Le premier point soulevé porte sur l'évaluation de l'évènement en soi du point de vue militaire, en regard du gonflage et la récupération qui ont été faits. On a laissé croire que la capitulation de Québec résulte exclusivement de l'affrontement sur les plaines d'Abraham entre l'armée anglaise et l'armée franco-canadienne, alors que les historiens affirment avec raison que c'est le résultat d'un siège.
Une première question se pose: Dans le Dictionnaire biographique du Canada, sous la plume de W.J Eccles, de l'université de Toronto, un historien généralement considéré comme fiable, il est fait mention que les termes de la capitulation de Québec auraient été rédigés par Montcalm,PLUSIEURS SEMAINES avant cette date du 13 septembre 1759: Le texte de ce document se lit comme suit: (du moins une des versions)
"QUAND IL N'Y AURA PLUS DE PAIN ON ARBORERA LE DRAPEAU BLANC ET ON ENVERRA L'OFFICIER DE LA GARNISON LE PLUS CAPABLE ET LE PLUS INTELLIGENT POUR PROPOSER LA CAPITULATION."
Bref: mes enfants quand il n'y aura plus de pain, vous rendrez la place! Si au moins, on avait mentionné: quand vous manquerez de munitions vous rendrez la place.
De deux choses l'une, où ce document est un faux et dans ce cas, il fait parti du montage du bateau historique dont je parlais dans mon article du 3 novembre 2000 dans le présent forum" (Le Plaines d'Abraham: une histoire à reviser) Commentant ce projet de capitulation: Jean Pierre Poussou du centre d'étude stratégique (www.stratisc.org) "C'est une attitude qui ne laisse pas de surprendre." Ou c'est un vrai, dans ce cas il faudrait voir si quelque chose ne tournait pas rond dans la tête de celui qui l'aurait rédigé.
Et ça pourrait expliquer la charge insensée de Montcalm, envoyant des réguliers et des miliciens contre les troupes de Wolfe, en fortes positions défensives, d'autant plus que ces dernières considérées comme étant les meilleurs soldats-robots de l'époque. Inutile de préciser que cette action allait à l'encontre de toutes règles militaires.
Selon un journal tenu par un sergent anglais de l'entourage de Wolfe, Montcalm fit avancer ses réguliers et miliciens à bout de souffle après un course d'une dizaine de kilomètres à moins de 60 pas des soldats de Wolfe, et celà à découvert. C'était à coup sûr les mener droit au poteau d'exécution. Cette charge a coûté la vie à 139 de ses soldats. Dans une guerre moderne, pour une telle action, le responsable aurait été traduit en cours martial.
D'autant plus qu'il n'était même pas obligé d'engager les troupes anglaises, celles-ci devaient s'embarquer à la date projetée du 20 septembre par l'amiral Saunders pour mettre la voile. On ne voulait pas risquer d'être pris dans les glaces et être à la merci des miliciens.
Il faudrait revenir sur cette capitulation précipitée du 18 septembre 1759 décision prise sans demander avis au Chevalier de Lévis, le nouveau commandant en chef des armées, surtout au moment où cette campagne allait se terminer glorieusement selon Lévis.
Parlons de l'importance des Plaines d'Abraham en regard de la récupération qui en a été faite. Je pourrais mentionner des vertes et des pas mûres que nous avions entendues sur nos bancs d'écoliers. (C'était avant 1940) Nous étions les vaincus des Plaines d'Abraham, rien d'autres.
Et arrivés dans l'armée, c'était à peu près la même attitude, mais de façon différente. Chez les Anglo-Saxons, de Montgomery à McArthur, la victoire des armées anglaises sur les armées françaises, a été fortement soulignée. Cette bataille comme on l'appelait était vue par Montgomery comme "l'une des plus grandes au monde."
Chez les Anglo-saxons, elle servait à stimuler les campagnes d'enrôlement et de ventes d'obligations de la victoire, en demandant aux citoyens de s'imprégner de l'esprit des Plaines d'Abraham. Chez les Francophones, on récupérait l'expoit de Dollard des Ormeaux en clamant: "aller au devant de l'ennemi" que l'on voyait partout sur les affiches.
Sir Thomas Chapais, sénateur et historien, dont le loyalisme à tout crin ne peut être mis en doute a fait un brillant exposé sur la critique en histoire devant la Société Royale du Canada en 1926.
Dans son exposé. il mentionne: "Tous les documents n'ont pas la même valeur. Il y en a qui sont controuvés. Il donne en exemple des fausses lettres attibuées`Montcalm et à Bigot. Lui-même comme historien, il admet à l'occasion de s'y être laissé prendre,par ces lettres surgissant de toutes parts cent ans après les évènements.
Chapais mentionne également la fameuse lettre de Montcalm à Townsend, traitée par l'abbé Casgrain dans son ouvrage Montcalm et Lévis: "A travers les ombres de la mort qui l'enveloppaient Montcalm entrevit un dernier devoir public à remplir, celui d'implorer la clémence du vainqueur pour le peuple de colons dont la défense lui coûta la vie. Il écrivit au successeur de Wolfe, le brigadier Townsend: Général, l'humanité des Anglais me tranquillise, etc, etc. C'est une lettre que l'on recherche encore.
Toujours d'après Chapais, cette lettre de Montcalm à Townsend, n'est ni citée ni mentionnée dans aucun mémoire, dans aucun récit, dans aucun journal contemporain. Les papiers de Montcalm et de Townshend n'en contiennent aucune trace. Jusqu'en 1867, personne n'en avait jamais entendu parler. Ce document produit par l'abbé Bois, toujours selon Chapais, on en a jamais su la source.
Chapais ajoute de plus que M. Bois aurait manqué de sens critique et se serait probablement laissé tromper par une pièce apocryphe du genre des lettres qui ont été publiées à Londres en 1777, sous le nom de Montcalm, et dont celui-ci n'a jamais été l'auteur. C'est peut-être là la source des faux documents.
Et toujours après ce revers on laissait entendre que Montcalm pouvait disposer de la ville à sa guise, alors que la place selon Lévis, n'avait pas été investie ni attaquée. La confrontation s'est déroulée à au moins deux kilomètres des murs de Québec.
Il y en aurait long à raconter sur ce chapitre. Quant à la mentalité de perdants que cette confrontation des plaines d'Abraham à induite, c'est le résultat avant tout d'une mise en scène que l'on a bâti autour d'un revers qui strictement au point de vue militaire restait secondaire, même si regrettable. Aussi, il importe de mettre les pendules à l'heure et refuser de se laisser engloutir par un mensonge historique.
Pour conclure on peut prendre connaissance sur la mort de Wolfe revue et corrigée. voir le LIEN:
Dans la scène représentant la mort de Wolfe sur les Plaines d'Abraham,l'artiste Benjamin West a transposé dans Wolfe agonisant, l'agonie du Christ dans la scène traditionnelle de la crucifixion. Wolfe par sa mort assurant la rédemption de l'Amérique du Nord face à la menace du papisme français. (Simon Schama)
Références:
-Le Dictionnaire biographique du Canada, articles de W.J. Eccles
--Thomas Chapais, devant la Société Royale du Canada,
--Jean Pierre Poussou, le site de la statégie, www.stratisc.org "Montcalm et la perte du Canada"
-- L’Histoire populaire du Québec. (Jacques Lacoursière)