisme
démocratique. Quand le système de représentation
a emprunté sa tournure la plus radicale, en proposant d'accorder
tout le pouvoir aux conseils ouvriers, il a aussitôt dérape
pour verser dans une des pires tyrannies que le monde ait connues.
4. Les techniques de la publicité de la propagande, de
la communication de l'information, de la mise en scène du
vécu, alliées à l'indigence de la pensée
a l'avilissement de la conscience, à l'autocensure apeurée,
au pouvoir de l'argent ont fait justice d un droit qui fut longtemps
une arme contre toutes les tyrannies. " Que la liberté
de la presse est l'un dès plus puissants bastions de la liberté
et ne peut jamais être restreinte que par des gouvernements
despotiques. "
5. On peut mesurer à l'aune des gouvernements, que la
population des États-Unis est réputée s'être
choisis librement, la valeur actuelle de la déclaration d'indépendance
américaine du 4 juillet 1776 : " Tous les hommes sont
créés égaux ; ils sont doués par le
Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces
droits se trouvent la vie la liberté et la recherche du bonheur.
Les gouvernements sont établis par les hommes pour garantir
ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des
gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient
destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de
l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant
sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront
les plus propres à lui donner la sûreté et le
bonheur " De même que la démocratie athénienne
de la Grèce ancienne ne concevait pas d'ouvrir le champ de
ses libertés aux esclaves et aux métèques,
la déclaration américaine exclut implicitement les
Indiens et les Noirs, auxquels dénie leur statut d hommes
à part entière ce Dieu de Calvin dont relève
par ailleurs le " droit aliénable " au bonheur
et a la liberté
6. La déclaration des droits de l'homme et du citoyen,
adoptée, par ; l'Assemblée nationale française
le 26 août 1789, et inspirée a ses principaux rédacteurs,
Anson, Mounier et Mirabeau, par les conceptions de Diderot Rousseau
et Montesquieu, met fin juridiquement à l'Ancien Régime
; et inaugure un règne où les libertés sèmeront
sans cesse les germes d'une subversion, qu'écrasera avec
une égale opiniâtreté l'expansion économique
qui en fut i instigatrice. La première partie de l'article
1er " Les hommes naissent libres et égaux en droit "
; révoque à jamais l'odieux privilège de naissance
des prétendus aristocrates, et suffirait à sa gloire.
L'usage légitime que les régimes bourgeois et bureaucratiques
ont tiré de la seconde partie " Les distinctions sociales
ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune
" en a fait le modèle d'une honteuse hypocrisie. Sa
radicalité aura pour conséquence particulière
le décret de la Convention française du 4 février
1794 abolissant l'esclavage, encore celui-ci n'entrera-t-il en vigueur
qu'en 1948 grâce a l'obstination de Victor Schlcher
L'esclavage légal que perpétue le travail salarié
n'a pas été, à ce jour, aboli.
7. En reconnaissant dans la déclaration de 1789 le "
credo du Nouvel Âge ", Michelet rend compte d'une religion
laïque des droits de l'homme, dont les devoirs sont le sacre.
Sade, qui s'inscrit parmi les premiers de l'histoire à réclamer
l'abolition de la peine ; de mort est aussi le premier à
brosser le tableau de l'hédonisme concentrationnaire, auquel
les hommes se vouent en apostasiant leur Dieu ascète pour
embrasser les cultes orgiaques du Dieu Nature et en se faisant un
paradis de l'enfer ou leurs désirs dénatures se débondent
et suffoquent. Des l'instant où il restitue aux hommes les
droits usurpes par les Dieux il dévoile la réalité
du " laisser faire"' prôné par le dynamisme
commercial et industriel, qui est la liberté d'opprimer l'homme
naturel ne se comporte pas, hélas, comme un loup envers ses
semblables; mais comme un Dieu. La fascination de l'horreur et de
la mort résulte à la fois de l'impuissance à
humaniser l'existence et du profit, pour l'économie, a ne
voir dans la vie qu'un tourbillon chaotique où ce qui se
crée se détruit.
8. Dès 1790, Condorcet dénonçait dans son
article Sur l'admission des femmes au droit de cité le caractère
patriarcal de la déclaration des droits de l'homme et dû
citoyen. En septembre 1791, Olympe de Gouges publie sa déclaration
des droits de la femme et de la citoyenne Article 1er. "la
femme naît libre et demeure égale a l'homme en droits
Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que
sur l'utilité commune.". Article 3 : " Le principe
de toute souveraineté réside essentiellement dans
la nation qui n est que la réunion de la femme et de l'homme
nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane
expressément. Article 4: " La liberté et la Justice
consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui,
ainsi l'exercice des droits naturels de la femme n'a de bornes que
la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose, ces bornes
doivent être réformées par les lois de la nature
et de la raison ". Arti4e 10 " Nul ne doit être
inquiété pour ses opinions même fondamentales
la femme a le droit de monter sur l'échafaud elle doit également
avoir celui de monter à la tribune, pourvu que ses manifestations
ne troublent pas l'ordre public établi par la loi".
