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12 septembre 2008
Quand il est question de Bob Dylan, Nietzsche, Dosto�evski et Kafka.
Mon anniversaire approche, me signale une fonctionnaire en pr�parant une carte d�identit�. C�est l� que commence, v�ritablement, la nouvelle ann�e, subjectivement. Qu�un choix se pr�sente � moi.
Ou je la joue sto�cienne et je prends le taureau par les cornes ou je m'en balance comme dans un jardin �picurien; soit je lis Kafka et Nietzsche et je tombe dans le monochrome rationnelle de la solitude �an�antisante�, soit je m�efforce de rester en bonne sant� physique et mentale en surfant sur les bons c�t� de la vie.
Les images de Bob Dylan et de Joan Baez me viennent � l�esprit, comme en renfort. (Sur mon bras gauche est tatou� un signe hippy qui date de 1972.) Je les ai vus tous les deux, hier soir, dans un documentaire. Un dvd que j�ai pitonn� au boute. Tous jeunes. Baez est belle. Une indienne. �a lui va bien.
Don�t Look Back, un film � voir. Noir et blanc, sur une ann�e, 1965. Pas emball� plus que �a, mais c�est bon de l�entendre.


Et Nietzsche a pleur�
C�est le titre du livre que je suis en train de lire. J�aime les rebondissements dans ce roman r�aliste et confondant. Et l�id�e que la famille et le sensuel soient aussi importants et peut-�tre mieux que le pari nietzsch�en. L�enjeu, c�est la vie s�culi�re contre la monastique. Chez moi, le monastique est un probl�me. Surtout lorsqu�on cherche � donner cette mani�re de vivre en id�al.
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Moi, je ne suis pas un de ces philosophes, Dieu m�en garde. Je crains la souffrance et je me fous d��tre un g�nie. Tous malades ce monde-l�!
Dosto�evski est un malade! Faut pas le lire. Baudelaire est un malade. Faut pas le lire. Nietzsche est un malade. Faut pas le lire. Kafka est un malade. Faut pas le lire. Rimbaud est un malade. Maupassant est un malade. Lovecraft est un malade. Gogol�
Tous des g�nies. Tous d�r�gl�s. � Ces malades qui nous gouvernent � a-t-on �crit, � ces malades qui nous �duquent � devrait-on inclure.
La plupart d�entre eux, atteints physiquement, ont termin� dans des asiles psychiatriques, rong�s par la folie.
C�est une chose d��tre malade. Ce n�est pas une tare. Quoique, comme je l�ai d�j� exprim�, je ne courre pas apr�s, comme eux. Au contraire, je m�en prot�ge du mieux possible. La maladie n�est pas, chez moi, un sublime chemin de croix pour atteindre � la jouissance, � l�instar de Dosto�evski ou de Nietzsche pour ne citer qu�eux.
C�est malade de la t�te que je d�plore surtout. Et tout le non-sens mental qui s�en d�gage. Masochistes � se fouetter. Chacun trouve son bliss comme il peut. Dosto�evski, par exemple, se pla�t � mac�rer son monde dans son christianisme de la souffrance, cette doctrine dont l�homme-Dieu en est le symbole. Crucifi� pour l��ternit�. Bien que J�sus soit revenu vivant et en pleine sant�, les chr�tiens pr�f�rent le voir souffrir ainsi sur sa croix jusqu�� la fin de l�Histoire. Vous me r�torquerez que Dosto�evski �tait ath�e. Oui, � la fa�on d'Oriana Fallaci qui se proclamait catholique ath�e.
Mais tr�ve de r�flexions. Voici ce qui a motiv� cette brusquerie pamphl�taire. Un extrait de la premi�re page des Notes d�un souterrain de Dosto�evski :
� Je suis un homme malade� Je suis un homme m�chant. Un homme plut�t repoussant. Je crois que j�ai le foie malade. Soit dit en passant, je ne comprends rien � ma maladie et je ne sais pas au juste ce qui me fait mal. Quoique respectant la m�decine et les m�decins, je ne me soigne pas et ne me suis jamais soign�. �
Dans la m�me veine, j�ai vu un tr�s beau film sur Kafka. Mais j�arr�terai l� ces histoires de traumatis�s. Je fais le choix, pour ma nouvelle ann�e de ne pas m�associer par l�image, le mot ou le son � tout ce qui peut me d�primer. � La solitude n�existe que par la solitude. Une fois partag�e, elle s��vapore aussit�t. � ai-je lu dans Et Nietzsche a pleur�. � Je ne peux pas gu�rir le d�sespoir, docteur Breuer. Je me contente simplement de l��tudier. Le d�sespoir est, � mes yeux, la ran�on de la lucidit�. Regardez la vie dans les yeux : vous n�y verrez que du d�sespoir. �
Sur un mur de mon appartement, j�ai un tableau que j�ai peint. Un jour j�y ai griffonn� dessus ces lignes qui me trottaient dans la t�te :
Il faut en finir avec cette fantaisie sentimentale fort r�pandue
qui d�clame avec na�vet� que "la vie est belle",
sans pour autant tomber dans un pessimisme
insensible aux opportunit�s fantastiques et merveilleuses
dont la plupart des hommes et des femmes peuvent jouir
ind�niablement, car j'ai la conviction in�branlable
que c'est une disposition appr�ciative du beau du bien et du bon
qui donne au monde son �difiante humanit�
et barre la route au mal.
Le d�sespoir, je le combats de toute mon �me. Ce gouffre qui attire malgr� soi. Maintenant que j�ai fini Nietzsche a pleur�, je voudrais lire un autre livre d�Irvin Yalom, sur Schopenhauer. Un autre roman. Moi qui ne lis plus de roman depuis si longtemps! In�luctablement, je vais m�enfoncer dans la noirceur. Nihilisme et absurdit�. Je ne combats pas assez fort le d�sespoir, assur�ment, puisque mes choix me poussent � les lire.
�coutez Nietzsche s�expliquer envers le docteur Breuer : � Si vous choisissez de faire partie des rares �tres qui partagent les plaisirs de la puissance et les joies de la libert� sans Dieu, alors pr�parez-vous � souffrir. Les deux choses sont li�es, elles ne peuvent �tre v�cues s�par�ment! Si, au contraire, vous aspirez � moins de souffrance, alors rentrez en vous-m�me, comme le faisaient les sto�ciens, et renoncez au plaisir supr�me. � Ou encore : � Le g�nie cr�atif et la r�v�lation fleurissent dans la souffrance. �
Il y a quelques ann�es, j�ai concoct� cette image, inspir�e d�Ainsi parlait Zarathoustra.
Je regarde une montagne alg�rienne de la porte d�une grotte.
(� noter les deux femmes qui hantent les lieux.)
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