Article 13; " Pour l'entretien de la force publique, et
pour les dépenses d'administration, les contributions des
femmes et des hommes sont égales; elle à part à
toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles,
elle doit donc avoir de même part à la distribution
des places, des emplois, dès charges, des dignités
et de l'industrie. " Il faudra près de deux siècles
pour que la femme soit reconnue, non comme i avenir de l'homme,
mais comme digne de partager l'aliénation du mâle sans
subir de surcroît son oppression. La relative émancipation
de la femme doit beaucoup, il est vrai au développement de
l'économie de consommation dans la seconde moitié
du XXe siècle et au Statut privilégié que la
marche s empressa de lui reconnaître, ainsi qu'à l'enfant,
livré en toute impunité au viol publicitaire. La mémoire
de l'ère économique n'a pas daigné garder le
souvenir d'Olympe de Gouges décapitée le 3 novembre
1793, quatre mois après la déclaration des droits
de l'homme et du citoyen de l'an I, de Claire Demar, morte dans
l'esseulement après avoir publie en 1833, Appel d'une femme
du peuple, sur l'affranchissement de la femme et de Qurat'u, l'ayn,
assassinée par l'islam pour avoir ; dans l'Iran de 1840,
bru lé publiquement son voile et appelé les femmes
à rejeter l'oppression des hommes
9. Principalement rédigée par René Cassin,
la déclaration universelle des droits de l'homme, du 10 décembre
1948, offre à l'éthique humaniste une protection juridique
dont le mépris, partout témoignée envers la
femme, l'enfant et l'homme, souligne le caractère indispensable.
Elle opposait à la barbarie, que le totalitarisme national
socialiste et bolchevique avait fait déferler sur le monde,
les vertueux remparts d'une démocratie parlementaire d'où
pourtant le monstre du despotisme était ne, et qui continuait
d'en entretenir les embryons. De sorte que ses généreuses
résolutions reviennent à protéger le citoyen
contre lui-même, car l'homme concret, lésé par
une représentation qui l'abstrait de ses propres désirs,
alimente en ses profondeurs les égouts d'une frustration
qui n'attend que l'occasion pour se déverser en flots de
haine et de ressentiment. Tant il est vrai que refréner et
tempérer les effets de la barbarie, c'est lui reconnaître
des droits.
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IL N'Y A PAS DE DROITS ACQUIS, IL N'Y A
QUE DES DROITS À CONQUERIR
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1. Les meilleures intentions n'ont jamais donné, dans des
conditions qui les contrariaient, que des résultats qui allaient
à l'encontre de leurs principes les plus élémentaires.
La lutte contre les tyrannies s'est autorisée de l'humanisme
avec une libéralité que le libéralisme a foulée
aux pieds.
2. Les tyrannies anciennes n'ont jamais dissimulé leur mépris
de l'homme, jugeant qu'il méritait de les subir puisqu'il
les tolérait, voire les appelait de ses vux. Des despotes
dont l'insanité couronna tant d'empires chinois, romains,
mongols, aztèques, ottomans ou zoulous à la furia
des régimes national-socialiste et staliniens se répète
à satiété l'oraison sanguinaire de Caligula,
" que le peuple n'eût qu'une tête afin de la lui
pouvoir couper d'un seul coup ". Il faut attendre le jacobinisme
et sa résurgence dans le prétendu communisme pour
que l'homme soit tout à la fois magnifié et rabaissé
au ras du goulag.
3. L'humanisme prône la dignité de l'homme abstrait
jusqu'à la pire indignité de l'homme concret. Le christianisme
en offre l'un des exemples les plus éclatants. Son Dieu,
qui se fait Homme pour lui ouvrir la porte du salut, le damne au
nom de l'homme lui-même. l'exhortation à s'aimer les
uns les autres a, pendant des siècles servi de caution à
l'exaction, au massacre, à la barbarie Le christianisme a
été ainsi un des modèles les plus achèves
du progressisme pratiquant la torture par l'espérance, qui
met a mort au nom du bonheur avenir. La montée vers le règne
des saints et l'édénique société sans
classes n'a connu d autre chemin que les degrés de l'échafaud.
Le propos de Manon Phihppon-Roland, " liberté, que de
crimes l'on commet en ton nom ", devrait être gravé
sur tous les temples de la philanthropie
4. Si l'humanisme replace l'homme au centre de l'univers, C'est
au cur d un monde qui l'aliène. Le mot lui-même
exhale un relent d hypocrisie, il est paye par la marchandise à
visage humain pour oublier qu'elle grave son inhumanité dans
la chair de celui qui la produit Il représente et empêche
le dépassement de l'homme économise. Les progrès
du libre-échange n'ont amélioré la survie qu'aux
dépens de la vie et l'on peut aisément discerner a
quel effet a mené un humanisme où l'homme de désir
est réprimé par l'homme économique, Car, des
lynchages sacrificiels dont les communautés paysannes néolithiques
honoraient déjà les Dieux de la fertilité,
aux holocaustes et génocides du XXe siècle, la barbarie
n a guère varié, malgré les vernis successifs
que la marchandise applique aux murs pour en polir apparence.
5. Le contrat social selon lequel i Etat accorde a I homme un statut
de citoyen relevé d'un marché de dupe conforme à
l'esprit du commerce. L'Etat possède en fait tous les droits
et se trouve en position de n'en concéder aucun, s il le
juge utile. Ensuite, le citoyen n est pas I individu mais sa forme
abstraite, mise au service d un pouvoir qui argue de son consentement
fictif pour s'exercer a ses dépens. Enfin, rompu aux coercitions,
l'homme concret cède aisément à l'inertie,
à la passivité, à la résignation, instillant
à ses révoltes un désespoir qui les induit
à échouer ou, pire, à réussir en tournant
à revers le projet d'émancipation qui les avait inspirées.
6 À l'homme, sacralisé par le pacte que la religion
lui imposait de signet avec ses Dieux, succède le citoyen,
enrôle au service de l'Etat par un contrat dont il n'a pas
choisi les termes. La désacralisation des religions a sacralisé
l'État et ceux qui, servant son ministère deviennent
les garants de droits qui postulent l'obédience. L'humanisme
est le culte de l'homme aliène
7. Supposés nous prémunir contre tout ce qui entreprend
de les violer, les droits de l'homme sanctionnent de facto le caractère
oppressif d une communauté~ dont les intérêts
lèsent ou contrarient ceux de ses membres Il est temps de
promouvoir une société qui se trouvera dispensée
de garanties tutélaires, parce qu'elle aura anéanti
les conditions qui précisément ; engendrent la violence,
le viol, l'oppression et aliènent leur contestation.
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DES DROITS SANS DEVOIRS,
À LA CRÉATION D'UN STYLE DE VIE
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1. " Il est indispensable de faire une déclaration
des droits pour arrêter les ravages du despotisme. "
Barnave justifiant ainsi la déclaration du 26 août
1789, entendait armer les citoyens contre la tyrannie de l'aristocratie,
classe parasitaire tirant ses revenus d une économie agraire,
dont immobilisme entravait le processus de développement
du commerce et de l'industrie. Son propos ne perdrait rien de sa
pertinence, appliqué aux séides du totalitarisme économique,
qui ruine les ressources terrestres et humaines pour accroître
une masse monétaire inemployé freinant la production
des énergies naturelles et le dynamisme naissant d'une nouvelle
économie. Mais s'il règne dans le monde entier une
situation similaire a l'état de la France a la veille de
sa révolution, nous ne pouvons nous borner à revendiquer
des libertés qui sont issues du libre-échange alors
que la libre circulation des capitaux est désormais la forme
totalitaire d un système qui réduit l'homme et la
terre a une marchandise Nous ne pouvons nous satisfaire de droits
abstraits dans une société où l'emprise économique
abstrait l'homme de lui-même.
2. Nous sommes engagés dans un processus de mutation
économique ou le régime d exploitation de la nature
et de l'homme par l'homme a atteint son stade de stagnation et cède
peu à peu sous les coups d'une nouvelle économie.
Celle-ci se fonde sur les énergies naturelles et mise sur
la nécessaire reconstruction de l'environnement pour rendre
au profit un dynamisme, entravé par l'immobilisme d'une économie
qui se dévore elle-même dans le circuit fermé
de la spéculation financière. Mais, aussi propre et
écologiquement correcte qu'elle se veuille, la marchandise
n'est pas la vie : elle est ce que l'économie tend à
substituer et à subtiliser à la vie.
Au-delà d'une mutation économique qui réhabilite
le vivant comme objet de profit, nous voulons promouvoir la gratuité
d'une vie qu'il appartient à la conscience humaine d'explorer,
d'affiner et d'harmoniser.
3. La dictature de la valeur d'échange a propagé
partout un nihilisme qui affole les consciences et les corps avec
les ombres de la mort Le cyclone de la spéculation financière
a renversé les valeurs du passe, aucune éthique ne
résiste au flux monétaire ou tout s annule en s échangeant
contre tout. Nos seuls critères, nos uniques repères
ne peuvent naître que de nous-mêmes et d'un projet de
société qui ranime en chacun le sens humain, la spécificité
de l'homme ne pour vivre, non pour survivre comme une bête
aux abois dans la jungle du calcul égoïste. La richesse
technologique ne cessera de nous appauvrir davantage si nous tardons
à nous l'approprier pour enrichir une existence qui soit,
inséparablement, création de soi et du monde
4. Notre histoire est en proie à une nouvelle mutation.
Après la révolution agraire, qui abolit l'économie
de cueillette et inaugure l'économie d'exploitation, après
la Révolution française, qui met fin a la prédominance
du mode de production agraire et intronise le règne du libre
échange nous entrons dans une ère où l'exploitation
de l'homme et de la nature se trouve supplantée par une alliance
privilégiant la production d énergies renouvelables
la valeur d'usage des biens, l'utilité sociale et le respect
de l'environnement. Pour la première fois, le changement
de société laisse entrevoir des conditions propices
à l'individu qui, lassé des libertés fictives
dont sont prodigues les pouvoirs politiques, sociaux, économiques,
a résolu de s'octroyer des droits enfin accordés à
cette volonté de vivre, qui est en lui le désir de
tous les désirs.
5 Le désir de mener sa vie selon la multiplicité
des passions qui en confortent le goût et la puissance établit
des droits sans devoirs ni contreparties Nous voulons substituer
au marchandage qu'impliquait le précepte " il n y a
pas de droits sans devoirs " le principe " il n y a pas
de droits sans désirs, il n'y a pas de désirs sans
droits
6. Les droits de l'être humain s'inscrivent dans une
dialectique de vie en rupture avec la dialectique de mort qui a
prévalu jusqu'à nos jours. Se souvenir de vivre abolit
le temps du mémento mori, " souviens-toi que tu dois
mourir ".
7. Les droits de l'être humain prêtent une forme
sociale à la conscience du vivant en tant qu'organisation
humaine de la nature.
8. La mutation économique en cours s'ouvre sur une
mutation de civilisation. La première travaille déjà
à la mise en uvre des énergies naturelles renouvelables
de l'agriculture biologique, des technologies affectées au
rééquilibrage de l'environnement. La seconde est entre
nos mains, et en butte à la confusion qu entraîne toujours
la conjonction d une ère ancienne, qui s'achève et
des innovations, se frayant un chemin à travers les décombres.
La déclaration des droits de P être humain tente de
fonder sur la création de soi et du monde une rupture radicale
avec les modes de pensées, les réactions psychologiques
les murs, les habitudes sociales, les comportements individuels
et collectifs qui ont, en pénétrant jusqu'au subconscient,
définit l'homme la femme et l'enfant pendant pres de dix
millénaires. Quand elle ne répondrait qu'au souci
de porter à la connaissance de tous des droits que chacun
de nous côtoie le plus souvent sans y accéder - par
peur ou ignorance, elle aurait déjà justifié
de son utilité, Car ce qui appartient en propre a la nature
de l'homme ne doit pas lui être interdit plus longtemps par
un système de dénaturation universelle. Mais elle
présente avant tout l'intérêt d'amorcer ce renversement
de perspective inhérent au changement de civilisation qui
est entrain de s'opérer sous nos yeux. Lutter contre les
lois et les conditions qui nous oppriment et nous corrompent ne
nous a jamais appris à lutter pour nos droits imposer nos
droits en excipant d'une légalité de la vie, qui nous
a toujours été refusée, offre en revanche là
garantie la plus sure et la plus agréable d'abroger les décrets
gouvernant notre existence quotidienne avec la rigueur de leur banalité
inhumaine. La seule manière de combattre le pire, c'est de
s'obstiner à vouloir le meilleur.
9. Le citoyen, déterminé à assumer
ses responsabilités, est la conscience critique de l'institution
politique et sociale qui le produit. Il s'investit dans un rôle,
il ne se crée pas en tant qu'individu concret. Les droits
de l'homme n'ont jamais outrepassé les droits du citoyen
Si nécessaires qu'ils se soient montrés dans la résistance
contre 1 arbitraire et la tyrannie, ils n'en restent pas moins marques
au sceau d'une imposture sociale qui accorde au citoyen une liberté,
qu'elle refuse à l'être de désirs Parce que
l'éthique réclame pour s'appliquer le secours des
lois, elle doit être tenu pour une disposition éphémère,
l'expression d une citoyenneté en quête d'un dépassement
10. Nous ne reconnaissons d'autre pouvoir que la prééminence
du vivant. Partout ou la volonté de vivre et sa conscience
s'arrogent une souveraineté sans partage la notion même
de droit s'efface d elle même Il nous suffit d'être
humain pour atteindre à la conscience de ne l'être
jamais assez.
"Critique de la déclaration des droits de l'homme"
Raoul VANIGEN
LE CHERCHE MIDI ÉDITEUR
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